DE LA LÉGISLATION SUR LES BOUAIIES
qui est l'industrie-mère ; elle suit l'ordre naturel des progrès.
Il en est tout autrement des pays qui ont achevé depuis long-temps la conquête de leur propre territoire , qui sont en état d'employer ou de consommer eux-mêmes la presque totalité de ses produits, et qui, nourrissant une population nombreuse, ont besoin de lui procurer de l'emploi.
Certaines contrées se présentent avec avantage dans la grande lutte des industries rivales, sur les marchés du monde: abondance de capitaux, habitudes et traditions : mœurs propices aux pratiques des arts, machines puissantes, situation géographique favorable aux exportations, priorité dans la création des établissemens , tout se réunit pour leur assurer le premier rang. D'autres sont placées dans les conditions les plus déi!rit||p^ : les capitaux y sont rares et s'y trouvent fort divÈ^; on 'a commencé plus tard; on est moins habile; on a moins d'expérience ; les relations sont moins étendues; les communications sont plus difficiles. Supprimez toutes les barrières ; abolissez tous les droits ; rendez au comnierce extérieur la liberté la plus illimitée, qu'arrivera-t-il ? Vous aurez assuré l'infaillible triomphe des premières régions, et prononcé la sentence de ruine contre les autres. Le travail fuira la carrière où il lutte contre de plus nombreux obstacles, et affluera sur le théâtre où toutes les faveurs lui sont promises.
Le pays placé dans les conditions les moins favorables verra une portion de sa consommation ravie au producteur national. Le consommateur pourra s'applaudir de pouvoir satisfaire ainsi à meilleur marché ses besoins et ses goûts; mais le pauvre trouvera d'autant moins à employer ses bras. Les droits de douane , qui dans ce cas opposent un tarif de droits à l'importation des produits étrangers, deviennent un sacrifice imposé au consommateur en faveur du travail indigène.
Une s'agit point ici, comme on le voit, de la question tant de fois débattue relativement à la balance du commerce. Sans doutCj le pays placé dans les conditiotas les moins favorables pour le développement de son industrie, ne saurait consom-
&30 • tlBSliU ^AHTIV. LtntB II. 0HA9. TT.
mer les produits de Tindustrie ëtratigère, sans donner en retour la contre-valeur ; mais, il sera contraint de donner, en retour, des objets qui, ayant subi une moins grande élaboration, aa*ront occupé un beaucoup moins grand nombre de bras, et qd conservés sur les lieux ^ auraient encore fourni à un emploi plus étendu du travail. Il paiera ses Jouissances avec une portion de son capital ; car, toute matière est un capital. U ne pourra donc plus entretenir une population aussi nombreuse, qties'il confectionnait lui-même tous les objets à son Hsags; car^ il se sera privé d'une branche de travail; il aura renoncé à une source de salaires.
Il est certains genres de produits du sol qui, demandant aa sol lui-inéme des conditions déterminées, forment, pour tes contrées où ces conditions se rencontrent , une 4i$ktion na*turelle et privilégiée^ Les denrées cçioniales , les cotons ^ le ri2, les bois de construction, les huiles, les soies, les richesses toinérales appartiennent à des climats^ à des territoires, k des sites qu'a dotés la nature. Ils constituent une spécialité de richesses , à l'exploitation desquelles l'industrie locale doit donner le plus grand essor, et qui ne saurait être réservée à la consommation des habitons. Il est de même certaines ib^brications, qui sont devenues par une longue habitude particulièrement propres à quelques régions , et qui ne redoutent plus la concurrence étrangère. Mais, le probltoie relatif aux exportations et importations 6e complique souvent d'effets ' opposés et d'intérêts contraires» Souvent on ne peut favoriser une branche de travail , sans en contrarier une autre. Le fer entre comme matière première ou commis instrument dans tous les produits ; mais , lui ^ même est le prodirit dNm premier ordre de travail qui occupe des milliers de bras. Repoussez les fers étrangers, vous serves le travail qtti exploite le minerai indigène, et vous mettez ce capital en valeur. Admettez les fers étrangers à un prix inférieur à celui des fers indigènes, vous servez le travail qui fait usage de ce métal, et quel est celui qui ne l'emploie? Il s'agit donc de calculer
os LA LÉQlftLAUfOlr fttll L«9 MtTAmSft. 431
OÙ sera le plus grand ayantage et le plus grand sacrifice. Le mieux n'est-il pas alors d'établir des droits tels que l'industrie nationale puisse produire et vendre sans perte, mais que cependant elle soit contrainte par la concurrence étrangère à ftbriquer chaque jour avec plus de perfection et d'économie?
