‹ De la bienfaisance publique; (volume 2)Chapitre 58 sur 80 · IH) TRAVAIL SOUS LE RAPPORT HORAL · texte numérisé non relu

IH) TRAVAIL SOUS LE RAPPORT HORAL

^ payé pour la journée : le premier est plus noble, suppose moins .de dépendance personnelle; il excite mieux raclivilé, parce qu'il se proportionne mieux à ses efforts. Il y a aussi plus d'efficacité morale dans le salaire qui se proportionne au méi'ite de l'exécntioB y et non pas seulement à sa mesure matérielle, i^omme le ipétrage du remblai fait par le terrassier. II y à pins d'efficacité morale dans le travail entièrement indépendant, qnedans celui qui eii fait sous les ordres d'aulrui : ce dernier i^ependant a aussi son utilité relative ; car, il est bien de sa^ vdir obéir, de recevoir les directions des personnel jplus éclairées, lorsque cette subordination ne se confond pâfs nvèt la servitude. L'image de l'autorité exerce due influence 9sAvh laii'e sur l'homme, surtout quand elle se justifie aussi bien par la nécessité d'assigner le but, d'organiser les moyens d'exécution, pour réaliser un résultat utile. Dans de vastes ateliers, les ouvriers sont animés par l'exemple, soutenus par le mouvement universel ; ils sentent la puissance dé l'agrégation, dé l'organisation; ils jouissent tous du spectacle de ta grande création à laquelle ils coopèrent en comnmn ; ils s'ac^ contnment à l'assistance mutuelle.

On ne se forme du travail de rbonfme qn*àue notion in- v complète, si l'on ne considère que sa forlM extérieure, son exécution matérielle. Il y a en lui un élément essentiel, qiioi^ que caché, dont lés économistes semblent né tenir presque !m ,. cmî compte, et qui est cependant son princijpe de vie; un élément qui appartient à la volonté &umaiiie, qui détermine Tat*tentiOn de l'esprit, l'application des forces, Pénei^ def action-, la constance des efibrts ; élément éminemment moral et qui donne un nouveau mérite au travaH en lai prêtant plusdechar*- 'mesp. Il ne concourt pas seulement à produire une pinsgrande q[uantité de travail; il contribue surtout à la perfection de l'œuvré. Ilestdans le champ de l'industrie ce que la valeur est dans les coadKits. Les eneouragemens bien entendus le soutiieB- Bent, l'alimentent. Ainsi, l'estiiçe et la bienveillance' de nos semblables; ainsi, Tespérance et les perspectives de l'avenir;

dis FRRMIÈEK PA&TU.. XIVAB II. CHA». \^

ainsi, la jouissance d*éure utile aux autres et surtout à ceux que Ton aime; ainsi, la satisfaction que Ton goûte coqtemplant son propre ouvrage; ainsi, la gaité même, et cette allégresse l^ilime qui accompagne une vie honnête et pure; ainsi, jns* qu'aux accords de Tbarmonie qui semblent eux-mêmes s'adresser à rame et redire des beautés morales, n'est-ce pas li en partie ce qui rend te travail de Thomme libre bien plus productif et bien plus achevé que celui de l'esclave, parce que, dans l'homme libre, respire toute la dignité de notre nature (1)? Si l'esclave rendu à la liberté travailla moins que dans les fers, quoiqu'il travaille alors pour son propre oomplie, n'est-ce pas une preuve manifeste que l'appât du salaire ne peut suiBre, que cet appât n'est pas le mobile principal du travail ;qu*U faut chercher dans le caractère même le foyer intérieur de Tactiyité laborieuse?

On ne se forme également des bienfaits du travail qa'uniB notion très incomplète, si l'on ne considère que le gain qu'il apporte à l'homme laborieux. D'abord l'expérience prouve que ' le travail économise même les dépenses, parce qu'il en rend les occasions plus rares, les teùtaiions moins séduisantes.- U accoutume â ménager, parce qu'il instruit à évaluer le prix des choses; il exerce a la frugalité, à l'ordre ; il fortifie l'âme autant que les oi^anes ; il exerce à agir ; il apprend à compter sur soi-même. Il est une discipline , une éducation tout entière; il devient même au besoin une distraction salutaire. Il entretient la santé morale de l'homme , douhlje le charme des plaisirs. Tous les intérêts du bien-être conseilleraient encore le travail , alors même qu'il ne serait pas cdmmandé par la nécessité et qu'aucune rétribution n'en serait le prix.

Un philantrope illustre (2) â rendu au travail agricole un

(1) Les esdaTes rendus à la liberté, dans les Étals-Unis, y tombent bienfAt dans la classe des îndigens. Voy. le rapport publié dernièrement par MM. de Beaumont et de Tocqueville, tur le régime pénitentiaire des ÉtaU^Ums.

(2) M. de Fellenberg, dans son ouvrage inliUilé : Beleuchtung einer W<f^ ^richtlfçhen Frtige an unsem Zeitgeist. Berne , X880.

DU TAAYAIJL SOUS LE AAPPOAT MORAL. 313

juste hommage^ en le signalant comme éminemment maralùa' ieiir,pour nous servir de son expression: il y a iméme reconnu un caractère religieux ; et assurément illui a conféré lui-même, dans ses beaux établissemens, les influences les plus salutaires. .Trayaillant, avec le ciel pour témoin, la nature pour compagne^ le cultivateur contemple à chaque instant et sous toutes les formes les merveilles de la sagesse divine; il est presque initié aux lois du créateur; le calme est dans son âmè, le recueillement dans son esprit; les dons qu'il recueille le disposent à la bienveillance en même temps qu'à la gratitude 4 simple dans ses mœurs, modéré dans ses désirs , il ignore les agitations, les ambitions , les excès qui troublent nos cités ; il vit presque exclusivement avec et pour sa famille; et, si digneflient préparé à goûter les fruits de la vie champêtre , il unit aux travaux* de la terre des études bien entendues, il accompagne ses labeurs par le chant des hymnes. Il afiectionnera toi^ours plus une existence qui le rend meilleur. Cependant, ne roublions pas : l'homme des champs subit dans son travail les inconvéniens d'un commerce assidu avec les animtuiL. L'artisan goûte mieux en travaillant le commerce de ses semblables ; il y a plus de suite, de régularité dans les opérations qui occupent ce dernier; il est contraint d'apporter plus d'attention dans les détails, comme dans l'ensemble de l'exécution de ses ouvrages ; hi division des fonctions et la multiplicité des échanges lui révèlent mieux combien le commerce de la société est nécessaire à l'homme. Quel est celui de nous qui , dans ses rapports avec de simples artisans , ne s'est pas ^enti souvent pénétré d'estime pour les solides et modestes vertus dont ces hommes de bien lui offraient le spectacle , et qu'ils savaient unir à l'urbanité et à la délicatesse ?

La confiance à l'avenir est douce; mais elle endort quelquefois, et l'homme ne passe pas sur la terre pour s'y livrer au sommeil. Il est donc bien qu'il soit tenu en haleine , que sa aoUicitsde soit éveillée, que l'oisiveté soit réprimée par la géfie, et que le travail devienne une nécessité de l'existence.

au PREMIBEB PARTIE. LIY&E II. CRAP. T.

L'institution de la propriété est , tout ensemble / an hommage rendu et un encouragement offert an travail, dans lequel elle puise sa première origine, dont elle consacre les droits, dont elle perpétue les fruits. Si la propriété foncière donne à cet hommage une sorte àe forme monuttientale, la propriété mobilière a l'avantage de nattre plus faeUement, plus rapidement, plus universellement du travail, de s'incorporer plus immédiatement avec lui. L'artisan reconnâtt souvent son ouvrage dans tout ce qu'il possède, et, en l'échangeant par la vente, c'est encore le produit de son trav^iil qu'il retrouve dans ce qu'il acquiert. Il jouit d'autant plus, que cette acquisition lui a coûté plus de fatigues.

