‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 63 sur 90 · PBEMIÈ&E PA&TIE. LITAB II. CHA9. III · texte numérisé non relu

PBEMIÈ&E PA&TIE. LITAB II. CHA9. III

sait pas fabriquer avec un égal avantage pour le consomn^ateur. Si le prix des choses de la vie y rend les salaires trop élevés, elle va chercher un théâtre où Touvrier, vivant à meilleur compte , peut se contenter de moins. Elle va chercher surtout un séjour où la liberté des stipulations, principe fécond de tous ses succès, est respectée, garantie, où ralUdiiee-^ naturelle des diverses conditions sociales est comprise , où les

opérations reposent sur la sécurité et la con^ance. (1)

De V industrie agricole, et de ta destinée du euitipateurl

Jusqu'ici, en nous occupant de la destinée du travailleur, nous avons surtout considéré Tartisan. Quittons maintenant les ateliers ; transportons-nous aux champs : la destinée du cultivateur veut être considérée à part \ elles promet des étu* des intéressantes et nouvelles.

Des perspectives beaucoup moins variées s'ouvrent au pro* létaire villageois. Celles qui lui restent ne lui laissent pas espérer des chances aussi rapides d'amélioration dans son sort. Il lui e^t plus difficile d'atteindre graduellement à la condition de propriétaire; car, il ne trouve pas aussi aisément . pour ses moindres épargnes un emploi qui l'associe déjà à la propriété. Sa condition semble donc à quelques égards plus dépendante. Le travail des champs est d'ailleurs interrompu pendant une portion de l'année , et il ne s'y rencontre pas toigours un autre emploi des bras pendant la saison rigou*

(1) La devise : ttivre en travailiant, etc., ne pourrait -elle pas se traduire en ces termes : achetez nos tiêsus^ payez^les-moi plus chers, ou je 'vous attaque' à main armée?

Le sujet, que nous n^avons &it quVsquisser ici , a été traité de la manière la plus lumineuse par l'un des honmies que son excellent esprit, ses connaissant ces, sa position rendent Tun des juges des plus compétens dans cette matière , M. Emile Yincens, conseiller d*é(at et directeur du commerce, etc., au Ministère du commerce ; De l'organisation industrielle, dans la Be^ue d'économie volitiqtie, Paris, 1836. *

INDUSTBU Aa&IGOLS. DBSTlHiB DU C17LTiyATBU&, 2S8

reuse. ,Ne troutant plus à s'occuper pour lexploitation rurale, le prolétaire ou cultivateur n'a souvent d'autre ressource que de déserter son village , d'aller tenter aventure au sein d'un bourg ou d'une ville ; il y arrive avec un grand désavantage , peu préparé à un autre ordre d'occupations, et réduit ordinairement à louer ses bras comme porte*fai&, comme homme de peine.

Les travaux agricoles ne peuvent, comme ceux des manufoctnres , admettre une variété indéfinie d'emplois , recevoir une extension illimitée. Les fonctions de berger , de laboureur, de vigneron, de bàcheron , de voiturier, voilà à-peuprès ce qu'ils laissent à l'emploi des bras , et ces professions même se confondent souvent en une seule. La surface du sol est circonscrite. Les emplois libres une fois occupés, les bras qui surviennent n'ont plus de travail à demander à l'agriculture, si ce n'est dans le cas où de grandes améliorations vien* draientà s'opérer. De là souvent un excédant de bras qui ne trouvenTpHls à s^émployer.

Cette réflexion s'applique surtout aux régions où les bois et les pâturages occupent une grande partie du soi, et laissent peu d'espace aux travaux de la terre \ elle s'applique moins aux pays vignobles.

Aussi une portion considérable des prolétaires qui peuplent nos villes ^nt des émigrans arrivés de la campagne , avec leurs bras seulement; ils viennent y chercher des ressources ; fréquemment ils n'y rencontrent qu'un cruel mér compte.

Si, dans le royaume de Wurtemberg, on trouve 2& communes rurales dans lesquelles les indigeus composent le i ou le T de la population , tandis que dans d'autres ils en représentent seulement la 53^ ou 54* partie, c'est que les premières sont privées de ce genre de propriétés connues en Allemagne sous le nom de markung^ et qui , divisées en lots à-peu-près égaux au nombre des babitans qui en jouissent à vie, constituent pour chaucun d'eux une petite exploitation. Dans les

U4 vuMiiae pabtib. livbb ii. €sap« m.

pt^mières un grand nombre d'faabitans se voient ainsi réduits au rôle de prolétaires ^ et restent sans emploi. (1)

Aussi long^temps du moins que les travaux des champs appellent ou admettent le prolétaire , ils lui promettent une ré^

gularité , une sécurité bien supérieures à celles des aieliers. Son genre d'occupation peut*<étre aura moins de mérite , exer* cera moins l'intelligence que certains arts industriels $ mais il exige aussi moins d'instruction , un moins long apprenlissage, des avances moins considérables. Quoique plus pauvre dans sa modique existence , le prolétaire villageois qui trouve h s'employer est moins mens^cé de l'indigence.

Partout cependant y et même au sein des campagnes, l'hommo subit la loi de sa destinée. Là, d'autres épreuves ratténdent : celles qu'amène l'inclémence du ciel , les intempéries des saisons, la grêle, l'inondation, la sécheresse, les épisooties; elles seront d'autant plus rudes que le prolétaire était d'avance moins pourvu d'épargnes, ou qu'il se trouve moins à portée de se créer d'autres ressources.

Telles sont les principales conditions auxquelles est soumise la condition du prolétaire dans les campagnes. Il reste à examiner quelles sont les causes qui y augmentent ou y diminuent la proportion du nombre des prolétaires^

Parmi les causes qui, dans les campagnes, multiplient les prolétaires, figure au pi^emier rang l'existeace de la propriété appelée de main^morte, c'est-à-dire appartenant aux corpo* rations , et placées hors du commerce; ensuite l'existeace d«s substitutions et des fidei-commis. L'exploitation de la pro^ priété possédée en main-morte est ordiaairement fort négligée; elle subit le sort des biens occupés par un ttsttfruiti<»<, puisqu'elle reste soumise à un usufruit perpétuel. ËITe soû& fre souvent aussi de l'incurie des corporations qui en jouis» sent. De plus, par cela seul que de tels biens i^estent plaoéi

(1) royeÈ Sdunidtili i AUgm^tm 0nrisê des Jf^UrUmier^chiM WtiMi. 1830.

INDUSniB AOmiGOtB. PlSTinÉI DU CULTITATEVB. M5

hors du commerce, qu'ils ne peuvent être acquis ni divisés, leur existencei leur étçndue, diminueut d'autant la portion de la snrrace du sol qui peut servir à créer des propriétaires. S'ils couvraioat le territoire entier, le pays ne serait plus ba« bité que par des prolétaires.

La grande propriété) concentrant dans les m^ins d'un seul une étendue de terrain qui eût pu être partagée entre plu-^ sieurs , réduit par conséquent le nombre des propriétaires et de ceux qui peuvent le devenir. Mais une grande pro* priété peut recevoir une exploitation en grand , et toute grande exploitation peut , si elle est habilement dirigée , si ^e opère avec des capitaux suffisans , augmenter les produits du sol avec une économie sensible de main-d'oeuvre. Elle permet de simplifier les opérations, d'accomplir certains tmaux qui M^ sont réalisables que sur une grande échelle , de donner plus d'extension aux pâturages , et par là de multiplier les engrais. Elle verse donc des tributs plus considérâmes à la richesse commune ; rniùs elle réduit plus ou moins le nombre des bras occupés.'

