PREMIÈRE PARTIE. LITRE II. CHAP. II
ment satisfait à la consommation intérieure, a fourni encore un excédaïit considérable de grains à Texportation. (1)
Depuis 1815 seulement; près de 2 millions d'hectares ont été, en France, conquis sur les terres incultes (2);*une grande partie a été consacrée aux céréales : la culture d'une étendae considérable de terres a été en. même temps améliorée. L'hectare de froment qui , en 1815 , ne donnait, terme moyen , que 8 hectolitres 59 1. et /iO c, a produit, dans les années suivantes, jusqu'à 10, 12^ et même 13 hectolitres. La récolte des pommes de terre , pendant le même intervalle , a presque doublé. Le prix dil froment qui , pendant les vingt années antérieures , s'était maintenu de 25 à 26 francs l'hectolitre ,
Nous y avons, seulement ajouté la dernière coionne, pour ramener révàluation des prix à une fraction du marc d'argent.
Prix du setter de blé en France^ comparé au marc 'd'argent. ^
Périodes.
la.
Prix da i
letier.
Valeur da mare.
Rapport
de 1699 à 1614
Moyenne de 132 ans :
Maximum : 0,70 dans la 7*^ériode.
Minimum : 0,38 dans la 11«.
(i) En 1836, l'exportation des céréales a représenté en France- une valeur
de 29,124,000 fr., tandis que les importations n'ont pas dépassé 8,016,000 fr.
(a) Terres ensemencées en 1816. En 1836. Accroissement.
En grains de toute nature. 13,279,301 bect. 14,888,346 bect. 1,600,044 bect.
En pommas de terre. . . . 668,966 803,364 244,399
CONDITIOII DU PAUYBB GOMHK COHftOMJiATRUB. 177
i^ste, depais les dernières années, dans la iifliite de 20 à 21 francs. (1)
£t cependant de quelles améliorations le sol de la France ne serait- il pas encore susceptible, soit par de nouvelles conquêtes , eooune tes dessèchemens de nierais , soit en perfectionnant le mode d'exploitation et les procédés de culture!
L*Angleterre , avec la même proportion de terres en culture, est redevable à un meilleur mode d'exploitation, à des procédés mieux entendus , d'un produit bien supérieur à celui de la France. Sur un territoire qui n'est au nêtre que dans le rapport de 3 à $, elle récolte une valeur de 5 milliards MO millions , tandis que la France obtient seulement U milliards et demi. L'hectare qui donne à peine, en France, l hectolitres de froment et 14 d'orge^ donne , en Angleterre, jusqu'à 20 hectolitres de froment et 30 d'orge. Cependant, le nombre des tètes de bétail a doublé en Angleterre depuis cinquante ans. La population des bestiaux élevés sur le sol français atteint à peine celle que nourrit celui de la Grande-Bretagne , quoique beaucoup moins étendu : encore Je poids des bestiaux, en France, est-il extrêmement inférieur à celui des bestiaux du Royaume-uni (2).
(1) On sait que dans Tétat présent 18 millions seulement de personnes consomment en France du froment, et que la consommation annuelle par tête est évalué à 2 hect. et demi par année, à raison d^une livre métrique par fête et par jour.
Les releyé» de 1826, 1826, 1827 et 1828 ont donné une coiudBiaittioa
totale et annuelle en France de:
47 millions d'hectolitres de froment ;
29 — — de seigle;
28 — — d'antres grains.
104 miUSons d'hectolitres de tous grains, ou 3 iMctôlitres 28^100 par tête et par au.
En 1810, on évalua Texcédant de produits sur ia consoromaiion à plus dé 52 millions dliectolitres de grains, destinés soit aux. hommes, soit aux animaux. Dans les bonnes années, Texcédant du froment seul est évalué à 6 millions dliactoUtres (vinr les Rapports publiés par le Ministère du commerce):
(2) Statistical illustrations. 1837. Voir l'extrait publié à Paris par la Revue èritannique y dêotmhrt 1887-
i78 VHBMliEB PARTIB. LITRE II. CHA». II.
-L'industrie agricole, quoique la moins rapide , la plus limitée dans ses progrès, a donc le pouvoir de fournir à la consommation des provisions beaucoup plus, abondantes , et d'améliorer ainsi la situation du consommateur.
Les progrès des autres branches de I-industrie contribuent aussi , pour leur part, quoique d'une manière moins immédiate, à maintenir Tabondaiice sur les marchés où le pauvre s'approvisionne de denrées.
D'abord , par le seul effet de la consanguinité qui existe entre les diverses branches d'industrie, les exploitations rurales profitent, à plusieurs égards, des pérfectionnemens obtenus en d'autres genres d'opérations ; elles profitent de l'extension que reçoivent les capitaux et le crédit^ elles profitent de l'avancement des arts mécaniques et métallurgiques; elles profitent de la nouvelle valeur donnée à certains produits, comme la soie, la laine, le lin, le^xhanvre, les plantes tinctoriales , les dépouilles de la betterave ; et par là , elles peuvent livrer les substances alimentaires à un prix plus modéré. L'industrie concourt aussi à perfectionner la manipulation des denrées, la mouture, la boulangerie, à prolonger la conservation des substances alimentaires.
Les travaux et les pérfectionnemens qui favorisent la circulation des denrées, répartissent ainsi d'une manière plus égale ^tre \e% habitans,* les productions du sol; en rendant les communications plus faciles, ils multiplient les échanges qui apportent les denrées au consommateur. Ainsi les habitans des villes étendent leurs rayons d'approvisionnement; les habitans des contrées les moins fertiles participent à la riche dotation de celles qui sont plus favorisées; tous les marchés du pays entrent en rapport les uns avec les autres.
^ Le développement de l'industrie manufacturière elle-même ouvre au pays qui en est le théâtre, Taccès des marchés étrangers, et lui procure les moyens d'en extraire les subsistances que son propre sol nesufiirait pas à produire. Souscç
CONMTIOir DU VAUVaB COMME C0H80MMATBU&. 17D
rapport , fabriquer des tissus qui s'exportent pour la Crimée, pour les Etats-Unis, pour'Ia Pologne, c'est aussi en quelque sorte semer et récolter du grain ; c'est cultiver par les mains d'autrui, surun territoire étranger, mais, à moins de frais peutêtre. C'est ainsi que la Hollande et l'ancienne République de Gènes (la i^remière, malgré son climat et ses eaux, la seconde , malgré la nudité de ses rochers) étaient des greniers totqours abondamment fournis, même pour les contrées d'alentour. On ne peut donc concevoir comment les adeptes d'une école récente, exagérant ses doctrines, auraient cru pouvoir condamner la population de chaque pays à subir les limites as signées 0ar la fertilité de son sol. Le territoire le plus aride peut se couvrir d'habitans bien nourris, s'il sait et peut s'approvisionaer aux marchés étrangers, c'est-à-dire s'il sait y porter des produits de sa propre industrie qui y soient agréés, etji auçuD obstacle ne lui en ferme l'accès.
Ces espérances d'amélioration dans la situation du consommateur ne peuvent' sans doute s'étendre indéfiniment. L'étendue du territoire, le degré de fertilité de ses diverses parties marquent une limite à la production possible. Les ' accîdens des saisons font varier d'une année à l'autre la quantité et la qualité des récoltes. Les approvisionnemens de , subsistances tirées du dehors ne peuvent s'étendre au-delà des quantités disponibles ^ur les marchés accessibles, des retours qu'on peut y porter en échange , et des moyens effectifs de transports. Ils peuvent être interrompus par une guerre, par une mesure fiscale ; ils sont siyets à des ^ chances beaucoup plus Jncertaines, beaucoup plus variées que le produit des récoltes indigènes.
A mesure qu'on s'approche de la limite de la production possible, les prix s'élèvent, l'abondance diminue; chaque variation dans les circonstances des récoltes indigènes ou du commerce extérieur affecie l'abondance et les prix, souvent
dans un rapport beaucoup plus élevé.
Les circonstances politiques, la guerre,. surtout, occupent
180 »KBNliRS PAHTIK. LIVRE It. CHAP. II.
lé premier raiigj)arnif les causes qni tendeat à étever le prix des denrées; elles agissent d'une manière plus sensible que l'intempérie même des saisons. Le ministère de Richelieu, la minoHté de Ix^uis XIV, la vieillesse de ce prince, et les années qui se sont écoulées de 1791 à 1817, sont les périodes qui, pendant le cours de deux siècles, ont été signalées en Franoe par les plus forts renchérissemens des grains.