En général , c'est mal entendre les intérêts de l'industrie manufoctnrière, que de Touloir lui assurer, par la prohibition des produits étrangers, le monopole absolu de la consomma*tioti locale. Elle se présente déjà sur le marché avec des avantages naturels ^ qu'un tarif suffisant compense ensuite les liauses d'infériorité auxquelles elle pourrait être exposée ; mais qu'elle ait constamment en' présence des exemples à imiter, des rivaux à vaincre, et qu'elle se trouve ainsi instruite et condamnée à mieux faire.
Lorsque les variations dans le tarif des douanes ne sont destinées qu'à suivre et à cotnpenser les chaugetnens survenus dans les circonstances relatives au commerce extérieur, elles protègent le travail du pauvre, en maintenant la constance et l'uniformité de la marche de l'industrie. Mais, lorsque ces variations ont pour résultat de modifier le cours des diverses fabrications, de restreindre les unes en donnant l'essor aux autres , elles portent momentanément un préjudice notable au pauvre, alors même que leur effet est définitivement avantageux à la richesse commune ; car, elles contraignent un grand nombre de travailleurs à changer d'etnploi.
En tendant à donner le plus vaste développement possible ati commerce extérieur , et à seconder par tous les moyens l'exportation des produits fabriqués^ les lois de douane ouvrent sans doute au travail de l'artisan indigène une vaste carrière, en même temps qu'elles mettent les capitaux en valeur, et enrichissent le trésor commun de la fortune sociale; mais elles exposent aussi la destinée du travailleur à de nombreuses et graves vicissitudes, parce qu'elles soumettent l^emploi, ainsi obtenu pour son travail , aux chances d'évènemens qui souvent ne peuvent être ni prévus ni mattrisës.
Heureux le pays qui jouit, sur un territoire étendu, de climats variés , d'un sol fertile , qui possède une richesse minérale et souterraine, et qui trouve dans laconsommation intérieure , dans les échanges qu'elle détermine , nu ■aliment abondant à l'activité de ses ateliers ! Cependant un peuple peut-il ainsi se suffire à lui-même, constituer pour lui l'univers entier? Le commerce extérieur, les échanges réciproques de nation à nation , n^appcHrtentils pas d'abondantes lumières, n'entretiennent-ils pas une généreuse émulation , ne donnent-ils pas l'essor au génie des grandes entreprises, n'encouragent-ils pas l'art de la navigation , l'activité des expéditions marines , ne concourent-ils pas en diverses manières à la puissance de l'Etat, comme à sa prospérité? De si hauts résultats ne valent-ils pas la peine d'être achetés au prix de quelques périls? C'est ainsi que, dans toutes les combinaisons qui reposent sur les œuvres de , l'homme, les dangers sont la condition du succès, et les avantages sont obtenus par les sacrifices.
AKTICLE X.
Du recrutement militaire.
Le recrutement oblige pour le service militaire de terre et de mer, considéré comme une contribution qui s'acquitte par une prestation personnelle en nature , affecte en diverses manières la condition du pauvre valide.
Déjà, par un effet immédiat et direct, le recrutement enlève un appui précieux , quelquefois à de vieux parens , à une veuve; quelquefois à des enfans en bas âge; il le leur enlève pendant pes premières et belles années de la jeunesse, où ce fils , ce frère jouit de la plénitude de son activité et Se ses forces, peut-être même , et par un étemel adieu pour toujours. Quoique nos lois françaises tempèrent
DU BECAUTEHEIIT MILITAIRE. 433
ce sacrifice par de sages et bienveillantes exceptions, quoique elles dispensent le fils aine de la veuve et Taîné des orphelins; quoiqu'elles évitent de ravir plusieurs frères à-la-fois, elles demandent à la moitié des familles pauvres le plus vigoureux de leurs enfans (1). Ainsi s'évanouit en partie, pour le père do famille, le fruit des avances que lui avait coûtées l'éducation de son fils; ainsi lui manque le concours de l'aide dont le travail lui était peut-être le plus utile. Le riche se libère par un sacrifice pécuniaire qui est loin de représenter pour lui une contribution aussi forte que celle du pauvre, fournie par une prestation personnelle. L'impôt n'est pas proportionnel, quoiqu'il paraisse égal pour tous ceux qui se libèrent en argent , égal pour tous ceux qui marchent en personne. Il est, dans les deux cas, plus coûteuj pour ceux qui sont lé moins fortunés.
