‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 44 sur 80 · MASSE DB LA RIGHBSSB ET SA RSPARTITIOIC · texte numérisé non relu

MASSE DB LA RIGHBSSB ET SA RSPARTITIOIC

L'étude de ces lois n'est pas indifférente , surtout lorsqu'on songe que les deux ordres de circonstances auxquelles elles se réfèrent, se trouvent étroitement liés par les principes méflÉe qui régiss.ent la production de la richesse, et que l'inégalité de la répartition se trouve étrd^|f),ç^4es conditions altachées aux ^progrès de la richess#,cqp[|^i|^Mi.

Ces effets deviendront d'autant plus sen^liS^ que le mouvemenC opéré par l'un oa'Tautre des deux ûrdrçla de causes sera plus considérable et plus rapide. ;

Les mêmes combinaisotis s'appliquent au parallèle qui pourrail être établi entre deux et plusieurs pays. >I1 esl éB& pays ou tout reste à-la-fois stationna ire;^ la richesse commune, sa distribution.

Il en est d'autres , où les deux causes salutaires agissent'àla-foîs. / -,

Il en est où les deux causes délétères se font sentir con-: curremment.

Il en est où la cause bienfaisante et la cause funeste lut-

ri,

tent ensemble, quelquefois en se balançant, quelquefois avec le triomphe de l'une sur Tautre.

Qu'il ne se hâte donc pas trop de s'enorgueillir, le pays ou des circonstances favorables viennent accumuler d'immenses trésors. Qu'il se den^ande Svant tout comment ces brillantes conquêtes se distribuent entre les diverses^ classes de ceux qui habitent son territoire.

' Qu'il ne s'afflige pas trop le pays auquel la fortune a refusé des faveurs extraordinaires , s'il a le bonheur ou la sagesse de convier ses habilans à mieux jouir individuellement du banquet commun, quoique plus frugal!

Ce n'est pas sur la prospérité d'un petit nombre de privilégiés, c'est siu* l'étendue de la classe la moins aisée, sur

neuvième en produisent chacune trois autres. Sur ce nombre, il en est trois oui laissent Tindigence slationnaire ; cinq qui la font augmenter ; cinq qui la but décroître. •

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le degré de gène dont elle souffre, que se mesure la sonnne totale de la misère.

Il est encore, ainsi que nous Tavons annoncé tout-à-l'heure, plusieurs raisons qui expliquent comment, tomes choses égales d'ailleurs , rindigence ^'accroît à mesure que l'inégalité des c6nditi0jns4€tvîent plus sensible.

Si l'on se rappelle, en effet, que l'indigence est essentiellement relative, on concevra qu'elîe devient beaucoup plus sensible en présence d'une grande aisance générale , enq^e la situation des personnes placées au dernier degré de l'échelle devient alors bien plus fâcheuse, par la comparaison quelles 'font de le^gir sort avec la destinée de cellefS" qursoni plus favorisées. Lies besoins se multiplient par l'habitude, par l'imitation. Le désir du bien-être acquiert une intensité toute nouvelle, à la vue des jouissances que la richesse procure ; • les privationis sont plus douloureuses ; l'impatience d'améliorer son sort devient plus vive ; on jouit moins de çb qu'on a, qu'on ne souffre de ce qui manque. <, ^

Dans UD semblable état de choses, les sollicitations de ceux qui recourent à la bienfaisance d'autrui doivent se produire par la même cause, avec la même ardeur, que l'activité du ^ travail chezJes hommes industrieux. Le même stimulant agit de deux, manières différentes sur deux dispositions diverses. | Ainsi, il y aura , sinon plus d'indigens, au moins plus de demandeurs.

Non-seulement le spectacle de l'opulence irrite les désii*s J qui accompagnent le dénûment, mais il ajoute aux espé- : rances que le pauvre fond^ sur la libéralité d'autrui. Celui qui a éprouve la détresse craint moins d'être refusé, en invoquant les dons de ceux qui ont une abondance de superflu.