Par des combinaisons moins savantes, la petite culture obtfentcependant du sol, àsa manière, des dons abondans, quand rite est associée à la petite propriété ; les sueurs du cultivateur remplacent ici la puissance de l'entreprise. Il n'est pas de travail pfcis actif et plus fécond que celui de l'ouvrier qui travaille pour son propre compte , que celui par lequel le propriétaire exploite son propre champ. Le terrain le plus stérile, le plus petit recoin sera mis en valeur, soigné avec tendresse. Il y a dans ce système un autre genre de fécondité, avec un emploi plus étendu pour le travail ; mais il y a moins d'économie, et tejravajL, 2m milieu de ses efforts, est moins rémunéré.

Certaines exploitations de détail, comme la culture du mûrier ^ du tabac, etc. , Téducation des abeilles et des vers à soie, étant à Isr portée de la petite culture, lui font goûter un nouveau bien-être.

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La petite culture unie à la petite propriété entretient et occupe dans les champs une population plus nombreuse.On cite en Ecosse, en France, des paroisses , des communes (1) où la division des propriétés a presque doublé le nombre des habitanSy en leur donnant plus de bien-être. En Irlande, en Angleterre^ la concentration de la propHété sur qiielques points a produit un effet contraire.

Les choses changent lorsque la division des propriétés, dépasse certaines limites. Alors, la culture se divisant avec elle, on arrive à un point où le morcellement devient un obstacle à certaines exploitations, et ne compense plus, par la multiplication des produits, le surcroît des labeurs qu'elle exige. Cet, état de cbosess'accommode encore d'une exploitation de jardinage, et jusqu'à un certain degré de la culture de la vigne; il a moins d'inconvéniens dans la zone qui entoure les grandes

villes. Mais il est incompatible avec l'existence des forêts, avec les assolemens alternatifs de céréales et de fourrages, avec les grands pâturages. Les avantages de ce régime pour la population agricole ont donc leurs limites.

On sait à quel point ce morcellement de la propriété rurale a été poussé dans une grande portion de la France, par l'effet des évènemens politiques, et par la conséquence des nouvelles lois civiles. Les relevés publiés par le gouvernement nous apprennent que, en i83&, la propriété était déjà répartie dans Tensemble du territoire entre 10,805,682 propriétaires, et divisée en 1^3,360,338 parcelles. On y voit des lots, réduits par les partages, à la surface d'un are; un champ, un pré, unevigne, déjà trop restreints pour être exploités avec avantage, se sous-divjser cependant çntre un certain nombre de cohéritiers, qui , chacun, préfèrent avoir leur part dans cha* que fonds.

(1) Dans ion Essai sur la population de Loir-et-Cher, M. dé Pédgny cite (page 71) des communes rurales où, depuis 1757} la population a plus que doublé. /

tlfDTJSTBIB AGUCOLI. dSSTDriB Vt GtLTITATBUE. 237

L*attrait attaché à la jouissance de posséder ajoute encore à ce morcellement, multiplie le nombre des acheteurs. Xi*Âu- Tergnat qui revient de Paris place ses épargnes dans Tacquisition d'une parcelle de terre. Tout habitant des campagnes qui parvient à se créer un petit pécule ne contiatt pas d'autre emploi. En continuant de la sorte, on arriverait à un état de choses où les sentiers nécessaires à rexploitation occuperaient la moitié du sol^ en la dérobant à la culture; on finirait par adjuger la propriété d'une motte de terre.

Il faut donc reconnaître que la propriété rurale est renfermée entre deux limites ; qu'elle n'a pas comme la propriété mobilière une faculté indéfinie d'extension et de divisibilité; que dès-lors elle résiste à admettre au-delà d'un certain nombre de propriétaires; qu'ainsi le nombre des propriétaireà'daifôles campagnes, ne peut s'accroître lorsque le sol occupé à subi 'toutes les divisions possibles, et que, le nombre des habitans croissant, ils ne cherchent des ressources que dans les travaux de la culture.

Nous avons supposé jusqu'ici la petite culture associée à la petite propriété. Mais il n'y a pas de condition plus fâcheuse pour le cultivateur que le régime de la petite culture, combiné avec un système de coionage, qui interpose entre le colon et le propriétaire, un intermédiaire, une sorte d'entrepreneur rural, dont les bénéfices sdnt prélevés sur la rémunération du travailleur. Un colon trop pauvre est comme un ouvrier privé d'outils. Réduit à une exploitation trop restreinte, il se consume en fatigues, sans pouvoir tenter aucune amélioration utile. Les fâcheux effets de ce mode d'exploitation affligent les regards dans une portion de la France ; ils avaient déjà frappé sir Arthur Young. Mais c'est surtout la vue de l'Irlande qui enseigne à quel point une semblable combinaison peut, sur un sol fertile, condamner le cultivateur à la condition la plus misérable. Là, une grande parUe du sol est affermée à bail perpétuel, avec faculté pour le tenancier de sous-louer. La ferme se sous-divise tellement, entre

238 paimisiUE mrtis. iiyris ii^ obap. in. ,

les mains de celui-ci, de ses enfans et de leurs successeurs, que 400 hectares se fractionnent en petits champs de 2 à 3 hectares cultivés en pommes de terre. De cette sorte ia plus grande partiejdesexploitations en Irlande ne |dépassent pas 12 à ik hectares (1). Là, point d'assolemens , point de prairies artificielles, aucun emploi de la charme ; là, an lieu de chaumières , des huttes délabrées, malsaines et sans meubles.

Parmi les améliorations invoquées par l'agriculture, il eil est qui ont tout ensemble Tavantâge d'accrottre la fécondité dusol,et d'offrir un emploi plus étendu jutcavaiL Telles sont, par exemple, la suppression des jachères, certaines opéra-^ tiens de sarclage, d'en dignement, de clôture, de conduite des eaux; 'tels encore soiit les travaux de dessèchement.

Il en est d'autres, au contraire, qui, en augmentant les produits du sol, diminuent l'emploi de l^a main-d'œuvre $ telle est Tintroduclion d'instrumens et de machines perfectfônnées qui suppléent au bras de Thomme; tel est l'aménagement des fo* rets en futaies, etc.

Il en est d'autres, enfin, qui augmentent les produits du sol, sans modifier la main-d'œuvre; telle est la préparation des engrais, le choix des assolemens, l'éducation des meil* leufes races d'animaux, le choix des espèces les plus utiles en arbres, en plantes herbacées.

Lorsque ces améliorations s'accomplissent sans que la propriété se concentre, sans qu'aucun obstacle en gêne la transmission , l'eiTet naturel et direct des progrès de l'industrie agricole, est d'accrottre tout ensemble et le'^nombre et l'aisance des familles qui vivent du travail des champ». La France nous en montre une preuve vivante, éclatante. La population .agricole de nos campagnes a doublé depuis un ,

(1) Elles sont de 3 hectares à 2 hectares et 20 acresi dans une^ partie du Londonderry ; de 2 à 8 hectares, au nord de Kilkenny. {Statistical illustration traduit dans la Repue britanniqtie, n° de décembre 1837.)

iicBusniB Aoaioou. hWMtvxim du cttfivAVBUA. SS9

siècle, et le cttltivateur y goûte généralement nn bien-être pins sensible, (i)

Les diverses parties du sol ne jouissent pas d'une égale | fertilité ; il en est dont la culture présente de plus grands ]>(^~ obstacles : celles qui sont les plus éloignées des marchés, et/ qui communiquent plus diflScilement avec eux, ont à lutter contre des fixais de transport plus sensibles. Pour qu'un pays tire tout le parti possible de ses ressources agricoles, il fout 1 donc que le prix des productions du sol s*y maintienne à un taux suffisant , pour assurer une juste rémunération aux pro-i ducteurs placés dans les conditions les plus défavorables; unejl certaine élévation dans le prix de ces produits devient donc|\ nécessaire au déveloj^pem^^ fie toutes les ressources ; il n'est pas moins nécessaire pour maintenir l'abondance ellemême que pour maintenir le taux des salaires. L'avilisse* ment du prix des subsistances, s'il soulageait quelques pauvres, créerait de nouveaux indigens.