C'est un service immense reqdu par l'industrie à la dviUsation que d'avoir, en créant d'inépuisables trésors de richesses mobilières , multipîié ainsi les propriétiûres , permis de fractionner, de transporter ces biens, pour offrir à chaqve eastant et partout des palmes au travail. Il était ji»te que le travail s'acquittât à son tour et vint affermir en le propageant le reêr pect pour la propriété, en la faisant mieux comprefidre« Ceux qui ne font dériver la propriété que de la lin»le assignée an biens , n'expliquent que la nécessité de défendre ce qa'elle a d'exclusif. Ceux qui la voient nattre. du travail oompreflaèot seuls comment eUe est véritablement un droit , par lequel l'homme s'approprie ce qui est hors de lut, lui- droit qu'il exerce sur ce qu'il a créé, ^mblable à celui qali a sur M* même , puisqu'il dérive de l'emploi de ses facultés per^ondles.

Avec le respect de la propriété, le travail nourrit doac aussi le sentiment du juste, la distinction du tien et du mîèn. Celte disposition, quoiqu'elle dégénère trop souvent en hostifité, n'est pas hostile par elle même ; elle est un effet de l'individualité, un gage de l'indépendance, un égard pour les» titres de chacun. Il est nécessaire que ceux qui, dans leur apathie^ ne se rendent utiles à rien, apprainent que les avaMagei^de l'aisance appartienne»! à ceux dont les finies scwt {nrodoc^

DU TRAVAiL SOUS LE EAPPORT HOEAL. 815

lives. De là cet esprit d'équité qui se fait toujours remarquer chez les hommes laborieux ; de là leur affcQiion pour Tordre public, c'est-à-dire pour la protection donnée aux droits de tous. ^

Il n'est pas indifférent, pour apprécier l'influence morale du travail, d^ savoir quelles images présentent habituellement à l'esprit, les occupations dont il se compose^ les matières sur lesquelles il s'exerce, quelles réflexions ces images peuvent SHgKërer. Il en est qui retracent des idées d'ordre, d'utilité i il en est qui dégénèrent en impressions ignobles, ou qui peu- ▼ent familiariser avec des habitudes cruelles. Il en est qui nmènent la pensée à des considérations instructives ; il en est qui la laissent s'égarer sur les frivolités ou les vices.

Une dernière circonstance qui influe considérablement sur la flMNralité du travail est celle qui natt de la destination qe'attache à ses produits cdai qui s'y livre* Le père de btfliilley qui partage avec sa femme, avec ses enlans, le fruit de ses sacHrs , puise dans ses aflections une vigueur nouvelle , et s'eatredent par ses fatigues, dans les généreuses disposi* lioiis de la bienveillance. Des associés unis par une amitié sincàre, mettant lairs bénéfices en conumm, s'exciteot fus Vâmste par one louable émulation. On voit souvent les servi* tews i gages s'aflectiomiier à leurs nudtres, les garçons à leurs chefc, les ouvriers à Tentrepreiieor ; et, eu travaillant pour astmi, n'être pas exclusivement préoccupés de leur propre salaire, mais ambitionner aussi le prix de la salis* Cu^tim et de restime, s*intéresser aa succès de rétablissemoAnqaiA ils sont attachés, oa de l'opàratioa à laquelle ils coDCoœiit. Ainsi se tempèrent on s^effacent les disposilioos à fai cqiidité OB i l'égoisoe, que le senlimeot du besoin, Tba* bilHde de recbereber ou de calcoler le gaiOipeaf eat tn^ sott-

it favorisor parmi les hommes.

S16 PIKMIKBK PAETIE. LIVAE II. CHAP. T.

ÀRllCLE IIL Lus vices, sources de la misère»

Tons les vices, par cela même qu'ils altèrent le sceaa sacré de rtiumanité ^ portent infailliblement atteinte an bienêtre de ceux qui se rendent leurs esclaves. Cette funeste conséquence s'aggrave d'autant plus que les vices entraînent une plus forte dissipation des revenus, et qu'ils occasionn.^t une plus profonde dégradation du caractère. Ces deux eflèts se combinent fréquemment ensemble; mais le second, moins aperçu, est certainement celui dont les ravages sont les plus étendus et les plus durables^

Qui ne sait, hélas ! combien de pauvres font les promesses de fortune, présentées sous la forme attrayante du hasard? elles séduisent de préférence et les ignorans et les gens impatiens du gain, deux dispositions réuQics dans la classe malaisée. La loterie enchaîne , par ses déceptions même, les dupes qu'felle a faites, sacharne à leur ruine. C'est peu: en faisant gagner sans avoir mérité, en faisant dépendre d'un seul instant et des aveugles cat)rices du sort, la chance d'un succès que ne donnerait pas le labeur d'une vie entière , l'influence de ce jeu funeste attiédit l'ardeur du travail , en affaiblit les ressorts, enlève au salaire la puissance d'encod* ragement qui lui était propre. Du reste la loterie ne ccHTompl pas par elle-même; elle touche plus aux égaremens de la folie, qu'aux désordres du libertinage. Aussi ne la voit-on pas figurer parmi les causes des crimes (i). Si le jeu laisse les chances plus égales entre les joueurs, et ruine moins infeilliblement par les pertes pécuniaires, il cause quelquefois une ruine plus rapide et plus complète. Le jeu entraîne une'

(1) Essai sur la statistique morale de la France, par M. Guerry; pages SO et 40.

LBS VICES, SOVBCES DB LA HISÂBE. S17

perte plus fâcheuse encore pour rhomme Jabprieux , celle de son temps ; les émotions qu*il excite éteignent le goût da travail et lès habitudes régulières , exaltent les passions (1), affaiblissent les affections sociales, répandent les vapeurs de l'ennui^sur le cours ordinaire et simple de la vie. Enfin les occasions de jouer , et par là même les tentations, sont plus fréquentes, surtout dans les villes.

En se familiarisant avec les caprices du sort , Thomme perd bientôt la prudence , et avec elle le guide qui devait présidera réconomie de son existence.

La vanité, Tenvie de briller, la' crainte de paraître ridicule sous le voile de la modestie viendraient-elles au&si exercer leurs sédiictionis sur la classe laborieuse? elle ne sait pas toiyours s'en défendre. Les femmes y paraissent plus ex^ posées, surtout dans la jeunesse , par lé désir de plaire ; le danger est plus multiplié, plus gi'ave dans les villes, où les hommes vivent plus rapprochés , où l'opinion exerce plus dVmpire, où l'inégalité des conditions est plus marqujée. Ce penchant occasionne des dépenses; il conduit S la légèreté, il nuit aux vertus domestiques. D'ailleurs, il ne corrompt pas le cœur, il n'abrutît point ; il ne figure pas au rang des vices qui font le plus de misérables.

; Les excès de. la sensualité réclament ici le triste privilège d'être, de tous les désordres le plus ruineux :|ls n'ont en quelque sorte pas de limites. Mais j la brèche qu'ils font aux reveqns de l'homme laborieux, par des consommations inutiles, spot le moindre dé leurs torts. Les heures qu'ils lui dérobent sont encore peu de chose aut>rès de la dégradation morale qa.'ils lui font subir. L'abus des jouissances sensuelles est un poison qui circule dans toutes les veines, qui pénètre aux principes même de la vie , ei qui énerve ainsi dans leur source

(i) Les ifoerelles au jai occupent un rang considérable paiinî lei eanaes ap« pbrtBtn dei mines, comme on le Toit dans les coavptes-rendm de b justice

318 PEBMiiBI PAHTIB. UVRE II. GHAP. Y.

les forces donlThomme, aiix prises avec une sitoation difficile, avait besoin pour en triompher; il mine à-la-fois et la vigueur du corps, et Te pouvoir de la raison, et Téhergie du carsictère. A la suite de ces excès « marchent le trouble, la honte, le désordre , la léthai^e , la maladie , une imort prémaUirée. La débauche , l'intempérance font à elles seules plus de pauvres que toutes les autres causes réunies. Dans leurs malheureuaei victimes , on ne reconnaît plus des créatures vivantes : elles se traînent, languissent, découragées, humiliées, afflusséesf c'est le rebut de la nature. Dieux! qui peindra le specUde de leur abrutissement plus affreux mille fois que celai de leur misèrel