Le pauvre a le triste privilège d'^re le premier à ressentir les effets de toute hausse dans les prix, de toute dinlinution dans les approvisionnemens ; il porte surtout le poids des privations. Mais le pauvre souffre aus^ dé toutes les variatiens que $ubit le prix des denrées, dès qu'elles sont sensibles et répétées; il souffre de l'incertitude que la possibilité de ces variations fait naître. Lorsque le taux des denrées éprouve une baisse seulement passagère, le pauvre, pendant cet înter* valle, contracte de nouvelles habitudes qui lui rendent ensuite sa condition plus pénible ; il a plus besoin que personne de cette sécurité qui est un principe d'ordre et un mobile de l'ac^ tivité laborieuse.
Lorsque les objets de conscmimation destiiiés seulement at| luxe ou à la commodité, deviennent moins abondans sur le marché, le prix ne s'en élève pas nécessairemeàc en raison dé leur rareté. Beaucoup de consommateurs savent y renoncer, ou du moins réduire l'usage qu'ils en font. Le contraire arrive, lorsque la rareté s'annonce sur les marchés de subs^ tances. Les prix alors prennent une hausse d'opinion, qui est 1 ors de toute proportion avec la réduction des approvisionnemens. Le déficit parait plus considérable qu'il ne l'est en réalité : les - uns veulent se munir d'avance; les autres ne veulent passe dessaisir ; les transports deviennent dilBciles ; l'inquiétude et Tagitation des esprits exagèrent les alarmes, et deviennent un mal phis grave que la disette même.
Tels sont les périls qui menacent le pauvre dans l'approvi-sionnement de ses subsistances, et qu'on ne peut envisager sans frémir. On a démontré^ it est vrai, qu'uttô disette suppose
COIfBITlon DV PAUVRE COMME COnSOMMATIEUa. 181
rarement un déficit qui ne paisse étrQ facilement comblé par une faible importation, ou même par une modéraiion presque insensible sur les consommations. En France, la terrible disette de 181Ç, ne fut produite que par un déficit dans les récoites, équivalant à environ quatre journées de consommation générale. Il eut donc suffi de réduir^e de 1/10'' pendant quarante jours la consommation de chacun. Les arrivages dépassèrent de beaucoup ce vide , mais il ne périt pas moins alors un grand nombre de victimes succombant aux angoisses de la faim, et le prix du pain s'éleva hors de toute mesure. Le pauvre souffre donc de la disette factice, plus que de Tinsuffisance réelle. Il est victime des fausses alarmes de TopinioH et des siennes propres, plus encore que du manqué rëel.. de denrées.
Nous n'avons garde de mettre sur le même rang, dans les <;onsommations du pauvre , celle des boissons avec celle du |)ainet des autres alimens. Cette dernière espèce de consommation a une mesure donnée par la nature des choses; celle des boissons n'en reçoit que de la sobriété et de la prudence. Si le prix* des boissons fermentées s'élève, le pauvre peirî, sans souffrir , restreindre la quantité dont il fait usage. U n'est pas à désirer qu'il soit encouragé à dresser les justes bornes. La modération du prix du pain laisse au pauvre une plus grande latitude pour d'autres dépenses utiles ; l'abaissement du prix du vin peut produire un effet contraire.
Les progrès de la civilisation, dont ceux de Tindustrie sont un élément, ont avec le temps; créé, même pour la classe la moins aisée , des nécessités nouvelles ; par là , ils ont donné à ses bienfaits une application plus étendue.
Dans le Nord , les bas et les souliers sont d'un usage universel 5 le thé entre dans IcTéginie de vie général en Angleterre; le café, en Allemagne, et enfuisse. Un parapluie jadis était un objet de luxe; voyager en voiture sur les grandes routes, et même parcourlt* nos villes en voiture , est aujourd'hui une commodité accessible à toutes les conditions.
182 PREMlillE PARTIE. LIVAS II. CHAP. II.
En multipliant les objets )de consommation avec plus d'à-, bondance^ en améliorant leur qualité, en modérant leurs prix, l'industrie rend la situation des indigens moins misérable sans doute. Mais surtout , et c'est ici une remarque essentielle , elle répand plus d'aisance et de bien-être sur cette ' dtasse laborieuse, pauvre, mais encore indépendante, que l'indigence menaçait. Elle éloigne pour cette classe le danger de la misère. Elle diminue donc le nombre des indigens par une action préventive.
Qn ne peut le nier, ces bienfaits ont été très sensibles; les vétemens, l'ameublement- des perso unes peu aisées non^eule^ ment ont beaucoup acquis en qualité, mais lui sont fournis à des prix bien plus favorables. Les seuls tissus de coton, en blanc, teints, imprimés, autrefois presque inconnus, sont offerts aujourd'hui à un prix qui en rend l'usage universel (1). Les progrès de l'industrie mettent chaque jour à la portée de ces personnes de nouvelles jouissances, lui offrent chaque jour un accroissement de bien-être^
ARTICLE m.
Is pauvre considéré comme travaiUeun
lafimenoede riodustrie sur le mérile inirinsèque du travaU.
L'homme qui vivrait isolé de tout commerce avec ses semblables trouverait dans son travail une rémunération proportionnelle au mérite réel de ce travail , c'isst-à-dire, à su puissance de production , à son habileté et à son activité réunies. Il
(1) Une tome de la classe mal aisée peut en France se' procurer aujourjjourdbui une chemise de coton à 2 francs 6Q centimes^ et une robe pour l^ ]^rix de 6i iranos.
influeuce de liudustrib sub lb t&atail.
obtiendrait d'autant plus de produits à son propre usage, qu'il aurait su exécuter plus et mieux. Mais il n'en est pas ainsi dans l'état de société. Le mérite san& doute^ en même temps qu'il donne des droits à' la rémunération, constitue l'un des élémens qui en déterminent la quotité; mais la. rémunération ne se mesure plus sur le mérite seul ; elle dépend aussi^ de diverses circonstances étrangères, et iiotamment du rapport en- Ire l'offre et la demande. Le travail alors peut produire plus et rapporter moins. De là. la distinction entre leiautenattirel et le iatuf conventionnel des salaires.
Attachons-nous d'abord à étudier l'influence qu'exercera sur le mérite du travail du simple ouvrier le développement de*rindustrie.
Deux élémens entrent dans le mérite du travail de l'homme, élémens combinés dans des proportions diverses, et d'une valeur bien différente : la force et l'habileté. L'une appartient au domaine des puissances mécaniques; l'autre, à la sphère de> rintelligence.. L'homme partage la première de ces propriétés avec les animaux, avec les agens matériels; le second attribut lui appartient çn propre; c'est le noble privilège de sa nature.
Réduit à l'usage immédiat de son bras, l'homme n'exerce qu'une faculté bornée ; et le mérite de son travail sous ce rapport n'a qu'une bien faible valeur; mais le leviez centuple sa> force ; les agens matériels viennent se mettre à sa disposition, et dès-lors s'ajoutent à sa puissance. L'industrie, en perfec-. tionnant les leviers, captivant et employant les puissances mé-^ caniques de la nature, s*emparant de l'air, de. l'eau, du. feu, créant de nouveaux agens par les procédés de la chimie, étend à l'infini cette force huQiaine , si faible à l'origine ; elle élève à un degré presque incommensurable le mérite at-> taché au premier élément du travail.
Mais cet avantage appartient seulement au travailleur qui dispose de la force additionnelle comme de sa propriété personnelle. Dans .te travail isolé et indépendant , chaque travailleur profite pour son propre compte de la puissance pro-v
18& PRIiMlÉRB PÂJRTIB. LITRE II. GHAP. II.
ductrice des instruniens et des procédés à son usage. H n'en est pas ainsi dans le travail collectif i la puissance productrice arlificielle^ due aux instnimensetaux procédés, profite seulement à ceux qui ont fait Tàyance dit prix de ces instruinens ; les autres n'apportent que le tribut de leurs bras.
Il y a plus, et le mérite attaché à la seule force individuelle de Thomme , comme agent mécanique, diminue progressivement en présence de la. multiplication de ces agens P matériels qui viennent créer uiie force d'emprunt; la faible j coopération de son bras représente' une valeur toujours moiosl importante, proportionndletnent à l'énergie de ces leviers, del ces moteurs gigantesques.
