‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 24 sur 90 · PREMIÈRE PARTIE. LITRE I. CBAP. III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. LITRE I. CBAP. III

pour la femme Tune des plus impérieuses nécessités , el qui; doit garantir, avec sa réputation, son indépendance, son existence entière.

La femme est incapable dès labeurs qui exigent de grands efforts. Une foule de professions lui sont interdites , ou du moins elle ne peut les exercer qu'avec une infériorité marquée vis^-'Vis de l'autre sexe. Le vàlh dç journalière lui convient peu; il Fappeilefaitau dehocs, Texposerait à des dangers de plus d'un genre; Ses ressources sont, à tous égards, plus restreintes et plus incertaines.

Sous tous ces rapports , la * situation de la femme est , de sa nature, beaucoup plus défavorable que celle de Tbomme^. lorsqu'elle confine à la pauvreté.

Il est vrai qu'elle consomme moins ; oo estime qu'une femme peut subsister avec les deux tiers, ou même la moitié de la somme qu'un homme dépense. -Cependant lorsqu'on consulte les relevéspubliés par les étabHssemens hospitaliers, on remarque que, si la dépense journalière , occasiouée par l'euitretieu des femmes, est partout plus foible, la différince n'est pas à beaucoup près aussi fbrte que celle qu^on vient d'indiquer: elle est seulement d'un neuvième ou d'uti dixième; d'où nous sommes (bndés à penser que si une femme peut subsister avec la moitié de la somme qu'un homme dépense , c'est surtout parce qu'elle est ordinairement plus sobre, plus soi^ gneuse, plus modérée , meilleui*e ménagère. Il n'est dono pas juste d'éaiblîren principe que ses nécessités sont moindres de ^ moitié ; mai»- il faut reconnaître que les vertus propres à son sexe suppléent mieux aux rigueurs de la fortune. ' . . ' *

Il est vrai aussi qu'en certains arts de luxe, qui exigent une singulière dextérité de la main, comme la broderie, la fabrication de la dentelle, la femme excelle, et n'a plus à redouta* la concurrence de l'homme. Mais ce sont des excep-7 tiops dont ne profite qu'un petit noml)re de sujets.

Voyez, en définitive, combien la femme est plus exposée que rhomme au danger de tomber dans Tindigence! pour

ntS FEMMES INDIGEUTES. 61

« t^Ile, le manque de travail fest |ylHs fréquent, les salaires beaucoup plus>faibles. Voyez , combien la misère, si elle en est at^ teiniei est polir elle, plus cruelle encore! Le danger, le maN beur s'accroissent pour la femme qui vit isolée. Fille, son avenir peiît être fecilement, phis sérieusement compromis ; veuve, femme abandonnée, son infortune préseule s'aggrave des souvenirs et des babitudès du passé.

Aussi partout les femmes figurent-elles en plus grand nombre sur le tableau des indigens. Le recensement de la population des hôpitaux forme seul une exception à ce résultat. C'est que précisément le séjour de IMpital sépare le malade de sa famille, et que la femme tient plus étroitement à l'existence de famille.

L'assistance qui lui est portée est moins dispendieuse que celle que réclame indigence de Thomme ; mais elle est d'une autre nature. £Ile demande surtout unq protection plus étendue et des égards plus délicats.

La veuve, la femme abandonnée, sont contraintes, pendant le cours et peut^^tre vers la fin de leur carrière, de changer leur genre de vie: elles s'ét^ent accoutumées à l'existence de famille ; elles avaient exercé leurs facuUés dans la sphère de la famille; elles y avaient joui d'un appui qui les dispensait à plusieurs égards de se proléger elles-mômesj étonnées de leur solitude, combien de difficultés elles rencontrent pour apprendreà ne plus compter que sur leurs propres ressources et pour s'en créejMde joauye^^ Combien les douleurs de l'âme ne viennent-elles pas encore épuiser en elles les forces du corps? Et celte révolution les surprend à une époque qui commence déjà pour ell^ une période d'affaiblissfiment pro^ gr^îfrEà"veuve peut encore, dans ses souvedirs, puiser quelque courage ; elle trouve plus de confidens pour ses peines. La femme délaissée, souvent dépouillée par la perfidie de celui qui devait la soutenir, n'a que des pensées amères et rougit d'une position dans laquelle elle n'est que la victime des lautes d'autrûT.