Il n'est pas de combinaison plus propice tout à-^la-fois et au bien-être du cultivateur, et à la prospérité de l'agriculture, que celle qui^ par une heureuse alliance, introduit sous le chaume quelques travaux de fabrication, propres à occuper le cultivateur pendant la morte saison, dans les longues soif

(1) Dans tm essai du plus grand Intérêt, qti*il publia il y quelques années,

lUr kt population du d^artement de Ijoin^tmChêr et que nous venons de citer*

M. Jules de Petigny, après avoir présente le dénombrement par professions des

jeunes gens appelés au service de 1816 à 1826t fait remarquer que sur un

nombre total de. • • 3,226

les professions agricoles en fournissaient, savoir :

Laboureurs et cbarretiers ; . . • »... 906 1 ^ ^^ .

Vignerons et bergers. 1,079 j '

GW-à-Klire près des 2/3 ; et que d'après un mémoire mauuscrit de M, de Bouville^ intendant de la généralité d^Orléans en 16S8, où la population de la province est classée par professions, on y trouve comme aujourd'hui la dasse agricole fbrmant les ^3 de ta population totale, et se partageant à-peu«prè» également entre les laboumm d'vnt part ft les Tig*ero«i at bergers da rwtr« (pag, #6 4M 69i«

S&O PEBMlilLE PAM1S. UYBS II. CHAI». III.

rées de Thiver et lorsque le mauvais temps interdit Faocè^ des champs. Cette nouvelle carrière ouverte au travail, ajoute au salaire du laboureur un supplément qui tourne en partie au profit de la culture elle-même. Elle permet de mieux supporter les épreuves qu'occasionnent les mauvaises. récoltes. Elle permet aussi d'occuper au besoin l'excédant de bras pour lequel lés travaux de la terre n'offriraient plus d'emploi.

La présence de certaines fabrications au sein des campagnes offre souvent en partie ces avantages ; elle occupe les femmes, les enfans, les cultivateurs eux-mêmes ; c'est ainsi que l'établissement des usines vivifie la contrée d'alentour; c'est ainsi que le tissage répand l'activité et J'aisance dans les Vosges, dans le Beaujolais, dans la Normandie et la Bretagne; l'horlogerie, dans une portion du Jura; la fabrication des horloges de bois, dans la Forêt-Noire. Les manufactures ellesmêmes trouvent dans ce rapprochement des avantages notables; elles ont la main-d'œuvre à meilleur compte. ' Cette ressource manque à la Pologne, à une portion de l'Espagne, au sud de l'Irlande. Là il n'existe guèrCypottr occuper les bras, d'autre emploi que la culture du sol.

Lchnsque la population d'une commune rurale s'accrptt rapidement, et que les améliorations agricoles ne peuvent créer de l'emploi pour les bras nouveaux; ou lorsque, même S|vec une population stationnaire, l'emploi des bras vient à se restreindre, peut-on à volonté y créer une exploitation industrielle? Peut-on donner à cette exploitation une extension suflSsante ? Dans les villages, on manque de capitaux disponibles, d'entrepreneurs exercés, de débouchés assurés d'avance. Une exubérance de population devient alors bien plus onéreuse aux communes rurales qu'aux grandes villes, à moins que , du sein des villes, ne se détachent des capitalistes, des entrepreneurs, qui viennent transporter au milieu des champs un nouveau foyer d'industrie.

Si ce secours manque, il n'y a plus d'espoir pour les uns de devenir propriétaires, pour les autres de: louer

INDUS1|;KIB AGRICOLB. DBBTmiE DU CULTIVATEUR. 2&1

Utilement, leurs services i les petits propriétaires eux*mémesy par une division excessive de la propriété , arrivent à ne plus trouver dans le produit de leur patrimoine un moyen de subsister; Témigration devient presqu'un remède indis* pensable. On émigré dans le pays même, partout où Ton es- , père se créer une occupation ; on émigré^ s'il le faut^ dans rétranger, dans un autre hémisphère.

Les villesy au contraire, et en général tous leç lieux qui servent de théâtre aux manufactures, peuvent recevoir, à la ^ faveur des progrès ^et du génie industriel, un développement presque indéfini.

Aussi^ dans les contrées qui, comme l'Angleterre, ont atteint un haut développement de prospérité industrielle, voibon s'élever les plus grandes villes, et se multiplier la population urbaine. L'Angleterre possède neuf villes de 100,000 âmes et A au-dessus , habitées par environ 3,000,000 d'individus; et vingt-trois de SO à 100,000 âmes, habitées par plus de 1,200,000.^ La France sur un territoire bien plus étendu ne compte quç trois villes du premier ordre, et quinze du second^ contenant : celles*là, moins de 1,200,000 habitans; celles-ci, moins de 750,000.

La population agricole ne compose qu'un tiers de la population totale de l'Angleterre ; l'Irlande offire précisément un spectacle inverse : la populatiim agricole forme les deux tiers au moins de la population totale. Cette proportion est en France (1) et dans l'AÎlemagne méridionale , à-peu-près la même qu'en Irlande. (2)

L'accroissement de la population urbaine d'un pays, comparativement à la population rurale, est un symptôme duquel

(1) Les relevés présentés par M. lé ministre de la guerre en France sor le recrutement de l)uinée, nous montrent que sur ioo jeunes gens appelés, plus de la moitié appartiennent à la classe des cultivateurs, et 18 seulement à celle des ouvriers, dont' 7 à-peu-près pour les ouvriers en bois et 4 pour les ouvriers en fer.

, (2) Pans le grand-daché d« Bade, par aëiople, stir une population totale I. 16

342 PRBXlâBfi PAR'PIE. LITRB II. CHAI^. in.

OB peut conclure, ou que les campagnes n'offlrent plus une oc-* cupation suflSsante à leurs habitans, ou que Tindustrie des vil-» les leur offre des salaires plus lucratifs, et le plus souvent le concours de cette double circonstance.

ARTICWS XI.

Des effets du luxe sur la condition de touvrien

U est dans la nature, du travail productif de contribuer puissamment à la répartition de la richesse, et d'autant plus qu'il est plus justement rémunéré. Toutefois, un travail gra-*" tuit peut aussi produire à*la-4bis et distribuer la richesse dans lesL plus large$ propprticHss : nobl^ privilège réservé aux veilles de rbomnie de génie^ ^u zèle de la bienfaisance^ à la sagesse de l'administration publique I Ils produisent, en muh tipliant, raninvant, dirigeant les forces, eu fécondant tes^ sources de la richesse ; ils la répartirent, ^n répandant ce^ salutaires influences sur une sphère étendue. Un travail produotif faiblement rémunéré, .quoique multipliapt les élémens de là richesse, concourt peu à sa répartition. Tel est celui des esclaves et des captifs.