On a constaté aux États-Unis que les ^k des indigais sont les victimes de Tivrognerie; on a calculé que le vice leur enlève 6 heures par jour, fait subir à la nation enlièrè ma perte annuelle de 120 millions de dollars, sans tenir^oenupte des pertes résultant des crimes et des maladies (i)« A ce spectacle le zèle de la charité s'est ému ; il s'est uni aux insp^ rations de la religion et de la morale, pour conjurer ces maux j il a opposé à ce fléau de nombreuses et puissantes associations qui déjà non*settlement l'ont enfermé dans des dignes, mais qui ont progressivement réduit ses ravages. Les amis defh»* manité gémissent en Angleterre de voir la passion des liqueurs fortea se propager déplus en plus dans la classe laborieuèe,6l y répandre ses funestes suites., Pendant le cours de 7 années, de 1820 à 1827, la consommation de l'eau^de-vie et celte da rhum oit à-peu-près doublé dans cette tle (2); la liste des pauvres s'en est ressentie. La Fi^ce, quoique le vin soit uat de ses productions naturelles, souffre moins du fléau de l'ivro* guérie, et ce vice semble môme y diminuer plutôt que s'aon

(1) Voyez the Christian almanach for 1S24, JNew-York. — NeW'York Mh gious^bser9€r, tom. \i, pag. 203, ete*

^2) Celle de l'eau-de-vie s'est élevée de 11,074,000 salions 4 2a,04O,OOS^ Celle du rhum de !.. 2:252;249 .... « à 4,3aMli«'

LES VIGfiS, SeUBGBS BB LÀ MiSàBB. S19

otlre. Mais l'expérience enseigne que les départemens quï iquittent un plus fort trlb*ut à Timpôt des boissons sont ceux li comptent le plus d'indigens.

Le vice, dont nous 4épIorons les effets, est loin de se mener dans toute son horreur à ses victimes, et oeci en augente encore le danger. Lindividu livré à de rudes travaux, .pire à quelques instans de relâche $ il a be^in de trou-*> ir des distractions faciles : les plaisirs des sens s*offipent à i oomne une diversion \ il y oublie ses fatigues, ses soucis; y retrouvj^ quelques ânotions que lui refuse la monotoiiid ) son lexistence. Privé des jouissances de l'esprit , des plains dâticats , plus il reste étranger au commerce de la soété,à la culture intellectuelle , et plus il cède facilement IX attraits de la sensualité. Plongé continuellement dans matière, il contracte une existence toute matérielle. L'esîce d'exaltation momentanée que lui donne le désordre delà ibavche, prend pour lut la place des plaisirs de l'imaginatîonf croit jouir s il ne sait plus s'arrêter : l'abus dégénère en ex*^ !S e( se convertit en habitode. Infortunés dignes de pitié, en âme le«4» qu'objets de dégoût, Us sont coimne eniratiié» ir une sorte de fatalité; on les voit, on leur parle^ il» «ttblent tous entendre, et ne voitt cooiprennent pas; ils ne mvent iriwipher d'eux^mteies. - LelibeFinage a moins d'excnaesi il a des tntes phu tt^» \&nm à qndqnes ^rds. S'il engendre omios dlndigent, esi^endre une misère pins hideuse , |dus proCMUle. Cba« ni de ses écarts flrappe Mz^kàè plnaieors vietiaies, et as emiaéqaenees éclatent en nonbfeox désastres. Il tient ircont corram|Me ce sexe qid devait éire le dépoifttfre des ieeliona de £»ffle , des sentanem dâicats €tpnrs.1l seire de sa £unille et de la société la fille innocente qu'il ose krir ; bientAt il la livrera à la pnosdtnliân , et de celte Dge elle ne sortira quepvttoisissnes, rhdpitai, lamencité on la fnisoo. U met an jour, il midtiplie ces éfres fbrtnnés dont la situation art pire nne eeHn de ferpinlf».

820 PREMlteS PAHTIE, LIYBE II. €HAF. T.

indigens dès le berceau , heureux se.'ileineiit de ce qat fenh le malheur des autres , de ne pas conoattre les auteurs de leurs jours. ^

Que les êtres frivoles, aux yeux desquels les désordres de mœurs trouvent si facilement une excuse, même une 'aiMogie, apprennent à connaître jusqu'à quel point ces désordres pervertissent le caractère de lliomme ! En méditant sur les comptes-rendus de la Justice criminelle, ils y ve^ ront que Tadultère , la débauche , le concubinage , la séduction forment, parmi nous, aujourd'hui, le motif avoué de près de 1/8 des crimes (1) ; qu'ils aillent ensuite visiter tons les refuges de la pauvreté, interroger les maux qui l'affligent!

Il y a peu de connexité entre les passions violentes et les causes ordinaires de l'indigence ; la haine, la vengelmce, It cupidité poussent au crime, ne conduisent pas directemeat à la mi^re. Mais , tout ce qui avilit le csùractère et décourage la volonté engendre Tlncurie, l'apiaUiie, ei Meatêt par conséquent l'épuisement des ressources. Vesptii de servilité, le mensonge, l'envie, la bassesse, en familiarisaot l'homme avec la honte , le disposent à envisager avec moins d'effroi la nécessité d'implorer tles secours d'autnii, et rimmiliation d'une détresse que l'on s'est attirée par sa propre faute. Une juste fierté sug^re donc la prévoyance, comne elle soutient l'énergie; elle enseigne à s'aider soiHDêae; elle sait déguiser le dénùment sous les soins de Tordre et de la propreté. Mais, tout est perdu quandt on perd le sentiment de sa propre dignité. Gomment rendis à l'aisance celui qu'on ne peut relever à ses propres yeux? les epftns surtout, élevés dans l'atmosphère du vice, inaccessiUci

(1) Sur 1,000 crimes, Tadultèré • 64

La débauche, le GoncubiDage, la séduetion 63

iStoiîtfK^M moni/Ir, par ML Gnerry, pag. II. ^

RAPPOBTS ENTRE LES DÉLITS ET l'iHDIGENCB. ZH

à toate émnlation , sont d'avance voués on à la misère ou au crime; et lé premier de tous les bienfaits, celui de Téducnlion 9 est même repoussé par eux.

arîtclb IV.

Des rapports qid existent entre les causes des déisis et celles de l'Indigence,

Ne concluons pas de ce qui précède que les causes de Tindigence se confondent avec celles des délits. Heureusement, il n'en est pas ainsi. Si la misère fait trop souvent des coupables, elle n'en produit pas autant qu'au premier coup-d'œil

on serait porté à le supposer.

Le plus grand nombre des vrais indigens appartient à la classe des vieillards , des infirmes , des malades , des enfans , tous placés dans les circonstances d'âge ou de santé qui sont le moins fécondes en crimes et en délits. Les femmes, qui forment en France au moins les Z\S ou les deux tiers du nombre des indigens, ne figurent guère que pour li& dans celui des criminels.

Le plus grand nombre des crimes se commet précisément dans l'âge de ta vie où l'indigence est le moins connue , et le plus facile à éviter, c'est-à-dire dans l'âge de 25 à 30 ans.

