XX INTRODUCTION
les secours de Téducation, le plus puissant préservatif contre la misère. Elle rencontra cependantdes contradicteurs. Dans leur nombre âgure Fauteur de la Fahle des abeilles. Maideville. En repoussant les améliorations proposées par les moralistes, il va jusqu'à s'élever contre, la pensée alors domi-
. nante d'ouvrir des écoles pour les pauvres ; il ne veut permettre de leur enseigner que le travail mécanique et manuel. C'est en leur refusant les dons de l'intelligence qu'il ose leur
. promettre une subsistance tout animale, système impie qui outrage l'humanité. ^
Les vues de Locke n'en ont pas moins trouvé de dignes représentaus dans plusieurs écrivains du dernier siècle. Le célèbre romancier Fielding, qui exerçait d'ailleurs les fonctions de juge à Middlesex , en cherchant à procurer du soulagement aux pauvres, « cherchait les moyens de réformer leurs vices (1). David JMorrice, Goodschall (2), réclament des mesures qui préviennent les funestes séductions des tavernes et des autres pccaslons de débauche. Plus récemment encore , M. William Davis (3) , en présentant des vues pratiques pleines de sagesse sur les moyens d'améliorer la condition des classes inférieures de la société, les appuie sur l'autorité de l'expérience et sur le concours de nombreux témoignages fournis par des hommes dévoués eux-mêmes à l'exercice d'une bienfaisance éclairée; le plan de Locke se reproduit sous sa plume avec de nouveaux développemens.
Cependant, un autre ordre de recherches s'ouvrait; un théâtre plus étendu s'offfait aux investigations par les travaux du vénérable Howard; Howard, le héros, le martyr de l'au-
(1) Proposition pour 'venir efficacement au secours (les pauvres; écrit publié en 1763.
(2) Pian de police provinciale et paroissiale , pubUé en 1787. (zynints to philanthrcpists, By William Davis. Batb, 1821.
On trouve dans cet écrit la correspondance de l'auteur avec M. Tbomas Bernard , Fun des plus zélés collaborateurs de la société pour a^iéIiorer Fétat des pieuvres.
IKTRODUCTION. . .'}Uy
guste science qui préside aux établissemens dliuinaiiité. Howard explorait FEurope, Tisitait jusqû^au LeTaui, étudiant ces établissemens dans leurs détails, récueillant les gémissemens du malheur, observant de ses propres yeux les moyens employés pour le soulager, en appréciant Tefficacité, rassemblant la plus grande masse de faits comparés qui ait jamais été moissonnée par un seul homme, en formant la base de Tâstes comparaisons; il expirait en Crimée, victime de son dévoùment, au milieu d'une épidémie (1). Eclairés par cette nouvelle lumière, les hommes occupés d*études philantropiques, comprirent que ces études aussi devaient trouver dans l'expérience leur plus solide fondement, et qu'au dessus des questions relatives à la législation spéciale de l'Angleterre, il y avait une science générale et positive , capable de résoudre ces questions elles-mêmes d'une manière plus cettSLÎne.U Histoire des pauvres fat considérée comme le préliminaire naturel et indispensable de toutes les théories sur le système des secours publics. Le docteur Bum, auteur du recueil si estimé en Angleterre sous le titre du Juge de paix, en traça le premier essai , en 1764 ; plus tard, sir Morton £den et Thomas Ruggles l'ont complétée -, tous se sont renfermés dans les souvenirs et la législation de leur patrie. Ces trois écrivains ont apprécié en les rappelant les travaux de leurs devanciers, discuté le mérite ou les inconvéniens des lois anglaises sur les pauvres ; tous trois, en s'élevantà des considérations générales, ont jeté une vive lumière sur les importantes questions qui intéressent également les nations civilisées. Les nombreuses enquêtes qu'a successivement ordonnées le parlement d'Angleterre pour éclairer ses délibérations si souvent renouvelées, relativement aux lois surjles
(1) Voyez la vie d'Howard , par Aikins ; elle a été traduite en français , par Duquesnoy et insérée dans le recueil que celui-ci' a publié par ordre de François de Neuchâteau^
Vouvrage d'Howard sur les lazarets est également inséré dans ce recueil^
IXlj IJSTRODtJCTïOlï.
pauvres, dtlt rassemblé une masse de faits , immense par ëon Volume, mais assez confuse, et moins instructive qu'elle n*eût pu rétre, faute de méthode.