Par une cause inverse, un travail improductif par sa nature, peut servir encpre à la répartition 4® la richesse, en

créant des salaires. C'est un tribut acquitté par la frivolité des uns envers l'activité des autr^i^. U fait l'effet d'une distribution

de 1,200,000 habitans on compte précisément* . < • 660,000 cultivateurs et ( 141,900 journaliers.

' Les métiers y occupent seulement 339,500. Voyez Hennisch, Beschreibung, etc., 1833, pag. 67. La proportion est à-peU'près la même dans le grand-ducbé de Wurtemberg^ . En Belgique la population des communes rurales s'élève à. . . . 3,077,478

celle des ailles à, '. 990,268

(Annuaire pour 1834). Eo retranchant de la première quantité les professiong industrielles exercées à la campagne-, on a encore plus des 2/3 de );i population totale; - . - .

SFiBTs DU iiun suB t'bvmii». 3U

de chMiSy avec celte difierence qu'il ne suppose aueane générosité d'une porty aucune reconnaissance de l'autre.

Il est sans doute, à tous égards, plus utile pour la société, que la xépartition de la richesse s'opère par une large ré-^ compense du travail productif; mais, là où ce travail n'of-* fre pas une ressource suflBsante au prolétaire, le travisiil ffttil même stérile en fruits réels, devient un bienftiit pour ceux qu'il délivre à*la-fois de l'oisiveté et de la misère. Il est donc un bienfait surtout dans les pays où les prolétaires sont nombreux, où. l'industrie languit, où la classe moyenne est faible, gênée, où des fortunes colossales se transmettent dans un petit nombre de familles. Pour faire sortir ces trésors du gouffre où ils s'entassent, pour faire descendre sur le pauvre la rosée de Faisance, que resterait«il alors, en l'absence de ce travail^ sinon des libéralités éventuelles de la part de ceux qui possèdent; la violence de la part de ceux qui ne possèdent pas ? Le travail, quoique improductif, opère, en quelque sorte, en faveur des classes inférieures, un effet analogue à celui qu'opèrent les forêts qui couronnent les montagnes, en pompant les nuées du ciel pour alimenter les sources qui viennent arroser les vallées.

Yoilà, réduits à leur expression la plus claire et la plus simple, les avantages que le luxe apporte à la classe laborieuflre.

Qu'est-ce cependant que le luxe? Le travail employé à le servir est-il tout entier un travail stérile?

Rien n'est plus stérile, sans doute, que le travail employé à servir le^ vices et les passions des hommes , disons mieux : il est destructeur, en concourant à corrompre les içœnrs, en apportant des alimens à la vanité, au libertinage, ù l'é-* ' goisme, que dis-je ? de tels actes ne méritent pas le nom de tratfoil ; ce sont de vrais ravages , plus funestes souvent que ceux de la guerre.

Mais, il est un autre genre de luxe qui consiste à jouir, à saiirfaife de simples convenances , à orner la vie humaine, * et qui n'est en soi ni, corrompu, ni eorrupteur.

2Aft PRimiBB PA&TIE. Uy^M II. CHAF. III.

Eûtre les jouissances de commodité , et les jouissances de pur agrément , ou de «impte opinion , il existe peu de limites absolues et tranchées. Avec les progrès de la civilisation, qui répand les habitudes nées de Taisance , rimitation> née des exemples, produit à son tour des goûts, convertit ces goûts en besoins. L'esprit aussi a ses besoins , les plus nobles de tous et les plus délicats. Seraient-ils rangés au nombre des travaux stériles , ceux qui concourent à déployer sous nos yeux le .luxe des beaux*arts , à décorer le théâtre de la société, à entretenir ainsi , avec le sentijnent du beau et Tactivilé de l'imagination ,^ le principe de vie de toutes les facultés humaines? Seraien(-ils accusés de stérilité, ceux qui, par de nobles délassemens ou des plaisirs purs, nous reposent de nos fatigues , et nous rendent de nouvelles forces ; ceux qui en élevant les monumëns publics , en venant animer les solennités, en préparant les jeux de la scène, en contribuant à la pompe des cérémonies, à la miEyesté, à la décence des formes extérieures, servent, parle secours d'un langage muet, les grands intérêts de Tordre social et de la dignité de nôtre nature? Refuserait-on le caractère d'un travail productif à celui qui perfectionne l'instrument le plus puissant sur la terre, i'activité de l'homme et son intelligence?

Uartisau travaille mieux, lorsqu'il accompagne de son chant ses pénibles labeurs ; le soldat en marche sent moins la fatigue au son des instrumens. Telle est sur l!homme la puissance des arts qui s'adressent à l'imagination ; telle est la fécondité attachée à. toutes les professions qui cultivent ces arts. Une fête publique dirigé^ avec goût , au milieu de tout cet éclat passager, et en apparence futile , ravive plus d'une exis* tence. C'est du luxe, st vous le voulez ; l'élégance aussi sera du luxe ; mais un tel luxe est producteur. Sous ce ehors sont cachées des idées et des forces qui leur survivent. Il y en a dans -cet appareil auguste qui, environnant le trône où se trouve personnifiée l'unité nationale, fait respirer l'âme d'un grand peuple, exprîiae et pQvrrit les wntlmens put^lfiçs, Ç«

EFfBTS BU LUXS SUE l'oUTUIK. 2A5

ne serait donc pas assez dire que de reconnatlre, dans la distribution des salaires qu^entratnent à leur suite toutes ces brillantes décorations sociales , un mode de répartir la ri^ chesse , en procurant un emploi à la main^-d'œuvre occupée à leur confection ; il faut y découvrir quelque chose de plus, lorsque ce luxe est bien conçu , lorsqu'il remplit son but : il faut y découvrir une semence répandue sur le sol social, qui se transformera en germant. C'est lé cas de dire, dans un autre sens, que V homme ne eii pas seiêlemeni de pain,' il vit de tout ce qui nourrit sa vie intellectuelle et morale.

Un luxe oiseux, un luxe sans objet, un luxe ridicule, le luxe de l'ostentation , celui de la sensualité , celui de la frivolité, du caprice, voilà celui qui se borne à distribuer au pauvre, sous la .forme d'une rétribution volontaire, mais sans nécessité, les deniers du riche. Or, un pays %'enest jamais réduit à n'avoir point d'autre ressource, pourmieux distribuer la richesse sociale : il suffirait de rendre au luxe lui-môme un caractère de commodité , de noMesse et d'élégance.

Conserver , c'est reproduire, c'est encore ôréer. Toutes les fonctimis de la société qui ont pour mission de protéger, sont donc éminemment fécondes. Le magistrat, l'administrateur, le notaire , le soldat , en tant que leurs services sont bien entendus et bien remplis, et aie renferment dans les justes limites d6 l'intérêt pid>lic, produisent chacun à leur manière, puisqu'ils conservent. Les services publics, par pa généralité même de leurs effets, sont beaucoup plus productifs que les services privés : la rémunération qui leur est attribuée, Sicile arrive à des agens peu fortunés, opère une répartition favorable ; toujours elle imprime à une portion de la richesse publique un heureux mouvement de circulation.

Que si le nombre de ces agens excède les besoins du service social , c'est un autre genre de luxè , le luxe des emplois. L'excédant de travailleurs employés est alors dérobé à des travaux utiles ; on peut coinparer ce luxe à une institution qui aurait pour objet de payer des bras pour battre Veau, ou

SA6 PBXlUiES PART». UVRB lU CfiAF. III.

même des gens pour se reposer. Il n'y aurait plus qu'uiie distribttUoQ de deniers, faite par la société sans motife; dis*tribntiôn prùitable seuleaient quand elle est faite des fonds dé ceux qui ont trop en faveur de ceux qui manquent , et seulement encore, quand ceux qui manquent de Inens^ manquent aussi d'occupation productive. Je me trompe : il y aurait encore un autre avantage à distribuer un salaire pour un travail même stérile, mais innocent: ce serait d'exer^ cer à un travail quelconque les individus qui fussent restés oisiis. Ceci s'expliquera par la suite.

