‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 64 sur 90 · PREMIÈRE PARTIE. LIVRE II. CHAP. III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. LIVRE II. CHAP. III

rcxécution de ces mesures, et qu'elles doivent être accompagnées d'une sanction pénale; mais que des enconragemens accordés avec discernement doivent aussi 'en seconder les effets.

On a. pensé que les dispositions proposées devaient s'appliquer spécialement aux établissemens de filature et de tissage • du coton, du lin, du chanvre, de la laine et de la soie , dans lesquels la force qui agit sur le moteur est exercée par des jdours d'eau, la vapeuf, ou des chevaux; sauf àjes étendre plus lard à d'autres établissemens, si elles répondent au but désiré. Le travail des cnfans au dessous de huit ans a paru d'ailleurs indispensable à certains genres de fabrication, comme celles des toiles peintes en particulier, sans qu*il y donne lieu aux mêmes inconvéniens.

Il est reconnu que douze heures de travail par jour est une durée qui n'a rien d'excessif pour des enfans de 12 à 18 ans; aucmié plainte ne s'est jamais élevée sur les effets d'un travail ainsi restreint. Toutefois la duréç du travail devrait^ à notre avis, se modifier suivant la nature de rocçupatiom et le lieu qui leur sert de théâtre : il convient d'abréger cette durée selon que le travail impose des efforts plus fatigans, une situation plus sédentaire et plus immobile, le séjour dans des salles closes; car le mouvement et l'air sont surtout nécessaires à la santé des enfans.

On a remarqué, du reste, que le travail des adultes ne revient pas en France proportiotinellement plus cher que celai des enfans; les premiers travaillent avec plus d'assiduité, d'application et de vigueur : ils font plus et mieux.

Nous ne saurions douter que les vues exprimées par ces estimables représentans de l'industrie ne. soient bientôt réalisées par le gouvernement. C'est une circonstance aussi satisfaisante en elle-même qu'honorable pour l'industrie fr£^nçaisé , que cette . initiative' prise' par une ville manufacturière , et par des fabricaàs , pour solliciter .l'amélioration qui vient d'être indiquée ; qd^ ce vote unanimement exprimé par les deux conseils où siège l'élite des manufoctur

TRAVAIL DES BlYFAAS DANS LES ATELIERS. 261

riers et des commerçans. Ajoutons cet-autre résultat des informations recueillieSi que dans un graiîd nombre d'établissemens, 'les fabricans eux-mêmes ont non-seulement exécuté d'une manière spontanée ce qu'on demande à la loi de pre;scrire, mais fondé des écoles gratuites, et pris les soins les plus généreux, comme les mieux entendus, pour l'éducation morale des enfans qu'ils emploient. Les deux conseils généraux consultés par le gouvernement ont aussi insisté vivement, et d'un commun accord , pour que less bienfaits d'une semblable éducation soient assurés aux enfans qui travaillent / dans les fabriques, et ils ont indiqué quelques moyens pour les en faire jouir. (1)

Il est donc permis d'espérer que l'abus^ contre lequel se réunissent à-la-fois la morale et l'humanité, aura bientôt un terme ; c'est à l'administration publique qu'il appartiendra d'y remédier. Du reste, quelle cause doit-on accuser d'une cruauté qui mérite en efifet une sévère réprobation? Est-ce donc le progrès des arts mécaniques? Il peut avoir offert seulement l'occasion : la cause véritable , elle est dans l'avidité des entrepreneurs, avidité mal entendue peut-être, et il faut le dire, principalement dans l'avidité des parens eux-mêmes, qui deviennent complices d'une spéculation cruelle. Le marché, dans lequel ces tendres victimes sont immolées, ne se conclut que par l'accord de ceux qui les achètent et de ceux qui les vendent. De semblables marchés n'ont-ils pas lieu trop souvent dans les communes rurales de nos départemens du centre, pour de pauvres enfans qu'on amène dans les grandes villes sous la dénomination déjeunes Savoyards, et qui y végètent dans les plus rudes privations? Eh Angleterre, l'enfant n'est pas engagé par le manufacturier, mais par l'ouvrier fileur, et c'est ce dernier qu'on accuse d'exiger de son jeune aide une fatigue excessive.

