‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 45 sur 80 · DE L*TNÉGALITÉ DES CONDITIONS · texte numérisé non relu

DE L*TNÉGALITÉ DES CONDITIONS

riiiiagination, concourent, avec tous ceux qui agissent sur rame humaine , à développer l'énergie de l'élément le plus essentiel dans le travail de l'homme , celui qui appartient à sa nature morale.

Si l'on interroge enfin , dans la création de la richesse , les mobiles du travail, n'est-ce pas encore dans l'inégalité des conditions que se découvre le mobile le plus actif, le plus continu, le plus universel ? N'est-ce pas elle qui ouvre aux espérances, et par là aux ambitions, dibs perspectives indéfinies? N'est-ce pas elle, qui, dans chaque situation, excite le travailleur à se maintenir par l'ordre et la vigilance, à s'élever encore par un redoublement d'efforts ?

Si les brillahs paradoxes du philosophe de Genève n'avaient été déjà mille fois réfutés , si les limites de notre sujet ' nous permettaient d'approifôndir ici cette grande question sous son côté philosophique , nous reconnaîtrions également que l'échelle des inégalités tnorales a aussi ses avantages pour la communauté ; que Içs supériorités de vertu, (|é science^ de ^gesse , de talens , profitent à tous par des influences universelles; qu'elles répandent au loin leurs bienfait^ , par le pouvoir de Tinstruction , de l'exemple , en excitant Témulalion ; nous reconnaîtrions que les supériorités de pouvoir, de rang, d'hooneurs ne ^nt pas moins utiles 'à la civilisation et à la prospérité sociale, en assurant le maintien de l'ordre , de la paix publique ; en fondant une HËiftireuse alliance des forces privées. C'est ainsi que la présence des héros , que l'autorité des chefs sont la vie d'une armée et le gage pour elle delà victoire. Or, les inégalités intellectuelles, morales^ politiques ne se lient-elles ^pas à l'inégalité dans la répartition des biens de la fortune ?

De même que l'état de société est pour l'homme la vraie destination de la nature , il y a une inégalité sociale qu'on pourrait appeler naturelle : elle est la condition essentielle des progrès de la société. 11.^ faut qu'il y ait des riches, pour fé(ond<*r la production, comme il fîinl<|u'il y ail des sa-

15) PREViiRS PAATIE. LIVEE II. CHAP. I.

vans pour faire prospérer TeaseigneDient ei procurer ravancernent des connaissances;. de grands arlistes, pour imprimer Tessor au génie des arfs; des hommes d'une éminente vertu, pour améliorer les mœurs publiques par leur influence ei leurs exemples. Toutefois, hàtons-nous de le dire^ et dans un instant nous allons le démontrer : chacun de ceux qui occupent ainsi les somipités doivent remplir la mission qu'elle leur impose. La Providence, dans ses desseins , ne les élève que pour les rendi*é les bienfaiteurs de leurs semblables. La richesse ne se Intime, chez ceux qui la possèdent, que comme un instrument du bien général, non comme une j^oui^ sance privilégiée de Tégoïsme.

Des esprits superficiels crient au scandale quand ils entendent dire que, daùs notre système de civilisation, la perspective des privations qu'entraîne Tindlgence est un aiguillon utile, nécessaire pour exciter certains ^ividus aux rudes fatigues du travail. Mais, à défaut d'autres mobiles, ne faut-il pas que ces redoutables images viennent éveiller Timprévoyance , triompher de l'apathie , modérer les excès de Ftnlempérance? le danger imminent de tcmiber dans Tindigence n'agit-îl pas comme la faim , comme la soif , comme la présence des besoins divers qui sollicitent l'énei^e de rkomme, éclairent sa raison, et quel<}uefois punissent ses fautes ?

La terre est pour l'homme , non un lieu de repos , mais un théâtre d'épreuves ,'%ne grande éducation. Le bien-être et l'aisance lui sont montrés comme le prix de ses efforts; les privations, comme une menace. La richesse est le fruit de la liberté , et le moyen ici a plus de prix encore que le résultat. Mais, qui dit liberté , dit péril.

L'inégalité dans les conditions sociales est dans la -nature même de la société , comme l'état social est une loi de la nature hwmaine : elle est dans la nature de la société parce qu'elle est la condition de ses pfogrès ; or, le progrès est la grande loi de la société humaine.

