PREMIÈRE PARTIE. LIYRB II. €HA.P. I
dens par les maladies, les blessures, Tintempérie des saisons, les guerres , )es agitaiions politiques , la suspension du travail, les désordres et les excès que les passions entraînent. Il y a donc des indigens K de la même manière qu'il y a des vieillards, des enfans, des infirmes, des blessés, des gens alités , des idiots. Il en est des accidens de l'indigence comme il en est des vols , des incendies , des inondations , des naufrages, des épidémies.
Les progrès des sciences médicales , et surtout ceux de Thygiène, rendent les maladies plus rares et moins graves, facilitent leur traitement, prolongent la vie, conservent les forces. Les soins de l'administration , la prévoyance des lois, préviennent , circonscrivent ou diminuent les calamités publiques. La civilisation , l'industrie , les mœurs , la législation, le gouvernement , la magistrature , contribuent en mille manières à favoriser l'abondance , à seconder, l'essor de la distribution du travail. Chaque perfectionnement social doit, de jour en jour, combattre de même l'influence des causes de l'indigence. Jusqu'à quel point ce perfectionnement peut-il ctre porté? jusqu'où s'étendra la sphère de ces bienfaits? Il est permis , il est utile , il est juste de concevoir à cet égard de hautes espérances; mais il est difficile d'établir par anticipation des calculs positifs. Une seule chose semble certaine, c'est que, s'il^era toigours possible de diminuer la misère, il ne sera jamais possible de la détruire ; c'est que , si le perfectionnement social peut toigours avancer, la perfection absolue est ici-bas hors du pouvoir de la société , comme de l'indii^idu.
Les progrès de la civilisation , en se fondant sur le développement de l'indépendance individueHe, laissent chaque individu placé tout ensemble et sous la responsabilité de* ses propres actes, et sous la dépendance d'évènemens qu'il ne saurait toujours prévoir, dont il ne saurait toujours triompher.
Il n'est qu'un état de société dans lequel, on pût fermer
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tout accès à Tiodigence : ce serait celui où, comme dans le système d'edclavage des anciens , dans le servage féodal, dans le régime des corporations, partout où le travail est âsserviy la classe inférieure de la société abdiquerait son indépendance, achèterait à* ce prix sa sécurité par la protection obligée de ses maîtres, au prix de sa dignité morale, et même d'une forte portion de son bien-être matériel. Là, il n'y aurait pas en effet d'indigens, parce qu'il n*y aurait aucune chance d'adversité ni de prospérité. Le prolétaire ne pourrait espérer , il est vrai, que le plus rigoureux nécessaire; piais il aurait généralement l'espoir de l'obtenir. Le travail spontané n'existerait point pour lui ; le travail ne lui serait pas nécessaire comme ressource; il lui serait imposé comme joug, et dans' toute l'étendue dont ses forces le rendraient capable. Toutefois la âéburité de i'esclavç et du serf ne serait pas encore absolue : n'aurait-il pas à redouter les oublis ou les injustices- de son mattre? L'histoire ne nous àpprend-elle pas quel était le sort des ilotes à Sparte, celui des esclaves à Rome, et ne nous offre-t-ellepas le déchirant tableau des vieux serviteurs qui, en récompense de leurs longs services, étaient abandonnés dans une tle du Tibre ?
Mais, dès le moment où l'homme devient Tarbitre de ses destinées, il doit subir les conséquences de ses erreurs et de ses fautes. Dès le moment où l'homme est émancipé, Tusage ,de sa liberté l'expose à mille accideiis. Il ne s'affranchit que sons la condition de se conduire avec sagesse, de redoubler d'efforts et d'affronter des obstacles. En travaillant il se blesse; en naviguant il s'explose aux naufragés ; en agissant il entréy dans une lutte contre une foule d'obstacles; agir c*est vaincre r^ victoire qui constitue son honneur, son mérite, sa condition obligée, et pour laquelle ses forces individuelles ne suffisent pas toujours !
En appelant l'homme au libre exercice de ses facultés, la Providence l'a aussi manifestement appelé ici-bas à une lutte âpre et prolongée au dehors comme au dedans de lui-même.
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L'homme entraat, par le développemenl de la civîlisatioD^ eD possession d'une nouvelle existence , y rencontre de nonveaux périls i tantôt il subit des revers comme une punition méritée : tantôt la crainte de les subir excite son activité. La vie est uo combat qui met incessamment son courage à Tépreuve. L'indigence s'assimile sous ce rapport à tous les autres maux de lu vie, aux peines de l'âme. Les conditions les plus fortunées en apparence sont soumises à la loi <M>mmune; n est-il pas aussi pour elle des dangers, des revers, des combats et des souffrances?
