‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 25 sur 90 · IKBIGENCE TEMPORAIRE , .INDIGENCE PERMANENTE · texte numérisé non relu

IKBIGENCE TEMPORAIRE , .INDIGENCE PERMANENTE

laréfofnie des mœurs. Voilà (rois espèces d'indi(:ences curables qui ne demandent pas le même traitement. Il y a ane misère à laquelle le malheureux peut s'arracher psa^ ses propres efforts , et il en est une dont il ne peut être délivré que par le secours d'autrui. Il y a une misère qui se prolonge malgré les secours et quelquefois par ce^ secours euxmêmes. Telle détresse qui n'était qu'Ain accident à Torigine, peut devenir permanente par ses suites. L'effet des ôircon-. stances désastreuses survit quelquefois à ses causes.

La durée de Tinfortune curable est très variable : quelquefois c'est une crise purement passagère ; il n'en est que plus nécessaire de la secourir^ car ses suites pourraient devenir permanentes. Une chute, une blessure, priveront un ouvrier de la capacité deiravailler pendant quelque temps ; s'il n'était bien soigné, il resterait estropié pour la vie. Le père defamille, atteint d'une maladie grave, oubliera ses maux quand il sera rétabli ; mais, s'il succombe, la famille perd en lui son soutien.

Une maladie chronique demande un long traitement; Tenfant délaissé au berceau demande à être protégé pendant un certain nombre d'années.

Il y a donc plusieurs espèces d'ibdigence temporaire. Il en est une qu'on pourrait appeler intermittente : elle est sujette à se répéter par intervalles, quelquefois à se reproduire périodiquement. Pour les familles pauvres, le retour de la saison rigoureuse; pour les femmes, les époques de la grossesse, des couches, de l'allaitement ; pour les tempéramens faibles et délicats , les fréquentes indispositions font succéder alternativement aux temps favorables , des jours de besoins ; les secours alors doivent être suspendus , sauf à renaître avec les circonstances qui les appellent.

L'indigence a ses périodes croissantes et décroissantes. Il y a quatre périodes pour l'enfant : le* temps de la nourriture, ou pour mieux dire celui pendant lequel il ne peut encore marcher ; le temps qui suit jusqu'au moment où il peut fréquenter l'école ;

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le temps peadani leqaelil fréqaeDte récole, c'est-à-dîre de 6 à 12 ans ; enfin radolescencè, c*est-à-!dire ^intervalle de 12 à 18 ans. La situation de la veuve s'aggrave à mesure qu'elle avance en âge; celle du vieillard , selon que ses infirmités se multiplient; celle du père de famille, en raison du nombre d'enfans qui lui surviennent, aussi long«*temps qu'ils' sont en bas âge ; la dernière s'améliore quand les enfans, se développant, commencent à.exiger moins de soins, et bientôt à seconder leurs parens.

▲&TIGLETIIL

De quelques circonstances qui accompa^ent l'indigence.

Prooostitt de rindigeace.

Avant même que la misère éclate, il est des pronosiios qui en annoncent l'apprioche, signes précurseilrs qui échappent ordinaiirement à L'auention deTobservateiir, et qui cependaat, s'ils étaient remarqués, enseigneraient à prévenir des infortunes imminentes, semblables à ces vigilans gardiens dont les signaux dénoncent la présence des dangers. Plusieurs pbi* lantropes ou économistes ont éveillé sur ce point la soUicitude des amis de l'humanité : le chanoine de Rochow , à Dessau (1), le pasteur Wagemann, à Go^tingue (2), i'ilfustre f r^nklin, aux Etats-Unis, MacTarland (5), Jërémie Ben- Aam (&) ^ M. Malthus (d), en Angleterre, ont élevé, si Ton

(i) J^erfifcAf(e^>^n»i0a-^iMte/refi, etc. Berli&, 1980.

(2) GaUingisches magasin fur industrie und Jrm^i^Pfleg^ années 1780 à 1701, t.I, p. 63,203, 323.

(3) Recherches sur les pauvres, dans le recueil des mémoires sur les établis^ semens d*humanité, 1. 1. * '

(4) Bsqwisse -d'un ouvrage en faveur des pauvres, ibid. ($) Msiai sur la population.

FBONOSTICS DE LiHQIQBIfCK.

peui dii'e aiasi» sur la route que suit l^hoaune vivant de son travail , divers fmaux qvi Tavertisseut du voisinage d*un précipice ; ils ont prédit une ruine future qui se prépare sous les apparences trompeuses d*UQ présent prospère.

€es pronostics peuvent se découvrir, ou dans certains souvenirs du passé , ou dans certaines circonstances du présent , ou dans les prévisions dW avenir probable , ou dans ia conibînaison de ces considérations diverses.

