CHAPITRE IV
Be la popQlatîoia dans ses rapports avec les causes de rîndîgénce;
Questions qui seront élevées a ce sujet
' Les i*apports de là population avec la prospérité des états oat) dans tous les siècles, occupé les méditations des sages et des hommes voués à Tétude dés ;E(ciences politiques. Mais , dans les temps, modernes , et spécialement depuis xme époque récente , les ^^tions qu'ils font nattr« se sont agrandies. D'unepart,les progrès de Téconomie publique ont fait envisager ces questions sous de nouveaux points de vue^ d'un autre c.6té les documens statistiques qui manquaient aux temps anté^ rieurs ont été recueillis, rassemblés, et ont apporté de nouveaux faits , sygg^ré de nouvelles comparaisops.
Les ancifflis n'avaient vu eu général dans l'accroissement de la population qu'une circonstance favorable à l'intérêt de la société; ils vdyaieat croître avec la population là force de la société elle*mémiet- Cette opinion s'ex{flique naturellement. Dansunitat de civilisation encore imparfait, on sentait davantage tout ce que le nombre des habitans ajoute à la puis-sancé des pays ; on suppo^it une population qui , en s'ac-^ croissant, n'admettait que. des sujets sains et vigoureux i ^ on n'hésitait^ pas à considérer comme une charge de la société les si^ets infirmes et débiles. Platon et Âristote non-seulement autorisaient le sacrifice des enfans paraissant à leur ^ naissance atteints d'une faible constitution , mais le comman-' daient comme utile ; en Grèce, à l'exception de Thèbes, comme
AAPFOKTS DB LA POPVLATIOK AVXG t'uCDICHUTCE. 271
à Rome Finlàiiticide était permis par les lois, admis par les mœurs.
En adoptant la doctrine des anciens sur les avantages d^une population croissante , la plupart des économistes et de» publictstes modernes n'eurent garde d'y associer la suppoi^ltion d'un semblable correctif; mais ils la justifièrent par des consi* dérations tirées des services que la société attend et reçoit de ses menibres. Cette doctrine à eu le suffrage du docteur Price^ celle de l'auteur de fAmi des hommes y elle s'est appuyée sur l'imposante autorité de Fauteur de t Esprit des Lois.
Cependant, déjà en Angleterre^ le grand-juge Haie et Fillustre chancelier Bacon , après eux le fondateui* de la nouvelle école d'économie politique^ Stewart, avaient commencé à signaler les dangers d'un excès de population. En quelques centrées, notamment en Allemagne et en Suisse, le législateur s'était, alarmé des inconvéâiens que peuvent entraîner . des mariages imprudens et précipités, entjee des personnes gtti n'ont point encore des ressources sufiSsantes et assurées. Sans d'autres pays, on avait paru craindre une trop grande agglomération de la population sur les mêmes points , et une suite d'ordonnances de nos rois« par exemple , avaient cher-' ehé à arrêter l'agrandissement de la capitale.
En s'emparant de cette opinion , M. Malthus en a tiré une tfaéoiie aussi neuve que brillante $ il a excité, momentané^ ment du moins, un effroi universel par l'image des périls aux- <iaei6 ^'humanité est exposée par l'excès déTla population. La aituation de l'Angleterre a contribué sans doute beaucoup à suggérer et à propager des alarmes ; à l'époque où M. Mal<^ thus éctlvit, r Angleterre subissait une crise pénible, résultat eoôibliié de plusieurs cireonstances. Elle semblait, ad sein même de la prospérité , ne pouvoir plus offrir de suffisantes ressource^ à une grande partie de ses habitans^ et une foule d'habitans en effet fuyaienti en émigrant, un territoire qui ne lear offi^it plus lasubsistance; on eût dltqn'il n'y avait pas aàsez^