Le traité, si justement admiré, d'Adam Smith, sur la richesse des nations, l'essor qu'a pris, depuis son apparition, la science de l'économie politique en Europe, a donné, en Atigletetre, ettine nouvelle impulsion, et une autre direction àUx études qui ont la pauvreté pour objet. Le rapide développement de Tindustrie manufacturière, l'accroissement toujoUf s progressif de la charge que la taxe des pauvres faisait peser sur les contribuables, ont concouru également à feirô chercher dans les lois qui président à la formation et à là distribution des richesses, la solution des questions relatives aux pauvres. Les élémens moraux de ces grands problèmes oht paru y occuper une moindre place ; leurs élémeus matériels en ont pris une plus considérable. Le rapport des salaires avec le prix des objets de première nécessité a particulièrement fixé l'attention d'Adam Smith. Après avoir pt)Sé en principe que les gages d'un homme de travail doivent ibujoUrs, non-seulement fournir à son entretien, mais encore lui pl^ocurer, en certains cas, les moyens d'élever sa famille, il comj[>rend justement, parmi les nécessités de la vie, celles que les lois delà décence, établies par les usageslocaux, imposent aux )i)auvres eux-mêmes. Le salaire des ouvriers dans la Grande- Bretagne lui semble évidemment supérieur à ce qui leur est istrictement nécessaire pour élever leur famille. Le révérend ïhownsend estime que la classe des journaliers manque d'activité pour le travail, et d'économie ; il accuse la taxe des pauvres d'entretenir ces funestes dispositions ; elles ne se dissiperont, suivant lui, que lorsque cette classe ne se verra plus de secours assurés et lorsqu'elle sentira l'aiguillon du besoin. Adoptant, sur ce point, les idées d'Ackland, il voudrait que les dépôts pour former un fonds de prévoyance fussent exigés des hommes de travail comme une contribution obligatoire ; préludant aux idées de Malthus, il s'alarme sur l'excès de la
nmoDucnoir. xxiq
population ; TÂngleterre lui paraît renfermer déjà plus d'babitans qu'elle ne peut^ en nourrir, en employer. Le baron Mazères, Haweîs, Vancouver, combinent divers plans pour soumettre aussi la prévoyance à Tempire d'une contrainte légale, système qu'a fortement appuyé le célèbre Burke, sans pouvoir le faire admettre par le Parlement. William Young range parmi les causes de Tindigence dans la Grande-Bretagne, l'agglomération des petites propriétés rurales en grosses fermes. Le révérend Howlet nie Tinfluence que Locke et les écrivains cités plus haut attribuent aux déréglemens des mœurs sur les causes de* l'indigence ; il ne consent à reconnaître d'autre cause que la disproportion qui existe, suivant lui, entre le prix des provisions etlesalaire du travail. L'introduction des machines dans les opérations industrielles lui paraît un remède favorable pour atténuer ces inconvéniens. - Les plaintes qui s'élevaient de toutes parts en Angleterre sur Faccroîssement de la taxe des pauvres, sur le vice des lois relatives aux secours publics, et de celles qui concernaient les céréales, la multiplication apparente des indigens, la multiplication réelle des familles admises à Tassistance, les appréhensions sur l'insuffisance des salaires, sur Taccroissement de la population, tous ces sinistres présages qui avaient déjà, comme on vient de le voir, préoccupé fortement plusieurs écrivains, ont surtout frappé l'imagination de Malthus, et ont fait naître ce système brillant et célèbre que l'économiste anglais a développé avec un si rare talent. Riche de laits curieux, d'observations neuves, semé de vues ingénieuses, opposant aux doctrines qu'il veut combattre des ar-' gumens pleins de force, habile dans l'art de distribuer et de coordonner les objets pour les faire conspirer aux mêmes fins, Malihus devait exercer un grand prestige. Les alarmes dont il était l'écho, il les a redoublées, les a fait retentir au loinj la terreur même qu'il a répandue a encore servi à son succès. Mais« esclave d'une idée dominante, l'auteur de l'i^sai sur la paptUeiùm^ s'y abandonne sans réserve ; en com-
XXiv IKTBODUCTIOIC.
battant des eiagératîons, il se livre à des exagérations coutraires ; à des vérités utiles, il mêle des aperçus qui ne sont que spécieux ; et, pour vouloir en tirer des applications absolues, il en fausse les conséquences. Partant de cette supposition, que Texcès de la population, sa disproportion avec Foffre du travail et avec les moyens de subsistance, sont la cause générale et ordinaire de l'indigence, il voit dans la charité publique, dans la certitude d'une assistance garantie par la loi, un nouveau moyen d'accroître le mal, en voulant y remédier. Il invoque la contrainte morale pour arrêter , la multiplication et la fécondité des mariages (1). Ses propositions sont admises par quelques esprits comme des axiomes mathématiques; ses disciples en outrent encore Tapplication, comme il arrive presque toujours; plusieurs écrivains du continent, les adoptent aveuglément, sans examiner si, justifiées à quelques égards par quelques circonstances spéciales à Tétat présent de la Grande-Bretagne, elles ont une valeur universelle et permanente ; l'effroi gagne de proche en proche ; il s'empare de ceux-là même qui n'ont point adopté le système de Malthus : les uns s'effraient des progrès de l'industrie, de l'introduction des machines, de la formation des grandes entreprises ; d'autres , de l'extension que prennent les villes ; d'autres, de l'hospitalité accordée au malheur, des secours mêmes qui sont préparés au dénûment, aux infirmités, à l'enfance, à la vieillesse.
Parmi les écrivains qui se sont rangés sous la bannière de Mallhus, il en est cependant qui ont modifié et restreint sa théorie, qui ont plus ou moins réformé les écarts. A leur tête se place le respectable docteur Chalmers. Jetant sur l'état présent des études philantropiques un coup-d'œil vaste et profond, il a signalé le divorce qui venait de s'introduire entre l'économie politique et la phllantropie chrétienne ; il a
(1) PoMcal justice; in-8., 2* édition, B. viii, chap. 8, 0, elc. Ussai sitr la popidation ; liv. iv , c)iap. 1, 6, 6> 7, 8.
