S12 . PREMIÈRE PARTIE. LIVRE II. CHAP. III
La production a-t-elle atteint les limites de la consomma* lion possible? tout ce qui est sgouté à l'emploi des agens naturels est enlevé à lieHipfeiidH tFavail de Tiouvrier.
Au contraire ^les débouchés ouverts à la production s'éten*
.dejit-il3 dons un^proportioa plu^ forte que ceWe âu«$iipplé-
ment de puissance |lroducriv« apportée par les agens naturels?
remprunt fait*à ces agens kisaeva encore un accroissement
d'emploi ouvert au*travaU de l'ouvrier. •• • •••••
^ Or^ il est impossible d'affirmer d'une manière constante et absolue , pour tous les temps , pour tous les lieux , laquelle
de ces deiix hypothèses se réalisera. Caria consommation, nous favons vu , a certaines limites naturelles indépendantes de la modération des prix ; elle peut en avoir d'accidentelles par Teffet de diverses circonstances oui s'opposent aux exportations, ou qui réduisent les facultés^dû consommateur indigène.
Si, tandis qu'un pays, qui produisait pour l'exportation, continue à emprunter le secours de nouveaux agens matériels, ^ les marches étrangers viennent à lui être fermés par lès guerres, par des mesures fiscales, ou par quelque autre cause, tout ce qu1l économisera en puissance productive du travail humain, se transformera en une réduction d'emploi pour les travailleurs. Si la gêne ou les alarmes des consommateurs nationaux s'opposent à ce cjue le marché s'agrandisse , et plus encore s'ils viennent le restreindre, le travail auquel il sera suppléé par des agèiis matériels manquera aux ouvriers qui étaient en possession de l'accomplir.
Le consommateur sans doute en éprouvera un bien-être sensible ; mais lé travailleur en souffrira.
Ce n'est pas tout : il peut arriver et il arrivera trop souvent q[ne raccroissément de débouchés obtenu par ^économie des prix , ne marchera pas aussi rapidement que la notivelle exploitation introduite par la création des agens matériels. Il y aura donc iin intervalle dé souffrance , pendant lequel les on vriers devf*pnt attendre queTeffelde ces innovations leur ait rendu Pemploi quMl leur enlève an premier moment.
EJtt^LOl DES AGSrrS 3LiTÉAI£IiS, 213
U peut arriver enfin, et il arrivera souvent aussi que le développement indéfini de la puissance productive empruntée aux agens naturels, tout enxiéterminant une augmentation générale dans remploi des travailleurs, leur occasionnera un* déplacement de travail dans quelque espèce d'emploi ; il forcera l'ouvrier de changer d*occupations : changement qui, ainsi qu'on. Ta vu, entratne quelques inconvéniens assez graves.
Il n'est donc pas exact de dire que la création .des machi* nés rend* toujours à l'ouvrier plus d'emploi qu'elle ne lui en enlève. Lorsqu'en France on a récemment introduit les ma* chines dans la fabrication du tabac » il a fallu que les ouvriers congédiés des manutactur^s cherchassent à s'occuper d'une autre manière. Les tireuses des méii[^rs,à .tissar les étofr fesde soie brochée ont d&.sç procurer j^ie. autre ressource! lorsque les métieraJacquartpnt é\é imrçûmtshjjson} quand l'imprin^erie. a été inventée , il a fallu que les coi>iste9 qui formaient alors de si nombreuses corporatipns apprissent à se rendre utiles par d'autres services.
Mais, dans les circonstances ordinaires, et hor» les cas que nous venons de signaler » si rien n'aîréte ou ne retarde la tendance de la consommation à s'étendre en raison de la modération des prix , les choses ^éprendront leur cours naturel , et les machines rendront cent fois au travail remploi qu'elles auront paru lui ravir, (1)
Nous ne reproduirons point ici la puissante argumentation des apologistes des machines , argumentation parfaitement
(I) L'IodÂen employé à la mamileiMion du coioa^ produit de soa sol, ob« tient 20 centimes de sa journée j TouTrier anglais pour le même emploi reçoit 4 fr., et le tissu fabriqué en Angleterre avec du colon venu d*un autre héihisphère, est encore à un prix plus modéré que celui qui est fefcriqùé dans Ilnde.
La seuW invention des muljenuys a porté en Angleterre le nombre des fiiaeaux «n activité de 60 mille à 6 millions; le nombre des ouvriers emj^jés, de 50 mille à 2 millions : et le produit annuel de la fabrication, de §6 millions de francs à 60i millions,
21ft PREttlÈEE PARTIE. LITEE II. CHAP. III.