Le travail du simple manœuvre, employé à mouvoir une roue, à transporter un poids, conserve donc d'autant moins de valeur ëous ce premier rapport, que TinduBtrie se déve* loppe davantage. Là condition de l'ouvrier pauvre, s'il est réduit ik n'exercer que Isa force musculaire , en deviendra donc plus misérable.
. Mats levéritable méritedu travail humain réside dans Teiercice qu'y trouve l'intelligence. Il se mesure non sur le degré de la fatigue, mais sur la perfection de l'art. La vie du sauvage est celle qui est soumise aux plus rudes fatigues ^t qui est le moins j^oductive, pak^e qu'elle est celle où il y a le moins de travail réfléchi, le moins d'art. Le pouvoir de l'intelligence dirige la main de l'ouvrier, gouverne l'emploi de la force mécanique, et , dans son rôle le plils borné , la montre encore souveraine, puisqu'elle domine sur la matière. L'intelligence humaine s'élançant dans la carrière de l'Industrie, ne connaît en quelque sorte auctinë limite ; elle éclaire les combinaisons du sjpéculateur , guide le mouvement des échanges, préside aux combinaisons les ^Im vastes, prévoit, dispose, coordonne, calcule, compare, étudie la nature, lui déiôbeses secnets , Imite fees opérations , et «'animant par les concepiions du génie, inspik*ée par la science, ouvre des Voies inconnues, fait jaillir de sa pensée des créations de tout genre,
INVtUtlrCB I>« L^tNDVStAIE SUB LE TRAViUL. 185
étonne le monde par «es prodiges, produit les Yàucanspn , les Montgolfier, les Conté, les Davy, les Watt, les Fulton.
Les progrès de rindustrie ont d'autant plus de prix qu'ils assignent un rôle plus considérable à rintellîgence dans le travail. Ils âèvent ainsi la créature humaine à sa vraie estination ; ils rappellent à développer les plus nobles facultés de sa nature ; en même temps ils réduisent et la valeur et l'emploi de la simpleforce méeani(}ue de l'ouvrier.
Cette puissance intellectuelle du travail ] loin d'être également répartie entre les hommes, dépend en partie des dispositiods individuelles, soit absolues, soit relatives; en partie de l'instruction acquise* Pour le simple apprenti; elle représente un capital, une avancé, lès frais du~novlcîàtV tés'iravàîl-^ leurs pauvres se trouvent encore traités ici avec une extrême défaveur. Ils paisent moiM iibondammeut dans le commun trésor d'instruction dont la société est dotée ; ils ne peuvent se dokinerune^ éducation industrielle dispendieuse. Ils prennent donc une part môihs forte aussi dans l'accroissement de valeur que Je travail reçoit de l'intelligence , et pour eux l'élément de la force mécanique constitue le principal mérite du labear.
Au contraire , plus le travailleur possède de ressources et d'instruction, et plus il entre en partage de cette valeur nouvelle que les perfectionnemeiks de l'industrie ajoutent au travail par l'habileté.
Il suit de là que la situation du travailleur réduit à n'être employé que comme une machine , devient d'autant plus fâcheuse, que l'industrie prend un plus grand essor par le concours des forces intellectuelles.
Les progrès de l'industrie, augmentant la somme totale de la puissance productrice exercée dans la société par la classe entière des travailleurs, et augmentant dans le même rapport la somme totale de la valeur réelle de leur travail , ne font donc pas jouir de ee bienfait, dans une égale proportion, toutes les classes de la société ; ils ont pour résultat d'affaiblir
. 186 PEBMIÂRB PkWtlB. LIVAB II. CHAP. II.
la valeur relative du travail exécuté par la classe la moins heureuse. ,
L'inégalité qui en résulte, dans la situation des travailleurs^ dépend de la double répartition qui s'opère, soit des înstrumens qui prêtent à rhomme une force matérielle additionnelle, soit de llnstruction qui le rend plus habile.
C'est ici le lieu d'apprécier les effets de la division du travail. Ils varient, comme on voit , suivant le mode de distribua tion des fonctions entre les travailleurs. '
Si la division du travail s'opère en renfermant les uns dans le seul ^ercice de leur force mécanique , en réservant aux autres l'emploi de l'intelligence ,, elle introduira, une extrême différence dans les rôles, et par là dans le mérite respectif des travaux.
Lorsqu'au contraire la division du travail sépare les rôles, en /les maintenant sur le même rang, en conservant à chacun1a~ \ même proportion de force et d'intelligence, elle fait profiter àj la-fois tous les travailleurs de la valeur nouvelle dont elle dote le travail.
La philosophie révèle d'ailleurs , dans les effets produits, par la division du travail, une circonstance qui influe d'une autre manière sur le mérite du travail. La division du travail tire l'un de ses avantages de la singulière aptitude que l'homme acquiert par un exercice constamment répété des mêmes actes. L'ouvrier obtient ainsi le pouvoir d'exécutéir plus promptement, de faire mieux. Or, la rapidité de l'exécution est le fruit de l'habitude : Thabitude est elle-même une i*ouiine aveugle dont le mérite ne s'élève guère au-dessus de la force mécanique. Plus les opérations sont simples , et plus l'habitude y prend part. Or, la division du travail tend précisément à simplifier les opérations. Le tisserand , l'ouvrier qui
polit la glace, répètent le même mouvement, du matin au soir^ avec une persévérance toigours égale. L'ouvrier double ainsi sans doute, par la faculté de faire plus dans le même temps, la puissance productive de son bras; donne plus de vitesse à ses
ASVVlliRATIOll DU TAAYAIL. 187
mouvemens ; mais c'est aux dépens d'une puissance productive dont Tordre est plus relevé, et qui appartient à rintelUgence.
Cependant, l'exercice rend aussi l'ouvrier plus habile pour triompher des difficultés, ppur obtenir une régularité plus égale, plus de précision, de plus justes proportions ; pour acquérir le coup-d'œU, et ce qu'on appelle le tour de main, et donner ainsi plus de fini à son ouvrage. Ce genre de perfectionnement rentre jusqu'à un certain point dans le domaine de l'intelligence l-a division du travail en augmente donc le mérite , sous ce rapport, pour les ouvrages qui demandent un certain degré d'habileté.
N'oublions pas, du reste, que la source de toutes les forces du producteur est aussi dans la volonté de Thomme. L'énergie, la persévérance de la volonté doublent à-larfob et la force du bras et l'activité de l'esprit. Le calme de la vplonté, la sérénité de l'âme prêtent au travailleur une merveilleuse aptitude pour toutes les opérations qui exigent de la régularité, de l'ordre , de la précision , de la patience. Le moment viendra plus tard d'assigner à ce principe toute sa puissapce,
Influence de rinduatrîe' sur la rémunéiatton du travail. /
La rémunération du travail s'opère sous deux formes différentes qui entraînent aussi une différence notable dans la condition des travailleurs.
Quelquefois le travail du producteur est directement rémunéré par le consommateur ; le salaire est alors le résultat d'une convention immédiate entre l'un et l'autre.
Quelquefois le travail de l'ouvrier est rémunéré par un entrepreneur ; alors une double convention s'établit , d'une part entre le consommateur et l'entrepreneur; d'autre part entre cet intermédiaire et le simple ouvrier.
Cette seconde combinaison sesous-divise elle-même ; quel-
l^S PREMIÈRE PARTIE. UVRB II. CHW. II.
quefois Touvrier, en traitant avec Tentrepreneur pour une portion déterminée de Touvrage entrepris , non-seulement fournit sa main d'œuvre , mais possède en propre ses instrumens et son métier , peut-être même la matière première , et sous ce rapport travaille pour son propre compte; d'autrès fois l'ouvrier reçoit à-lçi-fois de l'entrepreneur et la matière et les instrumens , et ne fournit absolument que sa coopération personnelle. La convention , dans les diverses hypothèses, embrasse des élémens qui doivent en modifier les termes.
Examinons donc «d'abord la convention qui s'établit entrie le consommateur et le producteur iorsqulls traitent directement.