UCTHODUCTIOJC. XX9
entrepris de réconcilier ces deux ordres de doctrines; il a montré le besoin qu'ils ont Tun de Fautre y TimperfectioD inévitable qu'ils ont subie en se séparant ^ il a rappelé les principes qui leur sont communs^ et, par cet heureux rapprochement, il a servi à-la-fois les intérêts de la science et ceux de Thumanité. Envisageant sous un nouvel aspect le beau sujet de l'influence exercée par le christianisme sur les institutions de bienfaisance, il a fait voir dans sa propre vie, non moins que dans ses écrits^ comment les établissemens ecclésiastiques servent de canal naturel aux influences les plus salutaires, pour les répandre dans tontes les classes de la société. Ministre lui-même du culte chrétien, il ajustement apprécié l'état présent de la société et les besoins moranx qu'elle éprouve. Pendant que, du haut de la chaire évangélique, son éloquence pastorale éveillait dans les âmes les sentimens d'une piété solide et pure, etlesdirigait aux vertus pratiques convenables pour les diverses situations et professions de la -vie humaine, pendant que dans l'exercice de ses fonctions pastorales, il se dévouait à la direction des œuvres de piété, il tirait dé son expérience pratique des vues fécondes sur les sciences économiques. Partisan déclaré du système de Malthus, il a reconnu ^cependant l'impuissance des seules leçons abstraites, pour opérer les prodiges qu'invoque l'auteur de V Essai sur la population, et la lîécessité d'agir sur les mœurs populaires, en pénétrant dans les âmes, en réglant les habitudes. Souvent prolixe, mais donnant un prix singulier à chaque détail par l'esprit d'observation qu'il y déploie, et par l'utilité pratique qu'il en retire, avec quelle habileté le docteur Chalmers ne décrit-il pas tous les ressorts de l'organisation convenable pour exercer l'action qu'il recommande! avec quelle autorité d'expérience et de raison ne démontre-t-il pas la nécessité de localiser, de spécialiser, d'individualiser l'application des divers modes de secours ! combien on aime à lui voir révéler les immenses avantages qui découlent des relations de bienveillance qu'une charité intelligente et acj
XlVj IirT&OOUCTION.
tWe établit entre la classe aisée, la classe indigente et les moyens de faire fructifier ce touchant commerce. Son traité; U est vrai, est essentiellement destiné à TÉcosse ; il a principalement pour but les établissemens philantropiques dans les grandes villes, la marche à suivre pour les ramener, par une division de quartiers, au régime des communes rurales : les personnes vouées au service des pauvres, dans tous les pays, n*y puiseront pas moins une extrême abondance de conseils propres à les diriger dans leurs honorables travaux. (1)
Le paupérisme, ce nouyeau fléau annoncé par Malthus 'et son école, comme menaçs^nt de ses ravages le monde civilisé, est défini avec précision par le docteur Chalmers, et distingué de la pauvreté proprement dite, ce La pauvreté , dit-il , est c cet état dans lequel un individu est incapable de se procuc rer par lui-même la subsistance de sa famille ; le paupéce risme est l'état dans lequel un individu a la faculté de sup- « pléer à ses besoins, sur un fonds public légalement affecté à ce cette destination (S) y>. Il adopte la dénomination d'assistance légale^ pour ce régime de secours garantis, et lui reproche d'éteindre la charité. L'économie chrétienne apporte donc, suivant cette doctrine, les plus vrais remèdes aux maux de lliumanité, par l'exercice de la charité, parla réformation des mœurs, par l'appui qu'elle prête aux principes naturels qui doivent entretenir l'activité individuelle et la bienveillance réciproque. (3)
On connaît les critiques qu'a rencontrées, les épreuves qu'a subies le système de MalUius, et le jugement à-peu-près définitif qui a été prononcé par les hommes éclairés sur plu-
(1) The Christian and civil econamy of large towns, Glascow , 1821 ; 3 volumes.
On consulte aussi avec fruit récrit, du même auteur, intitulé; Considéra^ tionson t fie System ofparochial Scfiools in Scotlandj and on the adsfantage of establishing them in large towns,
(^) Ibid, t. II, chap. x, p. 62.