juste quand elle se renferme dans certaines conditions déterminées. Nous ne rappellerons point toutes les considérations que nous avons développées dans le précédent chapitre. Nous ne répéterons point que la modération introduite dans le prix des objets consommés, les met à la portée d'une classe de con- •isommateurs beaucoup plus étendue, et centuple sous ces rap-
ports l'emploi du travail , lorsque les machines en économisent les neuf-dixièmes j qu'elle peut ou^ir de nouveaux et vastes âébouchés, procurer l'accès des marchés étrangers, y faire obtenir la préférence j que la confection des machines elles-mêmes fait naître des arts nouveaux; que l'aiisance procurée au consommateur détermine de sa part des demandes qui font éclore alissi de nouvelles branches d'industrie, et développent les anciennes. Nous ne rappellerons pas que, depuis ^'introduction des Muljennys le nombre des seuls tisserands en Angleterre, loin de diminuer,est devenu quarante fois plus considérable. Nous ne redirons pas que Pemprunt fait aux agens matériels , ayant pour objet de remplacer dans le travail de l'homme seulement la part qu'il exécute comme simple moteur, et donnant un essor bien p\û% étendu à la part de travajl que l'hoâmie exécute comme agent intelligent , prête ainsi un bien plus haut mérite à ses fonctions. On peut se représenter par la pensée uii dernier terme de progrès où tout l'emploi de la force mécanique étant abandonné aux simples agens matériels , l'homme n'interviendrait plus dans le travail que par les nobles facultés de l'intelligence ; et c'est à ce terme , idéâlj sans doute , que l'industrie marche par la création des ma-| chines*. Il est manifeste qu'une mécanique, dans unemanufac-^ ture, remplit précisément l'office d'une lime et d'un marteau dans les mains de l'artisan 3 que la machine à vapeur est par elle-même une richesse, comme une chute d'eau 3 que vouloir proscrire les machines serait là même chQ3e que d'interdire les canaux, ou défendre de naviguer sur les fleuves , pour protéger les voituriers. C'est ici la loi générale; mais , comme toutes les lois^ elle admet ses exceptions et ses réserves. L'em-
EMPLOI BEd AGENS HATÂAIELS. 215
ploi offert à la puissance productive peut rencontrer des obstacles locaux momentanés ^ il peut entraîner des changemens de combinaisons. Ce sont comme autant de frottemens qui surviennent dans la marche du char de l'industrie ; ce sont des accîdens subordonnés aux circonstances, occasionés quelquefois par l'impatience ou la présomption de Finduslrie elle-même. Mais enfin ce sont des frottemens qui entraînent
des pertes; ce sont des accideos qui font des victimes. Les apologistes des machines ne doivent pas se laisser aveugler par la rigueur, abstraite de leurs théories ; ils ne peuvent fer-^ mer les yeux au témoignage dei faits. Ds sont contraints de s'avouer que la société, en s'enrichissant par ces grandes créa^ tions de l'art , en s'avançant d'une manière générale dans la cai[*rière des progrès, voit cependant quelques-uns de ses membres succomber sous le poids de soufArances individuel^ les, et qu'elle traverse elle-même quelquefois des épreuves pénibles, quoique.passagères.
Les victimes seront d'autant plus nombreuses que l'introduction des machines sera plus brusque , leur multiplication plus rapide, leur énergie, plus subitement déployée, plus gir gantesque. Les victimes seront de préférence immolées dans la classe des ouvriers qui fournissent leur part de travail plus ea force musculaire qu'en action de l'intelligence. Elles feront une plus fatale concurrence à Tbomme qui ne sait ou ne peut s'employer que pour la fonction de moteur. Quelques exenc^ . pies , tirés des grandes manufactures de l'Angleterre pour4 raient faire craindre aussi, que l'introduction des Q]écaniques| ne fût défavorable aux ouvriers adultes qui ont passé l'âge d?'| quarante ans, conséquence d'autant plus fâcheuse qu'à cet âge : le travailleur ne peut guère essayer un nouveau métier (1). ;
(1) Sur 1600 odyriers des màniifactures de Renfrew et de Lanàrk, 10 seii'lèttént éÊMtA tûrtné» à 46 ans, ei «ticore n'étaient-ils ooiuer^éB que pa» tiié î^iWcrPce f péeiafe (eiiquéto £iite en ^8d2V p«r ordre 4^ la chaailvre di^ fyjywnnnfi).
21S »«MIÈEE ^A&TIE. LIVBE U.' tUkV. III.
J)es gr<^n(hs esphitathnfi
I,e travail cotiectif commence dans Talelier (fun simple artisan, entouré de qaelqnes ouvriers et apprentis, quelquesfois même aidé de sa femme et de ses ènfmis. Les rôles s'y distribuent sous un chef qui est en même -temps rentreprex* neur. Travaillant plus en grand , aa économise sur les ma* tières, sur le temps, sur la main d'œuvre $ on divise les opé^ rations; le maître Gait les avances; il approvisionne $ il em-* magasine les produits, en attendant le moment fiivorable à l'é^ coulement; il fournit le local, toutou partie des instrumens, outils et métiers ; il se met en rapport aveo4es consonimateurs ou leurs représentans , avec les commissionnaires, tes expéditeurs ou les spéculateurs; il s'informe des prix courans, des débouchés des besoins , il reçoit les commandes ; il repré-* sente son atelier, agit dans l'intérêt commun ; il dirige l'en* semble prescrit, surveille , avec les données que lui prêtent ses informations, avec la supériorité qu'il tient de son in-' struction, de son expérience et avec la connaissance qu'il a de l'ensemble. Il prend le titre de mattté.