ARTICLE VII. Influence kjrgiénique de V industrie,

. Tout travail modéré est un exercice gymnastique ; il en«tretient la santé et les forces. Tout travail régulier, coordmmé, réfléchi, est un apprentissage; il instniit , rend babile. Alors même que l'ouvrage devrait ^re consumé ou brisé à Finstant où il vient d'éclore , il resterait encore un profit réel au travailleur, à savoir : la san^é, la capacité qu'il auifait conservée ou acquise; ce sont autant de puissances réelles.

Une ébauche qui manque , uq essai qui échoue , ne versent aucun produit dans le commerce ; mais ils laissent unp Instruction à leur auteur, et de oette instruction, nm jour ou l'autre, sortira peut*^tre quelque fruit utile.

Le travail récrée; les oisife sont^ charge à eux^mêmei, comme aux autres. Nos jeux, semblables à ceux des enfant, sont un travail varié, légoF, quelquefois même fatigant ^t agréable par sa fatigue. Le jeu cruel des combats, quel charane n'a-t-^ii pas pour les hommes?

Comme exercice gymnastique , l'influence biei^isante du travail suppose qu'il soit contenu dans de certaines bornes; qu'il exerce à-da-'fois ou tour-àHour les divers organes , qu'il

Iirn.UB]ICB, HYGIÉJBflQUS PB l'iNBUSTUI. 2&7

l6ft^eK6rce atec une certaine harmonie. Un travail qui coq- «iste dans la l'ëpéUiion perpéludl^ d'un seul mouvement, rend capable sans doute d'exécuter ce mouvement avec plus de tfaoiiité et de précision^ mais n'exerce pas 'une in* fluence favorable sur l'organisation tout entière. Ici l'abus est près de l'exercice; les inoonvéniens , près des avantages. Tout dépend de la mesure , du choix , de la combinaison des mouvemens. Le^ diverses professions industrielles présentent sous ce rapport une diversité infinie.

On ne saurait se le dissimuler : l'extrême division du travail a généralement pour effet , en simplifiant l'opération confiée

à chaque agent , de condamner celui-ci à des mouvemens d'une plus constante uniformité , c'est-à-dire à un genre d'exercice peu favorable au développement harmonique des organes.

Les professions qui permettent la locomotion ont , pour l'entretien de la santé et des lEorces musculaires , une supé** rioritémarquéeaur les professions sédentaires. Celles quiem^ ploient l'œil et la main, de préférence aux forces musculaices, donnent plus d'adresse ; elles exercent les organes intelligens<

Celles qui imposent une attitude contrainte , où la respiration, la circulation sont gênées, celles qui condamnent l'ouvrier à rester assis et courbé , laissent prendre moins d'essor aux fonctions de la vie , et altèrent facilement la santé. Les tisserands , les cordonniers , les taUIeurs fournis-* sent le plus grand nombre de malades à nos hôpitaux } et d'indigens aux secours publics. D'après les relevés obtenus par M. Blach, membre du collège des médecins de Londres, la moyenne des âges de 100 fileurs n'est que de 26 açs Ts^, tandis que celle des soldats et de 32 ans i^.

Les bienfs^its de l'air et de la lumière, ces bienfaits que du moins la nature semblait avoir également d^artis à tous les hommes, ne sont-ils pas altérés trop souvent par les conditions du travail ? Si les uns sont condamnés à subir l'intempérie des saisons , d'autres sont enfermés , privés des rayopa

2A8 P&BMIBBE PA&TIS. UVis II. CHAP. III.\

du soleil , et ne respirent souvent que des exhalaisMs délé-

tères. Le tisserand est enseveli dans un souterrain; le verrier vit auprès d'une fournaise ; le fabricant de céruse, le peintre, les manipulateurs de certains métaux avalent une pous* sière malfaisante ou dés gaz corrosife. Ceux-ci, captifs dans â*étroits ateliers, ceux-là, accumulés dans des salles closes, sont privés du renouvellement de Tair. ,

On a remarqué que la classe des tisserands enchatnés sur Teurs: métiers, dans une position pénible, est de toutes la plus chétive.(l)

La condition faible et mortelle de l'humanité sème partout les périls sous nos pas. L'oisiveté a les siens, quoique les maux qu'elle entraîne agissent d'une manière lente et invisible. L'activité lès rencontre sous toutes les formes. Lepécheur, le marin> s'exposent à la tempête; le mineur, aux explosions; le couvreur, le maçon à des chutes. Tantôt le chef de la famille est atteint par des infirmités précoces, condamné à quelque incapacité; tantôt la famille entière est privée de son chef.

Le séjour même des champs et les paisibles occupations du laboureur, qui semblent promettre tous les bienfaits de la santé et une Vie aussi longue que douce, n'oht-ils pas aussi leur chances défavorables? Les pays marécageux subissent une mortalité plus forte. La vie moyenne de leurs habitans a été évaluée, pat* fausset et par' le docteur Price, à 26 ans; 'par Condorcet, à 18 seulement. L'automne, la saison la plus salubre pour l'habitant dés villes, est celle où se manifestent le plus de maladies dans les campagnes. Les travaux des récoltes occasionnent des fatigues excessives,ou des accidens;rhomme, dans ce genre de vie, est plus exposé aux intempéries dé Tair.

On a plusieurs fois comparé la mortalité des villes à celle des campagnes ; on a tiré de ce rapprochement la consér quence que l'industrie manufacturière, en général, est préju-

(1) Rapport de M; Praire au Conseil général des mànufactares de France , k 9 janvier 1838.

diciable à la santé de l'homine (1). Mais, il ne faut pas oublier que les villes voient périr dans lenrs murs un grand nombre d'individus qui n'y sont pas nés; il ne faut pas mettre sur le compte de l'industrie, Tinfluence d'un grand nombre de causes qui lui sont étrangères, et qui sont nuisibles aux populations agglomérées; comme un air moins salubre, des occasions plus nombreuses de débauches et de désordres. Un illustre et savantanteur (2) remarque qu^'en Angleterre, c'est précisément au milieu du merveilleux essor de l'industrie , de 1780 à 1821^ que la mortalité s'est réduite en &0 ans de 1/&0 à i/58; que c'est dans les villes les plus industrieuses que cette amélioration a été plus remarquable. Ainsi, à Londres, ou la mortalité était de i/âO au commencement du siècle, elle n'est plusquede 1/&0 aiûourd*hui; à Manchester, dei/28, proportion qu'elle observait en 1770^ elle esl descendue|à i/ft5; à Liverpool, de i/27 i/&, en 177S, elle est descendue à !/&& A/5 ; dans le Lancashire, pays de fabrique , la mortalité n'est que de i/55. La France, moins industrieuse et plus agricole, subit une mortalité plus considérable que l'Angleterre. Plusieurs de nos départemens essentiellement agricoles figurent parmi ceux où la mortalité est l'a plus sensible. Ainsi, dans le Cher, elle est de 1/26; dans le Finistère , de 1/29; dans la Nièvre, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire , Loiret , de 1/30 : tandis que certains départemens essentiellement manufacturiers figurent parmi ceux où la mortalité est la plus faible ; ainsi, elle est de 1/50 dans les Ardennes, de 1/&8 dans le Calvados, de 1/58 dans l'Orne, de 1/47 dans l'Oise. (S)

(1) En Belgique, la morUlilé des TÎltes en 1832 présente un rapport de 35,606 sur 000,268 habitans pu de un sur 26, et dans les campagnes de 70;304 sur 8,077,478, ou de un sur 38* A Paris, la Mortalité est de 1^6 1/28 1/30, dans les 12% 8* et 0* arrondissemens, qui sont le principal siège des travaux de manufoclures, tandis qu'elle n'est que de 1/62 1/48 1/43 dans les l«r, 2« et 3e arrond'ssemens, pendant la période de 1828 à 1826.