(1) M..pràuçois Delessert a parfailemeDt exposé, en paiticulier, ces vues/ dans le rappori fait au conseil générai de commerce, avec autant d'élévation que de chaleur.

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' ARTIGLfe IX.

De V influence du travail considéré comme moyen d'instruction,

Considéré comme une sorte d'éducation intellectuelle, le trayail offre au travailleur Toccasion d'observer les phénomènes, de comparer les circonstances, de combiner les effets, de réfléchir sur les lois et les causes. Une opération mécanique en elle-même devient une sorte d'étude. Les merveilles de l'industrie déploioit, sous les yeux de l'ouvrier qui y concourt, toute la puissance de Fart humain, et lorsqu'il peut en saisir l'ensemble, en voir jouer les ressorts, s'en expliquer * les procédés , l'activité de son esprit est entretenue par un tel spectacle. .Si lûi-méme est obligé de recourir à l'emploi du calcul^ au raisonnement, pour ajuster et prévoir ; s'il doit inventer en exécutant, cette activité prendra encore un plus grand essor. Tel est en particulier le privilège de certains ai'ts, qu'on pourrait presque appeler des arts savans, tels que l'horlogerie, la fabrication des înstrumens et des machines ; d'autres qui se lient aux arts d'imagination et qui sont plus ou moins employés au service du luxe, comme l'orfèvrerie, la bijouterie, la gravure; d'autres qui se rangent parmi les arts particulièrement ingénieux , comme ceux du tourneur et de * l'imprimeur. Tel est aussi le privilège de certaines fonctions dans les entreprises industrielles, qui demandent un ordrç d'ouvriers instruits et capables, qui les appellent à diriger un ensemble de travaux . Tel est encore le privilège de toute profession industrielle qui se trouve combinée avec une spéculation un peu étendue, et qui force ainsi à étudier le^rapports auxquels se rattachent les approvisionnemenset les débouchés;à se rendre compte des avances» des frais, des bénéfices. Ce privilège, on le voit, est en général réservé à la classe d'ouvriers la plus avantageusemeii^ partagée dans le choix des occupations;

BB TmA.VAIL COMBIB MOYAlf D'iUSTEUCTION. 262

il appartient sous quelques rapports à la petite fabricatiout L'industrie, pour cette classe d'ouvriers, est une sorte d'éduca* Uon incomplète sans doute, mais qui favorise Tessor de cer-* laines facultés Intellectuelles.

Il est d'autres classes d'ouvriers^ moins favorisées : ceux-* ci obéissent au lieu d'agir par eux-mêmes ^ ils sont conduits par la i^outine plus que par la réflexion $ ils n'aperçoivent qu'un seul et même objet, ne conçoivent qu'une seule et même opération ; ils roulent dans un cercle étroit d'idées , peut-être même dans un cercle d'actions sans idées ; ils violentent la dure matière, mais ne la gouvernent, ne la transforment pas; ce sont les manœuvres; ce sont ceux que la division du travail confine dans le détail d'une occupation mécaniquement absolue, uniforme. Toutefois^ si quelque application est encore demandée à leur esprit, s'il leur faut exécuter avec une précision délicate et rigoureuse, observer des proportions, secon^ fonner à un modèle, la persévérance même de l'exercice exigé favorisera chez eux cette attention qui est la plus essen- ^ tielle des facultés de l'esprit, la plus propre à former le juge- \^ ment, et qui se fortifie surtout par la régularité et la constance. /

Le travail des champs place l'hotnme sur un autre théâtre et le met en présence de la nature. Quelle école î Quelle magtA&que succession de phénomènes! Quelle inépuisable va«

riété ! Quelle puissance^ quelle majesté, quelle régularité dans ces lois! Go|Bbien d'observations à recueillir! Quel aliment pour l'imagination î N'est-ce pas à ce même foyer que s'exalte * le poète? Les trois règnes «e déploient tour-à-tour; chacun vient s'allier à l'industrie humaine ; le cours de l'année amène chaque jour et de nouvelles scènes et des soins nouveaux. Le cultivateur ne doit-il pas tout ensemble se ressouvenir et prévoir? Nedoît-il pas imaginer sans cesse avant d'agir, veiller de toutes parts sur ses richesses ou ses espérances? N'a-t-î! pas aussi une sphère de spéculation à embrasser, des comptes exacts à tenir?