Ici le taux naturel du Salaire se modifie par le rapport qui existe sur le marché entre l'offre et la demande. Ce rapport à son tQur se règle sur la propoiàion qui existe , d'une part, entre la quantité des objets demandés, le nombre de ceux qui les demandent, la vivacité de leur désir, et de l'autre part, la quantité offerte^ le nombre de ceux qui offrent, et le besoin qu'ont ceux-ci de voir leur offre acceptée. V Si ces trois ordres de circonstances étaient des deux côtés dans une parfaite égalité;, le mérite du travail en déciderait seul la rémunération ; mais tout ce qur détruit cet équilibre modifie le taux conventionnel des salaires.
Si, paodant que les progrès de l'industrie multiplient les prckluits, la consommation reste stationnaire, le travail per^ dra en rémunération pendant qu'il augmentera de mérite; les prix s'aviliront en raison de l'abondance elle-même. Dans une telle hypothèse le même nombre de bras ayant acquis une plus grande force productive, et le débouché pour les produits étant limité, un certain nombre de bras sera condamné au repos; la perfection des procédés réduira l'emtîloî des ouvriers.
C'est ce qui arriverait', si Fa consommation avait en effet des limites certaines, fixes, immuables, lorsque la puis-
REMUKEBATIOJy OU TRA\.11L.
sance productive de l'industrie aurait atteint ces limites.
Or^ il peut y avoir des limites spéciales pour certains genres déterminés de consommation, et des limites générales pour les consommations de tout genre.
La consommation d'un produit déterminé a sans doute des limites naturelles qui consistent dans le nombre des consommateurs, dans rétendue des besoins pour un objet donné ; mais il en est d'accidenlelies , telles que celles qui consistent dans les facultés du consommateur, dans ses dispositions, ses goûts, ses habitudes.
Heureusement , les progrès de l'industrie ont précisément pour effet de reculer la sedonde espèce de limites, et d'étendre ainsi la sphère de la consommation jusqu'aux derniers confins assignés par les K>is de la nature.
D'une part , par le développement de la puissance productive, ils permettent d'offrir sur fé marché les produits à un prix plus modéré ; ils ouvrent ainsi l'accès aux facultés d'un plus grapd nombre de consommateurs ; d'un autre côté, ils accomodent micuxles produits aux besoins ou aux désirs des consommateurs , souvent même ils stimulent l'ardeur des désirs. '
Il reste à savoir si l'encouragement que reçoit ainsi la consommation égale ou dépasse l'accroissement d'abondance déterminée dans les produits par le développement de la puissance productrice de l'industrie.
Ici se déploie un phénomène du plus haut intérêt.
Dans nos sociétés actuelles , dans celles du moins où la civilisation a pris tout son essor, )a consommation des objets utiles croit dans une proportion géométrique, à mesure que la puissance productive de l'industrie en fait décroître le prix dans une proportion simplement arithmétique.
Nos sociétés sont en effet représentées par une sorte de pyramide dont les diverses assises correspondent aux diyers degrés d'aisance. Lorsqu'un produit^ jusque^alors réservé par l'élévation de son prix à la classe supérieure , est mis à la portée de celle qui lui est inférieure , elle y rencontre un
190 PREMIÂBB PARTIS. LIVBB. II. CHAP. II.
BomlH'e beaucoup plus considérable de consommateurs. Plus l-usage de ce produit réussit à descendre dans lés degrés inférieurs, et plus il ouvre de vastes débouchés. Les étoffes de soie jadis réservées aux princes, entrent maintenant dans la parure de toutes nos villageoises.
Ici ^ manifeste aussi sous un nouveau jour Theureuse influence qu'exerce sur la destinée de la classe laborieuse, la prospérité et retendue de la classe moyenne. A mesure en effet que l'a classe moyenne est plus nombreuse, plus i^<f<^<»^ le théâtre qu'elle offre à la consommation des produits d'un travail perfectionné devient plus vaste et plus favorable. L'aisance du cultivateur , de l'ouvrîçr , eux-mêmes, dev^emiêBl— ainsi sous ce rapport^ comme sous mille autres , un bienfeit pour la société entière. Les manufactures du Haut-Rhin, savent très bien tout ce que leur promet une bonne année de récoltes dans le Midi de la trance.
NoiKs ne signalons encore dans ce moment que l'accroiâsemeat de consommation relatif au genre de produits que le perfectionnement de l'industrie a rendu plus abondant et plus utile. Les consommateurs, qui déjà en faisaient usage , pourront en user eux-mêmes avec moins de parcimonie; il y aura donc de toutes parts de plus larges débouchés.
Il arrive toutefois , ne roublion& pas , un instant on la consommation est saturée. Ce moment d'abord est celui où elle rencontre ses limites naturelles; il est aussi déterminé parles bornes où s'arrêtent les facultés .et les désirs du consommateur. Millecîrconstances peuvent déplacer ces deux bornes : les facultés croissent ou diminuent, les dispositions changent ; alors le développement de la force productrice , lorsqu'elle s'obstine à multiplier un genre déterminé de produits, tourne au détriment du travailleur.
Mais les marchés étrangers peuvent s'ouvrir. Sur ce théâtre nouveau, les perfectionnemens de Tindustrie acquièrent aussi une importance nouvelle; ils permettent d'entrer en concurrence avec les producteurs rivaux, de triompher dans cette
aÉMtniAATIOH DU TEAVAIL. 191
coficiirrence; ils oavrent ainsi au travail indigène une nouvelle carrière. Toutefois , aux causes générales qui, ep amenant la saturation des marchés, arrêtent Vextension de ces débouchés , peuvent venir se joindre divers obstacles qui fermeraient plus ou moins Taccès de ces marchés eux-mêmes: comme les guerres y les ipesures fiscales, le développement de rindustrie chez les autres peuples, etc., etc.
Réciproquement , lorsque les marchés intérieurs sont ouverts à rimportation des produits étrangers, le développement de rindustrie indigène a encore cet avantage qu'il obtient pour elle la préférence du consommateur régnicole. Or, comme il existe des pays où les progrès de l'industrie ne s'arrêtent pas un seul jour , il devient indispensable pour les autres de marcher aussi sans cesse, sous peine de perdre en partie l'écoulement dont jouissaient les produits.
Voici donc encore deux rapports sous lesquels les perfectionnemens industriels augmentent la consommation, en même temps qu'ils rendent la production plus abondante. Ils augmentent la demande de travail , de toutes les manières, dans une proportion bien plus forte , qu'ils ne réduisent la quantité de travail , en simplifiant ses opérations. C'est remploi de la bêche > de la charrue , de l'aiguille, du ciseau, du marteau , qui ont créé les professions du cultivateur, de Tonyrière et de l'artisan.
C'est peu encore , et les perfectionnemens de l'industrie étendent sous un autre point de vue et d'une manière indî-* recte la consommation . générale , envisagée dans son ensemble. En efiet, le consommateur habituel auquel le produit perfectionné est offert à un prix plus modéré , ou (ce qui revient au même) dans une meilleure qualité, reporte sur l'acquisition d'autres objets les ressources que cette économie rend pour lui disponibles; il étend le cercle de ses jouissances; ^U donne de l'emploi à d'autres branches de production. La condition du consommateur améliorée lui inspire de nouveaux besoins. S'il y a des limites naturelles pour l'emploi d'un objet
192 PREUIÈKE PARTIE LIVRE I. CBÂfr II.
particulier, iKn'en est point pour les désirs de rhomnie : un espace indéfini s!offre à ses vœux ; les jouissances qu'il goÂte alimentent en lui la soif de jouir; Tindustrie elle-même, dans ses ingénieuses études, épie ces vœux naissans, et souvent sait les faire naître.
Seulement , et cette remarque est importante , si cette pro^ gression de désirs amène un accroissement indéfini dans -la demande générale de production , elle opère quelquefois i|i> déplacement de travail. Le travail, qui s'arrête en présence d'une consommation satisfaite, est remplacé par celui qui va
satisfaire une consommation nouvelle.
Envisagée de ce point de vue général > la consommation ne connaît donc plus d'autres limites que celles des facultés réunies des consommateurs. Or, et c'est ici le dernier bienfait des perfectionnemens de l'industriç : ils augmentent proportionnellement les facultés d^s consomtnat^rs ; ils y ajoutent tous, les avantages qu'ils procurent aux producteurs eux-mêmes lesquels figurent à leur tour dans 4es rangs de ceux qui consomment.
Enfin , le producteur ne consomme pas seulement les pro- •duits qui servent à son usage personnel ; il consomme aussi des matières plus ou moins brutes et élaborées, des instrumens de toute espèce. Le perfectionnement de l'industrie lui procure à un prix plus favorable, ou avec des propriétés plus utiles, ces matières et ces instrumens. Il peut, dès-lors, en employer de plus fortes quantités , et donner lui-même plus d'étendue à son entreprise.
