CONDITION DU PAUVRE COMME CONSOMMATEUR
' rapport , fabriquer des tissus qui s'exportent pour la Crim(^, pour les Etats-Unis, pour, la Pologne, c'est aussi en quelque
i sorte semer et récolter du grain; c'est cultiver par les mains d'autrui, sur un territoire étranger, maïs, à moins de fraie^peutêtre. C'est ainsi que la Hollande et l'ancienne Répubtrque de Oénes (la première, malgré son climat et ses eaux , la seconde , maij^ la nudité de ses rochers) étaient des greniers toujours abondamment fournis, môme pour les contrées d'aleuteur. On ne peut donc concevoir comment les adeptes d'une école récent^ exagérant ses doctrines, auraient cru pouvoir con-
\damner la population de chaque pays à «ubir les limites assignë6s par la fertilhé de sonf sol. Le territoire le plus aride peut se couvrir d'habitaias bien nourris, s'il sait et peut s'approvisionner aux marchés étrangers, c'est-à-dire s'il sait y porter des produits de sa propre industrie qui y soient agréés, et si aseau obstacle ne hit en ferme l'accès.
Ces espérances d'amélioration dans la situatioii du consommateor ne peuvent sans doute 's'étendre indéfiniment. L'étendue du territoire, le degré de fertilité de ses diverses parties marquent une limite h la production possible. ï.es accidens des saisons font varier d^une année à l'autre la quantité et la qualité des récoltes. Les approvisionneniens de subsistances tirées du dehors ne peuvent s'étendre au-delà des qHantilés disponibles sur les marchés accessibles, des retours qu'on peut y porter en échange , et des moyens effectifi de transports. lis peuvem être interrompus par une guerre, par une mesure fiscale; ils sont sujets à des chances beaucoup plus inceriaines, beaneoiip plus variées que le produit des récoltes indigènes.
A mesure qu'on s'approche de la limite de la production possible, les prix s'élèvent, l'abondance' diminue; chaque variation dans les circonstances des récoltes indigènes ou du commerce extérieur affecte Fabondance et les prix, sottveiit
daaa un rapport beaucoup plns^evé.
Les cireonstances politiques. Ha guerre, surtout, occupent
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Ut piisiiuTrang parmi les causes ({iii leiideal a élever le pHx des denrées; elles agissent d'une manière plus sensible que fintempérie même d(»s saisons. Le ministère de Richelieu, la . minorité de Lonis XIV, la vieillesse de ce prince, et les années (|ui se sont éconléesde 1791 à 1817, sont les périodes qui, pendant le cours de deux siècles, ont été signalées en France par les plus forts reuchérissemens des grains.
Le pauvre a le iriste privilège d'être le premier à ressentir les effets de toute hausse dans les prix, de toute diminution dans les approvisionnemens ; il porte surtout le poids des privations. Nais le pauvre soufîre aussi de toutes les varia-^tions que subit le prix des denrées, dès qu'elles sont sensibles et répétées; il souflre de Tineertitude que la possibilité de ces variations fait naître. Loreque le taux des denrées éprouve une baisse seulement passagère, le pauvre, pendant cet intervalle, contracte de nouvelles habitudes qui lui rendentensuite sa condition plus pénible; il a plus besoin que personne Je cette sécurité qui est un principe d'ordre et un mobile de Tac- tivité laborieuse.
Lorsque les objets de consommation destinés seulement aa luxe ou à la commodité, devienn(^nt moins abondans sur le ^ marché, le prix ne s'en élève pas nécessairement en raison de . leurraretc. Beaucoup de consommateurs savent y renoncer, ou (lu moins réduire l'usage qu'ils en font. Le contraire arrive, j lorsque la rareté s'annonce sur les march(»s de subsist: nces. ^ Les prix alors prennent une hausse d'opinion, qui es! hors de toute proportion avec la réduction des approvisionnemens. Le déficit paraît plus considérable qu'il \\o l'est en réalité : les uns veulent se munir d'avance; les autres ne veulent passe . dessaisir; les transports deviennent diiïiciles; TinquiétudeH l'agitation des esprits exagèrent les alarmes, et deviennent ^j un mal plus grave que la disette même.
