PREMIERE PARTIE. LIVRE I. CHAP. III
servir de ses expressions (1). Ce régulateur cependant ue saurait être adopté d'une >inanière trop absolue;' certaines causes agissant sur la durée générale delà vie moyenne dans un pays, d'une manière plus sensible que suv Taisance de ses hs^itans. L'introduction de la vaccine elle seule a beaucoup acctu la longévité en Europe; certains climats sont moins favorables à la prolongation de la vie humaine , quoiqu'ils imposent à Thomme moins de besoins.
La maladie , en atteignant le pauvre , trouve déjà son tempérament affaibli parles privations et la tristesse. Les secours de Tart lui arrivent plus lentement, plus difficilement. Restet-il dans son domicile? il manque des choses les plus nécessaires.au succès de son traitement? est-il transporté à Thôpital? le trajet déjà l'expose à de plus graves accidens ; la seule viue de cet asile de douleurs fait sur lui uiie impression fâcheuse ; il est séparé des objets de ses ^affections ; peut-être Taccti' mulatiou'des malades diminue-t-elle lés chances de la guérison. Lorsqu'il se rétablit, l'indigence vient encore contrarier le régime que demanderait la convalescence. S'il succombe; sa dernière heure, hélas ! est accompagnée poiir lui-même et pour les siens d'amertumes singulières! Tantôt il ne peut, recevoir les derniers adieux de ceux qui lui sont chers ; tantôt rétroît réduit où il vivait avec eux ; unique gîte de ceux qui lui survivent, les voitpressés autour de son cercueil.
Elevé au milieu des larmes ou dans l'abandon, l'enfant du pauvre ne recueille qu'imparfaitement le bienfait le plus précieux pour l'homme, celui de l'éducation. Sesparens , s'il les conserve, accablés d'infirmités, de travaux, de soucis, pourront-ils s'occuper de lui? *I1 errera sur la voie publique; il restera livré à lui-même; il commencera à contracter les habitudes du désœuvrement, du désordre. Si l'on trouve pour lui de l'emploi dans les ateliefs , peut-être sera-t-il accablé de travaux qui excèdent ses forces.
(l) Bibliothèque universdle de Genève, marc 1830, p. ^51.
EFFETS DE l'iJXDIGENCE. 81
Aussi voyons-nous la misère, comme l'ignorance, se perpémer dans les familles; les exemples, les habitudes viennent encore confirmer ce triste héritage. La mendicité surtout, exercée comme .un métier, se transmet de génération en génération. Les derniers neveux.ne voudront point déroger, et, végétant dès le berceau dans la fange, ils auront perdu jusqu^à la faculté de rougir.
Il est des âmes généreuses quej'adversité élève ; la vertu a le noble privilège de les faire sortir triomphantes de cette rude épreuve. Mais ceux que le malheur ne grandit pas, succombent à ses atteintes; les âmes vulgaires s'abandonnent au découragement; la tritesse les consume. Les habitudes d'une % vie misérable, dépendante, le spectacle constant d'objets tristes ou hideux , les circonstances qui exposent au mépris des antres hommes, tendent insensiblement à dégrader le caractère» Et quelles suites cet avilissement n'entratne-t-il pas? L'énergie s'éteint avec la fierté :1a négligence, Tincurie, le désordre, s'emparent d'une existence déconsidérée. Se croyant abandonné du sort, le malheureux s'abandonne lui-même. L'aspect dégoûtant qu'offrent trop souvent aux regards le costume et le séjour de l'indigence, est quelquefois moins encore l'effet de la nécessité, que celui de l'absence de tout sentiment de décence ou de honte.
Peut-être au lieu de se laisser aller à cet excès d'abattement, le cœur du malheureux s'aigrira : la comparaison de sa destinée avec celle des éires plus favorisés lui fera éprouver les tôlirmens de l'envie; son humeur deviendra chagrine et sombre. Repoussé et presque banni du commerce des autres
hommes , laissé à l'écart , condamna à végéter dans les rangs inférieurs, leâ' jouissadilbesnde/Famitié lui sont ravies. Les relations^rsdcialés sont* empoisonnées pour lui , au sein même de sa famille. Ces angoisses, ^pourront l'entraîner au désespoir: tantôt des parens-abaodonnei;ôift.les enfans auxquels ils ont donné le jour ; tantôtrleltûLurmentïlé- la faim suggérera la pensée d'un délit. " * o o;