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Que si la solitude çsl déjà pour toutes deux un état si dé- |)lorabIey que sera*- ce» si elles restent chargées d^eufanseu bas âgé I La charge était légère pour le chef de famille ; cdui-. ci avait du moins^sur le produit de soc travail, un excédant qu'il, versait dans le petit trésor de la comâlunauté. La maK heureuse veuve, la femme délaissée, qui n'ont pas déjà le nécessaire pour elles-mêmes^ comment pourvoiront-eK^s . à la subsistance de ces êtres chéris ! Si encore elles pouvaieQU^onserver la plénitude des ressources personnelles qu'elles s^seraient procurées par leur travail ! Mais ne doivent-elles pas re^ noocer, en. partie du moins, à ce travail luinnémC) pour les soins assidus que r^^ de leuf petite famille?

Certes, s'il y à une infortune touchante, c'est celle oà de teRes affections souffrent, où des existences si intéressantes se trouvent à^la-fois compromises.

Qu'on nous excuse si nous indiquons ici en passant une autre situation qui, sans mérita les mêmes sympathies que la précédente, a cependant quelque aàalogie avec elle,, et peut être parfois plus cruelle encore. C'est celle de la jejEme personne, qui, trompée par une promesse mensongère de ma-^ riage, subit en fait les mêmes charges qu'une femmte abandon* née. De plus, hélas! elle perd, avec la considération, la. p<^ sitioft qu'elle s'était procurée, et les moyens d'existence qu'elle en retirait. Un péril plus grand que les autres, la menace : il s'agit plus que de sauver sa vie! il s'agit de la préserver contre les suites d'une première faute, et contre les conséquences du dése^ir.

La feBime dont l'épottx est alité on attemt d'une infirmité comidèle, joint la charge que lui imposent les nécessités du chef de la famille, aux infortunes qui viennent d'être décrites.

Enfin, il est< pour la femme deux circonstances i^é* ciales qui créent pour ^Ue des nécessités nouvelles, en même temps qu'elles l'environnent d'un plus haut degré d*intérêt : celle de la grossesse et celle de l'alU^itement. Toutes deux suspendent pour la femme l'exécution dô certains travaux, ra -

DBS T&AVAIUSVaS IMt^AffAlTS. 6$

leoiisfieiit les autres, soUicitent une noarriture choisie, uoe protection prévoyante, éxigeni certains genres de soins. C'est précisément lorsque la femme accomplit cette vocation que lui a. donnée la Providence, en obtenant la dignité de mère de fàmiUe, qu'elle est moins en état de se suffire à elle-même. Mais a'est-ce pas alors aussi qu'elle mérité mieux en retour d'obtenir l'assistance des autres?

Nous empruntons à Betitham cette dénomination, quicom** prend une très grande partie des indigens, la plus considérable peut-être^ mais nous lui donnons une autre acception, et un sens beaucoup plus étendu.

Yoici une classe d'indtgens qui ne figure dans aucune des

divisi(»is tracées parla théorie, que l'observation pratique fait seule découvrir. An premier coup^'œiî rien ne les signale; on ne les remarque point encore ; il n'y a rien de saillant et de sensible dans leur situation. Un observateur superficielles confondrait peul-4tre avec les paresseux, et cependant cette sentence serait injuste. La gène qu'ils éprouvent a quelque chose d'indéfinissable, parce qu'elle réstilte de circonstances cachées, parce qu'elle né se produit qu'à la longue. Entrez sous le toit d^une famille atteinte du mal quenbus allons essayer de décrire I vous n'y trouvez ni malades , ni infirmes^ ' elle a de l'ouvrage , elle s'occupe ; et cependant une langueur secrète se trahit dans la vie de cette famille ; la lenteur, l'em* barras, la confusion, s'annoncent par des signes multipliés,-, elle ne peut se suffire à elle^méme^ quoique dotée des mêmes ressources avec lesquelles une autre famille conserve son indépendance.