Les causes de l'indigence réelle frappent les êtres les plus innocens. Lorsque la misère est fille du viCe , elle est surtout, comme nous venons de le voir, la suite de ces vices qui abattent l'homme, en l'avilissant, et non des passions qui le portent à la violence. Aussi les femmes figurent-elles , dans le tableau des crimes contre les personnes, pour une proportion biep plus faible que dans, celui des crimes conti'e les propriétés, tandis qu'elles composant la plus grande partie des indigens : encore l'infanticide occupe-t-îl la plus grande . place des crimes commis contre les personnes par les femmes (i). Le plus grand nombre des attentats contre les

(1) Sur 100 crimes contre les personnes, les femmes en France n'en rom-

322 PaBMIÂEB PABTIB. LIVKB II. CH\F. Y*

personnes est commis par des jeunes gens, par ceax qui jooiisent mieux de toutes leurs forces, et pendant la saison de l'été, époque où Thomme éprouve le moins de besoins. -

Le dénùment sans doute ne sollicite que trop vivement \ .considérer d'un œil envieux l'aisance d'autrui. Quelle tentation pour l'inertie, comme pour l'avidité, que de se voir dispensé d'une fatigue assidue pour arriver au bien-être. Et quelle voie plus prompte, que la violation de la propriété! Aussi les crimes contre les propriétés sont-ils plus nombreux chez les fainéans et dans la saison rigoureuses

On se tromperait cependant si Ton supposait que lesFYob trouvent souvent leur excuse dans une indigence réelle ; il est fort rare que l'on voie figurer au banc des accusés des indigens inscrits sur tes listes des bureaux de blenfidsanoé. Parmi les crimes dirigés contre la propriété, un grand nombre sont commis dans des circonstances qui nlnjUqnent point lin dénùment actuel (i). Le vol, lui-même, est plus fréquent dans la jeunesse que dans la vieillesse, et chez les hommes que chez les femmes, proportion gardée (2), quoique les femmes, ayant moins de ressources, succombent plus focilement à la détresse.

mettent que 14 ; sur pareil nombre contre les propriétés elles eu oomBiel* te&t21.

Allais sur 100 infiinticides, elles en commettent 94, et les înJ^gfHdfi cou* prennent les 406/1000 des crimes contre les personnes, '

{Statistique morale, de M. Guerry, pag. 10 et 21. )

(1) Sur 1,000 crimes contre la propriété, on compte en France

Hommes. Femmes.

Vols domestiques. • 156 862

Banqueroutes 114 ISO

(lêùd* pag. 18.)

(2) Sur 100 vois ordinaires, 88 en France sont commis par des homma^, 17 seulement par des femmes.

Sur 1000 crimes commis, le vol, chez les hommes, en donne 685, chexki femmes 516, (A/., id.)

RAPPORTS BNTRK LES DBLIT6 IT L INDIGÏNCE. 32^

Parmi ceux des dëpartemens de la France,, qui sont jusqu'à ce jour indiqués comme souffrant pfus particulièrement de rindigence, il en est uû grajid nombre qui figurent parmi ceux où les crimes et les délits contre les personnes sont les plus rare^ : tels sont ceux de l'Aisne, des Ardennes, du Nord, de rOise, de la Gironde, du Pas-de-Calais, de Séine-et^ Marne, de la Somme, du Rhône; tandis que , au contraire, parmi ceux qui sont annoncés comme offrant le tableau d'une plus grande aisance figurent plusieurs de ceux où les crimes contre les personnes sont les plus nombreux. Parmi les dé* partemens signalés comme le plus affectés par l'indigence ; figurent ceux où les crimes contre les propriétés sont les plus firéqnens, comme la Seine, la Seine-Inférieure, Seine-et-Oise, le Pas-de-Calais , le Rhône , Seine-et-Marne ,ies Bouchesdu-Rhône, l'Aisne, etc.; tandis que, parmi les départemens les moins a£GUgés par ce fléau , figurent ceux où les crimes contre les propriétés sont les plus rares : tels sont la Creuze , la Corrèze , l'Ain , là Charente , l'Ardèche , la Dordogne , le Lot, les Vosges , le Lot-et-Garonne. (1)

Serait-œ que les véritables . indigens accroissent sensiblement le nombre des criminels ? non sans doute ; mais les mêmes circonstances qui jettent les uns dans l'indigence, poussent les autres au vol : ceux-là périssent de faim ; ceux-ci se nourrissent aux dépens d'autrui. Les mêmes lieux attirent les pauvres et les voleurs, les uns pour implorer l'assistance, les autres pour dérober. Ne les confondons point entre eux ; rendons cet hommage à la pauvreté : c'est parce qu'il se^ refuse à violer les lois de la probité que , dans son malheur , le pauvre reste dénué de toitt, et sa détresse même est son apologie.

Il n'en est pas de même de la fausse indigence , ni de celle qui se précipite dans la détresse par sa faute , et en cherche le remède dans l'importunité des sollicitations ,- au lieu de

(1) Toir les comptes de la justice crimineHe en France, publiés par le Ministère de la justice.

^ih PIBMIÉJIE PARTIS. LIT&X II. GHAP, W

le trouver dan» les efforts de l'ordre et du travail : déjà ,. elles fendent à produire uqe classe entière de délits avec lesquels elles ont la plus étroite affinité ; ceux que nos lois qualifient BOUS la dénomination de vagabondage et de mendicité (i). Les comptes rendus depuis quelques années de l'administration de la justice criminelle prouvent que ce genre de délits appartient, en France, plus spécialement à quelques localités , tandis que d'autres en paraissent presque entièrement exemptes. Parmi les départemens qui, chaque année, fournissent le plus d'accusés pour le délit dç vagabondage, viennent en première ligne, la Seine, la Seine-Inférieure, SeinerretrOiae , Eure-et-LÔir , le Pas-de-Calais, le Calvados, le Rhdne, la Moselle, le Bas et le Haut-Rhin, TAisne, la Starae-, la Meurihe, qui se retrouvent dansles i6 départemens qui comptent aussi le plus d'accusés de crimes et de délits contre les propriétés (2). On. en rencontre même quelques-ims qui, comme ceux de la Seine, de la Moselle, du Haut et BastrRhin, de Seine-et-Marne , de la Marne et du Calvados, appartiennent aussi à la classe des départemens où il se commet le plus de crimes contre les personnes. Les départemens qui comme la Creuse, la Corrèze, la Haute-Loire, le Gers, FHéraulf;, les Haules-Pyrénces , l'Ardèche, le Lot, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées-Orientales , la Lozère , les Hautes et Basses-Alpes, rindre,Tarn-et-Garonne,rArriège,ne livrent presque aucun vagabond aux tribunaux, sont précisément placés dans le rang des 20 qui voient commettre le moins de crimes et de délits contre la propriété; quelques-uns^ aussi qui, commela Creuse, l'Indre, l'Allier, la Nièvre , partagent le même avantage, voient aussi s elevermoins de préventions de crimes, contre les personnes.

e (1) Gode pénal, art. 269 à 282.

(2) Tel est le résultat que donnent, pendant les dernières années, les comptes^rendus de Tadministraiion de la jusliee criminelle en France, fà^ par le Ministère de la justice.

le

RAPPORTS ENTRE L£$ DÉLITS ET L INOIGESCË. S2d

Les mêmes observations se reproduisent, en jetant les yeux sur les poursuites relatives au délit de mendicité.. La Seine , la Seine-Inférieure , Seine-et-Oise , Eure-et-Loir , le Pas-de-Calais , le Calvados , le Rhône , le Bas-Rhin , la . Marne , le Loiret , TAisne , Seine-et-Marne et le Nord , où ce genre de] préventions s'élève le plus abondamment, reparaissent dans un rang aussi élevé relativement aux accusations de crimes contre les propriétés ; quelques-uns même , comme la Seine, Seine-et-Oise > le Bas-Rhin, la Marne» )e Calvados , la Sjeine-Inférieure , placés dans la même caté* gorie pour les délits de mendicité , y sont également situés pour les délits contre les personnes. Cependant, certains départemens privilégiés que la mendicité épargne sont encore aussi favorablement traités sous le rapport des crimes contre la propriété; dans leur nombre, on rémarque la Creuse, la Corrèze, rAllier, la H^aute-Loire, le Cantal, TArdèche, TAude , TArriège , Ta^n-et-Garonne , la Haute-Saône et la Drôme ; quelques-uns d'entre euK sont dans des conditions également heureuses sous le rapport des critnes contre les personnes , témoins la Creuse , TAlIier j les Côtes-du-Nord , et la Haute-Saône.

Quelquefois, ceux où il y a le plus dé vagabonds et de mendians, sont cependant ceux où Ton compte le moins * dindigens : tels sont TAin et le Finistère ; quelquefois ceux qui renferment le plus d'indigens sont ceux qui souffrent le moins de la mendicité et du vagabondage.

