‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 4 sur 80 · XVJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVJ INTRODUCTION

<c distribution des secours sera confiée à des personnes aisées, ce consciencieuses , choisies par les bourgeois. En adoptant « un tel système , on assurera aux pauvres un secours régucc lier , leurs enfans recevront une bonne éducation, ils évitea ront et Thumiliaiion , et les tentations ; les fainéans seront ce obligés de travailler; les vagabonds ne porteront plus, de (c lieu en lieu, la contagion des maladies et des vices; les perce sonnes charitables auront la certitude du bon emploi de ce leurs aumônes. y>

Ainsi , dès le milieu du xvi*" siècle, s'agitaient déjà entre deux moines espagnols , précisément les mêmes controverses qui occupent et partagent encore aujourd'hui les moralistes, les économistes et les administrateurs, et qui fixent Fattention publique, sans être encore définitivement résolues.

A-peu-près vers la même époque, Weitz publiait, à Anvers, un écrit dans lequel il recommandait l'institution des secours à domicile, pour prévenir la mendicité. (1)

En Angleterre, la nouvelle législation introduite par le célèbre bill de la U^^ année d'Elisabeth, les modifications successives qu'elle n'a cessé de subir, les discussions parlementaires auxquelles elle adonné lieu, ont faitéclore, depuis deux siècles, un grand nombre d'écrits, où cette matière a été traitée avec développement, et des plans de tout genre sur le régime des secours publics. Nulle part les questions qui se rattachent à ce sujet n'ont été plus approfondies. Mais elles y ont été essentiellement traitées sous un point de vue local ; et les écrivains du continent qui les ont plus tard étudiées dans les ouvrages anglais, n'ont point assez tenu compte de cette circonstance; ils ont ainsi trop facilement généralisé des considérations spéciales à l'empire britannique , et qui n'étaient applicables tout au plus qu'en partie, aux autres «tats de l'Europe.

Dans le tableau des auteurs qui ont tour-à-tour traité ces

(1) De continmdis çt akndij domi pauperibus^ 1602.

INTRODUCTIOir. XVÎj

împoflantes questions, nous voyons figurer les plus grands noms de TA^igieterre, panodi ses littérateurs, ses philosophes, ses hommes d'état, ses jurisconsultes.

 leur tête parait rfmmortel Shakspeare qui, à Tùge de 17 ans, publia un Examen des reclmnations faites par quelques-nm» des compatriotes de nos jours (tel est le titre de son écrit") (1) ; ce qui annonce que dès-iors ces questions agitaient les esjprits. Il exprime le vœu de voir le travail encouragé par des rémunérations, plutôt qu'imposé par la con* trainte.

L'illustré chancelier Bacèn, dont le vaste génie a embrassé toute la sphère des connaissances et des institutions humai- ,9e^,'et en a^révules progrès avec un, coup-d'œil en quelque 'sorte prophétique^ Bacon a, dans quelques lignes (2), indiqué le principe du perfectionnement dont le régime des secours publics serait susceptible, et dont la recherche a excité une si noble ardeur parmi les écrivains anglais de ces derniers? temps. Lord Haie, vers le milieu du xvii** siècle, a, le premier, si nous ne nous trompons, esquissé et proposé un plan systématique pour atteindre à ce but; à-peu-près vers la même époque, Andrew Yarrington jeta quelques idées sur ce sujet; Thomas Firmin, dans deux lettres à Tarchevêque Tillotson signala l'éducation du travail comme le meilleur préservatif contre l'indigence ; Sir Josiah Child, en provoquant la réforme des lois anglaises sur. les pauvres, cotiseilla d'instituer une magistrature ou un patronage qui, sous le titre de pires des pauvres, aurait réuni à une tutelle protectrice, à une direction éclairée et bienveillante, une autorité analogue à celle des juges de paix de la Grande-Bretagne ; des sociétés

(1) Publié en 1581, et réimprimé en 1751, cet écrit a été cité par le Monthiy Review^ et par Thomas Ruggles, dans son Histoire des pauvres; lettre 1&

(2) Ce passage se trouve dans une lettre à Jacques Vy renfermant son avis sur la lettre d*un M. Sutton (voyez VHistoire des patipres, par Thomas Ruggles; lettre 1.

XViij INTRODUCTIOK.