Qu'y a-t-il donc dans ces individus qui fait peser plus spécialement sur eux le poids de la misère? C'est qu'ils ne sont

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doués que d'une capacité incomplète. Ceue iinperfection nuit au mérite^ à la qyantité de leur travail, au débit de leurs ouvrages, et même au bon emploi qu'ils doivent faire de leurs ressources. En présence de rivaux actifs , habiles , indus* trieux, ils hésitent, ils tardent : ils succombent dans la grande lutte de la concurrence.

En première ligne se présente la travailleur que nous ap^ pellerons maladif; c'est-à-dire celui dont la constitution est débile ; celui qui, sans être précisément malade, est sujet à des indispositions fréquentes. Il ne peut s'exposer aux intempéries des saisons ; il ne peut supporter ni de grandes fatigues , ni un travail long-temps prolongé , ni exercer les professions laborieuses qui exigent des tempérameds robustes.

Ensuite viennent les travailleurs maladraits. Sains et bien portans, ils ne manquent pas, si l'on veut, de la force aiusculaire ; mais ils'sont lourds , gauchos , lents ; ils manquent de just^se dans le coup-d'œil , de dextérité dans la main ; ils exécutent moins bien, moins vite, les ouvrages qui exigent précision et célérité. Cette maladresse n'est pas précisément une infirmité , mais elle en a les désavantages ; elle résulte de 'quelque imperfection dans les organes du cor^^s.

En troisième lieu, nous rencontrons les travailleurs ignorans. Aussi peu habile:^ que les précédens, ils ne Je sont pas par le vice de leur organisation, mais par celui de leur éducation ; soit que leur instruction ait été tellement négligée , qu'ils manquent d'une aptitude généralement nécessaire dans l'état de société ; soit qu'ils n'aient pas suffisamment acquis les notions spéciales qu'exige leur profession, qu'ils aient mal profilé de leur apprentissage , ou qu'ils n'aient pas su se perfectionner par la pratique. Cette ignorance leur devient d*autant[plus ùineste, que la profession à laquelle ils se livrent demande plus d'habileté. ' "

Enfin, viennent les gens bornés et faibles d'esprit. Il ce s'agit pas ici de cette incapacité intellectuelle qui se fait remarquer chez l'aliéné, chez l'idiot. Il y a' cependant chez les in-

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dividus dont nous parlons une véritable infirmité intellectuelle, une sorte de demi-imbécillité, qui cfst à Taliénation mentale ce qu'un tempérament débile est à la maladie. Sans être vicieux, ni de mauvaise volonté , ces pauvres gens ne savent ni réfléchir, ni prévoir, ni calculer, ni combiner. Ils manquent d'ordre , parce qu'ils ne conçoivent pas l'idée de Tordre ; ils manquent d'esprit de conduite , parce qu'ils n ont pas de jugement. Ils ne réussissent en rien, sans savoir pour-qnoi ; ils ne savent pas n>éme bien imiter.

.Cette, situation difficile à décrire, mais que nous espérons faire comprendre, mérite beaucoup de pitié , et d'autant plus qu'elle n'émeut pas le spectateur.

Elle interdit au pauvre l'accès d'un certain nombre de professions, et précisément de celles qui sont les plus avantageuses ; elle place ces êtres débiles dans une infériorité marquée an sein de la société humaine , et dans le mouvement général de l'industrie.

Une grande défaveur pèse sur les travailleurs atteints de cette imperfection. Non-seulement ils obtiennent de moindres récompenses, parce qu'ils ne sont pas en état de rendre les mêmes services ; mais c'est toujours sur eux que tombe de préférence le premier effet d'un ralentissement dans le mouvement de l'industrie. Ils sont les derniers appelés dans les ateliers ; ils sont les premiers congédiés dès que l'ouvrage vient à manquer. Ils sont comme frappés de disgrâce. Ils se trouvent ainsi placés sur les confins qui séparent les deux grandes catégories d'indigens; ils participent à-ia-fois de toutes deux ; à moitié valides , à moitié invalides , ils manquent à-la-lbis et de capacité et d'ouvrage.

