‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 46 sur 80 · DB L*1^'ÉGALÏTÉ DE LA RÉPARTITION · texte numérisé non relu

DB L*1^'ÉGALÏTÉ DE LA RÉPARTITION

le tort de protéger ces fausses combinaisons, çUes égarent, elles Irritent, elles excitent les mécontentemens ; les mœurs s'altèrent. Tordre public lui-même est en péril. * L'inégalité que nous appelons naturelle n'est 'pas toujours exempte elle-même de quelques-uns de ces effets , si la sagesse des lois^ la prévoyance de Tadministration , et surtout la puissance de la morale , ne veillent pour en écarter ce qui pourrait la corrompre. Car , faute de^ireclions et' de barrières tous les dons peuvent se convertir pour Thomme, en abus, toutes les épreuves peuvent devenir des dangers. Ainsi, ceux que favorise la fortune peuvent s'en prévaloir pour opprimer; ceux qui se voient disgraciés pe^uvent tenter de recourir à des moyens illégitimes pour obtenir une part meilleure. Les premiers se laisseront enivrer par la prospérité; les seconds^ décourager par les revers. Ces funestes tentations prennent un essor d'autant plus prononcé, que les distances qui séparent Ijes différens degrés d'aisance sont plijf^ grandes. La sagesse , 1a vertu ne sont pas moins nécessaires que le travail à la prospérité sociale;, la sagesse et la vertu concourent à produire et à conserver les richesses. La civilisation, en se développant, fait surgir l'inégaliié des conditions ; il faut qu'elle fortifie et qu'elle étende les garanties nécessaires pour prévenir les inconvénîeps de celte inégalité. A mesure que l'humanité s'avance dans la voie de la prospérité matérielle, il faut qu'elle grandisse «elle-même dans ses puissances morales et intellectuelles ; il faut que les progrès de la vertu et des lumières accompagnent constamment ceux des richesses : autrement les avantages qu'elle s'eaorgueillissait d'obtenir tournent contre elle-même, et la menacent dans ses biens les plus précieux. Vérité profonde , trop peu sentie peut-être, cependant confirmée par le témoignage de l'histoire ! vérité qui dans le cours des méditations qui nous occupent , va se manifester à chaque instant avec une nouvelle force!

C'est donc seulement sous la triple garantie des lois, des

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lumières et des mœurs, que rinégalité devieot un instrument de la prospérité générale , dii bien-être individuel. Ea Tab* scnce de ces garanties, elle, devient également funeste à ' Tune et à Fautre. Plus tard nous chercherons à déterndinerces garanties.

Semblables aux montagnes qui servent de remparts et de réservoirs aux plaines et aux vallées, les sommités sociales doivent, en tout, être tutélaires, bienfaisantes ; elles doivent se rapprocher du ciel, eii recevoir, en verser les émanations; elles ne remplissent leur destinée, qu'autant qu'elles joignenl l'élévation morale à l'ascendant de la fortune.

ARTICLE IV

De Vinfittence des conditions moyennes.

Nous Venons de voir que l'inégalité de condition ^présente deux caractères fort distincts^ suivant qu'elle devient uo instrument de production, ou un obstacle à la production. Elle produit aussi des effets très différens suivant la forme qu'elle affecte , dans l'échelle qui la compose. Les degrés de^ cette échelle peuvent être plus ou moins nombreux ; chacun d'eux peut correspondre à une classe de la société plus ou moins considérable.

Parmi les combinaisons qui peuvent résulter de cette' double circonstance^ il en est une qui exerce surtout une influence sensible sur la situation de la classe pauvre. C'est celle qui se rapporte à la puissance des classes intermédiaires.

Il est des pays, il est un état de la société, dans lesquels la richesse commune est distribuée de manière que les dons de la fortune sont concentrés dans un très petit nombre de mains ; là on n'aperçoit en quelque sorte que les deux extrémités de l'échelle : d'une part, des existences colossales ; de l'autre, une foule d'existences précaires rcduires au niveau d'un égal déuiimeut; dans TintervaUe qui sépare les unes

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dès autres, à peine dëcouvre-t-oa quelques stations occupéis par un petit nombre de familles.