DE l'iMÉGALITÈ DB LA. ^LÉPARTITIOIf . 1J»S

ARTICLE III

^iite du précédent, — Comment l'inégalité de iû répartiHon peut contrarier

le progrès de la richesse commwK»

Toutefois, . si Tinégalité de la répartilion peut profiter, en sertâlns cas, à ceux-là mêmes qu'elle semblait déshériter ; si tes dons de la foriane, après s'être prodigués aux classes favorisées, redescendent alors sous diverses (ormes aux classes inférieures, comoie une nuée insensjJ)le ; parce qu'elle se lie mx conditions du progrès, aux moyens de production, et par à devient l'instrument de la richesse commune ; il n'en est )lus de même lorsque l'inégalité, loin de servir à la producion de la richesse, vient à la contrarier; lorsqu'en disgraciant

quelques membres de la communauté , elle appauvrit encore . a communauté entière.

C'est ce qui arrive lorsque Tinégalité de la répartition cesse l'être le résultat du travail , de lui apporter des instrumens , l'alimenter ses mobiles, lorsque les causes de cette inégalité [)aralysent au contraire l'action vivifiante de l'industrie.

Les nuages dont a été enveloppée la question qui nous )ccupe sont nés de ce qu'oi^ a négligé celte distinction essentielle. En signalant les funestes effets de l'inégalité abusive, sans m discerner les causes, des espl*its, trop prompts à tirer de ces faits p^lîgls des conclusions absolues, en ont argumenté pour sroscrtretouto inégalité quelles qu'en fussent les causes. A la me des utiles Réformes qui ont fait disparaître une inégalité abusive et ont soulagé l'humanité des suites qu'elle entraîne , . les imaginations ardentes se sont bercées de chimères, ont ;ru possible de rétablir une égalité parfaite des biens, et de aire par là renaître l'âge d'or.

U est une inégalité de répartition qui, loin d'être le résultat aturel du ^travail , doit sou origine à la contrainte , à des iuses artificielles. Telles sont et celle qui résulte de l'op-

IbU PRÊMIÂRE PARTIE. LIVRE II. CHAP. ï.

pression et de la violence , de Tabus que le plus fort se per-. met contre le plus faible ; et celle qui est obtenue par le vol , et celle qui suppose une violation quelconque des drpits de la propriété. Or, chose digne^ d'attention, une telle inégalité ; injuste , délétère, rencontre précisément un obstacle, un remède dans celte sage organisation hiérarchique de la société , dans ces influences tuiélaires, auxquelles |ine inégalité naturelle et bien entendue prête un appui nécessaire , comme nous Tavons reconnu toût-à-rheure. Il est ensuite une inégalité, qui procède par exclusions arbitraires : celle qui dérive des monopoles , des privilèges , des restrictions , des entraves inutiles; qui réserve ainsi à quelques-uns et concentre forcément dans leurs mains, moins encore lés dons de la fortune que les moyens d'y atteindre ; qui prive une portion des membres de la société du premier des bîensr, celui qui procure tous les autres , savoir : le légitime exercice des facultés qu'ils tiennent de la nature. Il est une inégalité de répartition qui, au lieu de multiplier

les instrumens de travail , de leur prêter une nouvelle puissance, tend à détruire ou à paralyser ceux qui existent : telles sont les combinaisons qui détournent les capitaux des voies ou les appelaient les besoins de l'industrie ; telles sont les erreurs qui font dissiper en consommation improducirice les biens destinés à se convertir en autant de semences ; tel est le faux et vicieux emploi de la richesse commune, lorsqu'on la fait servir à élever des obstacles , à paralyser les progrès , aum» de la destiner à ouvrir les communications , à resserrer les relations, à entretenir la circulation et la vie. * i

Il est une inégalité de répartition qui , loin d'alimenter les sources de la richesse, en prêtant des mobiles au travail, vient au contraire décourager ces eflbrts producteurs , en rémunérant l'oisiveté et le vice. Alors, tandis que les uns se corrompent par la mollesse, les autres s'aigrissent par l'envie, ou se laissent abattre par le désespoir; les esprits se troublent, les idées se confondent, et, si les institutions sociales ont eu

Page 1