d'espace pour respirer sur te sol des trois royaumea. Frappé
272 FRÊMIÂRB PARTIE. LIVRE II. CHAF. IT.
des exagérations que Godwin avait commises eiv célébrant les bienfaits de la population, M. Mallhus se laissa facilement entraîner à des exagérations contraires ; il se préoccnpa surtoRt des périls. Le rare talent avec lequel il exposa sa doctrine , la forme systématique qi^'il sut lui imprimer^ lui prêtèrent une sorte d'autorité dans les régions mêmes qui, placées dans des circonstances différentes , étaient moins soumises à son application; des économistes-dû premier ordre sous^ criyirent eux-mêmes, du moins en pairie, au dogme nouveau. Il trouva à son tour des exagérateurs : on a vu des théoriciens s'exalter à l'envi sur Furgen te nécessité d'arrêter par tous les moyens la reproduction de l'espèce humaine , et conseiller à cet effet les mesures les plus rigoureuses ou les plus bizarres, (l)
La science,en recueillant avec empressement et gratitude les précieuses recherches et les vues utiles que renferme VEêêai êur la population, a déjà soumis à une Juste critique plusieurs des opinions qui y soùt exposées, recti&é des calculs erronés^ réformé des conséquences hasardées, dissipé plusieurs nuages. Elle a signalé en particulier l'équivoque attachée à rèxr pression , moyens ' de subsistance , équivoque sur laquelle reposait cependant l'une des bases du système. Elle s'est refusée à reconnaître comme une loi réelle la célèbre proposition qui compare les progrès de la population à une progression géométrique , et ceux des moyens de subsistance à une. progression arithmétique ; elle a réduit cette prétendu^ tendanc,e, au rang d'une hypothèse qui ne se réalisera que dans des circonstances extraordinaires et exceptionnelles. D'antres erreurs encore se dégageront du tissu où le système de l'illustre écrivain les a .laissé se mêler à des vérités utiles.
(1) Quelques-uns ont été jusqu'à regretter les ordres motiastiques. Un auteur allemand, frappé du déluge de maux dont les progrès de la population lui semblait menacer sa patrie, n'a pas hésité à souhaiter l'emploi de moyens physiques pour imposer la stérilité. {Fon der Uebeivaeikerung in Mittel-EU' ropa m4d^r9fi.Folg9n fu/ 4*p ^taoten md ihrc dvUmt'm. ?I|lle, |827.)
EAPPOUTS DB LA POPtLATIOU AVEC l'iuDIGBNCE. 273
Nous ne saurions nous détourner ici de notre route pour nous engager dans une discussion polémique sur les diverses parties d*un systèmeà-peu-près jugé et généralement condamné. Nous marchons plus directement à notre but, en examinant dans un ordre méthodique les divers problèmes que renferme dans son sein le sujet même de Vinfluence de la populati<m sur les causes de la pauvreté.
Ce sujet , en effet , n'est point y à beaucoup près , aussi simple qu'il le paratt au premier abord. La population, soit dans chacune de ses phases , soit dans les divers mouvemens qu'elle subit, se compose d'élémens divers, et à la nature spéciale de ces élémens se rattachent des influences différentes.
L'accroissement , la réduction , l'immobilité de la population n'ont pas toiyours les mêmes conséquences ; les conséquences varient suivant le principe qui prévaut dans l'un ou l'autre de ces trois phénomènes.
Ainsi, d'abord, il importe de distinguer Faction qu'exercent sur les phénomènes relatifs à la population, ou la mortalité, ou les naissances. Lorsque la population reste stationnaire parce que ces deux termes se compensent, il se peut que tous deux soient faibles , ou que tous deux soient élevés. Lorsque la population crott , ce résultat peut provenir ou d'une diminution dans la mortalité, ou d'une augmentation dans les naissances, ou des deux causes à-Ia-fois. Lorsque la population s'affaiblit , ce résultat contraire peut provenir à son iour ou d'un accroissement dans la mortalité, ou d'une diminution dans les naissances.
La mortalité, à son tour, ne frappe pas tous les âges dans les mêmes proportions. Depuis la découverte de la vaccine, elle a davantage épargné l'enfance.
Le nombre des naissances dépend à-la-fois et du nombre
des mariages , et de leur fécondité. Mais, pour apprécier les
effets qui en résultent, il convient de distinguer le nombre
des enfans légitimes et celui des enfans naturels , et d'exami-
ner la proportion relaiÎTe du nombre des naissances dans les diTerses classes de la sociéié.
Dûtmcdoa à éiablir entre Us wdetm réeUss et Us ^mUeun wéUlipes des
élémeni de la populatitm^
Uévalnaiion des éléiAens de la popolalion peat donner lieii à de graves méprises ^â'il importe de prévenir.
Le mouvement de ta poppUtion dépendant dn tappon des décès avec les naissmices ^ i( suffit que l'un de ces deux tei^ mes vienne à changer pour qiie levgr produit change anss^ : si la mortalité diminue, pendant que les naissances demeurent stationnaires , le nombre des naissances comparé à la popu? lation totale se trouvera plus faible. Au premier eoup^^'œil une iUusion peut j^voir lieu : on sera porté à croire que le luouvement des nais^^Aces se ralentit. De même y si la mortalité diminuant , le nombre des marbiges reste eonstam-* ipei^t uniforme, le r^yiport 4^ ceux-ci à la proportion totale s'aflaiblissauti on ser^ tenté 4« supposer qu'il y a moins d'in i clination pour I4 mari^ge^/Cependant, oette eenséqnence ne lera exacte qu'aulaAt que la diwniUJM^n de la mwtaUié con^ servers à la société, da^i^ les mêmes proportions, des parens qui puissent doi^ner le jour à des «afisns, an des personnes nubiles qui puissent fli'uftîr en mariage.