établies dans les divers comités, eussent présidé à la dispen* sation des secours publics et à l'éducation des indigens (1). Vers la ^fin du même siècle , le docteur Davenant provoquait aussi avec énergie la réforme de la législation anglaise^ et ap^^yait ses critiques de faits et de calculs qui jettent une précieuse lumière sur le nombre et la condition des pauvres, à ceUe époque, dans le royaume pour lequel il écrivait.

Ce fut alors aussi que le philosophe Locke, qui a été aussi FuD des fondateurs de l'économie politique dans les temps modernes, fut appelé à traiter ce sujet au nom du comité de commerce dont il faisait partie. Le comité lui confia le soin dé rédiger son rapport sur les résultats de Tenquéte ordonnée par le roi Guillaume à l'égard de la législation des pauvres ; il porta dans ce sujet des vues philosophiques conformes à ses études habituelles; il lui imprima en même temps ce caractère de sagesse pratique qui était dans la nature de son esprit. Il avait acquis par cette enquête, par un examen des faits et par un grand nombre de preuves, la conviction que la cause la plus féconde de la pauvreté est dans les désordres de la vie et le dérèglement des mœurs ; il exprima énergiquement cette conviction ; il indiqua , comme le préservatif le plus efidcace , des améliorations dans l'éducation populaire* Il proposa donc d'instituer a des écoles de travail, auxquelles « seraient tenus d'assister tous tes enfans des pauvres inscrits a au registre des secours de la paroisse, au-dessus de B ans « et au-dessous 4© 14, lorsqu'ils vivent chez leurs parens, et « lorsqu'ils ne sont pas occupés d'ailleurs à travailler avec « ceux-ci, toutefois, sous la permission de l'inspecteur des « pauvres (2). » Locke supposait avec raison qu'un père et

(1) Ce* 3 ouvrages ont paru de 1776 à 1781. — Voyez V Histoire cîdessus citée ^ leUres 11 et 12.

j^(2) Cet intéressant Mémoire présenté en 1687 J était resté en partie inconnu. Il n'a été découvert en entier qn*un siècle plus tard ^11 a été-cité dans quelques ouvrages sur les pauvres, publié à Edimbourg, en 1787 , et dans

inTaûppcTiojs; :ûl

une mère en bonne santé peuvent se soutenir envmêmc^ ^vep (leux enfans en bas âge, par le seul produit de leur travail ; qu'il est rare de voir dans une famille plus dedeu:^ ^nfans ai)dessous de 3 ans. Ses écoles de travail, ou les enfans auraient été nourris, étaient dans son plan un cadre auquel on eût fait entrer facilement toutes les conditions d'une l)onne éducation intellectuelle, industrielle, morale et religieuse,

Les mêmes vue&se reproduisent dans un écritpubUé en 170Û par John Cary (1). Il remonte aux sourcj^da l'indigence, }es découvre dans les vicieuses habitudes des pauvres ; il en invoque la réforme,' et se plaint de la faveur que le fisc accorde à la multiplication des cabarets. Il veut investir les inspecteurs des pauvres d'une autorité publique, d'une juridictiop civile et de police. L'auteur de Robinson Grnsoê, Danipl da Foë, adressa au parlement, en 1704, un mémoire ponant ponr titre: Faire Patimone n'est pdg faire la charité'. Il signaiiB aussi la fausse indigence; ce n'est pas le travail qui manque, suivant lui, c'est la bonne volonté de travailler. La foule des indigens, ou se prétendant tels, était alors très considérable en Angleterre. De Foë nous apprend que la reine Elisabeth, frappée du spectacle que lui offrait une foule de misérables, s'écriait fréquemment : pauper ubiquejacet.

Il ne pouvait, certes, être conçu une plus noble . et plus juste pensée que celle qui associait ainsi les initérêts 4^ bonnes mœurs au^ vues de la bienfaisance^ qui cherpbi^t dans l'amélioration de la classe inférieure de Ig i^ciété, 4ajHy3

VBistoire des pauvres, par Sir MorlOQ Edeo » ât dans ceU« de Thoqias Ruggle» (lettres xxxiii et xxjliv ) ; il a été reproduit de nouveau daos les rap^M^ présentés en 1817 et 1818, à la chambre des communes d*àngleterre, par le comité chargé de l'examen des lois sur les pauvres (p. 44 et suivantes).

Ces deux documens ont été traduits en français; le premier a été inséré dans la collection publiée par Duquesnay , d'après les ordres de François de ïïeuchâteau.

(1) Essai sur le commerce de la Grande-Bretagne; cet ouvrage est citép^ Burn , par sir Morton Edenî, par Thomas Kuggles.

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