(Test ainsi que l'accroissement du fond commun de la richesse sociale, quelle qu'en soit la répartition, profite à tous les membres de la société : car, tout ce qu'elle crée de facultés à la consommation générale, devient un encouragement pour le travail qui produit l'abondance. La production qui favorise les goûts du riche , se convertit en salaires pour le pauvre. On ne saurait le proclamer trop haut , le répéter trq) souvent : la prospérité générale est utile à chacun en particulier $ il y
RAPPORTS DE L'ËNTHEPRBinBUR AVEC L^OUVRIER. 193
a communauté réelle , même au travers des difierences de conditions.
Continuation.— Des rapports de Tentrepreûeur avec ronvrier.
Jusqu'ici nous avons supposé la rémunération ou le salaire, réglés par la seule convention directe qui s'établit entre le producteur et le consommateur. C'est ainsi que les choses ont lieu pour l'ouvrier travaillant à son propre compte, entrepreneur de son propre ouvrage, propriétaire de ses instrurnens, acquéreur de la matière première, exécutant Tobjet fabriqué dans tout son ensemble , le conduisant jusqu'à sa dernière forme, le livrant lui-même au commerce, jouissant en un mot d'une complète indépendance.
Mais le perfectionnement de l'industrie amène d'autres combinaisons. Il substitue un travail collectif à ce travail solitaire ; il crée des appareils qui font un service commun pour un grand nombre d'ouvriers; il distribue les opérations nécessaires pour la confection d'un même ouvrage, entre des fonctions plus ou moins diverses et nombreuses ; il suppose une direction supérieure qui coordonne tous ces éiémens et répartit tous ces rôles; un capital qui fournit aux avances pour l'acquisition des matières et des instrumens.En un mot, il amène la' naissance d'une entreprise combinée, et met les simples ouvriers à la solde d'un entrepreneur.
Un nouvel ordre de rapports prend naissance ; la rémunération du travail du simple ouvrier se trouve soumise à de nouvelles conditions.
On ne saurait le nier : la situation de l'ouvrier soldé par un entrepreneur est beaucoup moins avantageuse que celle de l'ouvrier qui travaille à son propre compte directement pour le consommateur. Le second , en jouissant d'une indépendance qui est elle-même d'un prix inestimable, recueille, outre la ré^ I. 13
%9^ PUKIËai 9AB!ttn, UV&B II. CHAP. II.
tributlon de sa main d*œavre » le profit de reatrepreaear sur les matières et les instrumens,* il n'entre en partage avec personna du prix payé par Tacheteur. L'ouvrier soldé par un eib trepreneur, perd , ^ur le salaire total , toute la part que Verttrepreneur se réserve.
. A mesure que, dans ce partage, la portion écbue à Tentrepreneur est plus forte, la condition de Touvrier devient moins avantageuse.
Cependant, afin que les avantages attribués à^Fouvrier qui travaille isolément pour son propre compte ne soient pas imaginaires, il faut que ce genre de travail indépendant trouve un emploi effectif, emploi qu'il obtiendra d'gutant moins qu'il opérera avec moins de perfection et d'économie. Or' il peut arriver de deux choses Tune : ou que, la production se trouvant réduite faute de débouché, il reste un certain nombre . d'ouvriers saqs occupation; ou que, pour conserver le même débouché, chaque ouvrier soit condamné à se contenter d'un moindre profit. On le sait, c'est à l'aide de l'économie obtenue par le travail collectif ou l'entreprise, que les débouchés s^éten^ . dent. La création des entreprises multiplie donc l'emploi du tmvail, et sert les intérêts de la consommation, en élargissant la sphère où elle se déploie. C'est ainsi que la petite fabrique, la profession des ouvriers travaillant à leur compte, tendent à se réduire pour faire place au régime de l'entreprise. Combien d'ouvriers sont trop peu favorisés par la fortune pour pouvoir faire eux-mêmes les avances des matières premières et des insirumens, pour s'approvisionner par masses et en temps opportun, emmagasiner leurs produits, attendre l'occasion de la vente ! Le nombre de ceux qui peuvent satisfaire à ces conditions est d'autant plus restreint, que, les avances qu'elles exigent sont plus considérables. Ce n'est pas tout : l'entreprise seule peut souvent découvrir les consommateurs, prévoir leurs besoins, appréciçr exactement leurs convenances^ Qu'on se représente par la pensée 30,009 ouvriers eu soie de Lyon, par exemple , obligés d'ouvrir et
EAPPO&TS DS L'CNTKBPREinBUK JkVBG l'OTTVKIEB. 1^5
d'entretenir chacun une correspondance avec les Etats-Unis, FAngleterre, TOrient; tous les ouvriers fileurs et tisserands de coton, réduits à apprendre par la nySjne^voje ^l'existence des débouchés, leur étendue, et de se procurer le moyen (f y faire paçre^ir leurs ouvrages ! Les entreprises sont donc utiles , souvent nécessaires *dans Fintérét de l'ouvrier lui-même. C'est surtout l'ouvrier pauvre qui en recueille les avantages : l'entreprise vient à son secours en suppléant aux capitaux, aux lumières qu'il ne possède pas, en lui offrant les matières, les instrumens qui lui manquent, et les moyens de négocier qui sont hors de sa portée. Hàtonsr-nous d'en conclure cette importante vérité, trop méconnue s&As (fdhte, et qurne* sau-| rait être rendue trop popj;l|ii|^e, c'est qu'il y a, sous i'appa-jj rence d'un| qpposition d'intérêt , communauté réelle entretl l'oviy^ier g t^ l'entrepreneur .^tte vérité va bientôt se produire! encore sous un*nouveau jour.
L'entrepreneur est un intermédiaire placé entre le consommateur et l'ouvrier i mieux il réussit^^servif \p pfeiittier,i en lui pflBrant une économie dans les prix, et mieux il sert le . second, en multipliant pour lui l'emploi du travail.
Dans une situation semblable, l'entrepreneur contracte àla-fois avec le consommateur et avec l'ouvrier ; les conditions de chacun des deux contrats réjigissent sur l'autfe^; ils|e trouvent dans une mutuelle dépendance. Tout est lié dans ces traih saotions : à mesure que lé prix payé par le consommateur est plus faible , l'entrepreiieuf ne j^eut offrir (Qi'un plus faible salaire à l'ouvrier; à mesure que l'ouvrier exige un salaire plus fort , Tentreçreneur est ^contraint de cjpmander^ui^prix plus^ éfeve à* celui qui consomme. Mais, à mesure aussi qu'on élève le prix demandé auconsommatejif , la consommation se réduit.
L'ouvrier, en forçant par ses prétentions les prix de vente , agit donc contre lui-même. Il croit attaauer Fentr^reneur ) c'%st*la consommation* qu'il frappe; ce sont les débouchés qu'il resserre ; c'est la source des salaires j|u'ii^djt ^(ir.
%ii obtenant tout ensemble plus d'économie dans les prix »
196 PBEMIÂRB PAJ&TIE. UYHfi II. CHAP. II.
et plus de perfection dans la qualité des produits, l'entreprise réussit à concilier toujours mieux les prétentions contraires du consommateur et de Touvrierj la part qu'elle prélève, dans^ la réiliiftiêfafibn'ifu travail , n'est donc pas perçue au détriment de Tun ou de l'autre: elle peut Sêmeûref Sort au «dTessous des avantages qu'elle assure à tous dedk.*
L'entrepreneur est un véritable mandataire, qui procure à ; l'ouvrier un emploi dont celui-ci eût été privé, ou qu^il n'aurait ( obtenu du moins que dans une plus faible proportion; son droit ' de commission se prélève, non sur l'ouvrier, comme celui-ci ' se l'iioiagîne à tort, mais sur l'économie obtenue par la simpli-/ ficati&n fles rii)ératfolhs*.* • * *
La première condition pour la naissance et le développement des entreprises, c'est l'existence des capitaux; l'étendue de l'entreprise et par conséquent Ve.Véconomie qu'elle obtient, se mesurent sur là masse de ces capitaux: nouveau bienifaît de l'industrie qui crée des capîtaùk par 'des* spéculalions bien conduites, et prépare ainsi à l'ouvrier pauvre l'ass sistance dont il avait besom ; nouveau lien qui unit les intérêts du bien-être de la classe laborieuse avec ceux de la richesse commune î t,es câpftaux'que cette 'richesse enfante s'en vont féconder de toutes parts les sources du travail.