Réi^ipr^uement , si la mortalité augmente pendant que te nombre des qiariages ou des nàisasinces reste immobile , la. population totale s'affaiblissant , le rapport des mariages et celui des naissances à la population deviendra plus élevé; on sera porté à croire que 1^ npmbre relatif des mariages et des n^issapceç augmente/ Cependant, oetie conséquence aussi pourrait être inexacte. Car il peut; se 6iire que la faux de la mort ail fraixpé principalement des persoiines qui n'eussent pas mis des eufans au jour, et qui ne lussent pas nubiles. Or» c'est ce qui arrive^ordiuairemient.
L'inverse aura lieu si c'est au contraire le nombre ifm^
BISTCrCTIOH DANS US iLÉHEKfl M hk »a»UI«ATlON. 27$
Baiss^ces qui augmente ou décroît. S'il augmente , quoique celui des décès reste staiionnaire , la mortalité relatÎTô paraîtra affaiblie. Si le nombre des naissances diminue « le nooibre des décès restant le même 9 la mortaUtifelalite paraîtra s'élever.
Pour mesurer l'action des causes qui tendent on à multiplier, ou à diminuer le nombre des naissànoes ou celui des mariages, il faudrait comparer le mouvement des naissanees et des mariages, non à la population xle , co mme on a cou-* tume de le faire, mais à cette partie de la populàtioî^qui pifor fournir des naissances ou des mariages, el qui est ordinaire* ment inconnue.
C'est donc par l'effet d'une méprise que, en voyant la moita* Uté d'un pays s'affaiblir, et le rapport du nombre des naissant ces ou cekii des miurit^s à la popiulatk» totale baisser m même temps, on croit pouvoir en conclure d'une manière eo^* taine et absolue qu'Uy a, en^etfeî, uMmuide mariages ou mdins de naissances } on aurait t#rt de supposer que les mariages et les naissanees deviennent plus flréqliens^par cela aeiri que leur rapportavec la pq^ulatioii s'âève, lorsque la mortalité vient k augmenter. On se hâte trop d'affirmer dans le premier cas ^ qu'un instinct de prudence porte l'espèce humaine à s'absie-^ niri danslè~sêcond, qu'un sendUable instinct pousse f espèce kumaine à combler les vides qui $!f forment. Ge» eflét» pen^ vevl n'être qu'apparais ; ila peuvent d'aiUeiirs se combiner avec l'action d'autres causes. (1)
(1) IVotre estimable économiste, M. Say Iui*méme, n*a pas échappé à cetfe* erreur; après aToir rappelé qu*en Angleterre la population , dans la période de temps de 1700 à 1821, s'est élevée progressivement de 6,7991900 haMtam à la millions, et que, cependant, le rapport des mariages à 1« popukiion totale s^t affidblie, étant
£n'17'70 de un sur 118 habilans.
1780 — 12« 18)1 ^ ia4
Il en conclut que les rnari^ts ont constnmmmê <Ummw4f il y voit une r^
PREniÈRE JPARTIB. LIVRE II. CHAP. IT.
Ce qui occasionne celle méprise, c'est qu'on s'imagine que
a population augmentant . le nombre des mariages et celui
des naissances doivent s'augmenter en même temps dans une
égale proportion. C'est une^erréur, et telle n'est pas la loi de
la nature.
Une population qui aura doublé ne doit point par le seul cours naturel des choses donner une double quantité de m^-!^^ riages, une double quantité de naissances.
Pour' qu'il en fàt ainçi, il faudrait que tous les élémensdont la population se compose eussent également doublé à-lafois , et qu'il y eût ainsi un nombre double de personnes arrivant à l'âge et dans les conditions nécessaires pour contracter mariage. Les choses ne se passent pas de la sorte. L'augmentation de population peut se répartir , et se répartit ea effet d'une manière plus ou moins inégale sur les divers élémens.