Le jeune homme appelé sous les drapeaux, indépendamment d'un service personnel plus ou moins prolongé, paie encore d'autres tributs à son pays. Il interrompt son éducation industrielle ; il perd les habitudes d'un genre de travail qui doit à la constance des habitudes son principal succès; il renoncé aux épargnes qu'il pouvait espérer d'accumuler pendant les années de sa jeunesse ; il voit retarder l'époque de son établissement ; il contracte peut-être des infirmités plus Ou moins graves dont il souffrira toute sa vie.
L'enrôlement volontaire et à prix d'argent n'impose pas les mêmes sacrifices ; il procure de l'emploi et une subsistance assurée à des sujets qui peut-être ne trouveraient pais à occuper leurs bras, qui peut-être ne savaient ou ne voulaient pas travailler utilement, qui eussent été à charge ^ à leur fattiille et à eux-mêmes. Quelquefois le prix de l'enrôlement Peut servir, ou à soulager la famille de l'enrôlé, ou à lui préparer un capital productif dans l'avenir.
(1) Voyez les compte» rendus par le minisire de la guerre, de l'exécution ^ lois sur le recrutement. Sur 809 » 376 , jeunes gens qui, en 1836 ont at-
Ucst donc à désirer, drinsTînlérct des familles pauvres, qne le recnitement obligatoire soit restreint dons les limites de la nécessité rigoureuse, et que le poids en soit allégé autant qu'il est possible par le concours des eurôlemens libres.
Cependant, si, accompagnant de la pensée, dans toute la suite de sa destinée, le jeune homme qui est appelé à servir VéM sous les drapeaux ou à bord des vaisseaux, nous étudions Tinfluence qu'exercera sur lui la carrière qu'il est contraint d'embrasser, nous nous trouvons conduits à des conséquences variées et étendues, qui viennent modifier ces premières considérations ; nous découvrons que, du sacrifice qui leur est imposé, les familles pauvres peuvent recueillir, quoique d'une manière éloignée et indirecte, des avantages qui ne sont pas sans prix.
Une éducation nouvelle commence pour le jeune militaire qui entre sous les drapeaux^ elle complète celle qu'U avait commencée dans ses foyers; elle remplace souvent avec avantage celle qu'il eût continué d'y recevoir. Pendant qu'il enuietîent ses forces, il acquiert plus d'agilité , d'aplomb, de régnlarité dans leur exercice ; quelquefois, comme dans nos écoles régîmentaires, il obtient une instruction dont il était dépoorvu. Il visite des pays nouveaux, se trouve dans des situations UQuvelles; ses idées s'étendent; son caractère se mûrit et se fortifie. I ^
Le marin, en continuant une profession qui est pour lui celle i ii de la vie entière, y devient plus habile, sous des chefs distio- I Q gués, dans des expéditions lointaines. La sévère discipline des camps, celle des vaisseaux de guerre procurent à rimpétueux r jeune homme le plus salutaire bénéfice de l'éducation, en loi
teint l'âge de recrutement, il s'en est trouvé qui ont été exemptés, awir;
Gomme aînés d'orphelins ...• • 2»573
Comme fils ou petits-fils de veuves 13,041
Gomme fils ou pelits-fils de septuagénaires ou d'aveugles. . 1,027
Comme puînés de frères aveugles ou impotens 99
Tolal^.. 16,740 C'est-à-dire 5 ,40 sur cent.