Dans d'autre3 pays au contraire, réchellesprésente la forme d*nne pyramide dont lesgVandes fortunes occupent le sommet; mais la masse de la richesse se répartit graduellement dans les raçgs ^e la condition moyenne.

La puissance de la ^iidition moyenne se compose à~lafoi9^el>(ihi nombre de ceux qu'elle renferme et du diegré d'aisance qui leurvCat départi. .

Les témoignages de l^histoire nous renseignent 3 le raisonnement le conQrifne: c'est auxjprôgrès du travail qu'est duiî cette puissance. Elle s'esi développée d'abord au sein des villes où les lumières et l'industrie trouvaient un foyer plus actifj où l'esprit d'association doublait les forces. Elle s'est développée à mesure qtie les connaissances se sont étendues, pro' pagées; ^e les capitaux ont pris une direction utile ; que les barrières opposées à l'émulation du commerce et au libre essor des facultés ont disparu. La puissance obtenue par les classes moyennes atteste, donc une fécondité marquée dans les sources de la prospérité générale ; par là elle crée aussi poij^r la classe inférieure des chances plus favorables, en attachant une plus forte valeur à la part qu'elles prennent dans le fonds commun .

Les mêmes causes qui font prospérer la classe moyenne, tendent directement à adoucir ie SQrt de la classe la. moins favorisée.

Plus rapprochée de la classe inférieure , la touchant par un plus grand nombre de points , entretenant avec elle un commerce plus familier, plus intime, plus universel, plus conrstant, la classe moyenne lui offre une protection plus assurée, un patronage plus doux; elle en connaît mieux les besoins; elle sympathise mieux avec ses peines; elle conserve mieux les sràvenirs de la confraiernité primitive; elle ménage mie.ux la dignité de la classe malaisée , même en la protégeant.

Par la même raison aussi , en tournant âes regards vers la classe moyenne, en la rencontrant dans son voisinage, en communiquant avec elle , la classe inférieure sent mieux ranimer son courage ; le bien-être qui Voifre à elle en perspective lui est plus accessible ; ses e^érances sont accrues, sou émulation est excitée.

Les lumières répandues dans la classe intermédiaire se cornmuniquent naturellement par mille canailsL à celle quLla suit immédiatement.- Les habitudes dWdre , de modération ,t4'économie , d'activité , auxquels celle-là doit ses succès , exercent sur celle-ci , par le pouvoir des exemples, une salutaire influence.

Tout, dans la prospérité de la classe moyenne, concourt donc à rendre Tinégalité de la répartition moins défavorable à ceux qui sont placés au dernier degré de Téchelle.

Comment se fait-il cependant qu'.on voie quelquefois une partie de la classe inférieure s'allier plus vivement aux vues et aux intérêts des classes les plus élevées , partager même quelquefois Thostilité que celles-ci dans certaines circonstances montrent à regard de la classe intermédiaire? Ne seraitce pas que Thabitude de l'infériorité la dispose à la dépendance , et qu'elle croit subir une servilité moins humiliaote en s'altachant aux rangs les plus éminens? Ne serait-ce pas . que le sentiment d'une situation précaire lui fait rechercher la protection la {^us puissante? Ne serait-ce' pas que l'envie germe plus naturellement à la vue du bonheur attaché à une destinée voisine, incessamment présente, et i s'éteigne en présence de ces hautes et resplendissantes for- | tunes qui excluent tout parallèle? Ne jserait-ce pas qujB rignorance est plus facilement éblouie par l'éclat do ces hautes situations, parce qu'en se mettant à l'abri de ces sommités privilégiées, l'indolence nécessiteuse espère o)>tenir sans effort de la faveur, ce qu'il eût fallu conquérir sur des ég^ux par les sueurs de la fatigue? Et, en effet, n!est-cepas dans la portion la moins éclairée de cette classe, dans celle oi)i règne le moins

