INTRODUCTION. X
résultats qn'il a obtenus. Sans méconnaître la nécessité de recourir quelquefois à une police rigide , il désire cependant que les encouragemens et les récompenses soient employés avec discernement pour détruire celte fatale incurie qui est la source trop fréquente de l'indigence (1) ; il donne aux riches de sages conseils sur la manière d'exercer un salutaire patronage à regard des pauvres qui les entourent (2) { il emprunte aux arts chimiques, économiques, une foule de notions qu^il applique au régime des secours publics. Nous devons lui savoir gré d'une sollicitude qui ne dédaigne aucun dés besoins du pauvre, qui s'occupe avec détail de la nourriture de l'indigent , de la conservation de sa santé , et de l'entretien de ses forces. (3)
Le baron de Yoght , auquel la ville de Hambourg , l'Autriche , le Danemark , doivent tant de reconnaissance , dont les précieux conseils ont aussi fructifié en Italie, en France, après avoir porté dans la pratique les vues les plus saines , a tiré de sa longue et vaste expérience {U) des conséquences aussi solides que fécondes. Son regard se dirige d'abord sur les familles que la pauvreté menace , et qui n'en ont peut-être même pas le pressentiment; il observe ces symptômes précurseurs qui commencent pour elles la fatale décadence. Il enseigne cette assistance généralement ignorée ou négligée , qui prévient l'appauvrissement et soutient, sur le bord du précipice, les familles qui ne sont pas encore tombées dans l'indigence. Il s'arrête ensuite sur la famille indigente, il en
(1) Esiois de Rumpfori, ^-^'Voyeir le premier essai, chap. 3, S et 8; 3* essai, chap. i^.
(2) lèid, 3® essai, chap. 4.
(3) lèid., ibid; chap. 6.
(4) Le haron de Toght, octogénaire, continue encore à servir la cause à laqaeUe il a dévoué sa vie ^ par ses directions et par ses écrits. L*auteur du présent ouvrage, qui, ^^uisplus de 30 ans, s'honore de son amitié, se félicite de pouvoir lui exprimer ici pubUquement sa juste et profonde gratitude.
±Hj INTRODUCTION.
explore, îl en évalue toutes les nécessités: îl en classe les conditions si diverses; il gradue l'étendue de la misère ; il gradue dans là même proportion les secours qui lui conviennent. Il établit comme un principe fondamental que rien ne doit être accordé à titre de secours , de ce qui eût pu être gagné par le travail; que le secours doit apporter le complément de ce que le travail doit fournir, mais rien au-delà; qu'ainsi îl faut employer au profit du pauvre le reste des forces dont celui-ci peut disposer encore. Suivant alors le malheureux dans ses dififérens besoins, dans les diâérentes situations de la vie, il porte Tassistance directement au but sans le dépasser : règles d'une simplicité telle , qu'elles sembleraient n'avoir pas besoin du secours de la science, et que de profondes études ont cependant pu seules amènera ce degré de clarté. (1) Pendant que , dans ses nobles créations, les plus vastes certainement qu'ait jamais exécutées par ses seuls efforis un simple particulier, M. Emmanuel de ÎFellenberg (2) coordonnait en un même plan dé nombreux établissemens, et combinait l'éducation du pauvre avec les exploitations rurales ; ses méditations se dirigeaient sur l'état présent de la société européenne , s'élevaient aux plus hautes considérations sur les moyens de soulager les maux qui l'affligent, de garantir l'avenir contré les dangers qui la menacent. Nées au sein d'une vie active et bienfaisante , ses vues sont empreintes de la moralité la plus pure , d'une philosophie religieuse autant que pratique. Pénétré de cette grande et juste pensée, qui
(1) Un premier écrit du baron de Voght, sur les instituts de Hambourg fiit publié en anglais, et en Aiigleterre, traduit ensuite en allemand, et publié, à Brunswick et Lunebourg , en 1 706 , avec des additions de Tauteur ; un autr^ a été publié en français, en 1809. En cet instant même il a publié encore l'histoire raisonnée de ces établissemens.
(2) M. de Felleaberg , ancien patricien bernois, est personnellement Suisse , et ses beaux établissemens sont situés près de Berne. SEais ses écrits appartiennent à l'Allemagne , et c'est surtout en Allemagne que«e soot]propagés les établissemens dont il a créé le modèle.