C est en pénârant dans la situation du pauvre, que nos regards saisiront ces signes précurseurs souvent cachés encore et presque ittiperceptibles. M'oublions pas que. la dénomîna* tion de pauvre n'est pas, dans le langage ici employé, synonyme de celle d'tndigeni; la première indique une ûtuation voisine, sans doute , de l'inipgence, mais supérieure^ indépendante encore , et c'esten ce moment qu'on reconnaît combien la distinction e^^esaentielle à établir. Veillons donc attentivement sur le pauvre , parce que sa position est périlleuse par elleHOftéme , sans le traiter comme s'il était indigent d^jà , ce qui serait le moyen de le rendre tel.

Le pauvre n'est-il'encore qu'au début de sa carrière de travail, et sa pauvreté n'est-elle encore que l'effet de l'impossibilité où il a été d'améliorer son sort? Le pauvre, malgré sa pauvreté, est-il en progrès? ajoute-t-il, en avajaçant, quelque chose à ses ressources? Rassurons-nous : la gêne qu'il ^ouve n'est que l'épreuve de «on apprentissage , l'atguillon naturel de son industrie.

Le pauvre^ au contraire , déjà avancé dans sa carrière, se montre*-t^il dans un état de décadence? Est-il descendu d'nne situation meiliteure? Hom sommes justement alarmés ; ilestm^iacé d'une chute nouvelle; les .mêmes circonstances, qaid^à Tout fait décliner, tendent à le faire tomber dans le précipice. N'aymt pu se maintenir dans l'aisance , comment réas8îrait41 mieux à vivre dans la gène? Cette décadence vient qadquefois de loin , elle arrive d'une manière insensible : les ressources décroissent , les besoins augmentent ; la malhcu-

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reuse victime n'a paa le courage de se plier chaque jmir à de liQuveaux sacrifices , elle s*en prépare de plus rndes^.

Le travailleur qui , dans la saison favorable , consomme , tout le produit de son travail; le jeune homme qui, seul et libre encore, plein de santé et de forces, ne met en réserve aucune épargne , dans une- situation joyeuse où rien ne leur manque, assis tranquillement au banquet de la vie , ne voient pas Torage qui gronde sur leur tête. La , prophétie d'une détresse plus ou moins prochaine est pour edx presque infail^ lible : les jours difficiles , les jours mauvais avancent en silence ; la mauvaise saison survient ; l^a demande de travaH est suspendue ; un accident frappe au moment le plus ins^ttendu^ le danger ici naît de la sécurité elle-même et dé Timpré* voyance qu'elle engendre.

Le péril s'aggrave si le pauvre contracte^ des dettes. Il compte sur des épargnes, peut-être, pour s'acquitter ; mais sera-t-il dans l'avenir plus heureux ou plus sage que dans le passé? Cet avenir même lui appartient-il ? Ce n'est pas qu'il n'^ ait pour l'homme laborieux des emprunts fructueux : tels sont ceux qui servent à lui procurer un métier, des matières premières , lorsqu'il emprunte à des conditions modérées , lorsque sa spéculation est bien conçue, c'est-à-dire s'il doit trouver dans un travail plus productif le moyen de servir les intérêts et d'amortir le capital. Mais tout emprunt fait pour subvenir à la dépense cpurantè est une ruine. La ruine devient plus rapide lorsque l'intérêt est usuraire.

Il y a peu ^e pronostics plus inquiétans que de voir une personne gênée vendre ses effets. Elle les vend toujours fort au-dessous de leur vraie vaieui* et du prfx auque} elle pourra ensuite les remplacer. Par là, elle porte atteinte à sa considération^ à. son crédit; elle trahit des embarras, dçs désordres peut-être. L'inquiétude s'accroît à mesure que les objets Tendus avaient une utilité plus réelle; si, par exemple, on lui voyait vendre ses outils , son métier. N'est-ce pas presque comme si elle renonçait à l'usage de ses bras?

P&OHOSTICS DE b'iRDIGBHCE. Il

Prendre à crédit, cVst s'endetter par petites portions; les dettes s'accumulent plus facilement. On rend donc un mauvais service aux personnes gênées en leur livrant à crédit les objets de consommation. D'ailleurs le prîK ne comprend-il pas alors , et une prime d'assurance , et l'escompte des intérêts?

L'époque du paiement des loyers , et en général tout paiement qui arrive à jour fixe , et se compose de sommes un peu fortes, fournit des indications précieuses sur les périls du pauvre. A c^tte époque fatale, le pauvre est-il pris au dépourvu? il n^ p^s préparé les épargnes nécessaires , il devra anticiper sur l'avenir^ Vil tarde, il s'expose à des frais de poursuite , à la saisie du mobilier, à un déménagement ruineux. Nous nous inquiéterons sur le sort de la personne qui change souvent de logement, qui se loge d'une manière défavorable pour sa santé ou pour l'exercice de son industrie. Nous nous alarmerons sur le sort d'une famille désunie : les affections de famille soutiennent le courage, multiplient les ressources ; les dissensions domestiques font soupçonner des vices, refroidissent la prévoyance.