(2) Maccalloch, PrmeipUs cf polUical tconomy, \^ partie, chap^ vi.

(3) M. le baron 4^ Morogues, dans son ouvrage lithographie sur Us causes

950 pumins i^ARfiE. utmv ii. chav. m.

Tontes les fabricatiôq^s sont-elles donc fixées dans les villes? une portion notable d'entre elles, le tissage, la filature, l'exploitation des forges, ne prëfèrent^ls pas le s^ur de la campagne, où n'y sont-ils pas naturellement sitaés? Le rap^ port de la mortalité des villes à celle des campagttes ne four* nit donc pas ici la base d'inductions aussi positives qu'on le suppose.

Vouloir établir sur l'influence hygiénique de l'industrie des règles d'une absolue généralité , c'est violenter la nature des -choses. Il n'y a ici aucune loi universelle,* ni en faveur des travaux agricoles, ni contre les travaux de fabrication. Les inconvéniens auxquels les uns et les autres exposent la santé des hommes, sont subordonnés à des circonstances diverses, qui se modifient suivant les espèces particulières de travaux et les circonstances locales. Chaque branche d'industrie a ses victimes; leur nombre varie suivant les conditions qui l'accompagnent.

dé la richesse 'et de la misère, a comparé, page ^16, les dépaitemeas qu'il OOQfidère comme U$ plus industrieux avec les 10 qui le sont moins: H « nontré que, de 1827 à 1832^ la popalation ne s'est accrue, terme moyen, dans les pre* nûers, que de 63 habiuns sur lOiOOO, tandis qu'elle est augmentée de 201 sur 10, 000 dans les autres.

Mais, M. le baron de Morogueà, dans ce parallèle, a considéré comme lés déparlemens les plus industrieux ^eux qui acquittent une ]plns ferte masse dé patentes relativement à la population. Or, il faut remarquer d'abofd que k tiaijL de la patente varie : l"" En raison de la population ; T en rfii$on du ton» des loyers, deux circonstances étrangères à Tindustrie, Il Ciiut remarquer en-r suite qu'une portion des patentes, et les plus élevées, n'est pas acquittée par les fi^bricans. Ce sont les banquiers, les négocians, les marchands en gros. Puis dans le nombre des patentables, combien ne compte-t-on pas de débftans do boissons. ' .

Enfin , parmi les 10 départemens les plus industrieux qu'il a ettès, les Bon-

ehes-du-Rbône comptent sur 10,000 habiUns nn aecroisÎMiment de 1,Q17,

le &hônede 429, la Marne de 370, la Gironde de 229 ; tandis que dans le» 1#

départemens les moins industriels la Lozère ne compte qu'un accroisBemenI de

113 babitans, le Puy-de-Ddme de 115 et que le Ôuitat ofi&vméine mie diminution de 180.

HmVlRGE -RTGIlâKIQUJB DB L'iHmiinil. S&l

Certaines précautions, un bon régime, de prompts secours, peuvent diminuer ces inconvénieus. L'ouvrier profitera d'autant mieux de ces préservatifs et de ces remèdes, qu'il jouira d'une plus grande aisance, qu'il sera plus et mieux instruit. Il en jouira plus facilement dans les villes ; il y sera guidé par de plus sages conseils, assisté plus promptement, avec plus d*efficacité. A mesure que sa condition s'améliore et s'élève, il peut s'accorder quelques délassemens et quelques loisks; et réparer ainsi ce que les habitudes de son genre d'occupation peuvent avoir de ftaneste. A mesure que la civilisation avance, il est entouré d'une protection plus salutaire. Ainsi, les progrès même de l'industrie tendent à réparer les maux physiques que ses opérations entraînent à leur suite.

L'excès, du travail est quelquefois la cause du préjudice que llndustrie làitépronver à la santé de l'ouvrier; mais, il est douteux que ces excès lui profitent même comme gain : un ouvrier qui , pendant 15 ou 16 heures s'épuise sûr son métier, n'exécute pas plus d'ouvrage pendant un mois que celui qui travaille avec vigueur pendant 12 heures.

L'influence exercée sur la santé des ouvriers, par leur emploi dans les manufactures, dépend beaucoup du caractère personnel des manufacturiers, et du régime qu'ils instituent dans leurs établissemens. On est frappé de la vigueur des ouvners de certains ateliers dirigés par des chefs pleins de bienveillance et d'humanité (1). Cest donc par de sages conseils aux ouvriers, par de bonnes directions données à ceux qui les emploient, qu'il convient surtout de recourir pour écarter du théâtre du travail les conséquences pernicieuses à la santé des travailleurs. (2)

(1) Kapp«rtiiit, le • JtiiTier 1888, au conaeil général des manufectures de France, par M. Praire.

(2) ^L'un des meillears juges des questions qai intéressent le bien-être des pau^ivs, Tauteur du cél^re rapport des Commissaires Royaux chargés de l'enquéte de 1834, à la suite d'une visite fiiîte dans qiielque6<*uns des districts les

2^3 noynÀBE va^tie. uymb u. au», nu

ABTICLE un.

Du travail des €»fnu dtuu Ut mUlien,

L'homme qai abuse de tout, abuse da tnYail même; des enlrepreoeurs avides aboseot da tfatail de leurs ouvriers, achèceot, i défiiut d'esclaves, des victimes vdontaires qui acceptent ce'dur sacrifice. On cite, en France, des ateliers où les ouvriers de tout âge travaillent de IS à 15 heures par jour (i). Si l'ouvrier est occupé à un emploi qui exige un gr^d développement de forces, la fatigue deviaidra excessive. Si, comme pour la pnrfession de tisserand, par exeuqile^ il doit rester pendant tout ce temps inumdiile à la même place, exécutant toujours le même mouv^oDent, il semble difficile que sa constitution n'en soit pas altérée à la longue. Mais, reflet d'une telle application deviradra bien plus fiiH neste s*il tombe sur de pauvres enÊms, qui ont un besoin impérieux, dé mouvement, dont tous les organes demandent à se déveloM>er. On a généralement remarqué que l'introduction du système des mécaniques, dans la filature de coKnh, a bit singulièrement rechercher le travail des en&ns ; et^ dès

l'origine , on a abusé de remploi de ces innocentes créatures.

pki indoslrinix de TAngleterre, s'ezpnine comme il suit : « L'impreiiioii fé- « nérale qu'a produite sur nous tous Teffet du travail dans les fabriques a « été favorable d'une manière inattendue. Les ouvriers, dans œs districts, sont « les personnes de la classe laborieuse les mieux portantes, les mieux vêtues que « j*aie jamais vues. Les filles en particulier ont beaucoup meilleare mine que' « celles de la campagne. Les salaires que gagne chaqm famille %^j élèfeiit an « double de ceux qu'elle obtient dans les districts agricoles. > (Lettres de M. Nassau W. Senior, sur le ^actoij-^^cr, Londres* 1837» pag. 2S). Nous pourrions rendre le même témoignage à on grand nombre des pins importmlei manufactures de France.