Oui sans doute, et telles seraient en effet ses çludes, si, ou

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propriétaire, ou fermier, ou colon; il avait quelque loisir, s'il y apportait les dispositions convenables, s'il y était préparé par réducation nécessaire. Mais le simple journalier, le manœuvre n'ont qu'une occupation matérielle à conduire. Nos bergers ne s'occupent par d'astronomie comme les pasteurs de l'Arabie; ils ne s'çccupent pas de zoologie, quoique vivant au milieu de leurs troupeaux. Les bûcherons ne se livrent pas aux recherches sur le régime forestier, sur l'éducation des arbres. Le commerce continuel avec les animaux,rexcèsdes fatigues corporelles ralentissent l'essor de l'esprit, entretfennent la léthargie dans l'intelligence. '

L'artisan a l'avantage d'entretenir, soit par lè séjour qu'il habite, soit par la.naiure même de ses travaux, des relations plus étroites, plus suivies, plus multipliées avec ses sembla-

blés. L'isolement auquel l'homme des champs est condamné, pendant la pli^s grande partie de son temps, s'il est propice à la méditation calme et solitaire, le'prive des secours que réducation intellectuelle puise dans les communications sociales.

Il se montre plus d'esprit chez l'artisan, plus de bon sens chez le cultivateur. Le premier est plus habile discoureur, calcule plus promptemeYit ; le second se conduit avec plus de sagesse pratique. Il sort pUts d'aliénés des ateliers; un plus grand nombre d'idiots errent dans les campagnes.

L'industrie manufacturiéfre rejette au sein de la misère un grand nombre de pauvres ouvriers , repoussés par leur incapacité, ou languissans par la faiblesse de leur esprit : il reste toujours assez d'intelligence à l'honune des champs pour s'occuper encore à quelque détail utile; la plupart des crétins eux-mêmes rendent divers services dans les vallées des Alpes ; un vieillard, un enfant, gardent le troupeau, ou du moins la basse-cour. Les ateliers ouvrent une carrière bien ,plus étendue à l'ouvrier actif et capable, dont l'esprit saisit ce qu'il voit faire ou entend dire, et^comprend la puissance de son art.

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Résumé et conclusion de ces deux cfu^iim.

C'est par le (ravail que l'homme lutte contre Tindigence ; c*est parTindustrie dans le travail qu'il lutta avec avantage.

Il y a toujours trop de population dans une contrée que nevivifie pas l'industrie. La sauvage Tartarie envoyait l'excédant de sa population, envahir la Chineetrinde. Au commencement de notre ère, les nations de l'Occident et du Nord se disputaient un territoire presque inculte, et s'en chassaient les unes les autres. La Germanie désignait périodiquement par le sort le tiers de ses familles, pour aller chercher sur les terres de Vempire romain la subsistance qui lui manquait, et ce furent ces essaims de fugitifs, qui, après l'avoir assailli pendant tant de siècles, finirent par l'anéantir et par en occuper le vaste territoire. Le désir de prévenir les inconvéniens d'une population surabondante a fait introduire dans l'tle de Madagascar, Tatroce coutume d'une immolation d'enfans pour célé<brer les fêtes du roi (1).

Quoi qu'on en puisse dire, il n'y a jamais trop d'industrie dans un pays, ni une industrie trop parfaite. En considérant le système àe rindustrie dans son ensemble, il ne peut y avoir ni un excès général d'abondance de produits, ni un excès géné^ rai d'emploi pour lé travail. L'un forme la richesse commune, l'autre en distribue la jouissance.

Ainsi s'évanouissent les alarmes de ceux qui croient apercevoir dans les progrès de l'industrie une sorte de fléau destructeur, qui voient une cause de ruine dans la source de la prospérité sociale; alarmes dont la conclusion logique serait

(I) Voyez une intérassante notice sur cette ilci dans la Bibliothèque univct^ selle de Genève de novembre^ 1833.