(3) Ibid. ma. p. 56 à 68.
lATAOBUCflOir. xxvij
sieurs de ses branches. Il suffira de rappeler ici quelquesunes des principales doctrines qui se sont trouvées en opposition avec la sienne , sur les questions relatives aux pauvres. L'une des plus remarquables nous paraît être celle qu'a développée M. Th. Pérégrine Courtenay, en discutant les projets de réforme pour les lois anglaises sur les pauvres (1). En présentant un tableau rapide et comparatif de la législation des divers pays de l'Europe sur ce sujet , l'auteur accorde une préférence marquée à celle de la Hollande et à celles de l'Ecosse, entre lesquelles il aperçoit Une grande analogie; il accuse d'e^cagération les Reproches qui ont été adressés à celle de l'Angleterre. Il voit dans l'accroissement de la population l'effet et le symptôme de la prospérité publique : « Proa duite par la diminution de la mortalité , elle est, dit-il, «c un bienfait pour le pays , un bienfait dû en partie aux (c lois (2). D 11 justifie la foveur accordée aux mariages dans l'intérêt des bonnes mœurs; il ne s'inquiète point des prétendus dangers qbi lui ont été attribués. Les secours répandus sur les pauvres ne lui paraissent point stériles pour la Hchesse publique, a Les dépenses publiques sont aussi un « instrument de production, de circulation ; elles accroissent tt la prospcrilé sociale ; le pauvre aussi est un consomma^ « leur » (3). En rectifiant ainsi quelques propositions accréditées par des auteurs contemporains , M. Pérégrine Cour^ tenay n'a garde d'approuver l'effet produit par la taxe des pauvres, pour arrêter l'élévation naturelle des salaires. (4)
Un économiste récent dont les travaux ont obtenu un haut ^egré d'estime, M. Mac-Culloch, quoique partageant , sur le principe de la population, les opinions émises par Malthus, a repoussé une partie des reproches si nombreux et si graves
(1) Treatîse uponthepoor laws- London, 1818.
(2) Ihid. sect. ï^, p. 12 à 14.
^3) iMd, sect, VI , p. 'J 9 et suivantes. (4) lèid. sect. v, p. 103.
Uviij IICTRODUGTION.
qui onl élé adressés aux lois anglaises sur les pauvres ; il a justifié le développement de l'industrie manufacturière ^ Tintroduction des machines, contre les préventions qui déjà les accusaient de multiplier les indigens (1). Il a répandu de nouvelles lumières sur les questions relatives à la production, au taux des salaires, aux causes et aux effets de la pa\ivreté. Il voit dans l'établissement d'un régime assuré et obligé de secours publics , et la garantie de la paix publique , et Faccomplissement d'une dette sociale (2). Il reconnatt et pro* clame du reste la puissance des institutions morales, pour prévenir et tempérer les maux de l'indigence \ non qu'on doive beaucoup attendre, dit-il, de l'instruction ordinaire donnée dans les écoles; mais en procurant aux enfans de la classe laborieuse une éducation qui développe leurs facultés , qui dirige leur conduite, et qui leur inspire la prévoyance. (3)
Cependant la sphère des études relatives aux fléau de l'indigence s'agrandissait de jour en jour; déjà elles s'étaient étendues sur le champ de la politique \ elles faisaient même natlre d'importantes questions sur le fondement des institutions sociales, où se trouvaient invoquées ces graves discussions. Les systèmes d'égalité dont Waliace avait été le premier promoteur s'étaient reproduits sous une nouvelle forme dans la Justice politique de Godwîn ; disons mieux : iiiX^MWrépuhlique même' de Platon qui semblait revivre en partie dans le nouvel idéal conçu par cet auteur , qu'il n'hésitait pas de proposer à nos sociétés modernes. Tous les maux de l'humanité ne sont , dans ce système, que la conséquence du vice des institutions sociales , et spécialement des lois sur la propriété et sur la famille. Répartissant donc et les biens de la terre , et les dons de la fortune , entre tous les individus ,
(1) Principles ofpoUtical Economy, 2* édition; Londres, 1830.— l'*partiechap. 6 et 7, p. 160, 181.
(2) Ibîd. 3" partie , chap. i, ii et m , p, 362 , 377 , 400.
(3) Ibïd. Ibid. chap. iv , p. 423.
ITTKODUCTIOK. XXil
sur une base égale; substituant à l'empire de llntérèt personnel, le lien de la bienveillance réciproque , le système se flatte d'avoir à-Ia-fois tari les sources de la misère, étoufle dans leur principe, Tenvie , la méchanceté et la vengeance. Godwîn était sincère; séduit par le charme des tableaux que lui retraçait son imagination dans le champ libre qu'il s'était créé , Godwîn a exercé aussi* un magique pouvoir sur l'esprit de quelques-uns de ses lecteurs ; il a eu plus que des adeptes; il a eu des enthousiastes. On sait que le désir d'arrêter le cour de cette contagion , fut un des motifs qui fit prendre la plume à Malthus; il explique même ime partie des erreurs de ce célèbre économiste; c'est ainsi que souvent les exagérations contraires s'excitent mutuellement en présence l'une de l'antre. Les idées réssuscilées par Godwin ont survécu aux critiques de Malthus , à Godwin lui-même : elles ont encore reparu de nos jours , rajeunies , diversement transformées , moins hardies , mais plus sérieuses peut-être.
Ne nous étonnons point de voir un grand nombre de publicistes, et des hommes d'état éminens, se livrer, dans les Iles Britanniques , à l'examen d'un sujet qui se liait ainsi aux premiers intérêts de Tétat , qui occupait une part si essentielle dans la législation et qui occupait si fortement l'administration publique. Une suite de bills ont été pendant près d'im siècle successivement présentés au parlement d'Angleterre. Hay , membre de la chambre des communes (1) , le comte HUlsborough (2), sir Richard Lloyd Furner (3), lord Eames (&), Akland, Gilbert , William Young , Whitebread , lord Brougham, entre autres^ ont soumis au parlement, et presque toujours avec peu de succès, des plans divers de réformation ou d'amélioration ; mais aucun n'a fixé l'attention générale à un
(1) En 1736.