Ce qui se passe ainsi sous nos yeux dans l'atelier du me* nuisier, du tailleur, se développe sur une plus grande échelle dans les entreprises industrielles, et le travail collectif y reçoit quelquefois des proportions gigantesques. L'économie de temps et de frais , la simplicité et Ténergie des moyens croissent avec la centralisation de l'action industrielle , avec l'étendue même de l'entreprise. L'emploi de certains moteiûrs n'est même possible qu'à des entreprises conçues fimr. une trè^ vaste échelle. La presse hydraulique n'e^t utile à Fimpri-» meur que pour les publications tirées à un très grand' nom^
DBS it&AtIBBS EXPCOITATIOHS. 217
bre d'exemplaires $ une machine à vapeur d'une haute près-* sion exige un capital considérable.
La création des grandes exploitati<H)S d , sous quelques rapports , des effets analogues à ceux de l'emploi des agens naturels ; indépendamment de ce que ces deux combinaisons s'unissent d'ailleurs naturdlement Tune à Tautre. Elles ont donc en général la même utilité pour la commune richesse ; elles peuvent avoir en certains cas les mêmes inconvéniens pour les ouvriers, ea les exposant à une réduction de ira-* vail et de salaire.
Les grandes exploitations ont aussi des effets qui leur sont propres.
La création des grandes entreprises e^t un arrêt porté con t tre la petite foMcdtlon dans les mêmes genres. Elle fait périr les ateliers où le simple ouvrier travaillait pour son propre compte. ]l^le cause une ruine momentanée, mais inévita^ ble • elle met ôbstacte à remploi des petits capicaux^ ^
La' chute d'une ou de' plusieurs exploitations fondées sur une grande échelle , porte , par contren^up, une atteinte au capital que lés exploitations semblables avaient: em* ployé en frais de premier établissement. Elte amène une vente forcée de produits qui avilit les prix; elle donne à Té* tablissement ruiné un nouveau chef qi\i, l'acquérant pour une faible somme , n*y tient aucun compte des frais primitifs ; les grandes exploitations étant nécessairement en petit nom* bre , toutes subissent la loi des évènemens qui surviennent dans une ou deux. Elles sont d'autant plus exposées à de telles catastrophes , qu'elles opèrent sur une plus grande échelle. Aussi remarque-t-on depuis quelques années que la plupart des grands établissemens demanufactures,.en France et en Angleterre, ont du cesser de tenir compte du capital primitif représenté par les constructions et les appareils.
Les établissemens, qui opèrent en grand, contribuent avec une puissante efficacité à la formation et à ragglomératîon des capitaux; Un seul exemple suffira : Les entœpHse^ for-
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mées en Angleterre, pendant le cours de 182$ y se sont élevées à 276, représentant un capital de 4,375 millions.
Concentrant dans là personne de leurs chefs les principales opérations de Fîntelligence , celles qui ont pour objet les calculs , la direction des travaux, les combinaisons du spéculateur, les grands établissemens exigent de ces chefs une haute capacité intellectuelle, une plus grande culture, des études plus profondes; par là ils ouvrent aux lumières fécondantes de la science , l'accès du champ de Findustrie ; ils les y propagent ; ils la dotent d'une part toute nouvelle etpres-* que indéfinie de puissance intellectuelle. Mais en même temps ils restreignent pour tous les agens relégués dans les râles subordonnés , la part de coopération intellectuelle , et remplacent pour ceux-ci la pensée par l'obéissance^
La double tendance des grandes exploitations est donc à-la-fois d'accroître le nombre des prolétaires, et de les réduire à un emploi de pur« exécution. A mesure qu'elles s'élèvent sur une plus grande échelle, elles affaiblissent la classe moyenne , en réduisent l'importance et l'aisance ; elles font naître dans l'empire de l'industrie une sorte de féodalité . nouvelle, en groupant de vastes familles de travailleurs autour d'un chef, et liant leur destinée à ses établissemens.
AUéguerait-o^,, pour atténuer les fâcheux effets de cette nouvelle situation de l'ouvrier, ce qui a été dit quelquefois à l'égard des serfs? Dira-t-on que l'ouvrier assuré de son sa*^ laire journalier, est exempt par là même de tout souci; quOi si les opérations de l'entreprise subissent une langueur , et même une interruption momentanées, il n'en sera pas moins entretenu par l'effet (le la règle qu'adoptent ordinairement les fabricans, dans leur propre intérêt autant que par équité , de tenir toiy ours leur établissement monté pendant cet intervalle? Mais, en supposait ^ue cette sécurité fût fondée, elle ne serait acquise qu'aux dépens de la dignité du travailleur. S'il n'a plus de sonci , c'est qu'il n'est plus l'arbitre de son sort. Celte séci](rité d'ailleurs peut être trompeuse; car son sort d^
' ras GBAIVBBS BXPLOlTATIOiriB. M9
pend de la bonne volonté du chef et de la durée dé l'établis^ sèment. La chutes d'un vaste établissement crée du même eoùp une foule de misérables.
Il est cependant quelques autres points de vue qui méritent d'être considérés.