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de faire chercher la séeorUé et le bîen-étre dans roisiveté et rigoorance

Mais ce serait aussi fermer tes yeuK à la lamière pour considérer le progrès industriely comme pouvant à lui seul prévenir Tindigence, y porter remède, et pour méconnaître qu^u contraire en certains cas il peut l'accroître.

Le navire qui s'élance hors du port en déployant ses voiles^ , qui traverse FOcéan pour aller conquérir dans un autre hémisphère des richesses inconnues, ne peut-il pas être arrêté par le calme, assailli par la 4empéte, brisé contre un éceuii, frappé de la foudre? El comment Tindastrie, dans son vol audacieux, ne rençoptrerait-elle pas aussi des périls?

Plus est vaste d'ailleurs la sphère qu'elle a embrassée, et plus elle offl*e de prise aux chances variables des évènemens. La fortune a ses jeux terribles pour les états comme pour les particuliers; lorsque le crédit s'ébranle, que les débouchés sont interceptés, l'étendue et la vivacité des souffrances est en raison de l'étendue des entreprises qu'alimentaient les capitaux et qui comptaient sur le succès.

Les créations industrielles sont séduisantes pour la pensée, mais eQvironnées, dans l'exécution, de mille difficultés et de mille obstacles. Alors même qtie toutes les circonstances les favorisent , un appui souvent leur manque , celui de Texpérience. Une foule d'entr'elles échouent ; celles mêmes qui réussissent ne se consolident souvent qu'après avoir ruiné les fondateurs.

Les circonstances locales peuvent être plus ou moins favorâbles ou contraires, suivant que les matières premières abondent on manquent , que les marchés d'écoulement sont plus ou moins accessibles , que les capitaux s'agglomèrent et circulent ; suivant que le degré d'instruction , le génie dp s habitanspréparent mieux d'habiles ouvriers i suivant que les arts ,qui sont dans une dépendance mlituelle marchent en accord; suivant la situation géographique d'une contrée, son étendue, la nature de ses limites : ces influence diverses affectent ou

RiSUIti fiT COVCIUSIOS DBS DBUX CHAPITRES. 267

le principe vital de Tindastrie elle-même ou. quelques-unes . de ses branches. Les éyènemens que le temps amène avec lui apportent des encouragemens du des obstacles à Tavancement et à la propagation des connaissances , à l'extensioit ou à raffermissement du crédit , à la facilité et à la sécurité des échanges.

Les ouvriers dont la destinée est lu plus exposée aux chances défavorables sont :

Ceux qui travaillent entièrement pour compte d'autruij

Ceux dont le travail n'emploie que la force , musculaire ;

Ceux qui louent leur travail au jour le jour;

Ceux qui fabriquent les objets de luxe $

Ceux qui fabriquent les objets destinés, à l'exportation.

Quelque merveilleuse que soit la puissance de Tiadus-

trie , elle a ses limites. Veut-elle lutter contre la nature des choses , sans s'être assuré les moyens de triompher des obs-* tacles ? ses efforts font autant de victimes.

Faut -il donc pour cela maudire ses créations , arrêter son essor ? Non , non : mais il faut régler sa marche , prévoir les dangers,les conjurer par la prudence, porter remède en- . suite aux maux qu'on n'aura pas su ou pu éviter. Loin de fer* mer les ateliers , de proscrire les agens naturels , de frapper d'interdit les grandes exploitations , applaudissons au double effet gui tend à4a-fois à favoriser le consommateur par le bas prix des marchandises , et à encourager le travail en élargissant sa carrière. Mais entourons d'urie' protection tutélaire le simple artisan, qui , vivant au jour le jour , ne peut ni calculer le rapport. des produits avec les besoins, ni échapper à la souffrance , quand , par une rupture dans réquilibre général^ il se trouve momentanément sans em«ploi.