Ainsi s'étend l'indigence apparente , avec elle l'indigence factice et mensongère. Les plaintes s'exhalent d'un plus grand nombre de points, éclatent en accens plus douloureux. La hutte du pauvre placée au pied d'un magnifique palais frappe les regards d'une manière plus pénible. Il se manifeste

DE l'iHEGâLITÉ des CONDITIONS. U\l

aîiisi, au sein même de la prospérité publique, un sentiment plus vif, une démonstration plus frappante, des peines qui affligent la classe malaisée : la société entière en éprouve un malaise fâcheux ; le mécontentement de ceux qui souffrent tend à devenir plus amer et plus exigeant. Avec moins d'indigence matérielle et absolue , il y a peut-être dans cet état de choses plus de mécontentement, et un plus juste sujet d'effroi. Dieux ! Quels périls en effet ! N'èntrevoyons-npus pas 1^ signal terrible de la guerre du pauvre contre le riche, de cette guerre qui menace dans ses fondemens la société humaine ! Quel sujet s'offre ici à nos méditations ! abordonsle avec le courage qu'inspire Tamour du bien , avec une sincérité consciencieuse.

ARTICLE U

De CinégtUité des conditions. — Comment elle peut favoriser le bUn-étre des

classes inférieures' elles- mêmes»

Le plus haut degré de richesse sociale, utii à la plus égale répartition , serait l'idéal du bien-être pour toutes les classes de la société*. Comment l'image d'un tel idéal ne séduirait-eUe pas 1q3 cœurs généreux , s'ils consultent leurs vœux plutôt que les possibilités réelles? Qui ne.se plairsHt à cpncevoû* un Eldorado où toutes les familles jouiraient à-la-fois d'une douce et paisible aisance, et où personne n'aurait rien à envier à autrui? Et, en effet, pourquoi serail-il interdit d'obtenir avec la masse la plus considérable de trésors communs, une distribution égale des dons de la terre et des produits de l'art, entre tous ceux qui y aspirent , au même litre , comme enfans du 'père céleste , comme membres de îa grande famille hunijaine ? Qu'importent ici les témoignages des ftiits et les souvenirs de l'histoire, si nous ne devons y voir que l'exemple de», abus passés ? Pourquoi nous interdire la perspective d'un avenir nouveau où ces conditions pourront enfin

se réaliser? Telles sont les questions qu'on s'adresse, les espérances que Ton aime à concevoir. (1)

Mais la* nature des choses se préte-t-elle à des suppositions aussi attrayantes ? Le développement de la richesse sociale peut-il s'opérer véritablement sans rompre l'égalité de sa répartition ? ou bien, au contraire, la société humaine eslelle soumise à cette loi, qu'elle ne puisse s'enr;chir dans l'ensemble général , qu'aux dépens de l'égalité des conditions particulières? De toutes les illusions, les plus dangereuses sont celles qui feraient manquer le but, en cherchant à le dépasser. La vérité est ici le premier devoir de l'ami du pauvre -, ce n'est pas en le flattant par de vaines utopies qu'on peut le servir; c'est ainsi, au contraire, qu'on rendrait sa situation plus déplorable.

Elle peut paraître dure au premier aspect, une loi qui lie l'augmentation de la richesse commune à l'inégalité des conditions individuelles , comme deux phénomènes connexes. Si cependant il était reconnu que, par l'effet de celte loi, la condition des classes inférieures se trouve sensiblemeni améliorée ; si tous les degrés de l'échelle sociale s'élevani à-lafois vers une plus grande aisance , la supériorité acquise par

(1) On lit dans le rapport de M. le secrétaire perpétuel de TAcadénriefran- ^sesor le prix Montyon, fiiit à la séance, du 10 juin 1832, le passage suivant :

« Il faut y songer sérieusement : la justice et la paix publique exigent « qu^il s'établisse en6n un véritable ordre social , dans lequel les faibles et les «c pauvres ne soient.plus sacrifiés aux riches et aux puissans. » Ceci semblerait faire supposer qu'il n'existe point aujourd'hui de 'véritable ordre social; que, dan^ l'état présent des choses, les faibles et les pauvres sont sacrifiés aumricktt et aux puissans. Il est k regretter que l'aimable et élégant académicien ait ^ négligé de nous expliquer en quoi les feibles et les pauvres sont aujourd'hui sacrifiés aux riches et aux puissans , e( quel est cet état social jusqu'à ce jour inconnu et sans exemple , qu'il nous présente comme un idéal. Il est à regretter )^ qu'il ne nous ait pas révélé comment il se flatterait de réaliser cet idéal sans ^ violer les lois sacrées de la propriété , celles de la justice , et, par là , les intérêts communs et les plus essentiels de la société et de tous ses membres.

