‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 13 sur 80 · DE LA V&AHS ET DE LA FAUSSE INDIGENCE · texte numérisé non relu

DE LA V&AHS ET DE LA FAUSSE INDIGENCE

lation> elle leur fera accepter des soulagemens sans blesser l6ur dignité. Ses explorations sont déjà un premier bienfait.

Qtt'arrive-t-il au contraire si la bienfaisance se borne à un rôle expectant ,.et impose à Tindigent la nécessité de se mettre en quête ?

Rien n'est plus fâcheux que d'habituer les pauvres à la sollicitation. Vous leur faites perdre un temps précieux, vous les soumettez à des démarche:^ pénibles, vous les accoutumez à triompher d'honorables répugnances; vous leur faites concevoir l'assistance comme le prix de l'importunité ; vous leur faites méconnaître à-la-fois la dignité du malheur et le caraclère de la charité.

C'est mal se préparer à secourir, que de commencer par humilier; les égards doublent le prix de l'assistance.

Quelquefois cependant la prière de l'indigent est l'expression de sa confiance; hommage délicat rendu au caractère de celui qu'elle invoque. Mais alors ce n'est plus une soHicitatiott adressée au hasard ; «Ite suppose alors des relations antérieures et directes entre celui qui demande et celui qui peut donner. Quelquefois aussi les démarches d'une sollicitation active ne sont, hélas! que trop commandées par une nécessité urgente et absolue. Que deviendra celui qui manque de tout, s'il n'a ni parent, ni ami, ni voisin, ni protecteur? s'il s'adresse au premier venu, c'est pour échapper au désespoir ; dans une telle extrémité , il espère n'être étranger à personne; ila droit en èfiet en rencontrant un autre homme de retrouver un frère.

La mendicité est la forme la plus sensible et la plus grossière de cette indigence solliciteuse. Elle s'adresse indififé- I remment à touà et à chacun ; elle erre de porte en porte ,' de lieu en lieu ; elle s^établit sur la voie publique , sur le seuil des temples ; elle cherche les endroits les plus fréquentée ; elte ne se borne pas ii exprimer ses besoins , elle en ^tale les tristes symptômes ; elle cherche à émouvoir par ses

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dehors .autant que par son langage; elle se rend hideuse pour devenir éloquente; elle se dégrade pour triompher. Il est naturel qu'elle revête toutes les apparences de la misère, en s'adressant à ceux qui ne peuvent en vérifier la réalité.

Le mendiant quitte sa' demeure , son pays même : il va surprendre la bonté d'une manière inattendue : il cherche des visages inconnus, des personnes qui ne Tout jamais vu, ne le reverront jamais. 11 s'abreuve, comme à plaisir , d'humiliations ; dans le tribut qu'il lève sur une aveugle charité, il ne goûto pas même la douceur de la i:econnaissance. Qui pourrait dire à quel avilissement une telle habitude peut faire descendre la créature humaine! Elle détruit les relations qui devaient unir le malheureux à son bienfaiteur; elle altère dans l'àme de ceux qui reçoivent , comme dans l'âme de ceux qui donnent, les sentimens qui devaient former et entretenir ces relations ; Tindigenoe alors ne reçoit plus des bienfaits, elle perçoit des tributs; elle ne doit rien à la charité ; elle doit tout à la fatigue ou à la crainte.

La mendicité enveloppe d'une inévitable incertitude la situation de celui qui sollicite ; elle laisse donc celui qni donne dans l'ignorance sur l'utilité du don et sur les droits de celui qui le reçoit. Faisant planer les mêmes doutes sur le vrai pauvre et sur le faux indigent, elle prive le premier de la plus précieuse consolation , de la sympathie des cœurs généreux; elle récompense le second de sa fraude, elle fait éprouver aux âmes vertueuses une cruelle anxiété : en présence de ces solliciteurs inconnus qui peuvent ou mériter la compassion , ou n'avoir de titres qu'au mépris, les gens de bien sont condamnés à s'armer de défiance, à se défendre de la pitié.