(2) En 1763.
(3) En 1760.
(4) En 1774.
TPn INTRODUCTION.
aussi haut degré que celui dont l'illustre Pitt le saisit , en 1796 (i). Ce projet était en partie emprunté à celui de Gilbert; Pitt l'avait préalablement communiqué à une réunion d'hommes voués à l'ei^ercice de la bienfaisance ; il avait pré- * Gisement consulté Thistorien des' pauvres, Thomas Ruggles. Son plan embrasse l'instruction et remploi des pauvres , le domicile des assistés, la distribution des secours, la surveillance; il se rencontre avec Locke dans la création des écoles de travail ; il pose comme une règle fondamentale que ce tout a pauvre en état de travailler , qui refuse le travail , perd a son droit aux secours (2). )> Pitt n'obtint pas près de la législature, plus de succès que ses prédécesseurs. Sir Morton Eden critiqua lui-même ce projet , n'y vit d'autre résultat certain qu'une augmentation de dépenses et des inconvéniens de divers genres, et lui reprocha de trop accorder à l'arbitraire. (3) Jérémie Bentham , dans une esquisse qui est elle-même un ouvrage assez étendu (/i), a embrassé ce sujet dans tous ses développemens, et sous un point de vue plus général. Les classifications méthodiques, les analyses ingénieuses, les vues origmales abondent dans ce travail d'un esprit vaste, perçant et singulier. On écoute avec intérêt, avec fruit, les observations de fait qu'il a recueillies ; on applaudit souvent aux principes qu'il établit, aux conseils qu'il donne. On aime à le voir, ' à côté de règles sévères pour la répression de la mendicité, solliciter diverses douceurs, et même des plaisirs pour le pauvre. Mais, en cette matière comme en beaucoup d'autres, oni^e peut suivre dans le domaine de la réalité pratique, ce grand apôtre de l'utilisme; on ne peut rien voir d'applicable dans ce
(1) Sonjplan, en 130 articles, porte pour titre: Bill pour améliorer l'assistance et l'entretien des pauvres,
(2) y oyez Tarticle 36 du projet de Bill.
(3) "Voyez X état des pauvres ^ livre ii, cbap. 1*^.
(4) La traduction de V esquisse d^un ouvrage en faveur des pauvres a été insérée dans le recueil publié par Duquesnoy, et eu compose le t. vii%
IliTKOBUCTIOIf. XVHÎ
projet d'une compagnie unique et générale, qui, à Taide d'un seul fonds , se chargerait de l'entreprise des secours publics ; dans l'attribution d'un pouvoir coercitif dant il investit cette compagnie; dans le mérite exclusif et absolu qu'il attribue aux maisons de travail , comme remède à l'indigence. (1)
Le bill qui , en 183/i , est venu enfih modifier la législation anglaise sur les pauvres, sera l'objet d'un examen spécial dans le cours de cet ouvrage ; il a été lui-même précédé et préparé par de longues discussions, des investigations nombreuses et des rapports très instructifs. (2)
Si, dans cette riche moisson d'écrits sur le régime des secours publics que nous offre la Grande-Bretagne , nous revenons maintenant à ceux qui réunissent au mérite des vues théoriques, l'utilité des applications positives, nous retrouvons sir Morton Eden , Thomas Ruggies , qui déjà ont attiré DOS regards comme historiens de la pauvreté; nous saluons surtout le respectable MacCarland, l'auteur des Recherches 9ur les pauvres {Z), Nul écrivain n'avait jusqu'alors exploré avec autant d'étendue le domaine de cet art salutaire qui cherche à soulager les maux de l'indigence. Nul n'avait apprécié avec autant de soip l'efficacité des remèdes, dans leurs rapports avec la condition et les besoins du pauvre. Son plan se résume en six principaux moyens : une police sévère; une organisation de surveillance ; une administration charitable,
(1) Ihid. Ibid,, p. 34, 35, etc.
(2) Parmi les nombreuses discussions qu'ont fait naître les travaux parlementaires sur les lois relatives aux pauvres y on pourrait citer celle qui s^est
.élevée réeemraent entre deux menlires de la diambre Àes communes oonnaf , dans le monde politique, par la couleur prononcée de leurs opinions, MM. Cobbett et Hume. M. Hume s^est constamment opposé à rintroduction en Irlande , des lois anglaises sur les pauvres, tf. GoUbeU s*eBt déclaré l'apologiste de ces lois (voyec \bGaliguanV4 Mesêenger, 4 février, 1834).
(3) L'ouvrage a été traduit en français et inséré en entier dans le reouei^ , . ^blié par Dusquesnoy , d'après les ordres de François de lïeafchàtean ; il en
forme le t. yi.