(1) Toyez l'enquête provoquée, en 1634, par le ministre du commerce ea 7noice,et les d^cljurations de plusieurs fabricans à ce sujet (tome 3, pages 4Sy 34rHe9 194,270, 361, 521, 669,etc.},

TBATAIt DBS BHVÀKfl DANS tBS AniIBBS.

D'après le rapport du bureau sanitaire de Manchester^ en 1796, cetabns se manifesta en Angleterre à la saite de^ la célèbre invention d'Arkwright. L'introduction de ces savantes mécaniques, en réduisant l'emploi des forces musculaires de l'homme, lui substitue un genre de coopération facile, qui entraîne peu de fatigues. Il suffit de surveiller le jeu de ces nombreux fuseaux qui vont, viennent, tournent d'eux-mêmes, de renouer les fils. Une femme, un enfant peuvent rendre ce service, aussi bien, mieux peut-être qu'un ouvrier adulte et vigoureux; leur salaire est moins coûteux (1). On a dit, que cette occupation, par sa nature même, ne peut nuire aux enfans, parce quelle leur demande peu ou point d'efforts; mais, l'immobilité à laquelle ils sont assujétis, l'air trop peu renouvelé qu'ils respirent, la prolongation surtout d'une occupation uniforme dans sa simplicité, peuvent leur devenir nuisibles, lorsque la durée du travail dépasse certaines bornes.

L'invention des mécaniques pour la filature du coton a beaucoup accru le monta^nt du capital fixe employé dans ces fabriques, et réduit en même temps celui du capital circulant; delà^ pour lesvfâbricans, un intérêt manifeste à obtenir la pins grande continuité, comme la plus grande extension dans les opérations productives, et delà, par conséquent aussi les motifs qui leur font désirer à-la-fois, et de multiplier le nombre des ouvriers, et de prolonger la durée du travail.

Le docteur Aickin , au commencement de ce siècle, traçait le lamentable tableau des fatigues dont on accablait alors , dans les filatures de coton, de pauvres enfaûs, accumulés, sq>arés de leurs paréns, respirant un air insalubre, privés des bienfaits de l'éducation \ la chambre des communes d'An*

(1) M. Horner, dans son rapport du 21 juillet 1Ô24, cite une mant^cture de MM. Finlay et Comp. à DeanstOn dans le Perlhshire, où sur SOQ ouvriers) QQ complaît 442 enfans,

35* naaoÈam matib. litu ii. cbav. ni/

gleterrem retenti de» réclamadons élevées contre c^ alnis par des amis de Thumanîté (1). JEn supposant qu'il se s(Mt mêlé quelque exagération dans les peintures qui en ont été faites, on ne peut nier qu'il ne fut très grave, puisqu'il a fallu que plusieurs lois successives vinssent arrêter le cours de ces barbaries, et fixer la limite des heures qu'on ne pourrait dépasser^ dans l'emploi des jeunes ouvriers. (2)

Enfin, le célèbre biil du 29 août ISâS a établi les réglés suivantes :

<c Nul enfant ne i)eut être employé avant l'âge de 9 ans.

m Nul en£ant au-dessous de iS ans ne doit travailler plus de US heures par semaine, ou plus de 9 heures dans un seul jour.

<( Les personnes au-dessous de 18 ans ne doivent pas trà*yailler plus de 69 heures par semaine ou 12 heures/ par jour; elles ne doivent pas travailler entre 8 heures et demie du soir et 5 heures du matin.

ce On doiine une heure et demie pour les repas; mais, ce temps n'est pas compris dans les 9 on 12 heures de travail.

a Tout enfant restreint à 48 heures de travail par semaine, doit passer, au moins, deux heures par jour à l'école, chacun des six jours de la semaine. » ^

Diverses formalités sont prescrites, diverses pénalités introduites pour assurer l'exécutionde ces règles. Les lois que nous venons de rappeler ne s'appliquent, du reste, qu'aux manufactures de coton, de laine, de lin, d'étoupe, de chanvre

fl) M. Horner a déclaré que, sur 200O eofiiBseihpIeyésdaos des maoul 'tures en Ajigletene, il ae s'ed était trauTé q«e 1007 quiedssent a|»ptii à écrire. (R;apports à la chambre de» oommiineft do 12 octobret 180$» page 10» et du 18 janvier 1837, page 47.)

(2) Le bill de M. Robert Peel, en 1810» fixa à 12 heures k limite légale du travail des enians dans les manufacturés.

Celui qui fut adopté en.lSâS, sur la proposition de M, John Hobhoiise^ accorde seulement 00 heures par semaine pour le travail des ouvriers au-dessous de 16 fms, savoir : 6 jours à 12 heures e| un à 9*

«nu? AIL DBS BlffAHS DAM U» AfpUUS. SM

o« de soie, qui font usage de machines à vapeur ou de roues hydrauliques.

MaiS) on se demande si la loi la plus récente, celle du 29 août 1833, ne va pas au»delà du but qu'elle se proposait d'atteindre; si, en interdisant aux aàolescens de s'engager pour plus de 12 heures, et en ne leur permettant que le travail de jour, elle n'impose pas une gène trop rigoureuse pour la liberté et pour les intérêts des ouvriers qui seraient capables de prolonger au-4elà , sans fatigue , la durée de leur tra-»^ vail. Une discussion récente s'est élevée à ce sujet , au sein même de l'Angleterre. En applaudissant aux principes de cette législation, des hommes graves ont blâmé les mesures d'exécution qu'elle prescrit -, ils ont pensé que les garanties exigées sur l'âge des enfans , sur leur assiduité à l'école, étaient trop rigoureuses; que le système de partager en deux séances le travail journalier des enfans iRelay'Syêtemé)^ était à-peu-près impraticable; ils ont adhéré aux récjamations ou aux vœux des fabricans qui se plaignent des poursuites ju« diciaires auxquelles ils sont exposés, pour avoir dépassé les limites de la durée du travail des enfans , pour avoir laissé insérer de fausses énonciations dans les registres d^entrée». ainsi que des obligations qu'on leur impose pour veiller eux^** mêmes à l'éducation des enfans; enfin, de l'étendue dea pouvoirs conféré^ aux inspecteurs (1). Ces mesures cependant ont trouvé dés apologistes- dont l'autorité est grande en cea matières (2) ; c'est à l'expérience peut-étï*e qu'il faut s'en remettre pour apprécier le mérite de ces dispositions de dé-^ tail, qui sont purement réglementaires. (3)

Au reste, on est d'accord, en Angleterre, sur l'impossibilité de réduire à de plus étroites limites la durée du travail

(1) M. Nassau W. Senior, Esq. : Letters on the Factoiy act, etc. LonclaD, 1837, pag. 17, 23.

(^) Letter to M. Senior from L, Hofner, Esq., ib. pag. 30, 42.

(3) Nous aurons, par la suite , occasion de traiter quelqueiHilies de cet* questions.

256 , pmÉxiàKE partis, livee ii« chap.' m.

dans les fabriques, sans causer un extrême préjudice aux fabricans. Mais on se demande si la même législation ne doit pas être étendue aussi à d*autres genres de fabrication, et le Parlement anglais ne tardera pas, sans doute, à être saisi de cette question.

> En France même, nous avons eu à gémir du même spec^ tacle, dans de grandes manufactures, dont les entrepreneurs avaient essayé de réunir des colonies d'enfans appartenant aux hospices.