Il faut avoir parcouru les rangs des indigens, pour apprendre quelle multitude d'entre l&ux appartiennent à cette classe disgraciée. Espèce d^ parias , se traînant avec peine à la suite des bons ouvriers, êtres incomplets, ils ne peuvent remplir qu'une portion de la tâche rude' et difficile que l'état présent de nos sociétés impose à tous leurs membres. C'est sur

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euX' que pèsent, dans leurs incon venions , toutes les conséquences de la liberté de Tindustrie.

Des indigens qui le svnt par leur propre faute.

On peut séparer encore les indigens en deux grandes classes, sous le rapport de la responsabilité qu'ils subissent : les uns innocens de leur malheur, les autres indigent volontaires; les premiers, victimes d'évènemens qu'ils n'ont pu éviter, les autres, tombés dans Tabtme par leur propre faute.

Ici encore les classifications de la théorie ne se retrouvent plus aussi précises dans la pratique. Il est peu d'indigens qui n'aient quelques reproches à se faire ; il est peu d'indigens, quelles que soient leurs fautes, qui n'aient cependant éprouvé quelques revers. Le moraliste le plus sévère peut-il. toiqours d'ailleurs assigner une limite rigoureuse entre la faute et le malheur? Cette distinction toutefois est nécessaire à maintenir, en principe, sauf à la modifier en l'appliquant aux personnes ; car elle fait disc^ner deux ordres de causes qui, bien que se confondant dans leurs effets , procèdent de différentes manières. La part plus ou moins grande ' que les torts <lu pauvre peuvent avoir dans son infortune , influe et sur le degré d'intérêt qu'il peut mériter, et sur l'assistance qu'il doit recevoir, et plus essentiellement encore sur le choix, des moyens propres à prévenir, dès sa naissance , la misère à laquelle il succombe.

Celui qui s'est' ruiné par son inconduite, qui a dissipé ses . ressources, qui a détruit sa santé, qui a perdu sa réputation , qui s'est aliénéceux dont l'appui le sout^aatt , porte la peine de ses fautes antérieures; cette peine, avouons-le, est juste ; elle est nécessaire. Si cependant elle fait éciorie le remords, le repentir; si l'infortuné qui la subit, enserésigifâiit, se^corrige; s'il a^ire du moins à se réformer, l'ami de rhumattité

DBS IVDIGiKS PAR LEVll FAUTE. 67

ne doi^il pSA Un tenir compte de son chcmgmieiit ei 4^ ses efforts?

Les fautes tes plus condaniMMes eu elies^mémm sotts« le rapport moral ne sont pas toi^c^rs les plus funestes poiu< le bien-^tre. Le manque de probité ue conduH pas aussi cei^ talnement à la misère que le dé&ut de prudence.

Une seule foute suffit pour faire perdre la réputation, avec elle le crédit. Une condamnation qui flétrit, ferme Taccèft des ateliers ; la cause a été momentanée, Teffet eist durable^ ^ Ici , la cause est sans remède ; mais ou peut remédier à ses ccniséqoences. Une habitude vicieuse , une fois coutraetée, tend à se fortifier de jour en jour ; en - se prolongeant, en se fortifiant, elle atccrott la détresse de rhomne vicieul^. Ici c'est le principe même qu'il faut attaquer et détruire.