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quelques-uns proliiait réeUement à tous, les amis de Thuoianîté seraient-ils donc attristés par cet enseignement de la science ? Ne préféreraient-ils pas un ordre de choses dont TavaQtage serait universel , quoique plus favorable à un petit nombre, ne le préféreraient-ils pas à un niveau absolu qui ne pourrait se réaliser qu'avec des pertes considérables pour la société entière , comme pour chacun de ses membres ?

Il ne s'agit pas ici des intérêts de la vanité , mais de ceux du bien-être. Peu importe qu'il y ait des personnes mieux dotées, si par ce moyen ceux qui sont le moins bien dotés obtiennent yne plus grande aisance. La question à résoudre est donc celle de savoir si, par TinégaUté des conditions, les conditions les moins favorisées n'obtiennent pas des avantages qui rendent leur situation beaucoup meilleure. Que serait-ce que ri^gairté des conditions qui réduirait les sociétés moderlies à réiat des peuplades sauvages? : -

Or» plus ou approfondit les lois de la nature humaine, celles de l'organisation sociale, et plus on reconnaît que les progrès de la prospérité commune ne s'obtiennent que par une graduation dans les situations individuelles, et que chacun se trouve mieux alors en participant à celte amélioration générale, quoiqu'elle profite inégalement aux uns et aux autres? * ^

Et d'abord, en supposant la chinfère de la parfaite égalité une fois réalisée , le niveau ne serait-il pas rompu le moment d'après? Les uns s'élevçraient bientôt par la supériorité dû talent, de l'activité, de l'ordre* , de la considération ; d'autres descendraient par négligence , par impéritie , en se i^ vrant à leurs passions. Les uns s'eurichiraieni par l'économie ; d'autres se ruineraient par la dissipation et l'abus. Ces di*^ Sections contraires- se prolongeant de jour en jour , en continuant dans les &milles, anieueraient par la suite des teûips les contrastes les plus sensibles entre les situations individuelles.

Voudrait-on suspendre le cours de ces niouvemeiis oppo-

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sé&? et comment le pourrait-on, si ce n'est en portant atteinte au droit de propriété, c'est-à-dire à la garantie sur laquelle reposent les rémunérations du travail, et de laquelle dépend par conséquent la production de la richesse ; c'est-à-dire en blessant la justice naturelle, en attaquant la civilisation ellemême dans son principe ?

Ainsi ^ l'inégalité est la conséquence inévitable dn travail libre, source de toute prospérité. Mais n'en est-elle pas encore l'instrimient nécessaire ? quelles sont les deux conditions essentielles de la fécondité du travail? Sa division, son organisation : la première sépare les fonctions diverses des travailleurs; la seconde réunît et combine leurs efforts ; toutes deux n'entraînent-elles pns , avec \i\, variété des emplois, divers degrés d'aptitude, d'indépendance , et par conséquent divers degrés de puissance, de* rémunération? Coijamem fructiûè le travail, si ce n'est à l'aide des capitaux, en raison des capitaux? Or les capitaux à leur tour peuvent-ils se former autrement que par l'agglomération des biens ? Voyez comment l'exploitation en grand économise les ffais, ^ accélère, étend les opérations, permet d'exécuter certaines entreprises gigantesques et parla même de la plus haute fécondité ! Ne sont-elles pas aussi des instrumens producteurs de la richesse , inslrumçns dont la valeur est considérable qtoiqu'elle soit peu appréciée , parce que leur action est lointaine et générale, ces professions libérales exercées à l'aide des loisirs et de l'aisance que procure l'inégalité des conditions, qui animent, éclairent, protègent tous les ira^ taux ? La science aiijourd'hui a reconnu et proclamé celle gi*ande vérité: le magistrat, l'administrateur, le miniètre du culte , le médecin , conservent les éiémens de force et de richesse , entretiennent et multiplient les relations utiles; les savans ouvrent au travail mille vo^es Bouvelles, lui dé- /couvreni des mines inconnues; les hommes de lettres, lès artistes eux-mêmes, en répandant les lumières, en favorisant l'essor des facultés intellectuelles, en secondant l'éveil de

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