L'entreprise, en traitant avec l'ouvrier, est elle-même sous la loi qu'elle reçoit du consommateur; elle doit ôl)é!r en foéme femps aux conditions que lui imposent le prix des matières premières et des instrumens, et les intérêts de ses avances. Les progrès àe l'industrie, en rendant ces conditions plus favorables, permettent à l'entreprise d'^ envers l'ouvrier. *
Il est encore un élément essentiel du contrat entre l'entrepreneur et l'ouvrier : il consiste* rfans le rapp*ôrt* qui* existe entre la demande d'emploi formée par l'ouvrier, et l'oflFre faite par Ventreprise. L'entreprise figure icilerâfe d'un consommateur de travail. Si elle a besoin de moins de bras qu'il ne p'en présente , Içur rémunération sera'plûs faible ; si ce*s5nl
'être à son tour plus libérale*
RAPPORTS DE l'bntrepreheur AVEC l'ouveier. 197
ad contraire les bras qui manquent , ils obtiendront une plus forte récompense.
La question se représente donc à- peu-près telle que dans le paragraphe précédent ; elle reçoit une solution semblable.
Le nombre des bras qui viennent s'ofifirir dépend, soit de la P<fl||sition, soit de la capacité physique et intellectuelle des su^te qui demandent à être employés.
L'offre d'emploi peut être réduite d'abord par la simplicité introduite dans les procédés , par les combinaisons qui substituent des agens matériels au bras de l'homme ; sous ces deux rMDorts, les progrès de l'industrie, en accroissant la masse OTia puissance productive , tendent à laisser un plus grand nombre d'individus dans Tinaction, s'il n'y a de débouchés que pour une égale quantité de produits.
Mais, la consommation, encouragée par l'abaissement des prix, accepte une plus grande masse de produits. Si l'exten^ sion qu'elle reçoit compense la réduction opérée dans remploi du travail, Téquilibre sera maintenu. Si le premier terme dépasse le second, l'emploi des travailleurs, quoique restreint pour une quantité donnée de produits, obtiendra un plus vaste développement dans la masse totale de la production. En supposant que l'ouvrage exécuté Jusqu'alors par dix ouvriers, puisse maintenant êtreXait par un seul , mais que la consommation en demande une quantité mille fois plus considérable, il y aura en définitive de l'emploi pour un nombre d'où* vriers dix fois plus fort.
Mais cet effet s'arrête lorsque la consommation est saturée: lorsque les limites sont atteintes : alors la concurrence des ouvriers que l'économie dans l'emploi des bras laisse sans travail, et qui demandent de l'emploi, crott dans la même mesure que cette économie elle-même ; et le taux conventionnel du salaire s'affaiblit par une réaction inévitable. Alors, un remède à cette situation se présentera, si une partie des ou* vriers, renonçant à un emploi qui cesse d'être offert, trouve à se réfugier dans une autre carrière ; si elle y retrouve une
198 PBXHÎiBS PAETIB. UTAB II. GHAP. U.
demande de travail non encore satisfaite. Telle est en effet y comme nous Tavons vu , la tendance générale des progrès de rindustrie. Toutefois, en supposant que ces nouveaux Aér bouchés soient assez larges pour recevoir Je reflux y et s'ou-* vrent assez rapidement pour le recevoir en temps opportun ce changement de carrière ne s'exécute pas sans dé gravj convéniens pour l'ouvrier , inconvéniens que nous sig rons tout'à-rheure.
Tout se lie, on le yoit,, dans les nombreuses conséquences
qu'entratne à sa suite la marche de l'industriç ; elle appelle
ici y ceux que là elle repousse ; elle guérit les Uassures
' qu'elle a faites. Mais ces résultats ne sont point abMus et ne
s'opèrent pas sans l'immolation de quelques victimes.
La facilité que trouvent les ouvriers congédiés dans une branche d'industrie pour s'occuper dans une autre , réagit sur le taux conventionnel du salaire qu'obtiennent ceux qui demeurent attachés, à la première ; les avantages offerts au travail dans une carrière ne peuvent s'élever, sans que la rémunération du travail ne s'en ressente de proche en proche. Ainsi chaque convention particulière de l'entreprise avec ses ouvriers est sous l'influence générale de la faveur qu'obtient le travail au sein de la société entière.
Les entrepreneurs qui se rencontrent sur les marchés d'écoulement se font aussi concurrence entre eux. De là résulte, pour ceux qui ne savent pas obtenir ,1a même économie dans les frais de production, la nécessité de réduire le taux l des salaires , et pour ceux qui ont à lutter contre les pro* j duits obtenus avec de plus faibles claires , la nécessité de / perfectionner les procédés pour atteindre à une production i plus économique.
Les progrès de l'art exercent donc sur le taux, convention* nel des salaires une influence salutaire par l'avantage qu'ils procurent sur les marchés. Cet avantage est acquis à celui qui marche le premier dans les voies du perfectionnement* L'entreprise ne peut se dispenser de suivre l'exemple des pro«
VLAPHUBTê m L'BnnBVEBlIBUB ÀVM I*'O0lfllISR. 199
grëa obtenus par des rivaux , pour protéger le sort des ouvriers qu'elle emploie .
Dans le contrat .qui s'établit entre l'entrepreneur et Touvrier, les situations ne sont pas égales et parallèles. Celui des deux dont les besoins sont les plus impérieux et les plus inressans, celui dés deux qui a le moins de lumières, est dans une position moins favorable; il cédera plus focilement. Telle est la situation du prolétaire : la pauvreté place l'ouvrier dans la dépendance de l'entrepreneur.
Cependant, dans un état de prospérité croissante, les bras manquent quelquefois aux entreprises, et surtout les bras habiles. Alors l'aisance, devenue plus générale, multiplié les besoins des consommateurs, transforme en besoins ce qui n'appartenait qu'aux agrémens de la vie, engendre des habitudes parla facilité des jouissances, propage les désirs en les rendant plus vifs ^ étend aussi les moyens de les satisfaire.
L'entreprise ^découvre , saisit rapidement l'occasion qui s'offre de donner à ses spéculations uqfnouyel essor. Elle Va au-devant de l'ouvrier , dans la crainte de laisser échapper le moment propi$:£i^out service rendu au consommateur tourne au profit de l'ouvrier.
iï est un deraieFrapport sous lequel les savantes conquêtes de l'industrie servent à-la-fois tous les deux.
Elles multiplient les matières premières, qui, transformées, satisferont aux besoins de l'un, et, pour sie transformer, donneront du travail à l'autre. Elles remplaceront l'alun , le salpêtre, «t d'autres substances, jadis extraites du .sol, par des combinaisons chimiques formées de toutes pièces; elles substituent la brique , la tuile, la fonte et même des pierres artiâcielles aux blocs extraits de la carrière. D'autres fois, elles confèrent par le travail une valeur à des matières naturelles jusque alors stériles : le sable et une argile se transforment en cristal et en porcelaine ; l'os^ jeté au rebut vient raffiner le ^ucre ; la carbonisation du bois , celle de la bouille tirent
SOO P&EHIÈRB PAl&TIE. IIVBB II. CBAP. 11^
d'un résidu qui. se perdait ignoré, Tacide piroligneux ou un gaz lumineux ; les débris de tissus hor& d'usage se convertissent en papier; grâces à Findustrie, des, débris de drap en laine filés, des ouvrages jusqu'alors inexécutables, une foule d'exploitation^ jusqu'alors inconnues, négligées, deviennent ' possibles. En général, les exploitations de ce genre ne peuvent être exécutées que par voie d'entreprises.
Les conséquences qui naissent de ces diverses observations vont se produire par la suite.
Des rapports du salaire avec le prix des objets de consommatioiK
Nous venons de voir comment la marche de l'industrie affecte tour-à-tour la condition de l'homme qui vit du travail de ses mains , dans sa double qualité de consommateur et de producteur ; nous avons reconnu que les progrès généraux de l'industrie tendent en/çalité à ajnéliorer sa condition, sous ce double rapport à-la-teis , non sans doute sans rencontrer quelques obstacles , sans produire quelques exceptions et quelques anomalies, sans faire naître quelques dangers.
