DES PROLÉTAIRES
de goût pour le travail, que raristocratie des privilèges trouve ordinairement ses alliés? C'est aussi celle qu'une telle aristocratie cbercl^e à s'attacher ; elle a de nombreux moyens pour y réussir. Si la classe inférieure, en cédant à ces invitations, méconnaît ses propres intérêts, la classe moyenne à son tour prend - elle toujours assez conseil de ses intérêts véritables ? Absorbés par les soins et les dctaik d'une vie activement occupée , une partie de ceux qui la composent ne négligentils pas trop souvent d'entretenir avec ceux cpii sont placés au-dessous d'eux, ces relations de biegyeillance qu'ils étaient appelés à former? Ne donnent-ils jamais, à l'égard des situalions qui leur sont supérieures à eux-mêmes, Texenip edes^ préventions , des défiances, des jalousies ?
Le patronage des grands {lait souvent des oisifs de ceux qu'il protège ; le patronage de la classe moyenne les appelle .à l'activité. Celui-ci est plus salutaire , mais il peut paraître plus incommode.
Dej prolétaires.
N'étant dotée d'aucune avance , exposée aux chances des évènemens , la classe des prolétaires ne peut compter que sur ' le produit du travail journalier. £lle eonfme immédiatement à la classe indigente. Le moindre choc la confond avec celleci. Il suit de là que, plus la classe dés prolétaires est étendue, plus l'extension de l'indigence est à craindre.
Le' prolétaire est celui qui ne possède pas. Or, il y a deux sortes de propriétés, l'une immobilière, l'autre mobilière. Il n'y a donc, dans le sens rigoureux du terme, de véritables prolétaires que ceux qui ne possèdent ni biens-fonds, ni mobilier. Toutefois, sous le point de vue qui nous occupe, la dénomination de prolétaire doit. qtre réservée pour ceux qui ne possèdeat, ni en biens-fonds ni en biens mobiliers, nncapitaly
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prùductifj une avance pour le travail, une réserve pour Tavenir. L'ouvrier qui a accumulé une petite épargne, qui est muni d'un métier, d'ustensiles, de quelques approvisionnemens de matières premières, à ce titre n'est point un prolétaire.
La masse de la richesse immobilière a, dans chaque région, des limites certaines' et, déterminées. Dès-lors, si cette richesse était la seule, Tinégalité de sa répartition multiplierait le nombre des prolétaires. Dans les cSimpagnes où il existe peu de richesse mobilière, la plupart de ceux qui ne possèdent aucune portion de biens-fonds, se trouvent inévitablement rangés parmi les prolétaires. Comme le sol n'a qu'une étendue circonscrile, plus il existe de grandes propriétés territoriales, et plus il doit se trouver de gens qui ne possèdent rien.
La masse de la propriété mobilière peut s'accroître indéfiniment ; les grandes fortunes qu'elle forme n'excluent point les petites possessions ; la richesse de quelques-uns peut s'accroître, pendant que le nombre de ceux qui possèdent^se multiplie. Ici, l'inégalité de la répartition n'entraîne donc point la multiplication des prolétaires.
Les richesses mobilières sont d'ailleurs plus facilement divisibles ; elles s'acquièrent avec moins de formalités et de lenteurs ; elles se prêtent donc mieux à rencontrer des possesseurs.
Dans les campagnes , et dans Tordre de la propriété foncière, lé prolétaire est séparé du propriétaire par. une distance plus marquée, par une limite plus certaine. Dans les villes et dans l'ordre de la propriété mobilière , l'une de ces deux conditions n^est séparée de l'autre que par des nuances presque insensibles.
L'homme laborieux travaille pour son propre compte , ou loue son travail à autrui. L'ouvrier qui travaille pour son propre compte est en métne temps entrepreneur; il doit, à ce titre, avoir un petit capital, des ustensiles, peut-être des matières premières, quelque crédit. Dans le premier cas, il
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n'est donc point prolétaire ; mais il n'est séparé peut-être du vrai prolétaire, que par une faible distance.
L'homme qui loue son travail en nature , s'il n'a d'ailleurs aucun pécule , est le vrai prolétaire. Telle est la condition du journalier; telle est celle du commissionnaire, du porte*faix; à moins que ces derniers, comme à Paris et dans quelques autres villes, ne jouissent par les réglemens de police, d'un privilège qui confère à leur emploi un prix de finance. Telle est encore et surtout la condition des ouvriers réunis en ateliers par un entrepreneur^ comme les maçons, les mineurs, les ouvriers des filatures, et ce qu'on appelle généralement les compagnons dans les métiers divers, si l'exercice de ieur profession est leur seule ressource. On voit cependant des gens qui travaillent pour leur propre compte, et qui restent dans les rangs des prolétaires^ parce que l'exploitation à laquelle ils se livrent n'exige pas un capital de quelque valeur : le chiffonnier n'a besoin que d'un -crochet et d'une hotte.