JL
. DU REGRUTBME?fT MILITAIRE. 336
enseignant à se maîtriser, à obéir, à respecter Tautorité, à se respecter lui-même. Il contracte des habitudes d'ordre et de constance; son àme s'élève en présence des périls ; elle s'ennoblit par le sentiment d'un noble orgueil, d'un patriotisme généreux ; il apprend à triompher des privations, des fati* gués, des souffrances, coipme à braver la mort : l'habitude du courage achève d'imprimer sur i^on front toute la dignité de l'homme. Il revient au milieu des siens, justement fier d'a«voir servi son pays, riche de ses souvenirs, de son expérience ; on le reconnaît à sa tenue, à son air martial ; il est £ionorét respecté de ceux qui l'entourent; sa famille participe à la considération dont il jouit; il s'établit plus facilement; ses en-* fiins recueillent ses traditions, et se forment sur ses exemples^
La classe entière des hommes simples et inodestes, qui vivent du travail de leurs mains, est en quelque sorte retrempée dans ses .mœurs, relevée dans son attitude, par la présence de ces nombreux serviteurs qu'elle a donnés à l'état, et que rétat lui rend, avec un titre à l'estime publique. Une nouvelle vie circule ainsi dans son sein ; elle soutient mieux l'austérité des épreuves, elle est mieux garantie du découragement et de la dégradation; elle a acquis des richesses^ car elle a acquis des forces morales.
Les pauvres ne peuvent acheter trop cher la fermeté ^ l'énergie, la dignité du caractère ; ce sont pour eux les premiers de tous les biens : ils les rapportent de l'armée; ils se les com^ muniquent et les transmettent^
Et qu'est-ce que la desUnée entière des hommes qui ap^ partiennent a cette classe laborieuse^ sinon un long combat| une lutte contre les dangers ^ un triomphe sur les obstacles? La vie militaire n'en est-elle pas une sorte d'apprentissage?
L'ennoblissement que confère le service militaire à ceux qui l'ont honorablement rempli, ennoblissement qui rejaillit sur leur famille, sur la classe entière à laquelle ils appartiennent, les influences salutaires qu'en reçoit celle qui est le moins fortunée, sont bien plus sensibles sous le régime dH
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AS6 PREMIÂBB PARTIE. LIVllB II. GHAP. VI.
recrutement obligatoire, que sous celui de renrôlement libre. Le premier lie Tidce du service militaire à Taccomplissement d'un devoir ; le second y attache un motif mercenaire.
Ces effets se font mieux sentir aussi , lorsque le soldat n'est retenu sous les drapeaux que pendant un petit nombre d'années. Dans les pays où, comme en Russie, par exemple, le soldat passe sa vie sous les drapeaux , on a sans doute l'avantage d'enlever un moins grand nombre de sujets aux occupations industrielles, et de ne pas interrompre les apprentissages; mais la société ne voit pas rentrer annuellement dans son sein, un aussi grand nombre d'anciens militaires, venant s'associer à son commerce, et les mœurs populaires en sont moins pleinement restaurées.
Si les ouvriers des villes sont ceux que la carrière militaire détourne davantage de la pratique des arts, par le contraste des exercices auxquels elle les appelle, ils sont aussi ceux qui ont le plus besoin de se former à la rude école des privations et des périls, pour se garantir de la contagion de la mollesse et de l'intempérance.
Une partie de ces avantages peut encore se retrouver, quoique à un degré beaucoup plus faible, dans les institutions qni, comme celles de notre garde nationale, réunissent quelquefois les habitans du pays sous une organisation militaire, pour le maintien de l'ordre et de la paix publique, et pour la protection des propriétés. Dans cette communauté de services, surtout lorsqu'elle est accompagnée d'une communauté de fatigues, les hommes apprennent aussi à se connaître, à s'estimer, à s'aider, à compter les uns sur les autres.