Afin de nous rendre un compte exact de la situation du pauvre , il faut maintenant, en nous inettant à sa place , rapprocher, comparer entre eux ces deux élémens de son existei^ce, sous l'influence des circonstances qui modifient l'un ou l'autre, de manière à apprécier le rapport qui s'établira entre s besoins et ses ressources.
Il n'est pas une situation plus favorable a l'homme lab rieux que celle où il voit tout ensemble le prix des objets de| consommation baisser, et le taux des salaires s'éjever. C'est l'avantage que lui apporte l'industrie , lorsque ses progrès se déploient en liberté, et qu'elle est fécondée par la libéralité de la nature. Il n'est pas au contraire de désastre égall à celui que l'homme laborieux éprouve lorsque, tout à-la-fois J/
EAPPOETS BU SALâIRB AYBG hk G09SOHIVATION. 201
les prix de ce qu'il comsomme s'élèvent, et la rémunération de ses sueurs vient à décroître.
Que si ces deux termes , qifoique variant chacun en parti* culier, conservent cependant entre eux le même équilibre , la situation de l'homme laborieux ne sera pas changée. Sîl^ varient chacun , mais dans des proportions différentes , sa situation se trouvera améliorée ou détériorée en raison de la différence. Ainsi , même avec un renchérissement des subsistances, il pourra éprouver plus de bien-être si les salaires ont subi une augmentation . encore plus sensible; ainsi, alors même qiue les subsistances seraient à vil prix, il sera plus malheureux si les salaires se sont avilis davantage.
L'industrie fait triompher l'homme laborieux des circonstances en apparence les plus défavorables. Le Polonais au. milieu de ses riches moissons jouit d^une bien moindre aisance qu'un habitant de l'Ecosse. L'habitaint du Nord, bien logé , bien nourri , brave la rudesse de son climat, pendant que l'Indien est misérable.
Il n'en est pas de même relativement à l'indigent incapable de travail. Pour celui-ci , l'eiTet produit par le prix des subsistances est absolu ; parce que, pour Jui, il n*est point de compensation. Il jouit pleinement du bon marché ; il souffre de tout enchérissementj.que lui importe le taux des salaires?
Par la même raison , lorsque le prix des subsistances et le taux des salaires sont également élevés, Iesj)rofessions dont le travail, présentant le plus faible mérite, obtient la plus faible rémunération , sont plus péniblement affectées par un tel état de choses. La situation de l'ouvrier habile en devient au contraire plus favorable. L'inverse a lieu, lorsque le taux des salaires et le prix des subsistances^ viennent à baisser à-la-fois.
L'avantage ici , comme en tant d'autres choses, est au plus fort et au plus habile.
L'ouvrier qui' consomme peu profile plus qu'un autre de l'élévation des salaires, lorsqu'elle dépasse le renchérissement
303 PHBMiimn paetib. uybe ii. ghap. ii.
des consommations. C'est le privilège du célibataire* Il n'en est pas de même du père de famille ayant des enfans en bas âge à sa charge. Celui* ci ressent plus vivement. le second effet que le premier.
Il suit encore de là que le travailleur imparfait 'par ignorance, par faiblesse , par nonchalance^ par maladresse, profite moins qu'un autre de l'élévation des salaires, et souffre davantage du renchérissement des subsistances : le bienfait de l'industrie s'évanouit de la sorte pour> lui; L'homme actif au contraire, en redoublant d'efforts pour s'instruire, et de persévérance dans la fatigue, participe mieux à cette salutaire influence.
Il suit enfin de là que les progrès de l'industrie, en parvenant à modérer le prix des consommations, servent mieul le soulagement de Tindigence existante ; et qu'en élevant le pjfi^. des salaires, ils contribuent plus efficacement à prévenir l'in* digence avant sa naissance.
Le premier effet est plus bienfaisant pour l'indigent Inva* lide; le second, pour l'iiàdigent valide*
Le taux du salaire etie prix des consommations ne sont pas sans quelque dépendance mutuelle. Avant tout, l'homme qui travaille doit si^bsister et renouveler ses forces , don sa*laire doit le rembourser de ses avances $ il élève dono sa de^ mande en raison de la hausse des prix des objets qu'il eànt'
somme. La main d'œuvjc^ tend nécessairement à atteindre à un taux plus élevé, à mi^sure que les denrées ^ les^ les loyers renchérissent. Mais l'homme laborieux est frugal] il se contente de peu ; le besoin qu'il a de trouver de Vi ploi le force à modérer $es prétentions , lorsqu'il peut vlvrcj à| peu de frais. ^
Réciproquement, lorsque l'homme laborieux est mieux rémunéré y il est disposé à consommer dayaniage i le taux des salaires réagit donc jusqu'à un {certain point sur le prix consommations.
Gepéndani, cette influence rédiNPoque deadesx termes Vm
HAPPOETS 1117 SAUUmB AYSG tk COjTSOHBIATIOir. ^03
sur l'autre, n'est pas à beaucoup près aussi absolue qu'on pourrait le croire ; Telévàtion du prix des denrées agit d'une manière beaucoup plus sensible sur les salaires faibles^ et sur la rémunération du travail qui présente le moins de mérite.
D'un autre cdié, et l'expérience journalière le fait reconnaître y le renchérissement des denrées stimulç le travail et redouble l'activité de ceux qui vivent à la sueur de leur front. Us s'efforcent alors de porter plus de diligence , de soin , d'habileté dans la confection de leurs ouvrages. Au contraire l'abondance des objets de première nécessité et leur bas prix favorisent le penchant naturel à l'indolence. On. aurait peine à le croire , si on.ne le voyait de ses propres yeux : un grand nombres d'ouvriers de nos villes, lorsque lé pain descend au taux le plus faible , au lieu de saisir une occasion si précieuse de faire des épargnes , n'y découvrent que le moyen de se reposer un jour de plus. La journée d'un ouvrier, dans le Nord de l'Europe , est d^ux fois plus productive que dans le Midi« Si l'on pouvait vivre pour rien , combien de gens passeraient la vie à se divertir! où en seraient les opérations de l'industrie?
Il n'en est pas de même, lorsque l'abondance, au lieu de se répandre exclusivement sur les denrées, embrasse d'une manière générale toutes les espèces d'objets propres à la con-^ sommation , lorsque les marchés se remplissent, à des prix modérés, de productions variées, Alors l'abondance excite les désirs , et , par là , stimule l'activité. Il est heureux de toute manière que la classe laborieuse connaisse les jouissances de la commodité , elle y trouve un aiguillon caché pour l'animer au travail.
Ne redoutons point l'excès de la production, en tant qu'elle amène seulement une abondance générale des produits : il peut y avoir du trop-plèin dans une branche déterminée ; il n'y a jamais d'etcès dans l'ensemble.
Ne redoutons point l'étendue de la consommation, aussi long-temps que la production peut s'étendra avec elle. Il n'en résulte qu'un encouragement au travail.
20& PREMIÂKE PARTIE. LÎYRE II. CHAP. II.
Supposons deux pays voisins , d'une égalé étendue y d'Une égale fertilité : que les babitans dé Fun s'occupent exclus!* veinent d'agriculture ; que les seconds s'occupent à-la-fois de Texploitation du sol et des travaux de fabrication. Le premier fournira au second une partie des matières premières produites par son sol, sur laquelle les ouvriers du second gagneront les salaires de la main d'œuyre; le premier fournira encore au second une partie des denrées par lui récoltées qui ,alimente-< roni les ouvriers de la seconde. Le premier ne nourrira donc point toute la population que comporterait son territoire; le second nourrira une population beaucoup plus nombreuse que celle qui eût subsisté avec les seuls produits de son territoire. V Aussi , une contrée dans laquelle' l'industrie manufacturière prend un essoi' régulier, peut nourrir un nombre d'habitans toujours croissant, sans cesser de jouir de l'abondance. La population de la Bohême a triplé en 70 ans. Elle s'est élevée de 1,461,000 âmes à &,0&0,000 dans l'intervalle de 1762 à 1835 1 et jamais ses babitans n'ont joui d'une plus grande aisance. Quelle cause a produit^ ce prodi|;e ? L'industrie, qui pendant le même intervalle , a multiplié les fabriques de tout genre , les papeteriiis , le tissage du lin et du coton , l'impression des tissus , les manufactures de drap, de porcelaines , etc. ' *-
S'alarmer de la. production, ce serait s'affliger de la fertilité du soi, des bienfaits de la chaleur et de la rosée; s'alarmer de la consommation , ce serait s'affliger de voir le travail récompensé. Comment se fait-il que la 'même école se trouve frappée de terreur tout ensemble, et en voyant se multiplier ceux qui produisent, et en voyant se multiplier ceux qui consomment? Elle crie aux premiers: <c Arrêtez-vous ! « ne voyez-vous pas que vous allez vous faire les uns aux auic très une telle concurrence que les produits de votre trace vail ne trouveront plus de débouchés? que ferez-vous de ce vos bras? que ferez-vous de ces richesses que vous aurez (î: créées et qui resteront entassées? » Elle crie aux autres:
LISnTÉ DU THAVAIL, COMCVHIIBIICS. 20S
a Arrétez-vous ! renonbez aux douceurs de Thymen, ou que « pour vous Thymen soit stérile ! ne voyez-vous pas que <c vous allez vous disputer les moyens de subsistance et qu'ils « ne suffiront plus pour vous alimenter tous à-la-fois? où « trottverez-vous des approvisîonnemens qui puissent vous « suffire? 3> Quelle se rassure ! le producteur est en même temps consommateur; le développement simultané de la production et de là demande porte avec lui ses remèdes , et les deux effets se compensent.