On remarque., en France, que les crimes commis par les mendians ou vagabonds forment environ le i\Ub de la totalité / des crimes. Dans ce nombre , les crimes contre la- propriété forment les 5/6 et ceux contre les personnes le 1^6 seulement. Les crimes commis par les femmes appartenant à cette classe s'élèvent à environ 22 sur 100. (i)

(1) Voici la moyenne des sept années 1829 à 1836 » d'après les comptesrendus de radministralioa de la justice criminelle :

a26 raEMlÈ&E P\KT^£. LIVRE II. CHA». T.

Ces faits sont constans ; n'en tirons point cependl^nt de corollaires trop rigoureux. On sait combien il faut, en général , éviter de demander avec trop d'empressement dés inductions absolues aux reqseignemens donnés par radministration de la justice criminelle (1). Dans la matière qui nous occupe^ d'autres réflexions encore viennent commander cette réserve: le vagabondage est quelquefois attaché à certaines circonstances locales, comme le voisinage des frontières, Texistence des grandes villes; il peut tenir à la négligence de la police administrative ; la mendici|,é se classe dans nos lois sous un caractère différent, suivant qu'elle se produit dans un lieu où il existe un dépôt destiné aux mendiâns, ou bien dans les lieux où il n'existe aucun établissement de cette nature (2) : il résuite de là que la mendicité d'habitude doit être plus fréquente dans les départemens où elle ne peut èite l'objet de poursuites judiciaires, soit parce qu'elle y a moins à craindre la répression , sôit parce qu'elle y trouve moins de remèdes. Les règles qu'adopte l'administration locale , les soins qu'elle met à les exécuter, modifient considérablement les effets qui tendraient à se produire sous l'influence des causes générales.

Tous les comptesrrendus , sur l'administration de la justice criminelle en France, sont d'accord pour établir que les pré-

Total des crimes. Année moyenne 7)381 -

Commis par les mendiâns et les vagabonds.. ..••••• 222

Et dans' le nombre de ceux-ci :

Contre les personnes 20

Contre les propriétés •- 108

Par les bommes 178

Par les femmes • 43

(1) Toyez en particulier les judicieuses observations présentées par M. Decandolle fils , dans la Bibliothèque umverselle de Genève , février 1830 et jiui-' vier 1832. Voyez aussi les Recherches sUr la statistique criminelle, récienaaBBX publiées à Berlin par Tillostre jurisconsulte. M, Mittermaier.

(2) Code pénal, art. 275~.

Dl L INFLUENCE D£8 VILLES. S 27

venus de crimes commisxontre les personnes se trouvent en plus forte proportion dans la classe des individus qui exercent une profestion libérale , que dans celle des gens sans av€£n. En revanche, ceux-ci présentaiejit une plus forte proportion pour les attentats à la propriété (1). Eiï absolvant rindîgence réelle, ces résultats signalent les dangers que foit courir à Tordre public la pauvreté mensongère.

ARTICLE V

De rinfiuenee des ^villes,

L'acte d'accusation lancé par Jean-Jacques contre la civilisation ne pouvait mériter une discussion sérieuse ; en se re* portant contre les villes, il n'a guère changé de but , maisil a obtenu plus de faveur; il s'est appuyé sur des motife plus spécieux. Que n'y a-t-il pas à dire en effet sur les maux de tout genre qui naissent et se propagent au sein des villes , smtout des grandes villes ! N'est-^e pas dans l'enceinte des villes que se déploie la misère la plus abondante, la plus hideuse? N'est - ce*pas le poison corrupteur des villes qui , par son action délétère , éteint chez tant de malheureux les forces physiques et morales? N'est-ice pas là que régnent avec effronterie la prostitution et le jeu ; que toutes les séductions se réunissent pour arracher l'honune laborieux à la tempe-rance, à l'économie? Les villes ne sont-elles pas le repaire de tous les vices ? Aux occasions multipliées de débauche, ne

(1) Yofes spécialemeDt le compte-renda de la justice crimmeUe en France pour 18S4y p. uij. Des documens officiels recueillis de 1828 à 1834, il rétultft que la proportion des aceusés pour crimes .eonU^.ks personnes, est, duu la olasse des individus exerçant des professions libérales^ de 46 pour 100» tandis qu^elle descend à 14 pour 100, dans la classe des gens sans aveu. En 18S5 , la proportion a été de 44 sur 100 dans la première classe , et de 11 pour ISOnileiMBl dns la Motiidè, * ' «

joigiieni-eiles pas encore les pernicieux exemples? La fausse indigence y est encouragée par l'espoir du succès ; la vraie pauvreté y subit une humiliation plus sensible , à la vue du luxe qui entoure la richesse ; le sentiment du besoin .devant plus vif; Tàme du pauvre ignoré et abandonné a plus dé peine à se défendre du découragement et du désespoir.

Voyez , nous dit-on , ce Londres avec ses 118,000 filous ou receleurs, ses 75,000 prostituées, ses 16,000 mendians , ses 20,000 individus sans moyens d'existence ! ce ne sont pas ses habitans seuls qu'il corrompt : la contagion- se transmet à cette foule immense qui , de . toutes parts , communique avec ce foyer pestilentiel.

Mais, ne serait-ce pas ici la conséquence de cette loi générale qui place les dangers à côté des progrès , l'abus à côté de la jouissance, et les inconvéniens à côté des avantages? . Les villes , en effet , représentent en quelque sorte la civilisation elle-même. £lle« en sont rinstmmënt , le produit et rimage.

Quatre circonstances principales en leur donnant ce brillant privilège , expliquent leurs influences diverses et quelquefois contraires,

' Centres de la richesse et de la puissance , Tinégalité des conditions s'y déploie sur Téchelle la plus étendue. Delà un sentiment plus vif d'envie de la part de ceux qui ne possèdent pas ; des tentations plus nombreuses d'acquérir par voies illégitimes, des occasions plus fréquentes et plus faciles pour réussir. De là les dangers qu'amène l'abus de la richesse ; et ceux qui menacent même les pclï^onnes peu fortunées, par les séductions de la dissipation et des plaisirs sensuels. Mais, à côté de ces inconvéniens, se déploient les avantages attachés à ces deux grandes prérogatives : une protection plus assurée pour les faibles; la présence d'une classe moyenne qui s'interpose entre les pauvres et les riches ; les ressources d'une bienfaisance plus libérale et plus éclairée; l'élégance, l'urbanité, qui adoucissent et polissent les mcrari^

D£ l'iNFLUEKCE DES VILLES. 329.

Vastes ateliers , comptoirs , marchés considérables et toujours ouverts , les villes sont les réservoirs des capitaux , le théâtre de Tindustrie manufacturière et commerciale. Le travailleur y est exposé aux chances qu'entraîne Tessor d'une telle industrie ; mais il y trouve un emploi plus fréquent, plus varié, pliis lucratif.

Hautes écoles, briilans foyers d'instruction, les villes don* nent des laboratoires à la science , un théâtre aux beaux-arts, une tribune à l'éloquence , des chaireè à l'enseignement. De leur sein jaillissent incessamment les lumières, pour se répandre au loin, pour se communiquer à toutes les classes de la société ; avec les lumières , mille bienfaits se propagent , si la moralité lés accompagne ; mais aussi , mille poisons corrupteurs, si la moralité ne se maintient pas au moins à leur niveau.

Séjour d'une population agglomérée , les villes exposent leurs habitans à des froissemens plus multipliés ; elles centuplent le danger de la contagion pour les maladies morales, comme po.ur les maladies physiques. Mais, si, en se rapprochant , les hommes sont plus à portée de se nuire , ne sont-ils pas aussi plus à portée de s'aider mutuellement ? De ces relations continues et variées naît la sociabilité, source abondante des perfectionnemens , sève vivifiante de l'humanité.