Nous devons le reconnaître : le malaise qui parait se produire en certains pays dans la classe ouvrière, est moins rdffet d'une gêne ou d'une détresse réelle, que celui d'un état âlnqui^tude, d'agitation, de ipécontentement^ qu'ont produit,

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qu'entretiennent des circonstanees récentes , le spectacle des grandes fortunes , la propagation de certaines doctrines, l'influence des mœurs générales; ils éprouvent la contagion d'une maladie dont la société actuelle semble atteinte, et qui, dans tous les rangs, dispose chacun à être mécontent de son sort.

Donnons à l'industrie agricole tout l'élan qu'elle est susceptible de recevoir ;^mais ne nous flattons pas qu'elle puisse fournir à tous les bras une occupation suffisante.

La propriété foncière est soumise , pour sa masse totale et sa divisibilité à des limites certaines : la propriété mobîlière n'en coHi^aît pas. L'industrie qui multiplie et répartit la^ seconde peut donc seule, au-delà d'un certain terme, rendre accessible à tous la propriété et la richesse. Dirigeons donc vers les champs de l'industrie les prolétaires que la propriété foncière refuse d'admettre au partage.

Les producteurs et les consommateurs, loin de se regarder comme ennemis , doivent enfin reconnaître qu'ils ont au fond le même intérêt. Rivaux en apparence, les producteurs de genres divers ont aussi un intérêt commun : chacun d'eux trouve dans la prospérité des autres une plus grande faculté de consommation pour ses propres ouvrages. "

Le pauvre, soit comme consommateur, soit comme producteur , est doublement intéressé à la prospérité de ceux qui produisent et de ceux qui font travailler. L'inégalité des conditions^ dmis le monde industriel, exprime la division du travail, les répartitions des fonctions productrices: eiieest la condition du développement de la fabrication, de l'activité pour ceux qu'elle emploie. Le plus modeste ouvrier recueille par des canaux divers des bénéfices obtenus dans les rangs supérieurs. L'irriter contre le capitaliste, c'est l'irriter contre l'instrument, contre le mobile des travaux. Autant vaudrait briser dans ses mains le ciseau et la lime , dessécher le lit du ruisseau qui vient baigner son champ , priver de sa chute d'eau le moulin qu'il exploite. L'entrepreneur est

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intéressé à voir acquérir la plus haute valeur à l'instrument qu'il emploie , et^ par conséquent ^ loin d'avilir Touvrier, il doit désirer le voir jouir de rinstruciion et du bien-être. * L'ami de l'humanité ne peut assez insister sur ces grandes vérités, trop méconnues peut-être: que ne lui est-il possible de lis rendre populaires , de les faire comprendre à tous ! que ne peut-il^ en présence de l'homme laborieux et de celui qui l'emploie , dérouler les anneaux de la chaîne cachée qui unit leurs destinées, et leur faire domprendre tout le besoin qu'ils ont de leur bien-être mutuel !

De même qu'une branche dMndfustrie ne saurait, hors quelques cas d'exceptions , s'élever isqlée et solitaire , de même que l'industrie manufacturière a besoin d'être appuyée, sur le commerce, que l'agriculture invoque la présence des Jabrications, le développement général de Tindiistrie ne peut porter véritablement ses fruits que lorsqu'il est accompagné , . secondé, au sein de la société humaine, par le développement des lumières et de la moralité : ces deux ordres de progrès doivent marcher parallèlement. Il faut que Thomme, qui vît à la sueur de son front, acquière, autant qu'il se peut, tout^ la puissance de ses facultés, qu'il soit plus instruit y. pour que, dans l'avancement de l'industrie, il puisse retrouver, par son emploi comme agent intelligent , un ample dédommagement à l'emploi qui lui est retiré comme simple moteur matériel : il faut qu'il soit meilleur , pour mieux tirer parti des avantages qui lui sont offerts et mieux sje préserver des dangers qui Venvironnent. L'homme qui préside à une grande exploitation' est le chef d'une société. Il est responsable de l'imprudence.de sa conduite à ceux qui lui ont confié leur destinée, en même temp"^ qu'à lui-même. Il ne doit pas être seulement leur maître, mais leur exemple, leur protectei^r et leur guide. A mesure que le pouvoir donné sur la matière se déploie dans sa main, que l'homme sache mieux, en un mot, comprendre et maintenir toute la dignité de sa nature. •

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