XXXÎj INTRODUCTIOIÎ.
guidée par des règles jadicieuses; la ^séparation des vrais pauvres et des faux indigens ; une répression de la fainéantise et du libertinage par des établissemens de travail et decorrection (1). Cet ouvrage a été , avec raison, considéré^ comme classique. On consulte. aussi avec fruit Samuel Ci^umpe , John Masson Good , etc. L'abondante collection de mémoires publiés par la Société pour améliorer le sort des pauvres^ renferme une foule de documens variés, d'exemples précieux, de détails pratiques (2). On regrette qu'elle n'ait pas été plus long'temps continuée. Le Philantropistej également interrompu, était aussi une sorte de bibliothèque universelle, à l'usage des amis de l'humanité.
Les études relatives à l'art sacré de la bienfaisance n'ont pas été cultivées avec moins d'ardeur et d'émulation, en Aile* magne, depuis deux siècles. Elles y ont été embrassées d'un point de vue éminemment moral ; elles y ont pris un caractère systématique et scientifique qui est propre aux écrivains de cette contrée de l'Europe; les travaux qu'elles y ont fait éclore offrent, dans leur richesse , une extrême variété.
La. seule bibliographie des écrits publiés sur ces matières a fourni, en Allemagne, le sujet de plusieurs ouvrages, a enrichi plusieurs collections. Ce ne sont pas de simples catalogues : ce sont des notices, le plus souvent raisonnées, critiques, méthodiques. Ainsi, par exemple, Winkelmanna donné celle des écrits relatifs aux secours publies en faveur des pauvres et des malades, jusqu'en 1800 (3); en la classant d'après les établissemens, dans les divers états de l'Allemagne. Ainsi , WeÊer a joint à des recherches d'un mérite remarquable, sur la police des pauvres, des notes bibliographiques qui leur don-
Ci) Yoyez spécialemeiit les chap. m et v;
(2) Elle a été aussi insérée dans le recueil ci-dessus cité, et eUe en occupe plusieurs yolumes.
(3) lÀUeratwr der œffentUchen Arment und Krankenpflege in Deutschland, (Hanover, 1802.)
' iNTKODucTioir. xxxiij
nent lui nonveaa prix (1). Le pasteur Wagemann , dans soa zèle infatigable poar les progrès de la bienfaisance publique, a enricbi de notices développées le ^Magasin pour l'industrie et le soin des pauvres (2) , son Recueil de matériaux sur le même sujet (3) ^il les a éclairées par ses propres obr servatioDs et par les lumières de son expérience. Grûmer et Hardeben en ont rassemblé un faisceau abondant, dans leurs archives pour la police de sûreté et Taduninistration des pautfres (Ji). L'estimable docteur Friedlander (5) qui , en 1804, avait esquissé, en Allemagne, une Histoire dès établissenieus relatib aux pauvres, a fait imprimer à Paris, en 1822, avec ce CQiip*d'œil historique , une bibliographie méthodique des ouvrages publiés en Allemagne sur les pauvres (6). C'est un résumé fort succiACt, mais qui, sous un très petit volume, renferme une rare abondance de renseignemens. L'encyclopédie de Krïmitz a rassemblé dans une foule d'articles sur les diverses institutions d'humanité , des indications sur les écrivains «[«1 s'eu sont occupés. M. le docteur Julius , si connu en Europe par ses belles leçons sur les prisons (7) , a , pendant plusieurs années, réuni aux documens dont il composait ses annales , des' extraits d'ouvrages, des descriptions,
(lySUuttswiiihfchaftlUJter Fersuch uberdas Armen-fFesen und die Armen- PoUzey (GœtUngue , 1807).
(2) Gœttingisches Magazin, zur Industrie und Armenpflege (GœUiogue^ X780, 6 T<^.; Hanovre 9 1802).
(8) Gœttingue, 1794.
(4) Wûrtzbourg, 1806, in-4.
(6) Nous avons eu le bonheur de le posséder à Paris, et la douleur de le Toir enlevé, par une mort prématurée^ à la science ^et à la philan- Iropie.
(6) Cet excellent homme fiit encouragé à faire paraître ce travail , par M. Benjamin Ddessert qui a contribué à tant de choses utiles, par ses exemples etses conseils.
(7) Nous attendons avec le plus vif empressement les résultats de ses ▼oya^ aux États-Unis et en Europe, qu'il s'occupe de publier et qui nous promettent unie riche moisson d'observations judicieuses.
XXIUV INTRODUCTION.
sur les établissemens relatifs aux pauvres. Quelques autres ouvrageS: périodiques ont été spécialement consacrés, en Allemagne, aux matières qui concernent Tindigence, ses causes et ses remèdes (1). Plusieurs de ceux qui avaient principale* ment pour objet la politique, la législation, la littérature même ont porté leurs tributs à ce grand intérêt de Thumanité (2). Un vaste catalogue dressé par M. Ristelhueber a rassemblé les titres et les dates des écrits qui y ont été consacrés dans les diverses contrées de FEurope , en présentant une rapide analyse de quelques-uns d'entre eux. (3)
Une seconde classe d'écrivains a préparé des matériaux pouf l'histoire des établissemens d'humanité, soit par des des- ' criptîons, soit par les informations recueillies dans des voyanges , soit par divers ordres de recherches. Les descriptions offrent, en général, le tableau d'établissemens locaux; en font connattre l'origine, les développemens, l'organisation (4). Un grand nombre d'associations bienfaisantes et d'adHiinistra^ lions des instituts philantropiques , ont d'ailleurs le louable usage de publier, chaque année, le compte-rendu de leurs opé-
(1) Le Magasin publié à Vienne par Klein; les Menschenfreundliche Blœtter, de Gall; les Beitrœge, de Wachs; le HaUisckes Wochenbkat zwn Besten der Armen, 1786 / etc., etc.