Là , une expérience de chaque instant enseigne com^. ment la probité captive la confiance, comment la bienveillance obtient le retour. Là, chacun , témoin des services rendus et prêtés , participant sans cesse aux échanges, apprend combien' l'homme a besoin de l'homme, et dans son semblable retrouve un frère. Là, se révèle toute la puissance de l'esprit d'association. Là s'alimentent les sympathies qui confondent tous les hommes en une même famille. Là, si le vice étale son honteux cortège , de nobles exemples méritent l'admiration; leur muet enseignement frappe mieux les regards, s'adresse à un public plus nombreux. Là, se conçoivent de gr$mdes pensées de biep public, se préparent de

380 ' PREMIJEIB PAEVIB. UITBB 11. CHAP. V.

salutaires iastitations , s'élèvent de vastes établtssemeDS qui améliorent les mœurs , <^Dsolent les souffrances et ouvrent au zèle une carrière sans bornes. Vous dites quels vices infestent nos cités ; dites donc aussi quelles vertus y brillent! Découvrez celles qui s'y cachent 1 De quels actes de dévoùment sublime les cités ne sont-elles pas chaque jour les té« moins ! N'est-ce pas au sein des villes que le recueil des prix MoDtyoQ nous fait découvrir la plupart des belles actions ignorées , dont les auteurs appartiennent le plus souvent aux situations les plus obscures? .

Est-il exact d'ailleurs de considérer tous les vi€e9 et toutes les misères que renfecventles viUesi , comme leur appartenant en propre? Me reçoivent-elles pas lés êtres les plus emr^ rompus de, toute la contrée , comme elles servent de refage aux plus misérables? Plus de la moitié des prostituees.de Pâlis viennent des départemens. L'ho^ice de la Maternité àà la capitale reçoit une proportion semblable de femmes ^pii vittH sent du dehors ; l'hospice même des Eniàns Trouvés recueille près d'un tiers de nouveau - nés étrangers à Paris \ la moitié des indigens de cette ville lui sont étrangers pur leur nais" sance. -

Lorsque nous consultons les comptes-rendus de l'administration de la justice criminelle, nous sommes frappés sais doute de voir qu'en France les ^5^' de la totalité des crimes se commettent dans les villes, et les 3i5' seulement dans les communes rurales (1) , tandis que la population des villes n'est i celle 4es campagnes que comme 1 est à 2. Mais cette proportion se montre bien moins défavorable aux villes qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord , lorsqu'on réié^ cbit que les malfeiteurs de la campagne viennent exercer daas

(1) D*après le relevé des six aimées 1830 à 18S5, les seules pour léscpieDes cette information ail commencé à -être donnée , pour une moyenne de 7S82 crimes ; ceux qui avaient été commis par des accusés demeurant dans les com'

munes rurales 8*élèvaient à 4,802

6lceiixoQBMU8 ptf dessccittéidflMsariftt dan dtBv9n à««*k«« •• •• JI^Mê

ra L'uVFLUnfGB hi» VIILIS. Ml

les villes leur coupable industrie, attirés par l'appàt du butîD y comme par Tespoir de se dérober plus facilement aux yeux de la justice. Les villes servent d'égouts aux vices des campagnes.

Là où il y a le plus de richesses, il y a naturellement le plusd'allaques à la propriété. Une expérience constante l'a montré. Les départemens de France les plus riches , la Seine , les Bouches-du-Rhôue , la Seine-Inférieure, Seine-et-ïMame, Seine*et-Oise, le Rhône, le Loiret , le Calvados, £ure-et^IiOir^ la Marne, en offrent l'exemple; tandis que les départemens lés plus pauvres, tels que les Hautes-Pyrénées, TArdèche, les Hautes-Alpes , les Vosges , les Landes , les Basses-Pyrénées, la Greuze, la Lozère, les Basses-Alpes, la Corrèze, l'Ariège, les Pyrénées-Orientales, sont précisément ceux où la propriété est exposée au plus petit nombre d'attentats. Les richesses n'enfantent pas le vol , elles l'attirent i leur vue seule excite un désir coupable i leur proximité favorise la tentative du crime.

Il faut dire des villes, séjour des ncbesses, ce qu'on dît des ridieises elles-mêmes* GeUes-ià subissent les conséquences attachées à celles-ci.

Si l'on comparé la différence qui existe entre le nombre re^ hitif des crimes commis dans les communes urbaines, et celui des crimes commis dans les communes rurales, et si l'on a égard au rapport qui existe entre le nombre des malftiteurs étrangers aux villes qtd y établissent leur séjour, et celui des ■salfaiteiirs qui a|q[>arti«Bnent à ces villes elles-mêmes , on est surpris que le nombre des crimes dont les villes sont le théâtre ne soit pas plus considérable.. Le nonibre des crimes commis dans les villes,, étant tm France de 2/6 ou 6/15 du nombre total, n'excède que de 1/5 le rapport de la population urbaine à la population totale, qui est de 1/3 on 5/15. Or , le nombre des malfaiteurs étrangers atix villes dans lesquelles ils commettent des délits suipassè de beaucoup le 1/5; il est de Id moitié dans quelques-unes. D'après ces bases, les

332 PREBUimB PARTIB. LITRB I|;. CUAP. V.

crimes commis dans les villes par les enfans de ces villes elles-mêmes, ne seraient plus que des 3/15 du nombre total , et par conséquent il serait inférieur de 2/15 à celui que devrait donner en France le rapport général de la population urbaine à la population rurale. , '

L'estimable auteur de la Statistique morale fait justement remarquer que c'est dans les villes que fixent leur séjour, ces scélérats de tous les pays pour qui le crime est une profession. C'est encore dans le sein des villes que les forçats libérés viennent se dérober aux. regards.

Les crimes contre la propriété sont ordinairement plus communs dans les villes populeuses, jque dans celles où les habitans sont le moins nombreux. Le même auteur, en signalant ce fait, ajoute avec raison ce qu'on a cependant beau- « coup trop généralisé , lorsqu'on a cru pouvoir conclure de «c là que la principale cause de ce genre de crimes était ce l'a^lomération de la population; que des départemens où ce se trouvent des cités du premier ordre , Nantes Bordeaux , a Nîmes, Toulouse , Mon^ellier, Marseille, voient commel- « tre moins de crimes de cette nature que d'autres dont les <c chefs-lieux sont moins considérables, comme Troyes, Qiâ- (c Ions, Arras, Évreux, Chartres (1), etc. »

Continuant de comparer les délits commis dans lesvilles et dans les campagnes, et prenant encore la France poir exemple, les mêmes vérités vont ressortir sous une autre forme.

La moyenne des délits commis pendant les dernières années est d'environ 214,000.

Parmi ces délits se classent les espèces suivantes , dont le principal théâtre est certainement la campagne :

(1) statistique morale, etc., par M» Gnerry, page49.

I>B l'iKFLUBNCB-BES VILLB8« 833

1* DéTastat^on de plans et récoltes. . • . • r 164

2"* Arbres abattus 344 '

S* Destruction d'animaux 96

4^ Déplaoemens de bornes 26

6^ Inondation • 64

6o Destruction de clôture 646

7* Violation' des réglemens sur Tépizootie ..... 63

8^ Maraudages 987

9** Chasse et ports d'armes 4,665

10» Délits ruraux '. 2,394

11" Délits forestiers 160,694

12'' Pèche 766

Ce sont à-peu-près ^ comme l'onf voit , les &/5 du nombre total; unjB grande partie des autres délits se commettent égatenient It la campagne et dans les cités. (1)

C'est ici peut-être le moment d'examiner dans quelle proportion les diverses professions se partagent les criminels. Ces professions sont en effet, quant aux mœurs de ceux qui les exercent, sous la double influence du genre de travail auquel elles les occupent et du séjour où elles les retiennent.

En consultant les relevés annuellement publiés, en France sur le recrutement dé l'armée, et les comptes-rendus de la Justice criminelle, on obtient, terme moyen, par année, le rapprochement suivant entre le nombre des jeunes gens appelés

(t) Les délits forestiers -compoieiit sans doute à eux seuls les 16/16" de ce nombre; mais cet exemple montre combien l'occasion du délit, la présence de la cbose, la fiicilité à la dérober, provoquent à la Tiolation des droits de la propriété, et combien par conséquent la séduction doit être puissante dans les tilles où les richesses mobifières sont si abondantes et a aisées à «iilever.