Entrons sous le toit du pauvre , dans l'intérieur de sa famille , examinons l'état du mobilier, l'ordre qui préside à son arrangement, les soins qui ont été. pris pour son entretien 5 voyons si la propreté règne , si les consommations sont bien entendues , si les provisions sont faites à propos. Un observateur exercé lit sur les fronts, découvre dans l'expression des

visages si la sérénité , l'activité se conservent , si un principe de vie morale anime encore ceux auxquels la fortune a refusé ses faveurs. Il fait plus : il s'entretient avec eux , sans leur faire subir d'humiliantes investigations ; il découvre quelle est leur situation réelle, et s'ils savent bien la juger euxmêmes.

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' ElTels de Tindigence.

L'indigence est une cause, à son tour, autant qu^un effei ; aux maux qu'elle étale sous nos yeux, il faut joindre encore ceux dont elle porte le germe dans son sein. Fatale progéniture ! Ces maux prolongent , multiplient , augmentent la mi* sère ; s'étendant au loin , ils atteignent la soci^tét

Cette réaction funeste affecte à-la-fois les forces physiques, les facultés intellectuelles et le caracfl^re de Tindigent ^ et , ce qu il y a de plus déplorable , elle produit aussi une indigence héréditaire. D'abord tout , dans l'indigence , conspire et à engendrer les maladies, et à rendre la guérîson plus difficile : l'excès des fatigues , la mauvaise qualité des aliihens, Tinsalubrité des logendens (i) , l'insuffisance des vêtémens, le défaut de soins et les peines de l'âme. L'air luimême, la chaleur bienfaisante du soleil,- manquent trop souvent aux malheureux. Les soins de la propreté leur sont difficiles; ils s'épuisent, ils languissent; une vieillesse précoce abrège leurs jours; les eufans auxquels ils donnent la vie héritent.à leur tour de ces dispositions fâcheuses, naissent chétifs et débiles.

Le nombre moyen des malades, à Paris, est de 7&,000 en-r viron , ou de 1/12*' de la population ; le nombre des malades traités à domicile , dans la même ville , s'élève chaque année à près des 2/3 du nombre de ces indigens , ou aux 8/12^ de la population relative. Le nombre des malades traités dans chaque quartier se proportionne non à la population totale « mais à la population indigente. Les trois premiers arrondissemens de la capitale , qui jouissent d'une aisance plus gêné-

(I') Dans un rapport adressé au ministre de rintérièur, le 10 mars 1820 » M. de Tilieneuve, préfet du Nord, annonçait qu^à Lille 3667 indigens habitaient des caves étroites , privés à-la-fois d'air et de lumière.

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raie, n'envoient annuellement aux hôpitan que 16) ?$, 26 malades sur 10,000 habitans, tandis que les 8'', 9* et 12* ar*> rondissemens , ou règne la plus grande pauvreté, en en<voient 50 et 51, c'est-à-dire plus du double.

Aussi la loDgévité est-^ile sensiblement plus abrégée dans la classe desindigens. Les précieuses recherches de MM.Yil-* lot et Yillermé, sur la mortalité comparée des divers arron-* dlssemens de la capitale de la France, nous enseignent que la longévité y coirespond bien moins aux circonstances toi[M)graphiques qiû pourraient influer sur la salubrité du se* jour, qu'au degré d'aisance des habitans.Les relevés publiés en 18S9 , par M. le préfet de la Seine , sur le mouvement de la population de Paris, conduisent au même résoitkt. La mortalité moyenne.de cette ville ^ calculée sur les décès, soit à domicile, smtdans les hôpitaux et hospices, ayant été, pendant la période quinquennale de 1831 à 1826, de 1 sur ^6 klèliOO habitans, elle ne se retrouve plus que de 1 sur 52 dans le 1*' arrondissement^ de 1 sur 48 dans le 2% de 1 sur 43 dans le 3*, quartiers qui, nous l'avons remarqué, renferment le moins de pauvres. La mortalité s'élève au contraire à 1 sur 30 dansle9^arrondissement,àlsur28dansle8% àl sur26dansle , 12« , c'est*à-dire dans ceux qui renferment le plus d-indigens pendant la même période. Le 12* arrondissement a perdu dans les hôpitaux 1 de ses habitans ^r 61 ; le 8, 1 sur 73 ; le 9"*, 1 sur 74, tandis que le 1*"' ne s'y est vu enlever qu'un sur 243; le 2% 1 sur 154) le 3% 1 sur 120. C'est une proportion de 1 à 4 entre les. deux extrêmes^ La même observation se reproduit dans chaque arrondissement; il suffira d'en citer ici un seul exemple : en 1828, la mortalité générale dans le ir arrondissement ayant été de 1 sur 52, celle qui survînt parmi les îndigens inscrits s'éleva à 1 sur 26: En 1^29 , la pranièrç ayant été dé 1 sur 44 , la seconde s'éleva à 1 sur 24. Des obsei^vations du même genre étendues à différena paySj ont conduit sir Francis d'Ivernois à considérer le chiffre mortuaire , comme le symptom.e du paupérigme. Pour nous

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