D'abord, la création des entreprises est utile dans les lieux où il existe un grand nombre de prolétaires ; elles leur offrait un asile. Combien de villages en France qui , jadis groupés autour de riches abbayes , vivaient d*aumdoes au sein de llnaction , se sont merveilleusement transformés en ateliqrs , lorsqu'une filature ou toute autre fabrique est venue occuper l'antique monastère , donner du travail aux babitans ? Une telle exploitation vient à propos là où il existe des pauvres sans ou^s^ge : elle est pour eux à-la-fois et un apprentissage et un emploi.
Une grande exploitation, convenablement dirigée , peut convertir une population de prolétaires, en une population de petits propriétaires, et nous en citerons bientôt de frappans exemples. Par l'apprentissage du travail, par les bonnes directions données, elle favorise la formation des épargnes.
Une grande exploitation introduite dans une région agricole vient , sans arracher les bras à la culture du sol, répandre un nouveau principe de vie, un nouvel élément d'aisance dans les chaumières. Tel est le spectacle qu'offrent les tissages des Vosges et des départemens du Nord, et celui qu'a offert la fabrication des toiles de chanvre dans les montagnes de l'Isère. Des exploitations de mines, des forges, viennent animer une contrée languissante*
Une grande exploitation , si elle est conduite par des hommes capables d'en concevoir toute l'utilité, perfectionnera par une habile division du travail, les opérations industrielles. JQle permettra d'appliquer chaque travailleur à la spécialité pour laquelle il a le plus d'aptitude. Elle étendra les idées de l'ouvrier par le spectacle des vastes combinai^ sons qu'elle réalise , de l'ordre qui y préside v elle offrirai à
220 PRBlUiES PAftTlB. UYBB.U. CUAP. III.
Touvrier des chances d^avancement^ et créera des positions honorables pour des suj^s tttUes.
Les grandes fabriques sont une sorte de familles artificielles, de communes) de cdonies, de petits: états, qui ont leur loi, leur discipline, où peuvent s'introduire beauconq) d'abus^ mais qui peuvent obtenir, 'grâces à une sage direction, les avantages attachés à toute ac^on coilectim
Une foule d'arts utiles échappent, parla nature mAme deJfiUQL procédés, à Tenvahissement des grandes «:&j^loitation&. Qr, les petites fabrications qu'elles respecteÉt se multiplient quelque* fois par un effet indireçt.46 ces entreprises même, soit purce
qu'elles mettent le consommateur en mesurede satisfairei im plus grand nombi^e de besoins; soit pai<ee qu'elles déterminait autour d'elles la naissance d'un certain nombre de petites &"' brications, ou un débit de détail,. qui se lient aux diyeraes branches de 'leurs ^érâtions et leur Cormeot comme unesorte d'auréole..
Une portion des capitaux employés à la eréation d'un grand établissement se consomme en main d'osuvre. Le fipé«quent refiouveHementet Fentretien des édiiees, des agrès^, des métiers, deviennent ainsi la source, d'une oçxupajion pour nu grand noinbre de. brasé
Les inconvéniens des grandes exploitations de manufatctures sont moins sensibles , leurs avantages sont plus snatqués , lorsqu'elies sont disséminées à quelque distance sur le territoire. Or, plusieurs circonstances tendent aies éloigner des vUles où les emplacemens sont rares, lés loyers dispendieux; les olyets de consommation plus chers, ki main d'oeuvre ^ même temps plus élevée.
Il est certains genres de fabrication, tel par exemple que celui des étoffes de soie de Lyon , où lé fabricant entrepreneur se borne à rechercher et recevoir les commandes, à acheter, distribuer la matière première à l'ouvrier, à payer et expédier les produits fabriqués. L'ouvrier en soie , qui reste sou&^entrepreneur à son tour, possède en propre les mé-
M8 GBAIfMS «XVLOrrÀTfOlis. 221
tiers , dirige et solde les ouvriers inrérieurs , conserve son indépendance. Le tissage da lin et du coton offre aussi quel* ques exemples d'une combinaison analogue.
Filles du génie de l'industrie , les grandes exploitations foi iaqprûnent an sottvd essor. Elles représentent et résu* ment en elles tous les progrès de riodastrié. Elles sont ëminemmeiit favorables an consommateur; elles secondent les efforts de Texportatioii et tendent ainsi à rendre un nou* r€i emploi ian travail natioBal; elles aident à l'agglomération des cqiritaux ; elles pennetlent l'emploi de machines plus puissantes ; elles favorisent les perfectionnemens techniques ; elles ouvrent un champ plus vaste à l'espritde spéculation*
Certaines exploitations ne peuvent même être exécutées que par des entreprises de ce genre; celle par exemple, des mines par galeries souterraines. Ces entreprises deviennent nécessaires 9 pour soutenir la concurrence dans la confection de produite quiy sur les marchés , sont apportés par de.grandes exploitations étrangères.