Tels sont les périls qui menacent le pauvre dans l'approvi- f^ sionnement de ses subsistances, et qu'on ne peut envisager' sdns frémir. On a démontré, îlesl vrai, qu'une disette suppose
C0?IDITI03 DU PAUVRE COMME CO.^SUMMATEUR. 181
*aivmenl uu délicil qui ne puisse être facilement comblé par itie faible importation, ou même par une modération presque insensible sur les consommations. Eu France, la terrible disette ^ 1816, ne fut pi*oduile que par un déficit dans les i-écoltes, i<|Qivalant à environ quatre journées de consommation générale. Il eût donc sufifi de réduire de 1/10* pendant quarante jours la consommation de chacun. Les arrivages dépassèrent )e beaucoup ce vide, mais il ne périt pas moins alors un ^'and nombre de victimes succombant aux angoisses de la faim, et le prix du pain s*éleva hors de toute mesure. Le psifvre souffre donc de la disette factice, plus que de Tinàuiusance réelle. 11 est victime des fausses alarmes de Topiuion éf des siennes propres, plus encore que du man(|iio réel de denrées.
Nous n'avons garde de mettre sur le même rang, dans les consommations du pauvre, celle des boissons avec celle du pain et dés autres alimens. Cette dernière espèce de consommation a une mesure donnée par la nature des choses; celle dos l)oissons n'en reçoit que de la sobriété et dé la prudence. Si le prix' des boissons fermeniées s'élève, le pauvre peut , -4aiis souffrir., restreindre la quantité dont il fait usage. Il n'est pas àcâesirer qu'il soit encouragé à dépasser les justes borues^X^ modération du prix du pain laisse au pauvre uuo plus grande latitude pour d'autres dépenses utiles ; l'abaissemeot du prix du vin peut produire un effet contraire.
Les progrès de la civilisation, dont ceux de l'industrie sont
on élément, ont avec le temps^ créé, mémo pour la classe la
moins aisée , des nécessités nouvelles ; par là , ils ont donné
i{65^bienfaits uuesapplication plus étendue.
J^aiiii le Nord, les bas et les souliers sont d'un usage uni-
'lisrsel^ le thé entre dans Ije^ réginte de vie général en Angle-
lerrç'^VPvafé, en 'Allemagne, et en Suisse. Un parapluie jadis
mil un objet de luxe; voyager en voîhire sur les grandes
foiites, et même parcourir nos villes en voiture, est aujour-
ti*hui une coiiîqitodiK^ accessi'>le à toutes les conditions.
182 PAEXIÈRE PARTIE. LIVRE II. ClIAP. II.
£n multipliant les objets de consommation avec plus d*abondance, en améliorant leur qualité, en modérant leurs prix, l'industrie rend la situation des indigens moins misérable sans doute. Mais surtout , et c'est ici une remarque essentielle , elle répand plus d'aisance et de bien-être sur cette iùïasse laborieuse, pauvre, mais encore indépendante, que l'indigence menaçait. EUe éloigne pour cette classe le dauger de la misère. Elle diminue donc le nombre des indigens par une action préventive.
On ne peut le nier, ces bienfaits ont été très sensibles; les vétemens, l'ameublemeiit despersonne$peu aisées non-reniement ont beaucoup acquis en qualité, mais lui sont fournis à des prix bien plus favorables. Les seuls tissus de coton^ eo blanc, teints, imprimés, autrefois presque inconnus, sont offerts aujourd'hui à un prix qui en rend l'usage universel (1). Les progrès de l'industrie mettent chaque jour à la portée de ces personnes de nouvelles jouissaiices, lu.! oflVçnt chaque . jour un accroissement de bien-élre.
ARllCLE III.
^ pauvre coruidéré comme travailleur,.
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Influence de rindustide sur le nimte intriiMèque du travail.
L'homme qui vivrait isolé de tout commerce avec ses sembla- ^ blés trouverait dans son travail une rémunération proportionnelle au mérite réel de ce travail , c'esvà-dire, à sa puissance de production , à sou haUleté et à soa activité réunies.^L
^- ;• (1) Une tome de la cl&e mid allée peut en France se procurer auj( jnurdliuî une chemise de colon à 2 francs 50. centimes, et une robe pour ^i \jt\\ de 9 fraucs.