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de goàt pour le iravaii, que Taristocratie des privilèges Irouve ordinairement ses alliés? C'esl aussi celle qu'une (elle aristocratie cherche à s'attacher ; elle a de nombreux moyens pour y réussie. Si la classe inférieure, eu cédant à ces invitations, méconnaît ses propres intérêts, la classe moyenne à son tour prend - elle toujours assez conseil de ses intérêts véritables ? Absorbés par les soins et les détails d'une vie activement occupée , une partie de ceux qui la composent ne négligentils pas trop souvent d'entretenir avec ceux qui sont placés aiHJlessous d'eux, ces relations de bienveillance qu'ils étaient appelés à former? Ne donnent-ilsjamais, à l'égard des situalions qui leur sont supérieures à eux-mêmes, l'exempedeç préventions, des défiances ^ des jalousies?

Le patronage des grands fait souvent des oisifs de ceux qu'il piH)tège ; le patronage de la classe moyenne les appelle à raciîvîlé. Celui-ci est plus salutaire , mais il peut paraître plus incommode.

ARTICLE V

■ ' Des prolétaires .

frétant dotée' d'aucune avance , exposée aux chances des évènemens , la classe des prolétaires ne peut compter que sur le produit du travail journalier. Elle confine immédiatement à la clatoe indigente. Le moindre choc la confond avec celleci. Il suit de là que, plus la classe des prolétaires est étendue, plus l'extension de Tindigence est à craindre.

Le prolétaire est celui qui ne possède pas. Or, il y a deux sortes de propriétés, l'une immobilière, l'autre mobilière. Il n'y a donc, dans le sens rigoureux du terme, de véritables prolétaire&mie ceux qui ne possèdent ni biens-fonds, ni mobilier. Tout^ois, sous le point de vue qui nous occupe, la dénomination de prolétaire doit être réservée ponr ceux qui ne possèdent, ni en biens-fonds ni en biens mobiliers^ un capital^

productif, une avance pour le travail, une réserve pour l'ave^ nir. L'ouvrier qui a accumulé une petite épargne, qui est muni d'un métier, d'ustensiles, de quelques approvisipnnemens de matières premières, à ce titre n'est point un prolétaire.

La masse de la richesse immobilière a, dans chaque région, des limites èertaines et déterminées. Dès-lors, si cette richesse était la seule, l'inégalité de sa répartition multiplierait le nombre des prolétaires. Dans les campagnes où il existe peu de richesse mobilière, la plupart de ceux qui ne possèdent aucune portion de biens-fonds, se trouvent inévitablement rangés- parmi les prolétaires. Colmme le spln'a qu'une étendue circonscrite, plus il existe de grandes propriétés territoriales, et plus il doit se trouver de gens qtai ne possèdent rien. 1

La masse de -la propriété mobilière peut s'accroître indéfiniment ; les grandes fortunes qu'elle forme n'excluent point les petites possessions ; la richesse de quelques-uns peut s'accroître, pendant que le nombre de ceux qui possèdent se multiplie. Ici, l'iné^lîté de la répartition n'entraîne donc point la multiplication des prolétaires.

Les richesses mobilières sont d'ailleurs plus facilement divisibles ; elles s'acquièrent avec moins de fornialités et de lenteurs; elles se prêtent donc mieux à rencontrer des possesseurs. I

Dans les campagnes, et dans l'ordre de la propriété foncière , le prolétaire est séparé du propriétaire par une distance plus marquée, par une limite plus certaine. Dans les villes et dans l'ordre de la propriété mobilière , l'une de ces deux conditions n'est séparée de l'autre que par des nuances presque insensibles.

L'homme laborieux travaille pour son propre compte , ou r loue son travail à autrui. L'ouvrier qui travaille .pour son : propre compte est en même temps entrepreneur; il doit, à ce titre, avoir un petit capital, des ustensiles, peut-être des matières premières, quelque crédit. Dans le premier cas, il

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