N'admettons donc point à l'aveugle les alarmes exagérées, ' qui signalaient la naissance des grandes entreprises, comme une sorte dé botte de Pandore, comme la cause fatale qui engendre le paupérisme. Reconnaissons que ces exploitations sont inhérentes au grand bienfait du progrès de l'industrie; eUes sont généralement utiles à la classe laborijeuse , sous le ^double rapport de la consommation et du travail. S'il est trop vrai ^fu'eiles entraînent, dans certaines cireonstanoesi des .malheurs partieb , surtout lorsque leur formation est trop . ra^de , leur agglomération trop marquée , leur naisse trop disproportionnée à celle de la moyenne industrie ; lorsqu'elles reçoivent une fausse, ou une imprudente dire^on y oherchons les moyens de prévenir ces dangers, d'atténuer ces inconvéniens ; c'est une recherche nouvelle i sans dointe, mais du succès de laquelle il ne but pas déses- / IHirar. Nous la teatc^rons dans le livre suivant.
^ PEIXI^ PAaTip. j&IYftS Ii« CHAJr. III.
ARTICLE ni.
/)d Vînfluence du commerce sur le sort de Vouvrîer»
La condition du simple ouvrier profite indirectement de tous les avsmtages du commerce; elle souffre aussi des er^ reurs que le commerce vient à commettre, des obstacles qu'il rencontre , des perturbations qu'il éprouve.
Le commerce, ainsi que Findust rie manufacturière, multi-^ plis^nt indéfinîiiient les valeurs mobilières, valeurs siiigulière'ment divisibles, rend la jouissance de la propriété accessible à plus de personnes, et diminue ainsi le nombre dés prolé^ taires ; il imprime à la circulation de la richesse un mouvement plus rapide ; il en favorise la répartition ; il .multiplie les chances favorables pour ceux qui y aspirent.
Le commerce remplit, pour tous les produits du travail, comme pour tous les objets de consommation, le même office que les chemins, les fleuves, les canaux, les mers. La classe laborieuse recueille ses bienfaits à im double titre, et pour, ce qu'elle produit et pour ce qu'elle consomme. Il approvisionne à-la-fois les marchés, et de matières premières, et d'objets f»-< briqués. Il évite au consommateur les frais et l'embarras. d'ui^ emmagasinement ; il fournit des capitaux au producteur en même temps qu'il lui ouvre des débouchés.
Le commerce de débit au détail ne se charge guère que d'approvisionner les consommateurs répnis sur un territoirfe circonscrit. Le colportage transporte avec de grandes fatigues des objets de peu de valeur dans les cantons recelés. L*ttn et l'autre représentent le commerce , tel qu'il fut à sofi berceau. Il est plusieurs branches d'opérations que le coHi-tmerce en grand peut seul entreprendre : seul il peut éiabiûr des relations avec les paya lointains, £aire des expéditions de quelque importance , rassembler , distribuer à l'avance tes demandes ou les offres; former les enfrep&ts, cvéer et ibomil* les moyens de paiement et de crédit , garantir contre les
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IKAUBlfCS DIT eOH1|piCB 617K V^OVVUMK. 22S
risques.' Plus il opère en grand, et plus il obtient d'économie dans ses frais.
Cejpendant, il suflBt d'un obstacle qui intercepte un instant les relations commerciales, pour faire ralentir le mouYcment d'une foule d'ateliers. Ne voit-on paç les Etat^-Unis eux-mdmes, ce théâtre inépuisable de travail , souffrir momentanément d'une surabondance de bras, de sorte qu'un grand nombre d'ouvriers y restent sans emploi , par suite de là gène qu'éprouvent la banque de Philadelphie etlesbanque&looales? Toutes les causes qui portent atteinte au crédit , aux capitaux, à la liberté, à la sécurité du commerce, vont donc en définitive paralyser la main d'œnvre à laquelle ce grand factew transmet le principe de vie.
Les grandes entreprises de spéculations commerciales doivent quelquefois leur origine et leurs succès à l'ignorance ou à l'apathie du petit comnierce^ elles s'arrêtent lorsque la classe moyenne des commerçans s'éclaire sur les lieux d'approvisionnement , se met en rapport direct avec les port», avec les lieux de fabrique. C'est ainsi que nous avons vu en plusieurs branches, les marchands de détail s'affranchir des intermédiaires , qui se chargeaient d'entretenir leurs magasins, en prélevaùt une part dans leurs bénéfices.
Dans l'enceinte du territoire national , le commerce souinfe à moins de-chances , rencontre moins d'obstacles à vaincre , prend une marche plus régulière. Plus ce territoire éstéteudu,varié sous les rapports du climat, des productions naturelles., des directions industrielles, et plhs le commerce national sera en mesure de satisfaire avec avantage aux besoins du consommateur et du producteur. Beau privilège d'un pays placé dans une situation telle que celle de la France !
h^ commerce extérieur sert les intérêts du consommateur, en lui apportant d'une manière presque indéfinie des subsistances^ des matières, des produits de tout gehre. Il sert les intérêts du producteur, en découvrant et exploitant des mar«- <3iés nouveaux* Ces services sont d'autant plus essentiels que
2f & PEBMliÀB PARTIE. LIVRE II. CHAP. Ht.
le pays qui les recueille est lui-méioe enfermé dans de plus étroites limites, ou restreint à une spécialité plus marquée de productions. Il but bien qu'un territoire auquel le climat reftase le vin , l'huile , le coton, etc.^ se crée un comn^erce étranger et les moyens de l'alimenter.