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#FLUEiNCErDE L^IMDUSTRIE SUR LE TRAVAIL. 18;)
obtiendrait d'autant plus de produits à sou propi*e usage, quMt aurait su exécuter, plus et mieux. Mais il n'en est pas ainsi
dans l'état âé société. Le mérite sans doute, en même temps
qu'il donne des droits à la rémunération, constitue l'un des élémens qui en déterminent la quotité; mais la rémunération ne se mesure plus sur le mérite seul ; elle dépend aussi de di- ^enes circonstances étrangères, et notamment du rapport entre l'offre et la demande. Le travail alors peut produire plus et rapporter moins. De là la distinction entre \etau^ naturel et le tfux conventionnel des salaires.
Attachons-nous d'abprd à étudier l'influence qu'exercera ,air le mérite du travail du simple ouvrier le développement de l'industrie.
Deux élémens entrent dans le mérite du travail de l'homme, élémens combinés dans des proportions diverses, et d'une valeur bien différente : la force et l'habileté. L'une appartient sÉdomaîne des puissances mécaniques; Tautre, à la sphère de riotelligence. L'homme partage la première dçces propriétés %c les animaux, avec les agens matériels; le second attribut lotiippartienten propre; c'est le noble privilège de sa nature. Réduit à l'usage immédiat de son bras, l'homme n'exerce qnme faculté bornée ; et le mérite de son travail sous ce rapport n'a qu'une bien faible valeur ; mais le levier centuple sa force ; les agens matériels viennent se mettre à sa disposition, • et dès-lors s'ajoutent à sa puissance. L'industrie, en perfectionnant les leviers, captivant et employant les puissances mé- ^ caniques de la nature, s'emparant de l'air, de l'eau, du ^ feu, créant de nouveaux agens par les procédés de la chi- ' mie, étend à l'infini cette force humaine , si faible à l'origine ; èU^ élève à nn degré presque incommensurable le mérite attaché aifpremier élément du travail.
Mais cet avantage appartient seulement au travailleur qui |pKM>se deHa force additionnelle comme de sa propriété persomielle. Dans le travail isolé et indépendant, chaque iravaillcur profile pour son propn* compie do la ptiiss:»n(> pio-
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liSZ» PREMIÈRE PARTIE. LIVRE II. C&VÇ. II. %
(iiictricc des insirumens cl des procédés à sou usage. Il n'en est pas ainsi dans le travail coUeetif ; la puissance produclrice artificielle, due aux insirumeus et aux procédés, JPbfite seule— mont à ceux qui ont fait Tavance du prix de ces instnnnçns ; les autres n'apportent que le tribut de leurs bras.
Il y a plus, et le ifiérite attaché à la seul*force indîvi-duelle de rhdhime , comme agent mécanique, diminue"^ progressivement en présence de la multiplication de ces agen& matériels qui viennent créer une force d'emprunt; la faible coopération de son bras représente uoe valeur toujours |iioin^ importante, proportionnellement à Ténj^rgie de ces leviers, dc3 <!es moteurs gigantesques.
Le travail du simple manrœuvre, employé à mouvoir «n«" roue, à transporter un. poids, conserve donc d'autant moias de valeur sous ce premier rapport , que Tinduslrie se développe davantage. La condiliim de l'ouvrier pauvre, s'il est l'éduit à n'exercer que sa force musculaire, eu deviendra don! plus misérable.
Mais levéritable méritedu iravailhumuinrésidedans rexei*
cice qu'y trouve l'intelligence, lise mesure non sur ledegréïe la fatigue, mais sur la perfection de Tart. La vie du sauvage est celle qui est soumise aux plus rudes fatigues et qui e0k\ moins productive, parce qu'eUe est celle où il y a le moins de travail réfléchi, le moins d^âfrt. Le pouvoir de l'inteUigence dirige la main de l'ouvrier, gouverne l'emploi deja force mécanique, el , dans son rôle le plus borné > la montre encore souveraine, puisqu'elle domine sur la niaiîére. L'intelligence humaine s'élançant dans la èarrière de l'industrie, ne connaît en quelque sorte aucune limite; elle éclaire les com-
binaisons du spéculateur, guide le mouvement des échanges, préside aux combinaisons les plus vastes, prévoit, Sispose, coordonne calcule, compare, étudie la nature, lui dérobe ses , secrets , imite ses opérations, et s'animant par lf% co l'wns du géoiic, inspirée par la^science, ouvre des voic^iîcosmues, JTail jaillir do sa pensée des créaiions.de toiy ge^