fl
De ta liberté du travail et de la concurrence.
L'indigence, du moins en ce qui concerne les indigens valides, est née précisément de la même cause qui a produit la richesse dans les sociétés modernes, à savoir, de la liberté du travail.
Voyez en effet les indigens valides se produire et se multiplier au sein de la société humaine, à mesure que tombent les chaînes qui asservîssaient le travail : resclavage des peuples de Fantiquité, le serv^i^e de la féodalité, les droits de bourgeoisie, les maîtrises, les jurandes ! L'homme était lié à la tâche ; mais la tâche était assurée à l'hon^me ; la subsistance étant réglée comme la tâche, rien n'était livré au hasard. L'émancipation est obtenue : l'homme dispose de lui-même; le champ de l'industrie lui est ouvert, il s'y précipite, et voilà mille voix qui s'écrient : Le travail nous manque , le pain nouê manque! que devenir? à qui nous adresser?
Xe fait est incontestable , il s'explique de lui-même. D'abord la libertédu travail est aussi la faculté de rester oisif, et cela seul suffirait pour faire un grand nombre de misérables. Il n'est que trop de gens qui considèrent la paresse comme le premier privilège de l'émancipatipn»
S06 PEEKliU PAETIII. LIVBB II. CHAP. II.
Mais un autre effet se produit, qui demande à être sérieusement étudié. De la liberté natt la concurrence : de la concur^ rence, la lutte; on se dispute le champ du travail, comme le magasin des approvisionnemens. Ceux-là prospèrent, ceuxci sont exclus. Tous se plaignent d'avoir des rivaux. Valaitil donc mieux pour eux avoir des maîtres?
Nous devons supposer ici, pour un instant, la population égale sous les deux régimes contraires , celui du travail enchaîné, et celui du travail libre. Si la population s-accroissait, ce serai^ un autre problème qui sera examiné à son tour.
Or, la population étant égale, y aura-t-il moins d'emploi pour le travail sous le régime libre, que sous celui de la servitude? Il ne saurait être moindre; il sera beaucoup plus étendu. La demande du travail se règle siu* la consommation; or lia consommation ne saurait diminuer et doit s'accroître sous le règne de la liberté.
' On convient,' en effet, que les produits seront^ obtenus et livrés à un prix plus modique ; les consommations seront àla-fois plus étendues et plus variée^, et le progrès à cet égard sera immense.
Le bien-être acquis par le consommateur, loin d'entraîner la ruine de l'ouvrier, ouvre un plus vaste emploi au travail^ leur. ♦ ' .
Gomment donc se fait-il qu'il reste des bras inactifs?
Cela arrive de plusieurs manières :
D'abord la liberté du travail- amène Une très "grande inégalité, dans la faculté de produire, entre les divers travailleurs. Les capitaux dont chacun dispose, l'instruction qu'il a acquise, l'habileté dont il est doué, l'estimé qu'il sait acquérir lui assignent, dans la concurrence, une supériorité ou une Infériorité marquée. La liberté du travail centuple les forces productives de celui qui sait exploiter ce grand bienfait. Celui qui, sous le régime du travail libre, ne fait ni plus ni moins que n'eât fait l'esclave, doit succomber. La concurrence, triomphe du fort^ est la ruine du faible. L'élite des ouvriers
UBIETÉ DV nU?AIL| COHCUBBnOB. 207
est recherchée; les mauTais ouvriers sont délaissés. Les demandas affluent auprès des uns, roccasion de s'occuper échappe aux autres. Ainsi, quoiqu'il y ait en masse beaucoup plus de travail, le travail peut manquer à ceux qiii se présentent au concours avec moins d'avantages.
De plus, le choix du genre d'occupation, du lieu qui lui servira de théâtre, sont laissés à l'arbitrage de chacun. Quels sont ceux qui auront assez de lumières, assez de sagesse, pour bien choisir sous ce double rapport à-la-fbis? En voici qui se jettent dans des' professions déjà encoml|rées , ou qui accourent dans des lieux où déjà le nombre des travailleurs surabonde. En voici qui choisissent une profession à làqueUe ils sont impropres, dont les conditions leur manquent. On se jette au hasard dans la carrière ; on court péle-méle, on se pousse, on se heurte, la confusion règne, une foule de gens restent sans emploi , pour n'avoir pas sa trouver leur place. Du moins, sous le règne de la servitude . et sous celui des corporations^ les travailleurs étaient enrégi* mentes ; chacuu avait son poste, chacun savait ce qu'il avait àfaire*
. La liberté ouvrant à chacun toutejs les perspectives, la con-» currence irritant les ambitions, ceux qui se croient les plus capables dédaignent les emplois modestes où ils eussent réussi, briguent ceux qui paraissent plus lucratifs et plus brillans. On verra pulluler autant d'avocats que de causes, autant de médecins que de malades ; et de là que d'espérances trompées ! Ceux, au contraire, qui esfièrenl peu de leur propre capacité, se jettent ea foule sur les professions d^nn exercice facile. Qui ne veut être portier dans une grande ville! Les métiers qui n'exigent aucune combinaison de l'esprit deviennent le refuge dé ceux auxquels les dons de l'intelligence Q'ont.été accordés qu'avec parcimonie. Il en est qui , dans la liberté du travail , goûtent surtout l'indépendance habituelle de leurs actions; ils se font journaliers, commissionnaires, pour ne se lier par aucun contrat.
SOS PREHXÈRE PAKTIE. tlVBfi U. ClUJf. ».
La liberté entière et absolue, peut-elle être exemple d'erreurs et de désordre ? Dans le champ da Tindustrie, sera-telle exempte dès inconvéniens et des dangers qui raccompagnent dans toutes les autres carrières? Est-il possible d'obtenir les biets qu'elle apporte , sans s'exposer à quelques sacrifices? mais aussi, ces biens n'ont-ils pas un. trop haut prix pour que, même avec ces sacrifices^ ils ne soient dignes d'é« tre achetés et conservés? Ici c'est au philosophe plus encore qu'à l'économiste de répondre, et sa réponse ne saurait être douteuse.
S'ensuit-il de là que les inconvéniens de la liberté du travail ne puissent être atténués par qujelques sages prévisions, sans en altérer les avantages? Que les dangers d'une concurrence aveugle, effrénée, ne puissent être prévenus par une bonne organisation qui donnerait des directions, sans imposer des chaînes? Nullement, et la recherche de ces antidotes et de ces remèdes salutaires, mérite d'occuper les bons esprits. Plusieurs s'y sont livrés avec plus ou moins de succès. On sent généralement qu'après avoir obtenu la grande conquête de la liberté industrielle, la société a- encore une œuvre à accomplir pour en goûter les fruits sans les laisser corrompre. Il est permis de concevoir de légitimes espérances. Nous-mêmes, dans le livre suivant, nous hasarderons quelques vues qui nous paraissent propres à les confirmer. Nous ne demanderons point que le travail' soit asservi , mais qu'il apprenne à user de la liberté ; nous demanderons' qu'au règne de la contrainte succède l'appui d'un patronage éclairé; que, libre d'entraves, Vouvrier cependant ne reste pas sans protection.
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