Les délits forestiersy il est trai, ainsi qoe les dâits de diasse ne se présentent pas le plus souvent à Fesprit de ceux qui les commettent comme une grave atteinte aux lois de la morale ; les premiers cependant- sont en général commis par des gens peu laborieux et peu délicats sur la manière de satisfaire à leurs besoins.

S8& PBUnM FAETR. LITEB H. CHAP.. ▼.

au recratement appartenant à une profession connue,- et le nombre des criminels appartenant à la même profession.

. ApfMlét Ml Prff»pm de rceratcBant.

V Empbyés aux divers travaux de la — '

campagne , sur 100 62 à 64 89 à 40

2** Ouvriers en bois 6À 6 5et^5

3® Ouvriers en iTer 8 » Set 8/4

4^ Ouvriers en cuir 3 » 5ell/2

5** OuTriers en pierre et mineurs .... 8 » ■ 5 »

8® Tailleurs dliabiu ; . . • . 1 » 8 »

7® Bateliers et mariniers 2 » 1 »

go Ecrivains et commis 2 » 1 »

Ce parallèle sans doute ne peut fonder des inductions précises et absolues (1). Il semble cependant indiquer que les attentats les plus graves contre les personnes et la propriété sont moins nombreux parmi les personnes attachées t\jai travaux des champs ; mais on retrouve une proportion Inverse dès qu'on étend ce parallèle aux délits.

Chose digne de remarque ! La classe la plus aisée de la société , celle des marchands , banquiers , imprimeurs , libraires, artistes y étudians, fonctionnaires publics, instituteurs, médecins, avocats, notaires , hommes de lettres, propriétaires, forme près des 8 centièmes des prévenus de délits , quoiqu'elle ne représente pas le 1/100 de la population entière. Ces professions s'exercent spécialement au sein des villes ; mais elles ne sont pas du nombre de celles où le délit trouve son excuse ou sa cause dans le dénùment.

Sous quelque point de vue qu'on envisage cette quesfion, soit qu'on remente aux principes, soit qu'on consulte les Êiits, on est donc conduit à reconnaître que les villes et les campai gnes sont nécessaires les unes aux autres, comme les organes d'un même corps : ainsi que ces organes, celles-ci et celles-

(1) n faudrait pouVoiir coimaltre comment ces nonbm m ré[nrtiiMl mh tre les hommes et les femmes, et retondre à un plus grand nombre de fvt- (i^ons.

IHTLtSHCE tV MAEIAGI SUA LIS HtSITAS. SS5

là remplissent des fonctions différentes, produisent des biens spéciaux , mais sont sujettes à des maux qui leur sont pro« pre , mélange inhérent à toutes les choses humaines. C'est à une sage administration qu'il appartient de faire fructifier les biens, d'opposer aux maux des préservatifs et des remèdes.

ARTICLE TI

De t influence du mariage sur les mœurs populaires,

D^à se sont dissipées (1) les exagérations qui accusaient le mariage de faire peser sur l'homme de travail , le ferdeau d'une dépense au-dessus de ses forces, et d'imposer à la société celui d'une population excessive.

Il nous reste maintenant à considérer cette grande institur tien dans là moralité de ses causes et de ses effets ; et ici elle se range naturellement au nombre de celles qui, protégeant les mœurs , protègent aussi le bien-être. La famille est comme la société , le vœu de la nature : la vie de familfe est la desiination de l'homme.

L'hymen est une sorte d'éducation morale , qui se prolonge pendant le cours entier de la vie.

L'hymen détourne le jeune homme de la dissipation , des désordres , des firoides spéculations de l'égolsme ; il préservé la jeune fille de la séduction ; donne un appui à sa ftiblesse. Il double les forces dé tous deux par la puissance des affections domestiques; il élève leur dignité commune ; en leur imposant de nouveaux devoirs, il les améliore par le bonheur qu'il répand sur leurs jours. Au sein de l'union conjugale s'établit une ânulation salutaire , une communauté intime d^ntéréts et de sentimens; les deux époux s'éclairent par leurs conseils, s'animent par leurs eiCemples, se ph>tègent par leur' sollicitude. Les joies de famille, les occupations domestiques, les inquiétudes même et les épreuves de la communauté éveil-

(1) Yeytt k (èapitre précédent, «iticfof.

ZZh PBIimU FAETR. LimB H. CHAP.. ▼.

au recratement appartenant à une profession connue,- et le nombre des criminels appartenant à la même profession.

. ApfMlét Ml MVMMM de

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!• Empbyés aux divers travaux de la — '

campagne , sur 100 62 à 64 89 à 40

2** Ouvriers en bois • . • . . 6 à 6 5 et ^

3® Ouvriers en iTer ••... 3 » Set 3/4

4** Ouvriers en cuir 3 » 5et 1/2

6* OuTriers en pierre et mineurs .... 3 ». 5 »

ir Tailleurs dliabiu ;.... 1 » 3 »

7° Bateliers et mariniers , . . • 2 » 1 »

gB Ecrivains et commis 2 » 1 »

Ce parallèle sans doute ne peut fonder des inductions précises et absolues (1). Il semble cependant indiquer que les attentats les plus graves contre les personnes et la propriété sont moins nombreux parmi les personnes attachées t^a travaux des champs ; mais on retrouve une proportion inverse dès qu'on étend ce parallèle aux délits.

Chose digne de remarque ! La classe la plus aisée de la société , celle des marchands , banquiers , imprimeurs , libraires, artistes, étudians, fonctionnaires publics, instituteurs, médecins, avocats, notaires, hommes de lettres, propriétaires, forme près des 8 centièmes des prévenus de délits , quoiqu'elle ne représente pas le 1/100 de la population entière. Ces professions s'exercent spécialement au sein des villes ; mais elles ne sont pas du nombre de celles où le délit trouve son excuse ou sa cause dans le dénAment.

Sous quelque point de vue qu'on envisage cette question, soit qu'on remente aux principes, soit qu'on consulte les Êuts, on est donc conduit à reconnaître que les villes et les campagnes sont nécessaires les unes aux autres, comme les organes d'un même corps : ainsi que ces organes, celles-ci et celles-

(1) n faudrait povVoir coimaltre comment ces nonfans m TéptrtnMM «tre les hommes et les femmes, et retondre à un plus grand nombre de fvt- (i^ons.

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là remplissent des fonctions âijSTérentes, produisent des biens spéciaux , mais sont sujettes à des maux qui leur sont pro^ pre , mélange inhérent à toutes les choses humaines. C'^st à une sage administration qu'il appartient de faire fructifier les biens, d'opposer aux maux des préservatifs et des remèdes.

ARTICLE TI

De Vinfluence du mariage sur les mœurs populaires,

D^à se sont dissipées (1) les exagérations qui accusaient le mariage de foire peser sur l'homme de travail , le ferdean d'une dépense au-dessus de ses forces , et d'imposer à la société celui d'une population excessive.

Il nous reste maintenant à considérer cette grande institur tion dans là moralité de ses causes et de ses effets ; et ici elle se range naturellement au nombre de celles qui, protégeant les mœurs , protègent aussi le bien-être. La famille est comme la société , le vœu de la nature : la vie de familfe est la destination de l'homme.

L'hymen est une sorte d'éducation morale , qui se prolonge pendant le cours entier de la vie.

L'hymen détourne le jeune homme de la dissipation , des désordres y des firoides spéculations de l'égoîsme; il préservé la jeune fille de la séduction ; donne un appui à sa ftiblesse. Il double les forces dé tous deux par la puissance des affecdons domestiques; il élève leur dignité commune ; en leur imposant de nouveaux devoirs, il les améliore par le bonheur qu'il répand sur leurs jours. Au sein de l'union conjugale s'établit une éjmulation salutaire , une communauté intime d'intérêts et de sentimens ; les deux époux s'éclairent par leurs conseils , s'animent par leurs eiCemples, se protègent par leur ' soUîâtade. Les joies de femillcy les occupations domestiques, les inquiétudes même et les épreuves de la communauté éveil-

(1) ▼•jée k diapitre précédent^ «ftkfof.