.D'un côté, l'augmentation du nombre des naissances ne donne encore par elle-même que des enfans en bas-âge; une grande portion d'entre eux n'arriveront point à l'époque où ils pourraient s'engager dans les liens de l'hymen. En France , 4'âprès les tables dressées au commencement de ce siècle, /i6 individus mâles sur 100 atteignaient seulement le terme de la vingt--cinquième année. La mortalité frappé surtout les premières années de la vie. Suivant les mêmes tables de. mortalité, si le nombre des naissances supposé de 1000
serve, fruit de la prudence et commandée par les moyens d* existence de chaque famille, {Cours complet d'économie politique pratique, 6* partie, cbap.2 , t. 4, pag. 320.) ^ ,
Ce judicieux écrivain n'a pas remarqué que, la mortalité, pendant le même intervalle de temps, ayant baissé de ijify^ à l/60^f le rapport des mariages à la population devait baisser dans la même proportion, si le nombre réel des ma-: riages fût resté le même. Mais ce rapport n'a baissé seulement que de 1 1 8 à 184, ou de lO à 11 ; ce qui prouve que le nombre des mariages s'est en effet sensiblement accru, comme le prouve dans le fait Tinspection des tab)eaux pré« sçntant le mouvement de la population en Angleterre»
DISTinCTIO» DAMS LES ÉUBMBKS DE LA POPULATION. .277
par an, venait à doubler , par cela seul le nombre des décès se trouverait accru dès Tannée suivante de 232, de 337 la deuxième , et ainsi de suite ; en sorlé que la mortalité, si auparavant elle était en rapport exact avec les naissances ou de 1000 par an, se trouverait de 1232 lapre- .mière année, de 1337 la seconde, etc. La population ne s'étant accrue en réalité dans le cours de la première année que de 1767 individus, le rapport du nombre des décès à la population serait sensiblement accru.
D*un autre côté , le cbangement survenu dans la loi de mortalité change toutes les bases du calcul -, la variation dans le nombre des décès, influe sur la durée moyenne de la vie , et par là sur les conditions du nombre des mariages; cette influence ne suit pas toujours les mêmes proportions.
La diminution du nombre des décès peut favoriser de préférence tels âges, ou tels autres; comme aus^ la mortalité en devenant plus forte , peut firapper spécialement Tenfunce , la jeunesse , Tâge mûr, ou la vieillesse. Si la faux de la mort / moissonne de préférence les premières années delà vie, moins /' de sujets parviendront sur le seuil deThyménée. Si elle frappe ' de préférence Tâge mûr ou la vieillesse, un plus grand nombre de sujets auront été admis au rang de pères ou mères de famille; ils en auront seulement joui moins long-temps.
A notre avis, on a trop généralement supposé que les lois . de la population étaient constantes dans un même pays et ùui- ^ formes , dans les divers pays ou dans les diverses classes de la société, (i)
Les documens publiés sur le mouvement de la population sont aussi trop souvent insufiisans , pour déterminer ces lois avec une exacte précision.
(1) Les trois tables publiées chaque année par le Bureau des longitudes ont ^ été dressées diaprés les recherches .et les calculs faits par M. Davillard au commencement de ce siècle. Mais, depuis cette époque, la loi de mortalité a suocessîvement varié parmi nous. Elle n'exprimait d*aiUeurs même à cette époque qu'une moyenne générale pour la France entirà'e.
!276 P&EMliE&IÉ PARTIE. trVRE ÏI. CHAP. ÏV.
La diminution de la mortalité ne tend pas directement par elle-^méme à multiplier les naissances ; elle tend seulement h prolonger la durëe moyenne de la vie humaine. Elle ne multiplierait les naissances qu'autant qu'elle multiplierait les mariages , ou qu^elle rendrait les mariages pluç féconds. Nous venons de voir qu'elle n'a pas pour effet certain et général de multiplier les mariages dans une égale proportion. Elle a encore bien moins pour effet de rendre ces mariages plus féconds dans une proportion correspondante. Une vie plus longue accordée aux époux donne ordinairement occasion à la naissance d'un plus grand nomlire d'enfans , mais cependant n'augmente pas ce nombre d'une manière proporlionnelle. Deux époux vivraient ensemble le double d'années qu'ils ne donneraient pas pour cela le jour à une faille ' deux fbis plus nombreuse.
Ce que nous venons de dire de la population d'un pays, comparée à elle-même à diverses époques , s'applique également à la population de deux ou plusieurs pays , comparée à la même époque.