La créature humaine ne peut, dans une foule de situations, se snflfire à elle-même : les faibles ont besoin de l'appui des forts ; Tenfance, la vieillesse, l'infirmité physique et morale invoquent une protection assidue ou un<^ assistance momenta-^ née. Cette nécessité est 1^ des fondemens de*1a société; elle révèle la destination qui appelle l'homme à l'état de société où s'opèrent l'échange des services et l'alliance des forces, où se forme la communauté des intérêts. Ainsi, de la faiblesse des enfans, des femmes, des vieillards, naissent en partie les Hens de famille; ainsi, du malheur naissent les relations sacrées de la bienfaisance.. L'inégalité des conditions produit des effets analogues à celle des âges; la différence des destinées détermine un mode d'alliance eûtre les hommes. De même que la Providence a doté le cœur humain des affections domestiques, elle l'a doté aussi de la pitié, de la charité, de tous les seutimens généraux qui font voler la force au secours de la faiblesse. Plus la société se perfectionne, et plus ces nobles sentimens acquièrent d'empire. Lorsque le maître pourvoit aux besoins de son esclave ou de son serf, il ne fait en quelque sorte que soigner sa propre chose. A l'époque de l'affranchissement, la garantie de cette assistance disparait; la générosité doit prendre sa place; son rôle, commence, rôle sublime, mais immense, rôle qui s'éiend, disons mieux qui s'élève, en raison de l'affranchissement lui-même. Il entrait aussi dans les desseins de la Providence que la société hu-
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maine (ùt le ihéàtre d'an commerce enue la confiance de la faiblesse qui invoque un appui, la bonté qui Toffre, la reconnaissance qui l'accepte.
Serait-ce donc prétendre que la Providence n'a point voulu Tamélioration du sort des classes pauvres et laborieuses; qu'elle les a éternellement destinées à subir le même degré de malaise et de souffrance? Non sans doute ; Dieu a créé Tbomme perfectible, et il est manifestement dans ses vues qu'il se perfectionne par Tétat de société, que la société se . perfectionne progressivement elle-même : toutes les améliorations entrent dans ses plans ; les gens de bien qui y coopèrent sont ses ministres. La destinée des classes pauvres et la^borieuses se trbùve certainement fort améliorée , surtout dans certaines contrées ; l'exemple de ces contrées prouve qu'une aussi heureuse révolution pourrait s'accomplir aussi daos les autres. L'avenir offre aux amis de l'humanité de douces «l abondantes espérances. Le présent écrit a poiir but, dans toute son étendue, dejustifier ces espérances, en recherchant les moyens les plus propres à les réaliser. Mais, la première condition pour y réussir, c'est de ne pas 3e bercer de chi* mériques illusions. Il est impossible d'éviter gue l'homme ne porte la peine de ses propres fautes et de ses erreurs ; qu'il ne so£t quelquefois la victime des évènemens extérieurs. Ce n'est point ici accuser la Providence, la rendre complice des erreurs et des vices des Gouvemem'ens et des individus. Comme le prétendent des philosophes chagrins. La possibilité du mal est la condition inhérente à la liberté. De là vietit que la situation la plus critique pour l'homme est le moment de son émancipation, le passage de l'état de servitude ou de vasse* lage à l'état d'entière indépendance. On s^t que les esclaves affranchis forment dans les £tats du Sud, aux Etats-Unis, la classe la plus malheureuse de la société. Habitués à se re<poser sur leurs maîtres du soin de leur Sfvenir et de la direction de leurs actions, ils ne savent ni se conduire, ni combîoer, ni prévoir. On se rappelle la célèbre proposition de
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l'auteur de l'esprit des lois : ^ La servitude avilit rhomme jusce qu'à s'en faire aimer. » Les époques d'abolition de la servitude et de la féodalité ont'été marquéçs par l'apparition d'une classe nouvelle et nombreuse de misérables, qui, ne pouvant se suffire à eux-mêmes, invoquaient les secoure publics, et souvent menaçaient l'ordre social lui-^méme, en demandant à la violence les ressources qu'ils ne savaient ou ne pouvaient réclamer de l'industrie. C'est ain^ que la Jacquerie, misère armée et sanglante, leva le terrible étendard de la guerre de la pauvreté contre la richesse.
Mais, de ce qu'il est inévitable que les accidens de l'indigence se reproduisent sous mille formes, il ne s'ensuit pas que leurs effets doivent se prolonger indéfiniment, et qu'il n'y ait poxuç eux ni soulagemens ni remèdes. Ici précisément interviennent la charité privée, la bienfaisance publique. Leur mission vient d'en haut : elles réparent les pertes; elles renouvellent, raniment; forment le complément nécessaire de l'œuvre de la civilisation.
On ne voit point de pauvres, dans la Société des Amis, chez les Frères Moraves, dans les communautés Israélites; on en voit peu chez les Musulmans : pourquoi? C'est que le.^senti=: ment de la fraternité, la bienveillance mutuelle, y^assurent A tous lesinfortunés l'assistance suffisante au moment opportim. La victime est relevée au moment où le malheur la frappe. L'affection opère ce que l'esprit de propriété produisait dans te système de l'esclavage. Exemple digne de toutes nos méditations, et qui nous montre jusqu'où nos espérances pourraient atteindre, si le même esprit venait animer la société tout entière!
Il y a donc inévitablement des pauvres, il y aura toujours des pauvres , en ce sens qu'il y a inévitablement, qu^il y aura toujours une carrière ouverte à la bienfaisance publique ou à la charité privée, comme au courage individuel. On pourra voir les besoins de l'indigence soulagés ; mais on ne pourra voir un état où ils n'invoquent pas ce soulagement. Les lar-
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mes de la veuve pourront être essuyées, Torphelin pourra recevoir les bienfoits de réducation ; mais il faudra toujoui*s un appui aux veuves, des tuteurs aux orphelins, des consolateurs aux aflOiigés.