Admirable disp^isation de la providence ! éclatant témo^ gnage de la sagesse de ses plans I La vertu que Dieu a d<MNiée pour loi à la nature humaine, qui est pour Tbomme le gage de la destinée ftiture , est aussi la plus certaine garantie de son bonb^iff présent, et même de son simple bien^trema^i» tériel* Il n'est pas un vice qui ne compromette reiàstencede i'indivicta qui subsiste de son travail ; le vice diissipe les rest sources en occasionant des dépenses; il dissipe lé teii)]^ë, la plus précieuse des ressources; il atténue les forceei, uffàiblil les ressorts du caractère^ trouble les idées, obscurcit la rai^ , scm, aUère la considération, tue le crédit, détruit ou^relàehe les relations utiles : sous tous ces rapports à-là^fols il ésl^une cause de ruine^ la plus féc^onde de tontesl

C'est smtout l'abus des jouissances sensuelles^ qui expo^ le travailleur à subir ces désastreuses conséqtieiieesc- il épvâse à-la>fois sa santé et sa bourse ; il lui enlève cet empire sur lui-^méme, première condition du courage, de l\icttvité; de la persévérance^ auxquels sont réservés les succès du travair; il le jette dans le désordre ; il dérange ses fkoirités intellë^* tueiles ; il dégrade son canactèrC) lui fait perdl-eceRe fiet*té intérieure, cette: dignité qui est la âémière proleelibn^ de

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rfaomme an milieu des disgrâces de la fortune. L'ivrogiierre^ le libertinage peuplent les rangs des misérables^ remplisseni les hôpitaux. Ecarts d'autant plus dangereux^ qu'ils commencent souvent d'une manière presque insensible, qu'ensuite ils ne connaissent phis tle limites, et qu'ils ôteht le courage et jusqu'au désir d'en triompher!

Sous les baillons de la misère, combien n'apercevôns-nous pas de victimes de cette passion du jeu que le goût des émolions, l'impatience du gain, les illusions de l'avidité conspi- ««eut à faire nattre ! Combien d'infortunés, aujourd'hui dénuiés de tout ont été ruinés par la vanité, et ont sacrifié au désir de paraître des ressources réclaméespar les premiers besoins <le la vie! Séduction fatale, qui entraîne surtout un sexe auquel le besoin de plaire est naturel, mais qui l'expose à des <kHigers'd'un sAre ordre et plus graves encore! , .

' Sœur de l'intempérance et de tous les désordres, la fainéan* lise marehe souvent en leur compagnie, mais suffît seule pour fkongev un malheureux dans la misère la plus profoi)de. Elle occupe toujours une part plus ou moins grande dans les torts dont il est coupable, et cependant, quoiqu'il en subisse la peine, combien il lui est difficile d'en triomj>her ! Elle envahit d'une manière lente et insensible l'existence de Fbomme : au premier abord, son action ni ses effets ne se font remarquer ni de ceux qu'elle conduit à leur perte, ni des spectateurs ; eUedébute par l'indolence, l'engourdissement/s'étendet gagne de proche en procheVle malheureux languit, mais ne s'alarme , pas ; ses journées ont moins d'heures, ses heures moins de valeur; son travail diminue en quantité, en perfection; il manque les occasions favorables ; il arrive partout le dernier ; il succombe dans la concurrence; il éprouve des pertes par défaut de %(Am Qt de vigilance ; et pendant qu'il s'endort ainsi au bord de l'abtme, un charme secret l'attache de plus en plus à cette mortelle apathie. .

Si une partie des fautes du pauvre doit être attribuée aux torts du caraétère^ une autre provient des erreurs du juge-

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nient, et souvent les unes concoureDt avec les autres. L'imprévoyance et la légèreté, nées de cette alliance, multiplient chaque jour les chutes. Un jeune homme plein ^ santé est loin de songer à la maladie, aux accidens, aux infirmités ; pleift de confiance, livré aux illusions; à peine entrevoit-il, dans le lointain, Fépoque des vieux jours. Celui qui prospère s'empresse de jouir, sans se demander si les circonstances seront tonjourà aussi favorables ; il s'engage dans une situation qui-liii imposera de nouvelles chargés^ sans en mesurer toutes les conséquences. Les plus grands périls, sont les périls ignorés. Quelle situation dangereuse n'est donc pas celle des sujets qui manquent à-la-fots d'instruction, de réflexion, d'expérience, et qui ne sont pas guidés par de sages conseils?