(2) Spécialement Vîntelîigenz-Blatt , de Leipzig; les Éphémérîdes pour rhumanité; la Revue mensuelle (Mona/wcAri/f) de Berlin; Ï^Gœttingische gtelehrte Anzeîgen^ les Annales publiées à Berlin, par Beckedorf ; le Journal de X Allemagne et pour V Allemagne ^ 1786 3 la . Gazette nationale, de l^echer, etc., etc.
(3) Wegweîser zut Litteratur der fTaîserqtflege , etc.; Cologne, 1831.
(4) Déjà , en 1684» se publient des réglemens sur les instituts de Francfort; en 1737, ceux dé Torgau; en 1743 à 1743, ceux du duché de Brunswick; en 1747, ceux de la Prusse; en 1775, Gerstlacher rassemble ceux du duché de Bade ; Gunther et le baron de Yoght tracent l'histoire des beaux établisseinens de Hambourg; de Seida et Landemberg, de ceux d'Âugsbourg; Klein, de ceux de Vienne. Ceux deLeipsick sont décrits en 1812; ceux du Schleswig et du Ilolstein, en 1821; etcv
INTRODUCnOF. XXX?^
rations. Parmi les recueils de dispositions réglementairet qui pentent servir à lliistoire de la législation relative aux pauvres» se distingue relui que Berguis a publié, de 1781 i 1789, et qui comprend les réglemeos de l'Autriche, delà Prusse, du Brunswick, du Hanovre, de Hesse-Darmsiadt) du Mecklembourg el de diverses autres principautés de l'AUeniagne (1) ; après lui , le résumé publié par Hart*- Idben, depuis 1802. Parmi les collections philantropi-^ qaes se font remarquer celles de Nicolaï Andrae (2), ÙB liesse.
Après ce premier ordre de travaux bibliographiques, his«* toriques, statistiques, qu'on peut considérer comme une sorte de prodrome à la grande science de Téconomie charitable, se présente une vaste succession de recherches qui , pénétrant dans les élémens eux-mêmes de la science , ont approfondi spécialement l'origine de la pauvreté, les droits de l'indigenti la police des pauvres, le régime des secours publics, ou qui ont même embrassé l'ensemble tout entier de ces quatre su^ jets. Rappelons sommairement ce qu'elles ont produit de plus remarquable.
En Allemagne, comme en Angleterre , c'est un philosophe qui, le premier , remonte jusqu'aux véritables causes de l'indigence*, en Allemagne comme en Angleterre, il découvre ces causes dans la corruption des mœurs. L'auteur du beau Traité sur la patience, Christian Garve , qui avait traduit pour l'Allemagne le célèbre ouvrage de Macfarland,y ajoint des observations non moins dignes d'une étude profonde C^). Hoogen , en suivant ses traces, a développe les mêmes vuesj il a signalé' les suites funestes qu'entraînent les vices de l'éducation, pour le bien-être de la classe laborieuse; celles qui naissent de Yl-
(1) Sammlung auserlesener deutschen Landesgeseize, etc. Francfort sur le Meîn.
(2) Berlin, 1782; 6 vols.
(3) Leipzig, 1785.
KXXVtij IJfTlLODUCTIOir.
le point de vue du domicile ; la plupart , comme Hoen (1) , Boeckler (2), Scharfif (3) , Basedow (4) , Mqratori (5), Rum- . pel (6) , Burdach (7) , se &ont attachés au fléau de la mendicité, pour indiquer les moyens/de le guérir ou de le réprimer. De Wifiterfeld' a étudié les obstacles qui paralysent Teffet daslois et des réglemens sur la mendicité et le vagabondage; Calperson , dans deux mémoires dont Tun a été couronné (S), a envisagé la mendicité dans les capitales et les grandes villes; de Noslitz^ Jenkendorff (9), Emmermann (10), 'l'ont observée dans les villages et dans les campagnes.
Parmi ces écrivains se distingue le bienfaisant chanoine de Rochow , que nous rencontrerons souvent dans l'histoire ^es établissemens charitables. Rochow , en caractérisant la condition di^ pauvre , a judicieusement distingué celle qui p'est encore qu'un danger de tomber dans la misère , celle qui constitue la misère elle-même. En signalant les funestes effets de la mendicité , relativement à Tordre public et aux intérêts généraux de l'Etat , cet homme de bien l'a également envisagée dans l'intérêt des pauvres eux-mêmes. Il l'a déduite avec de curieux détails ; il a di t cle mérite des remè-
(1) tieber dieMîttel, dîeBetteieî înStaaten undaufdem Lande abzustel" Un, Nurenberg, 1716. ' ^
(3) Unvorgreifliche Gedanken, etc, Nurenbcarg, 1716.