Le ciomineroe réciproque des nations entre elles, lorsqu'il peut se déployer librement et sans crainte^ est, pour la ^ande Csimille humaine, un bienfait du même ordre qae celui dont le commerce intérieur de chaque état jouit par l'étendue de son i»*opre territoire.
Le commerce intérieur tend à assimiler sur toute la surface du pays, la condition des consommateurs; à assimiler aussi' celle des producteurs. L'abondance qui règne sur un point proitë à tiHis^ sauf les Irais de transport. L'économie et la perfection 'de la fabrication sur un point, lui assurent un débouché partout où l'on ne sait pas l'imiter. Mais lea condi'tiens ne sont pas égales partout ; chaque catitoa profite de ses avantages naturels, on subit la loi des circonstances. L'activité, la richesse se portent sur les points du territoire lés plus favorablement situés, vers les foyers d'opérations, vers les ca* pitaux. La population, l'industrie se déplacent en raison de ces circonstances; mais- toujours avec avantage pour le paya entier.
Un effet semblable se produirait dans le monde entier, ai le commerce de nation à nation était universellement et constamment libre. La société humaine y puiserait une nouvelle source de {H*ospérité; mais les différences qui existent entre les conditions des divers peuples se feraient alors d'autant plussentir,qùeles circonstances où ib sont placés se trouvent plus dissemblables. Ceux qui possèdent le moins de capitaux et d'industrie céderaient dans cette vaste concurrence à ceux ou la puissance de production serait plus féconde. Le travail s'y ralentirait inévitablement par l'effet d'ime communauté où ils n'entreraient qu'avec désavantage. Jue commerce extérieur, en rapportant sur les marchés in-
niFLnffCB ra GOMMBftdt sue l-ouvbiu. 2â5
teneurs le produit du travail étranger, y restreint, d^autant l'emploi du produit du travail indigène. Il s'efforce sans doute, en retour, de payer' l'étranger par des échanges qui exigent et excitât une création indigène d'autres genres de produits. La compensation alors est égale. Mais ceci ne peut arriver, lorsque le pays qui reçoit les produits du dehors, reste inférieur à ceux qui les lui fournissent, en capitaux et en industrie ^ ij/ donne plus pour avoir moins. Cette compensation ne peut s'établir pour uni pays qui échange les récoltes de son sol , contre les marchandises sorties des fabriques étrangères. Il cède l'aliment de ses forces productiyesj^n retour des productions, d'autrui.
Ces considérations sont simples ; mais elles ne sont pas hors d'œuvre dans l'étude des causes de l'indigence. Elles montrent par quelle immense chaîne toutes les conditions so* ciales se lient les unes aux autres, dans l'ordre économique , comme dans l'ordre moral. L'ouvrier ne soupçonne pas à quel point les opérations de l'armateur, du banquier, du gros négociant, réagissent de proche en proche sur les ressources que lui offre le travail dans son modeste atelier ; de même qu'il ignore à quel point les découvertes obtenues dans le cabinet par un chimiste , par un mécanicien , modifient avec les procédés. du travail la situation de celui qui manipule en fabrique.
Le commerce extérieur, et spécialement celui des importations, réagit sur la durée des établissemens existant dans l'in^ tà*ieur du pays , sur la sécurité de ceux qui les dirigent , et par là même sur la destinée de ceux qu'il emploie.
Ici se présente un ordre de considérations qui veut être particulièrement étudié.
ii6 PAfeHIÂAli PAATIS. UVRE II. CHAP. fil.
AkTïciE ir.
Des vicissitudes de V industrie, et des suites quelles entraiaent pour la condU
tion de Vouvrier,
Deux sortes de vicissitudes peuvent affecter la situation in-* dustrielle d'un pays.
La première n'est qu'un simple déplacement ou une simple transformation qui ont lieu, soit lorsque les ëtablissemens se portent d'un point sur un autre, soit lorsqu'ils changent de procédés, soit lorsqu'une branclie de fabrication se réduit ou cesse pour faire place à une fabrication d'un autre genre.
La seconde consiste dans une crise sans compensation, soit par la ruine d'un certain nombre d'établissemens, soit par le ralentissement de leurs travaux, crise plus ou moins intermittence ou continue, passagère ou durable.
Le premier genre de vicissitudes peut s'allier avec uni progrès général de l'industrie , avec un accroissement de laji richesse publique; mais il occasionne inévitabîementquelqw souffrances individuelles.
Le déplacement des capitaux ne s'opère pas sans d'asseï grandes difficultési sans des pertes sensibles pour l'entrepreneur. Les constructions, le mobilier, qui composaient un éta* blissement de manufacture, restent à-peu*près sansvvaleur, lorsque ce genre de fabrication vient à cesser ou à se trans** planter dans une autre localité, alors même que le local pourrait recevoir une autre destination. La nécessité d'y in-» troduire les changemens adaptés à ce nouvel emploi , fera perdre une portion considérable de leur valeur aux anciens élémens dont l'établissement se composait. Un entrepreneur ne peut d'ailleurs changer de résidence, ni d'habitudes, sans renoncer à une portion des' avantages dont il jouissait, sans se heurter contre quelques obstacles.