Les villes offrent, et des occasions plus abondantes, et des modes plus variés pour la location du travail. Elles doivent donc entretenir un plus grand nombre de prolétaires.
L'instruction est un vrai capital ; elle est un moyen d'exploitation ; elle représente des avances faites. De là un rapport inévitable entre le règne de l'ignorance et le nombre des prolétaires.
Dans les pays très fertiles, où la nature fait les principaux frais de la fécondité du sol , la culture exige pioins d'avances; la propriété peut donc plus facilement se concentrer dans un petit nombre de mains, et le nombre des prolétaires vient ainsi * à s'accrottre. Dan^ les pays où Texplbitation agricole est perfectionnée par un système d'opérations en grand , dans une région qui abonde en troupeaux, en pâturages , dans ceux qui sont couverts de forêts, la propriété étant moins divisible, les prolétaires doivent être plus nombreux en raison de ce \ perfectionnement. La propriété d'une mine et d'une-usine ne peuvent se partager en petites fractions. Les biens apparte-
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Bant à FEtat, aux communes, an établissemens publics, sont retranchés de la masse de ceux qui peuvent, en se divisant, multiplier les propriétaires.
U râ est de même des entreprises industrielles qui sont ex- {doîtées en grand : les expéditions maritimes , les opérations de banque^ les fournitures pour le compte de FÉtat, le commerce en gros, les manufactures mises enjeu par de puissans moteurs, mille autres spéculations ne peuveqt s'accomplir que dans des proportions assez vastes ; souvent on opère sur une plus grande échelle, pour opérer avec plus d'avantages. Ces entreprises tendent également à multiplier les prolétaires. Cetle tendance peut cependant être combaiine et paralysée par Fesprit d'ordre et de prévoyance , si ceux dont ces entre prises occupent les bras font des épargnes sur leurs salaires ; mais on ne pefut former des épargnes qu'avec le temps , et une foule d'aecidens peuvent les détruire.
Le. prolétaire, par son travail, est placé dans la dépendance d*autrui f mais il est diverses manières de louer le travail : à^ la tâche, à la journée , pour un temps plus ou moins long, en s'éngageant avec une seule personne , ou en s'offraut à plusie9rs. Celui qui loue son travail à une seule personne
pour un long espace de temps, comme le valet de ferme, obtient plus de sécurité au prix d'une plus grande dépendance. Celui qui travaille à la tâche , ou qui ne loue ses services que poiA* un instant , comme le terrassier, le commissionnaire, a plus dé liberté, mais moins de certitude dans son avenir ; ses périls sont plus imminens , mais Finquiétude
même peut entretenir sa diligence.
Celui qui possède s'attache à sa propriété ; il est jaloux de la conserver, de Faccrottra; il en conçoit une sorte de, dignité ; son activité est entretenue , il prend le goût de l'ordre, il respecte mieux la propriété chez autrui ; il comprend mieux les institutions sociales; il devient ainsi un membre plus utile de la société. La société se fortifie donc par la multiplication des propriétaires , s'affaiblit par celle des prolétaires.
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Le sentiment de la propriété est beaucoup plus vSf, ses effets sont plus sensibles chez les possesseurs de la propriété
territoriale; cellcrci a quelque chose dé plus sensible, de plus solide , de plus durable ; elle donne à lliomme une plus haute Idée de sa puissance , elle le place dans iine nlUance plus étroite avec la nature : elle inspire donc plus de fierté et pins de confiance.
La richesse mobilière se prête singulièrement à la formafion des. épargnes , car elte peut s'agglomérer par très petites fractions, s^acquérir à volonté, se produire à chaque instant; elle reçoit mille formes diverses.. Sa présence et sa circulation au sein de la société viennent donc au secours de ceux qui cherchent à sortir de la conditi<Hi de prolétaires. Mais elle est singulièrement fragile ; elle est sujette à mille accidens , souvent à une déperdition graduelle et inévitable ; elle passe de main en main avec autant de facilité que de promptitude ; elle peut s'évanouir, en quelque sorte, à Tiiïsu de ceux qui la possèdent : sa jouissance est donc plus précaire , ses possesseurs sont plus exposés à retomber parmi ceux qui ne possèdent pas. C'est dans son orbite qu'il estlout ensemble plus aisé , plus fréquent, de s'élever et de déchoir. Là ou la richesse mobilière abonde, il y aura de plus fréquentes et de plus noinbreuses vicissitudes; les prolétaires auront plus de moyens de salut ; ceux qui possèdent encourront plus de chances de ruine : on verra des élévations et des chutes éga-lèment ra^ndes.
Quelles espérances sont pennises sur V extinction de P indigence dans la société
humaine?
Dans l'état présent de la société humaine, il y a donc, d'ane part , une classe de personnes qui, sans être dans l'indigence, y touche immédiatement, est exposée à y tomber dès qu'un accident vient accroître ses besoins ou diminuer ses ressources. D'un autre côté , une foule de causes incessamment agissantes tendent, en effet, à occasioner ces acci-