IKTEODUCTIOH. XliiJ
fait dépendre de la régénération des mœurs la réhabilitation de la classe indigente, il a vu dans le travail, non pas seu«lement une ressource , mais un moyen de perfectionnement ; il s'est efforcé de lui imprimer ce caractère. Les gens de biefn accueilleront avec respect le généreux appef qu'il leur adresse (1), eh les invitant à féconder les vues de la provldence sur Thumanité, à concourir de tous leurs moyens à cette rénovation qu'il invoque, rénovation qui sera fondée sur la triple éducation du travail , de la religion , de Tinstruclion, et à laquelle il s'est consacré lui-niême.
Une sollicitude bienveillante pour les intérêts du pauvre, a inspiré en général ceux des écrivains allemands qui ont traité du régime des secours publics. Un petit nombre d'entre eux, parmi lesquels on pourrait citer Preuschen (2) , Boehmer, ont envisagé ce sujet sous le rapport des considérations politiques ; les autres se montrent presque exclusivement préoccupés du désir de soulager les maux de l'humanité : c'était encore servir la société dans l'un de ses intérêts les plus essentiels. Une longue et honorable succession de philantTopes pénétrés de ce sentiment, ont ainsi entretenu et perpétué le feu sacré. On aime à les voir se transmettre la touchante mission d'appeler la sympathie générale en faveur de l'infortune : Feuerlin (3), Porst (4) , Marcperger (5), Lindstedt (6) , Bluhme (7) , Grabe (8) , Hildebrandt (9) ,
(1) Voyez en particulier son écrit intitulé : Beleuchtitng einer weitgerlcktlichen Frage an unsem Zeitgeist. Berne , 1*830) in- 8.
(2) PoUdsehe jérmen^CSEkonomie, Leipzig, 1782.
(3) F'on Versorgung dcr Armen, Nurenberg, 1690.
(4) Von Verpflegung der Armen, Berlin) 1715. ^
(6) Wohlmeinende Gedanken, etc, Dresde, 1722. Ucber Anrîchtung al^ lerhand Armenhœuser, etc, Ulm, Stettin, 1750.
(6) yorstellung von Versorgung der Armen, léna, 1722.
(7) Ditsertaiio, etc, circà curam pauperum, etc, Gœltingue, 1640.
(8) Ajtfmuntentng sur Versorgang d, A. Nord Hausen» 1766. (9)lAufw€lche fVeûe aUe Armen, etc, Francforl et tt^ipzig, 1766.
xliv nrraoBUCTioir:
Lomep (1), Fork'(2), Schelle(3), Bûsch et Schroder (4), Wilke (5), Raufft (6), pendant le cours du siècle dernier y viennent tour-à-tour la remplir. C'est une sorte de concert prolongé de vœux qui , de toutes les parties de l'empire Germanique , recommandent Tart de la bienfaisance.; c'est une recherche persévérante des moyens de le servir, qui honore la nature humaine , et qui répand la chaleur avec la lumière. Les noms de ceux qui y ont coopéré ne doivent point être livrés à l'oubli : qu'on nous permette de les rappeler à la reconnaissance publique ! . '
L'utilité des ^tablîssemens publics de bienfaisance a, cependant été mise en doute par quelques écrivains. D'autres et plus nombreux, en ont f^it l'apologie. Stieff (7), Drumann (8), ont posé le problème relativement à l'intérêt de l'état (9).
(1) Sammîung von Ferfugungen^ etc, Breslati, 1779.'
(2) Programm zur Empfehlung, etc. Tienne, 1783.
(3) Veber die Mildthœtigheit, efc, Salzbourg, 1785. Deux ouTrages sous le même titre, publiés a Hambourg, en 1792.
(4) Ueber dos jârmenwesen, etc.
(5) Dans deux ouvrages publiés, à Halle et à Memmingen, la noéme
année.
(6) Versuch uber Armenpflege. Fribourg, 1799,
(7) A Breslau, en 1768.
(8) A Quedlinbourg^ en 1782.
(9) Ces graves discussions ont encore été éclairées , depuis xpie le présent ouvrage est terminé , par quelques écrits récens, tels, par exemple, que ceux de