Ne soyons pas trop rigoureux sans doute dans ce que nous exigeons de l'homme laborieux : laissons-lui cesdouceslueurs de l'espérance si nécessaires pour le soutenir dans ses fati gnes; n'accumulons pas incessamment dans sa pensée les images de tous les malheurs qui peuvent l'atteindre. Reconnaissons aussi qu'il est des revers qui trompent une prévoyance raisonnable. D'ailleurs, il en est qu'on ne peut écarter, ou qui peuvent survenir avant qu'on ait eu le temps et les moyens de s'armer contre eux , ou qui excèdent toutes les ressources préparés d'avance. Mais le cours de la vie, comme celui des saisons, présente d'inévitables vicissitudes que le simple bon sens fait juger, auxquelles la prudence doit pourvoir. C'est un devoir de faire des provisions pour les temps moins propices $ le travailleur doit tendre à améliorer graduellement son sort; chaque carrière a ses progrès qui sont Tobjet d'une amlntion légitime, et dont les perspectives animent le travail lui-même.

L'esprit de conduite, qualité si nécessaire à tous les hommes, devient plus indispensable à mesure que la situation est plus difficile. Combien n'en a-t-il donc pas besoin celuiqui , subsistant d'un faible salaire journalier, subit un présent pI-^ goureux et n'aperçoit qu'un avenir incertain ? Que sera-ce si , au milieu de telles difficultés, il se trouve encore le chef ou le

7Ù PRBKléRE PiU&TIE. LIV&S ]. CH.VP. III.

soutien d'iioe famUte ; s'il laut qu'il embrasse ûms sa peasée ^ |a destinée de tons ceux dont il est l'appui, qu'il les entoure ^ ses soi^s^ Dis tienne sous son autorité, les dirige par se& conseils et son exemple?

Il est bien de recommander l'économie; mais il faut aussi biaire comprendre. L'esprit de cofiduite renseigne ^précieuse ^^nière9 sorte de bon sens pratique, d'instinct raiscmnable , U apprend à n'agir qn*avec circonspedion , à apprécier le& cjreonstances , à mesurer les obstacles, à saisir les oeoasions^ à faire choix des moyens, à^ rendre eompie de ses propres f^ffces, à réclamer ses droits, à oontracter avec précaution , à savoir céder au bescrâ, à s'approvisionner pour les jours difficiles, à s'armer contre les dangers et les revers. U exig^ I1)a|>iuide de se matiriser, l'empire sur ses passions, le sentie puent des devoirs, Texercice de la réflexion, le calme de l'esprit, un certain degré de perspicacité et de vigilance.

L'înstraction apporte ^ut ensembile aux individus des classes laborieuses, des lumières et des moyens dans l'art de r^ler leur vie.

Mais ee n'est pas seulement une InstructicHi mécanique liMsistanl à savoir lire et écrire, c'est surtout ki connais- SABce des choses, qui leur procure les coonaîssânees usuelles et positives. L'instruction elle - même produirait peu de fruits, si elle n'était accompagnée de l'éducation qui seule (Mrme le jugeo^nt, la raison et le caractère. L'instruction laie «des ouvriers habiles; l'éducatiott seule fait des sujets sages.

Vivre au jour le jour^ consommer à mesure, voilà l'erreur de llÉqMrévoyance ; souv^t même elle va jusqu'à anticiper sur les ressources à venir. Les dépenses ne s'acquittent paôit tontes ainsi jeurnellem^Dt, en- petites firactioiis, en portions éga-tes. Le loy«r s'acquitte ordinairement tous les trois mois; les vétemens, le mobilier se renouvellent à des époques éloignées; l'bîver ^àmène des nécessités pâriiculières ; la ttaissanoe d'un enfont survient dans la famille ; l'un de ses memlires tombe malade } un renchérissement se fait sentir dans le prix des den-