Toutes les créations nouvelles, par cela même qu'elles por-
tent le caractère d'essais, sont rarement fructueuses à leurs premiers auteurs. Ceux qui viennent ensuite, profitent des erreurs de leurs déyanciers autant que de leurs découvertes. Ils opèrent avec ptus de sécurité, en plus entièi^ connaissance de cause ; ils simp^fient, ils complètent, ils rectifient les ébau- . ches de leurs prédécesseurs . Les pertes presque inévitables de ceux-ci sont une sorte d'holocauste, offert à Tavancement de Findustrie.
Le char de Findustrie ne s'avance donc pas dans la voie brillante des progrès, sans causer quelques frottemens. Ces frottemens, en atteignant directement quelques entrepreneurs, influent au moins momentanément sur la destinée V des ouvriers.
Le simple ouvrier d'ailleurs ne change pas lui-même ou de séjour ou de profession, sans faire des sacrifices plus ou moins considérables.
Il est certains métiers dans lesquels les simples garçons ] pour nous servir de Texpression usitée, sont dans l'habitude de mener, quelque temps du moins, une sorte d'existence nomade. Tels sont les chapeliers, les papetiers, les charrons, etc. j ils se promènent de ville en ville, de pays en pays ; ils retrouvent, par la généralité même de cet usage, la certitude d'être employés. Mais , il n'en est pas de même du maître } celui-ci est dans la même situation que l'entrepreneur; avec moins de ressources. L'ouvrier, livré à un métier sédentaire et qui quitte son domicile, a peine à trouver du travail loin de sa famille, de ses amis, dans un lieu où il est inconnu, ou il manque d'appui, où peut-être il rencontre quelque/défiance; Ces déplacemens lui font perdre du temps, lui occasionnent des flrais.
L'inconvénient est bien plus grave encore s'il faut que l'ouvrier change d'occupation 5 il s'aggravera d'autant plus que les occupations seront plus dissemblables. Il faudra que l'artisan entreprenne un nouvel apprentissage, et rarement réussîra-t-il aussi bien que s'il eût pu s'y exercer dès son jeune âge. ,
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Toutes ces mutations occasionnent des non-valeurs , et des chômages, et des tentatives plus ou moins infructueuses et coûteuses.
. Or, ces mutations, cependant, une foule de circonstances les amèneiu.
Quelquefois, c*est un changement dans les habitudes ou lés goûts des consommateurs indigènes ; quelquefois, c*est Teffet de circonstances relatives an commerce extérieur : certains marchés deviennent moins accessibles pendant que d'autres s'ouvrent ; l'étranger modifie ou ses demandes ou ses envois.
Quelquefois, c'est une circonstance défavorable pour une localité, favorable à une autre; comme la creatumTu la disparition d'un port, d'un canal, d'une route, d'un entrepôt ; l'élévaltion du taux des salaires sur un point, sa réduction sur d*autres; un certain génie particulier qui semble tour-à-tour affectionner un séjour ou s'y déplaire; que sais-je? la nature même dii sol, la qualité des eaux qui y circulent.
Quelquefois, c'est la découverte ou l'introduction d'une machine^ d'un procédé.
Quelquefois, c'est la naissance et le développement d'entreprises sur une vaste échelle, avec agglomération de capitaux, de bras et de moyens d'exécution.
Quelquefois, c'est une plus grande division introduite dans le iravail.
Combien de branches de fabrication ont dû être abandonnées, sur certains points en particulier, ou même d'une manière générale ! Combien de professions ont été transformées, par cela seul qu'on. a appris à mieux faire !
Certains travaux , certaines exploitations industrielles sont siyets, par leur nature même, à une intermiltence qui affecte quelque régularité. Les travaux de construction sont suspendus pendant la mauvaise saison ; il en est de même d'une portion des travaux agricoles. C'est un désavantage sans doute pour l'ouvrier de n'être occupé que pendant un temps de l'année ; mais lorsque cette intermittence est régulière, du moins
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il doit la prévoir -y il peut s'arranger en conséquence, meltrè en réserve quelques épargnes, se préparer quelque autre emploi momentané pour l'intervalle de la stagnation périodique.
Mais, il est aussi dans le mouvement de l'industrie des oscillations imprévues, des circonstances inattendues,.-inter% rompant ou ralentissant les demandes ^ la durée de cette interruption est incertaine. L'ouvrier est alors d'autant plus à plaindre quVccôutumé à une plus grande aisance, il goûtait plus de sécurité. Il n'a point pris ses précautions; il ne sait s'il doit ou non déserter une profession qui trompe son attente; il i^ sait comment faire pour traverser cette épreuve et arriver à des jours meilleurs.
Ces intervallès'de stagnation irrégulière surviennent même ordinairement à la suite d'une demande fortement prononcée. On voit alors l'émulation des producteurs , excitée par l'appât des bénéfices, y répondre au-delà des besoins; un excès de surabondance vient engorger tous les magasins : il faudra suspendre ensuite, jusqu'à ce que ces approvisionnemens soient écoulés^ sauf à recommencer de nouveau ces alternatives. Gomment en e&ét mesurer avec précision ce qui manque? comment empêcher le concours de tous ceux qui veulent à-la-fois y subvenir ?