La mendicité est-elle cependant toujours un tort de la part de ceux qui y recourent? ne peuvent-ils pas se trouver quelquefois réduits par la nébessité à chercher cette ressource, quand ils n'en trouvent pas d'autres? il se peut : le tort est alors à ceux qui réduisent Tinforiune à cette extrémité. Elle

IRMCVEEfCE ikBSOLUB, INDIGBNCB RBLATiVE. 15

accuse d'une cruelle indifférence ceux ()vi devaient aller au-devant du malheureux par une prévoyante sollicitude; elle accuse d'une légèreté et d'une faiblesse coupables ceux quijpirpdiguettt au hasard leurs dons, sur J^s allégations suspectes. Ces torts d'une bienfusance mal entendue marchent ensemble.; elle donne à l'aveugle, pour se dispenser de opnnattre. "^

CHAtoRE IL

3>e l'évâliialîon de l'iddiffence

ÂRTKa^ I".

De l'indigence absolue et de l'indigence relative.

Y a-t-il au reste un type normal de l'indigence ? Ce type est-il certain, fixe, universel? où le saisir? à quels traits le reconnaître?

Il y a sans doute un dernier terme dç dénùment : celui où manquent à-la-fois toutes les nécessités de la vie. Il est tristement uniforme, car il équivaut à la mort elle-même. Les exemples en sont heureusement assez Tares, au sein de nos sociétés civilisées; c'est une exception au sein de la misère ellemême; c'est un accident passager. Car ce dénùment ne peut devenir une situation permanente. On voit où la misère vient expirer; mais comment marquer le terme où elle commence?

On convient, en général , que l'indigence consiste dans la

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privation des- choses indispensables pour la vie; reste à savoir quelles sont précisément les premières nécessités. Or, elles varient considérablement, stftant les ciireonstanees, le$ temps, les Heux, les ha))itudes; et, quoique diverses, n'èa sont pas Souvent pour éefo tonjétirs moins' impériei|8es.

Il n'y a pas d'indigei^ pafrmi les sauvages. Le sauvage vit ou meurt ; il n'est jamais précisément riche on pafitvre. La situation de tous les membres d'une telle communauté est à-peu-près la même ; leurs besoins sont uniformes , comme leurs ressources. Le sauvage est satisfait cependant dans une condition que le plus malheureux de nos indigens ne considérerait qu'avec effroi ; il ne connaît aucune de ces nombreuses sujétions que nous impose notre genre de vie ; il supporte la faim , la soif, la douleur, à un degré dont nous ne pourrions approcher ; il se contente d'alimens qui nous feraient horreur. C'est avec la civilisation que commence l'indigence proprement dite, parce que c'est elle qui crée les besoins. Vérité fondamentale de laquelle vont bientôt découler de graves conséquences ! Avec lesi progrès de la civilisation , l'indigence crott aussi et s'étend; car, avec eux, les besoins se multiplient et déviennent plus impérieux. La même situation qui eût été considérée comme opulente au sein de la vie pastorale, devient presque désastreuse dans nos sociétés riches de tous les dons de l'industrie. L'Arabe du désert vit dans l'abondance avec le lait et les dépouilles que lui fournissent ses troupeaux ; les Francs , nos aïeux , vivaient gatment sans avoir un loyer à payer, des irais de chauffage , d'éclairage à supporter j le bourgeois du moyen âge était beaucoup moins bien logé , nourri , vêtu, que ne le sont aujourd'hui la plupart des pauvres de nos villes. . N'attribuez pas seulement cette augmentation des besoins aux progrès du luxe,. à l'amollissement des mœurs; elle a aussi de plus nobles causes. Sous le soleil bienfaisant de la civilisation , l'existence de la créature humaine se développe et s'étend ; le goût s'épure, les sensations deviennent plus délicates ; l'homme s'élève en dignité ; les besoins moraux réa -

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