(3) Gewîssensunterricht von Abschaffung der Bettler, WiUeuberg, 1724.
(4) Basedow , si coimu par son 2èle ardent pour Tamélioration des écoles populaires. lia publié à Dessau, en 1772, un projet d'établissement pour prévenir la mendicité^ et Ta reproduit dans un écrit publié à Leipzig.
(6) Muratori a publié à Augsbourg, en 1780 et 1781, trois ouvrages sur ce sujet et sur les divers établissemens de secours publics.
(6) Ueber Versorgung der Armen , etc. Erfurl, 1791.
(7) Magdebourg,. 1804. Cet auteur s'est spécialement occupé de la Saxe; mais, à cette occaâon, il a rassemblé des observations générales et précieuses sur les roendians.
(8) Cassel, 1786.
(9) Gœrlilz, 1801.
(10) Leipzig, 1809. ,
iNT&oDVGTioir. Xxxix
des proposés, montré rinsuflSsance de ceux qui ont été adoptés; il a composé un code entier de préceptes et de règles pour la guérison de cette contagion ; il a appelé le concours dû zèle , la puissance de la publicité , les influences morales , pour seconder l'efficacité des mesures de police, pour prévenir le relâchement dans une cure si difficile (1). Il est parti de ce principe si vrai , mais si méconnu , que l'aumône faite au hasard , d'une manière vague et irrégulière , est plus funeste qu'utile aux pauvres eux-mêmes; qu'elle entraîne d'inutiles dépenses ; qu'elle est contraire à l'esprit de la religion; i! a en même temps établi cette autre règle trop contestée peut-être, que tout individu qui demande et reçoit des secours est tenu de se soumettre' aux lois qui régissent les éiablissemens d'humanité (2). Vers cette époque, le prince Julius , évêque de Wurtzbourg, . ce même bienfaiteur de l'humanité, que nous venons de citer il y a un instant, appelait aussi les' études des moralistes et des publicistcs sur un sujet qui sert de fondement, tout ensemble, et à la police des pau- Tres et au régime des secours publics ; il proposait un concours sur la distinction de la vraie et la fausse indigence. Le prix fut partagé entre Fr. Burkard et P. Ziegler. L'un et l'autre ont traité ce problème en observateurs, en philosophes; il ont posé les limites qui séparent deux conditions qui se confondent au premier aspect, et montré comment leur différence appelle une diversité essentielle dans les remèdes. (3) .
Récemment encore, et en 183^, la Société royale des sciences utiles, établie à Erfurt, a ouvert un concours sur la
(1) Versuch ûber Armen-Anslalten , elc, Berlin, 1789. Cet ouvrage a été traduit et inséré dans le recueil des élablissemens d'humanité, publié en France.
(2) Voyez dans le recueil ci-dessus, 2e cahier, pag. 69, 76, 81, 152, 166, etc.
(3) Voyez le Magasin de Goeitiogue, pour Tannée 1791, d*' partie, § 8.
Xl INTRODUCTION.
question du paupérisme, appliquée à rAUemagne. Elle a demandé <i si les plaintes qui s'élèvent sur Textension de Tin- « digence en Allemagne soht réellement fondées , et , dons « ce cas, quels moyens s'offriraient pour y porter remède. » Elle a spécialement appelé Tattention dès concurrens sur sa comparaison des diverses circonstances qui intéressent la destinée et le bien-être de la classe moyenne et de la classe . inférieure, à trois époques différentes : la dernière moitié du , xviii^ siècle ; le commencement du xix^ siècle jusqu'à la paix ; et celle qui, depuis la paix, arrive jusqu'au temps présent. Le prix a été remporté par M. le professeur Franz Baur, de Mayence ; l'Académie a distingué aussi parmi les écrits des concurrens, celui de M. Benedict, conseiller royal du tribunal de Wittemberg. (1)
' C'est une circonstance fort remarquable et digne d'intérêt, que les plans conçus en Allemagne pour l'amélioration du régime des secours publics, ont eu généralement pour auteurs ceux-là même qui ont le i^lus efficacement coopéré à la réaliser dans la pratique, par leurs travaux, leurs exemples. Et à qui eh effet, appartient-il plus dignement d'enseigner les œuvres de bien qu'à ceux qui ont eu le mérite et le bonheur de s'y dévouer eux-mêmes? Ce n'est pas ici cette vague philantropie qui en d'autres lieux , à d'autres époques, s'exhale en discours sonores , en projets conçus au hasard , loin du théâtre des faits, et sans fruits réels. Ce sont des témoignages sincères donnés par ceux qui ont vu et agi. Qui ne connaît, dans leur nombre, qui ne cite avec estime les noms des Rumpfort, des Voght, des Fellenberg?
Appelé d'Angleterre en Bavière, le comte de Rumpfort y a organisé et dirigé un système entier d'établissement pour la répression delà mendicité; il a voulu rendre lui-même compte des vues qui l'ont dirigé, des opérations qu'il a exécutées, des
(1) Ces deux écrits ont été imprimés en Allemagne, et le jagement de l'Académie se trouTe Inséré à la fin du second, publié à Leipzig en 1831.