Une société formée dans l'un des principaux foyers de l'industrie française, et qui se distingue autant par son excellent esprit et la moralité de ses sentimens, que par son zèle ' pour les progrès de l'industrie, a cru devoir appeler la sollicitude du législateur sur la nécessité de prévenir l'excès du travail imposé aux enfans dans les grandes manufactures en fixant une limite ; elle a signalé les conséquences fâcheuses qui r^suj^^t du travail illimité, et le dépérissement de la santé qui s'annonce sur ses jeunes êtres qui se trouvent ainsi sacrifiés (1). Le gouvernement n'est pas resté sourd à ces avertissemens ; il a adressé (2) aux chambres du commerce et aux chambres consultatives des arts et manufac- Wes et aux conseils des prudhommes, deux séries de questions sur ce projet :

La pren^ièrp.série a pour objet de rechercher les faits , et embrasse les point!s suivons :

a Depuis quel âge les enfans sont-ils reçus dans les fabria ques? I

(1) la sœiélé industrielle de Mulhouse. Voyez son buUetio, n® 2d.

Elle a été elle-même provoquée dans celte circonstance par le zèle de Vim de nos plus estimables fabricans, M. Bourcart de Guebwiller (Hant-Rhin).'

M. le docteur Tillermé, membre de Tlnstitut, s*est livré lui-même sur ce sujet à d'intéressantes recherches, dont il a fiiit jouir l'Académie des sciences morales et politiques. Un de ses mémoires a été lu dans une séaftce publique du 2 mai 1887» et publié chez Firmin Didot. In*4. i (2; CircMlaire du 91 joiUet 1837,

TBA.YAIL DES BNFAHS DANS LES ATELIERS. 257

«Quels sonl les salaires qui leur sont attribues?

(c Quelle économie résulte, pour le fabricant, de la snbstitua tion des enfans à des ouvriers adultes?

«Quelle est la durée de leur travail?

a Sont-ils soumis à des travaux de nuit ?

«Les enfans des deux sexes sont-ils confondus dans les méa mes ateliers?

« Appartiennent-ils le plus souvent aux ouvriers occupés a eux-mémQs dans les fabriques et dans quelle proportion?

«Quel (est leur degré d'instruction? Suivent-ils les écoles? « Les suivent-ils le jour^ le soir ou les dimanches ?

«Quel est Tétat de la moralité de ces enfans?

«Sont-ils l'objet de mauvais traitemens de la part des mat- « très ou de ceux qui les emploient. 7>

La seconde série a pour objet la législation qui peut intervenir-, elle comprend les questious suivantes :

«Depuis quel âge les enfans pourront-ils être reçus dans « les fabriques? '

« La durée du travail sera-t-elle graduée suivant leur »ge?

«Leurs forces physiques devront-elles être en rapport avec « cet âge, et leur constitution reconnue bonne et capable de « supporter les fatigues de Tatelier, ainsi que le veut la loi « anglaise qui exige, comme justification, un certificat du cbi- « rurgien de la localité ?

« Quelle sera la durée du travail ?

«Enfin, à quel âge l'adolescent pourra-t-il librement s'en- « gager, par lui ou ses parens ou ses tuteurs, sans qu'aucune « restriction soit apportée à la durée de son travail?

«Les veillées seront-elles interdites aux enfans et aux ado- « lescens, et jusqu'à quel âge?»

Les organes de l'industrie française se sont empressés de répondre à cet appel, et il est résulté de ces informations que le sort des enfans est loin d'être aussi fâcheux , dans les fabriquais de France> que l'était celui des eufans dans les fabriques

258 PfiSUXiHE PAATfl. ttTU II. CHAP. III.

d'Angleterre (1). Cependant elles ont constaté des résultats déplorables i

1? .Que le travail des enfans dore ordinairement 12 à 13 heures chaque jour, mais qu'il estpousséjasqn'àl4,15etmême 16 heures en certaines contrées, notamment dans les principaux centres de fabrication ;

2^ Que, dans beaucoup de fabriques, on passe la nuit du satmedi au dimanche, et en temps d'activité plusieurs autres dans la semaine t

V* Que, dans un certain nombre d'établissem^is, omti^vaille nuit et jour sans relâche ;

k'' Enfin que les enfons soumis à un travail forcé sont fréquemment énervés par la fatigue , restent dans une profonde ignorance, ne reçoivent aucune instruction morale et religieuse, et qu'il règne parmi eux iine démoralisation complète. (2) '

Au reste, ces funestes abus ne sont point répandue d'une manière générale. Ils ne se produisent que dans quelques^ grands établissemens.

Les deux conseils généraux du commerce et des mauufac-* tures ont été à leur tour' consultés par le gouvernement, et, on présence de ces informations, ont émis, sur les importantes questions que ce sujet fait naître, des avis qui respirent une sagôsse remarquable et une haute moralité.

Il a été reconnu en principe qtie la société a le drpit in^ contestable et salutaire d'empêcher un père d'abuser de ses enfans. (3)

On a estimé • que, dans Tintérét des enfans eux-*mémes, il

(1) T/aualyse dti ees réponses a éié imprîmée et distribuée aui deux coa* sêils généraux' du commerce et des manufactures*

(2) Rapport de iHé Praire au conseil générfd des manufactures, dans la séance dti 6 janvier 1838.

(3) L'éloquente allocution dans laquelle M. Martin (du Nord), minisire du commerce a élabli cette vérité, au sein du conseil gcnéral des manufactures, y a obtenu des applaudissemens unanipies.

nkykït DES B1IFA9S DAÎrS LES ATSUBRS. 2&9

convient de les mettre de l'Age de 8 ou de 9 ans (i))'à travailler dans les établissemens industriels, mais jamais dans un âge plus tendre ;

Que la durée du travail journalier doit être graduée , suivant rage; que son maximum doit être de 8 à 10 heures de travail effectif, pour les enfàns de 8 à il ans (2); de 12 heureSi po^r ceux de 11 à 18 ; que ces heures doivent varier suivant le^ saisons ; mais qu'elles doivent être prises rigoureusement entre cinq heures du matin et neuf heures du soir ; qu'enfin, elles doivent être déterminées d'avance et indiquées par un tableau régulateur affiché <^ans chaque établissement ^

Que l'enfant admis dans un établissement mdustriel doit être muni d'un livret constatant son âge, sa bonne santé ; qu'il doit être tenu d'aller à l'école ;

Que le travail.de nuit doit être interdit, comme contraire à la nature, funeste aux mœurs, peu profitable d'ailleurs et très imparfait, quelquefois dangereux et mal surveillé; que certaines dispenses cependant pourront être accordées par l'administration pour des cas exceptionnels (3); mais que les adolescens de 15 ans et au dessus seront seuls admis à y participer C^);

Que le repos doit être constamment accordé le dimanche et jours de fêtes légalement reconnus;

Que, dans l'intérêt des Ouvriers eux-mênies, il convient de permettre de remplacer le temps perdu, en cas d'accidens, de chômage forcé, bris ou dérangement de moteurs ;

Que des inspecteurs institués à cet effet doivent surveiller

(1) Le consdl général des manufactures propose 8 an^, celui du commerce 9WM.

, (2) Le cobseil général des manufacture propose 8 heures, celui du commerce 10 heures. '

(3) Comme dans les grands établissemens métalhu^ques, les. mines, les ver* reries e^ d'antres où le travail ne saurait être suspendu sans inconvénient.

(4) Il a été reconnu que tel est, du reste, Fusage déjà généralement suivi dans cts établissemens.

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