On le sent : cette éducation nouvelle dont nous supposons que le militaire recueille les bienfaits, sous les drapeaux ou à bord, est entièrement subordonnée au mérite de la discipline établie et de l'instruction donnée. Certes, il fut un temps trop célèbre dans nos annales, où la paix ramenait un fléau non moins terrible que la guerre même, par le licenciement des bandes militaires; où l'armée n'était que l'école de la violence
DU EBCRUTBUBIÏT BUUTAIRE. 437
et des désordres, et ne rendait à la société que des brigands au lieu d'hommes utiles. Combien ces temps sont loin de nous! Qui n'a éprouvé, de nos jours, un sentiment d'admiration et de respect, partagé même par nos ennemis^ lorsque nous avons vu une armée entière, licenciée dans les circonstances les plus difficiles, attristée et par le sentiment des malheurs de la patrie , par la douleur de ses propres pertes , et par l'injustice de la disgrâce, se séparer subitement, sans que les nobles guerriers qui la composaient, traversant la France dans toutes les directions, aient donné sujet à la moindre plainte, aient en rien inquiété l'ordre public ! Spectacle qui est devenu pour la France un honneur nouveau, au milieu de ses revers, lorsque tous ces héros de l'adversité, si braves sur le champ ^e bataille, se transformaient au sein de leurs foyers, en citoyens aussi utiles que paisibles; servaient encore le pays par leur
travail, contribuaient à réparer «es désastres,- comme sous le drapeau, en exposant Ifeur vie, ils avaient fait ce qui était en eux pour les prévenir !
Utiliser les loisirs du soldat, c'est à-la-fois faciliter le maintien, de la discipline, et continuer une éducation qui deviendra aussi avantageuse à la société qu'à l'état lui-même. Certaines armes^ comme rarlilierie et le génie, comme aussi le$ grades de sous-officiers dans toutes les armes, entretiennent les militaires dans le goût et l'habitude des occupations régulières, leur fournissent même des occasions de s'instruire. Ne pourraiton, sans nuire aux intérêts du service, sans détourner le soldat de sa destination, lui créer encore d'autres occupations utiles? On a beaucoup discuté sur la convenance de l'emploi des troupes dans la construction et la réparation des routes; système adopté ou essayé à certaines époques, en de certains pays, rejeté ailleurs comme sujet à de graves inconvéniens. N'y anrait-il pas du moins quelques travaux dans lesquels le soldat trouverait plus d'analogie avec sa noble profession; comme la fabrication des armes, par exemple, comme aussi peut-être la construction et rentretien des fortifications? Ifé-
U8 PHSMràRB PAATIE. LIVRE II. GHAP. VI.
tat acquitte une dette envers ceux qui abandonnent leurs foyers pour le servir, eu ouvrant pour eux les écoles réginientaires; on aime à voir le soldat, au sortir de ses exercices, venir paisiblement s'asseoir sur les bancs, se délasser par l'étude et se préparer à ennoblir sa vie par la culture intellectuelle et morale. On s'étonne qu'une institution pareille soit parmi nous une création récente,' et qu'on ait négligé si long*temps d'en faire jouir notre France, alors que Tinstruction la plus élémentaire était encore si rare parmi ses habitans. Aujourd'hui, vingt ou trente mille jeunes soldats en recueillent le bienfait, en y apprenant à lire et à écrire V on a même en b sage pensée d'occuper de là sorte les militaires détenus,' pendant qu'ils subissent leur' peine, et on a eu le bonheur de contribuer par là à leur sunélioration. Mais, la sphère de rinstruction donnée dans les écoles ne pourrait-elle pas s'étendre encore? ne pourrait-on joindre à là lecture et à l'écriture nn plus grand développement du calcul etdu dessin, quelques élémens des connaissances utiles, quelques notions d'histoire, de géographie, des sciences physiques, quelques leçons de morale? ainsi serait complété le bienrait de ces écoles; ainsi leurs fruits s'étendraient sur les soldats même qui ont ud commencement très imparfait d'instruction. (1)
Loin que ces exercices de l'intelligence, semés à propos daos le cours de la journée militaire, rendissent le soldat moins propre aux rudes fatigues des camps , et tendissent à l'en dégoûter, ils lui feraient goûter au contraire (l'expérience le proHve) le genre de repos le plus favorable au renouvellemeni des forces; ils le disposeraient à reprendre avec plus d'ardeur sa pénible carrière. On se trouvera conduit naturalle-
(}) D'aprç^ le compta^renda du ministre de la guerre, pour 1836 , sur bb
total de. ^. . r. , • 69,044 jeunes sol*
dats formant le coulingent, on comptait :
Sachant lire , . , 2,749
Sachant lire et écrire ♦ . . . . 27,631
Ne sachant ni lire ni écrire, 27,664