S36 rBUIÈRS PABTIE. LIVRE II. CHà». Y.

lent à chaque instant dans leurs cœurs les dispositions généreuses. La vue de leurs enfans, leurs caresses, leurs pleurs, récompensent tour-à-tour ou excitent leurs efforts. La vie defomille est une école pratique de raison et de moralité. N'envions point à rhomme laborieux un bienfait que lui destina la Providence, et qui lui est si nécessaire ! Gardons-nôus de réduire les besoins de la créature humaine aux nécessités matérielles, grossiers alimens de Texistence animale! Est-il rien qui révèle mieux à la créature humaine toute la puissance de ses facultés que d'apprendre à aimer , que de se sentir aimée ? De quoi alors ne devient-elle pas capable ? Si Thomme iaborieui est privé des plaisirs que donne l'aisance , lui reftaserioosnous du moins les jouissances de l'affection conjugale, les douceurs de la paternité ? Refuserions-nous à la fille honnête et active les émotions de la tendresse maternelle? Si les mariages sont en effet plus fréquens dans cette classe de la société, n'est-ce pas que, par une sorte d'instinct, elle sent tout ce qu'elle y puise de ressources , de consolations ? Et quelle preuve plus éclatante de ces salutaires influences, que le fait mathématiquement constaté d'une vie moyenne sensiblement plus longue parmi les gens mariés que parmi les célibataires? Remarquez-le bien, et admirez encore ici l'heureux accord des lois de la morale avec les intérêts économiques de rhomme! Si un hymen imprudemment formé compromet l'existence des époux, c'est que tous deux ont méconnu, en le contractant, les devoirs que cette union impose ; ils ont traité avec légèreté un lien auguste et solennel ; ils s'y sont engagés avant d'en élre digues; ils ont fait un choix peut-être qui n'était pas fondé sur l'estime. Qu'une résolution aussi grave ne soit donc conçue qu'avec réflexion et maturité. Mais, parmi les conditions qu'exige l'hyménée, est aussi celle de ne pas en trop retarder l'époque ; c'est une fleur qui veut éclore au printemps de la vie. Un célibat prolongé éloigne du mariage l'un des deux sexes, en rend l'accès plus difficile à l'autre; les expose tous deux à de grands périls, poqr leur moralité et leur bien-être.

IHFLUBNCX BU VA&IAQB SUA LBS MOBUBS. S37

Le jeune homme se laissera enlrataer à la débauche; il ne, se perdra pas seul : chaque désordre fera deux victimes. .Vous siurez voulu retarder les mariages, les rendre moins fréquens : qu'aurez-vous fait? Vous aurez étendu le concubinage dans la même proportion ! Vous refusez à la jeune fille la couronne nuptiale : un libertin la séduit, perd sa destinée tout entière. Vous voulez prév/enlr la multiplication des naissances : vous sivez seulement substitué aux enfans légitimes des enfans naturels qui seront' privés des bienfaits de la vie de famille, Aont réducation et Tavenir seront livrés au hasard. Plus on irit s^tt milieu des pauvres, et plus on reconnaît que, pour eux, les plus graves inconvéniens sont ceux qui résultent des habitudes du concubinage. En présence d'un désordre également Tuneste aux parens et aux enfans , Fami du pauvre met an rang des bienfaits les mieux entendus, le succès qu'il obtient sa faisant succéder à ces liens illégitimes, l'union consacrée ;)ar la religion et les lois. (1)

En supposant deux contrées d'une moralité égale, et placées railleurs dans des circonstances analogues, celle où il se ceébrera le moins de niariages sera presque infailliblement selle où il naîtra le plus d'enfans naturels (2) et vice versa. ?armi les départemens de la France qui donnent le jour à un I>lu8 grand nombre d'enfans illégitimes figurent en première igné, le Nord, le Calvados, le Pas-de-Calais, les Hautes et ktôses-Pyrénées , la Somme , le Doubs , la Moselle , la Loirenférieure , la Manche , le Bas-Rhin , l'Eure-et-Loir, le Var, |ui se retrouvent parmi les vingt où le mariage est le moins réquent. D'un autre côté, parmi ceux qui ont le moins

(1) Tel est le. but que 8*est proposé à Paiis une société charitable (ceUe de •int-François-XaTier), et qu'elle remplit ayec le zèle le plus honorable.

(2) Cette observation n'a point échappé à la sagacité de Fauteur de V Essai vr la population de Loir-et-Cher, U la confirme à-la-fois par le raisonnemeot t par les faits ; il en conclut que la moralité des populations doit être appréciée^ "* après le rapport des en/ans naturels aux filles nubiles, et non d'après U rap' ort des naissances naturelles aux légitimes, page 108.

M8 PAimftHl PA&TIS. LlTtlt II. GHAF. ▼.

à gëmir du fléau des naissances naturelles, se présentent en première ligne, l'Ardèche, les Gôtes-du-Nord, la Vienne, le Morbihan, la Loire, le Finistère, la Corse, Tam-et-6aronne, le Cher, les Basses-Alpes, la Dordogne, l'Hérault qni reparaissent parmi ceux où les mariages sont les plus abondans. D'autres circonstances sans doute concourent aussi à moltiplier les naissances naturelles , en exerçant un6 f&cheuse hn fluence sur les mœurs. Les villes voient, en général, contrae* ter moins de mariages que les campagnes ; les villes offirent un moindre nombre de naissances en totalité : mais elles ocen* peut toujours le premier rang dans le tableau des naissances naturelles. Ainsi , en France , à ce premier rang apparaissent en effet la Seine , le Rhône , la Seine-Inférieure , le Nord , k Calvados, les Bouches-du-Rhône , la Gironde , F Isère, h Menrthe, la Somme, le Doubs, la Moselle, la Loire-InférienrSy le Bas-Rhin, l'Aisne, le Haut-Rhin, c^est-à-dire ceux qui feaferment les plus grandes villes , tandis qu'à l'éxlrémité op* posée se montrent ceux qui, comme la Vendée, i'Ardèche) la Haute^Loire , la Lozère , les Hautes et Basses-Alpes , i'Arriège, ne comptent que de très' petites cités. (1)

Les pays riches ne sont pas ceux qui donnent, relativement à la population, le plus grand nombre de mariages etdenais' sances ; mais, ce sont généralement ceux qui sont affligés par le plus grand nombre de naissances illégitimes : tels sont, en France, les départemens de la Seine, des Bouches-du-Rhône, de la Seine-Inférieure, de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise, du Rhône, de la Gironde, du Loiret, du Calyados, d'£ure-et* Loir, de la Marne, qui, plus favorisés des dons de la fortune, comptent aussi plus d'enfans naturels; tandis que l'ArdèchCf les Hautes et Basses-Alpes , la Lozère, la Haute-Loire, h Corrèze, l'Ain, l'Arrîège, s'ils sont placés à l'extrémité de l'échelle de la richesse, réclament l'honneur d'occuper la

(1) Voyez Taûnuaire du bureau des longitudes , et la Statistique monde à M. Guerry, page 62.

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première place parmi ceui^ où les naissances illégitimes sont les plus rares. (1)

On sait que le nombre des infanticides, loin de suivre celui des naissances illégitimes, marche souvent eQ sans inverse ; et ce contraste s'explique, lorsqu'on réfléchit que, dans les lieu?: où les naissances illégitimes sont plus rares, elles causent plus de scandale, font plus de tort, à la mère ^ la mère alors, pour éviter la honte de la faute , la voile par un crime. En relevant, d'après une année moyenne, les crimes et délits commis dans les différens départemens de France, on voit que ceux où les naissances illégitimes sont les plus fréquentes, sont aussi ceux où les crimes et délits contre la propriété, les vols simples, les délits de vagabondage et de mendicité sont le plus multipliés , tandis qu'au contraire ceux où ces crûmes et délits sont moins répétés, offirent aussi moins de naissances illégitimesv On en voit yn exemple sensible dans le ta* bleau suivant :

Pépartemens dan« la fîla9$ç de peut où se pix^uisent i-]a*fois annueUlement {%) le plus de poursuites relatiTesient :

aux crimes contre la propriété , aux Tols simple^ , aux délits de vagabondage , au^ délits de mendicité, aux naissances illé^tim^

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