inDIGSirCE TEMPORAIRE, INDI6E9CB PBRMANEUTE. 71

rées; le travail se ralenlit ; l'ouvrier établi doit s'approvisionner de matières premières en temps opportun : cependaùt les salaires^ dans une foule de professions, s'acquittent chaque semaine ou même chaque jour. La difficulté de mettre en rapport deux termes aussi différens est l'épreuve de l'esprit de conduite. Les circonstances qui amènent les dépenses extraordinaires et par sommes totales, sont l'écueil de l'imprudence. Hélas! quel difficile calcuU quel est celui qui, au milieu d'é-. vènemens imprévus , sodmis à une gène habituelle et pénible, accablé sous le poids des fatigues, pouirait se livrer à des calculs assez* exacts et les observer assez rigoureusement, pour n*avoir jamais maûqué en rien aux conseils de la prévoyance?

L'iaéigence frappe quelquefois ceux qui ne savent point mériter ou obtenir la bienveillance de leurs sanblables. Car, quels que soient l'^btteté et les efibrls de l'homme laborieux, il ne peut se passer de leur appui. Juste condition que la so> ciété attache à ses bienfaits! Heureuse dépendance qui atteint même les situations les plus aîséeii ! Moins on est heu- Feux, plus il est utile d'avoir des amis. La grossièreté, la violence, l'égoîsme, la fausseté, l'envie éloignent du pauvre ceux dont l'assistance lui était nécessaire, rendent plus difficiles les rapports qu'il a besoin de former, rompent des liens qui étaient une protection. Un travailleur d'un caractère violent ne pourra rester chez aucun mattre ; qui voudrait pren4re à son service une femme de mœurs suspectes, un mauvais fils?

De r indigence temporaire et de V indigence permanente.

De «éme. que l'indigence n^offre pas dans tous les cas le même caractière, elteu'a pas dans tous les cas la même durée. On a eotttttfli^ de distinguer l'indigence temporaire et l'indigence permanente : il nous parait plus exacte plus utile, de

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distinguer celle qui est encore suscepUble de guérison , el celle qui est incurable.

Quelquefois, en effet, les circonstances qui caractérisent la misère peuvent avoir un ternie, soit qu'elles cessent par ellesmêmes, soit qu'on réussisse à en arrêter le cours. Quelquefois elles persévèrent sans laisser aucun espoir ; il ne reste en per* ' speciive que le tombeau.

On voit que, dans lè premier cas, non-seulement les secours ne se prolongent pas indéfiniment, mais qu^ils n'ont pas leméme caractère : ils doivent attaquer le principe du mal; la bienfaisance est appelée à réhabiliter Tindigence et à lui rendre un avenir. Dans le second^ chez^le vieillard atteint par la décrépitude, chez certains infirmes, il n'est plus de remède \ la bienfaisance alors adoucit les effets de^ mans; doui la cause échappe à sa puissance.

Ces deux genres d'indigence s'offrent donc à lious sons au aspect différent , et l'une des plus gravés erreurs dans lu distribution des secours est de les assimiler. L'une veut ub médecin, l'autre un consolateur.

Ne rangeons dans la catégorie des incurables ,^ que ceux dont l'état est vraiment désespéré. Autrement nous perpétue* rions par nos bienfaits même les malheur^ qu'ils étaient tlestinés à détruire.

L'indigence susceptible de guérison cède, suivant la différence des cas, à des remèdes différens. Les maladies, les blessures, la gêne née du renchérissement des denrées et* de la suspension du travail, le grand nombre d'enfans en bas âge à la chai^ge de la famille, l'état d'une femme enceinte ou nourrice, l'indigence des enfans, etc., sont des ^circonstances accidentelles qui tendent à cesser d'elles-mêmes. Les dettes contractées, les pertes éprouvées par incendie^ inondation, vol, etc., peuvent être réparées; mais, faute d'être réparées V^ en effet, deviendraient durables. Enfin, les vices et les habîtudes de désordre tendent à perpétuer la misère en se perpétuant eux-mêmes ; cependant ils obtiendront un remède par

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