De là ces crises périodiques que noys voyons se reproduire à certaines époques dans la situation de l'industrie européenne, et qui, au sein de la prospérité, de l'activité générales , semblent un instant suspendre le mouvement de la circulation, et avec lui l'essor de la production. .
Au milieu de ruines affligeantes, de revers particulier, plusieurs effets utiles suivent cependant quelquefois ces crises passagères. L'engorgement amène un abaissement des prix, qui devient un attrait pour le consommateur , et qui lui fait contracter de nouveaux goûts. Le producteur se réveille, y trouve un motif pressant de recourir à une plus rigoureuse économie , ou d'obtenir un plus grand mérite de perfection .
La témérité des entreprises , cause fréquente de ces crises
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fatales , prend quelquefois un oaraotère épidémique au seift de la société. C'est souvent au ihilieu de la prospérité que cette maladie prend naissanee et se propage. Le mouvement 4iscensionnel de Tindustrie exalte Tardeor des esprits, fait con- 40evoir des espérances sans bornes et éclore une foule de spéculations ayantureuses. L'abondance de» capitaux, te speiF tacle du bien-être d'autrui, l'exemple des fortunes rapide*ttient faites favorisent ou excitent les ambitions. En voyant ceux qui réussissent, on croit qu'il suffit de tenter ; on se précipite à l'envi daps les^projetsj l'exagération va croissante^ et ruiusion de l'enivrement ne cesse qu'au moment de la catastrophe.
On le voit : une grande partie de ces vicissitudes sont inhérentes au développement même de l'industrie. La rapidité de son essor rend quelquefois ces oscillations inévitables. C'est surtout dans la fabrication des objets de luxe, ensuite dans celle des objets de commodité» que ces effets doivent se manifester; car, c'est sur ce genre de consommati<« qu'agissent plus puissamment les caprices du goût, le changement survenu^dans les mœbrs, les circonstances qui por*lent atteinte à l'aîsance ou à la sécurité du consommateur. De tels dangers croissent donc encore avec les progrès de la civilisation et de la richesse ^générale, qui multiplient indéfiniment les besoins artificiels des homines.
L'accès du Nouveau^Monde pouvait*il être ouvert à l'Eufope , sans que les navigateurs eussent à subir les tempêtes ? Cette belle conquête ne devait^elle pas être achetée par plus d'un naufrage ?
On retrouve à chaque pas ce grand résultat qui fait payer, par quelques sacrifices particuliers , les avantages qui profilent à là communauté; les lois elles-mêmes ont dû le consacrer de mille manières, en imposant au profit ^e la société des tributs aux intérêts privés.
Si telle est la condition à laquelle s'élève l'édifiCe de la {NTêspérilé générale, que sera-ce lorsque quelques aecidens
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viennent menacery altérer ses bases , lorsque les ravages de la guerre ou les troubles du dedans frappent à-la-fois le crédit, la circulation } paralysent les approvisionnemens^» fer-* ment les déboucbés ; détruisent les capitaux ? La crainte seule produit quelquefois des ravages égaux à ceux de la réalité el^le-méme. La ruine de quelques maisons puissantes réagit au loin sur les plus obscurs ateliers. Les convulsions d'une nation commerçante se font sentir à toutes celles avec lesquelles elle est en rappbrt. En vain la commune ricbesse a-t-elle acquis un immense développement; Ténormité mémede sa masse, Textréme complication d'intérêts qujj^ rattachent^ l'exposent à de plus nombreux dangers. L'Angleterre , au faite de la puissance commerciale , pousse souvent des cris d'alarmes qui sont inconnus à de modestes états du continent. C'est un vaisseau qui a déployé, toutes ses voiles et qui se trouve surpris par l'orage. Les secousses qu'a resseniiçs^ pendant ces dernières années l'indttslrieTyonn aise» sont survenues à l'époque où la fabrication SêrïïÏBSiiisde soie y occupait plus de métiers que jamais. De quelle crise les Etats-Unis ne viennent-ils pas de subir l'é- {Nreuve, et. quelle contrée marcha cependant jamais plus rapidement à une prospérité gigantesque? *
Les bénéfices que présente une brulnclie d'industrie y font affluer les entrepreneurs et les ouvriers ; la concurrence re* double par l'effet de cette émulation générale; ceux qui se flattaient d'un succès subissent quelquefois une perte ; leurs rivaux, mieux situés pent*dtre, fabriquent à moins de frais. Il faut fabriquer dans les limites des prix établis au marché commun, et acceptés par le consommateur. En vain écrit-on alors sur son drapeau : vivre en travaillant^ ou mourir eth tombattant / le travail ne se conquiert pas de vive force ; il ne s'obtient qu'en faisant pour le moins à aussi bon marché et aussi bien que les concurrens. L'industrie n'accepte point ces combatSi ne leur promet point de victoires, n'exige point ce genre de courage et d'immolation ; elle fuit le sol pii Ton ne