Supposons deux pays ou la population serait la même , (et dans Tun desquels le nombre annuel des naissances , par une cause quelconque, serait double de ce qu'il serait dans l'autre. C'est le phénomène que nous offrent deux dép^irtemens voisins 1*uq de l'autre, le Finistère et le Calvados comparés entre eux (1). Par cela seul que le premier compte deux fois plus de naissances ; il subira un nombre bien plus considérable de décès. Chaque année, le premier perdra sur 20 mille naissances de Tannée précédente &6&9 enfans, pendant que le second sur 10 mille n'en perdra que 232& ; chaque année le premier perdra sur les naissances des vingt années
(i) La population du Finistère en 1831 était de. ....... . 524,396 habit. Celle du Calvados de. . '404,702 habit.
Lc^naissances de. . 10,925 ^ Idem du 1 0»603
Les décèsde 17,144 Idem du 10,690
Les mariage de... . 4,873 Idem du. 4,812
DISTINCTION DaNs LB8 itÊMBIfS DÉ LA l>01>t7LATI01T« 279
antérieures 1176 individus, tandis que le second n'en perdra Qtte 588 , du moins , d'après la loi de mortalité qui existait en France au coiÂmencement de ce siècle. Il ne ibut (onc pas èé fi^rer que les enfans viennent au Jour précisément pour 'accourir en remplacement des personnes que la tnort enlève , et pour combler le vide qui se forme ; c'est la iftort qui moissonne plus largement dans le vaste champ que lui offrent des naissances si nombreuses.
En continuant à comparer ces deux départemens ft*ançâiS| on remarque que le premier voit célébrer chaque année un quart on un cinquième de mariage^ de plus que le second; Le nombre des adultes arrivant à Fftge ou dans les conditions nécessaires pour se marier n'est donc pas, dans le ' premier, double dé de qu'il est dans le second, et ce résultat se lie au précédent. Cependant , à population égale , le premier voit contracter plus d'hyménées que le seiîQnd, parce que la vie moyenne y ayant une moins longue durée , il renferme moins de gens âgés , et plus d'adultes dans l'Age où se forment les liens du mariage. On ne se marie pa^ précisément pour remplacer les suites des nombreul décès , mais on se marie lorsqu'on est en état de se marier. Du moins , cette circonstance y contribue en partie ; bientôt nous en signalerons d'autres causes.
Les états de l'Europe , où la mortalité est le moins élevée, sont ceux^où le rapport des mariages et deâ tiaisisanéeâ à la population paraissent les plus faibles. Eh Angleterre, où la mortalité n'est que de 1^61 , le rapport des mariages à la population est seulement de i/l&9, et celui des naissances de 1/&9. En Norwège, où la niôi'talité h^ëtait, il y a 60 ans, qUe de 1/48, le rapport des mariages étdlt de l/àO, et celui des naissances de 1/28. Tandis qu'en France^ où la mortalité est d'environ 1/&0, le rapport des mariages est de ft/i2A^ et celui des naissances 1/SO. Ce n'est pas, comme le suppose Mk MalthDB, que le nombre réel et efifeciif des mariages et celui des naissances croissent ave(; i^s décès;
280 paBHièas paiItie* uvab ii. ghap. iv.
c'est que là, où la durée moyenne de la vie se prolonge davan* tage, où les mêmes hommes vivent plus long-temps, la population se composant plus long -temps des mêmes élémeos, à moins d'occasion de se maintenir ou s'accrottre par ,Ae nouvelles naissances. Les hommes ne se marient qu'une fois, quelle que soit leur longévité, hors le cas de veuvage; ils ne se marient pas plus souvent par cela seul qu'ils vivent plus long-temps. Il n'y a pas plus de célibataires en Angle* terre ou en Norwège qu'en France , proportionnellement au nombre des personnes mariées ; mais comme la vie y est plus longue , il s'y trouve plus de personnes mariées relativement au nombre annuel de célébrations de mariages.
La même observation se reproduit lorsque l'on compare entre eux les differens départemens de la France. Généralement partout où la mortalité est la plus faible, les mariages et les naissances paraissent aussi dans un rapport plus faible avec là population totale. Ainsi, la Nièvre, le Cher^ le Finistère, le Bas^Jthin, Indre-et-Loire j Ille-et-Filaine^ la Somme, les Bouches-du'Âhone, les Basses-Alpes, dans lesquels la mortalité s'élève depuis 1/33 jusqu'à 1/26, figurent parmi ceux où le rapport des naissances à la population s'élève de 1/28 à 1/23. Aucontraire les départemens des Haiites-PyrAie'es^ du Gersj du Lot, de Lot-et- Garonne y detAveyron^ de Saône-* et-Loire, du Cantal^ de F Orne, de la Ch^arente^ de la Côte^ d Or y de la Haute-Garonne, de Tam-et-Garonne, du Cal" vadosy de la Gironde, de la Haute-Marne, où la mortalité n'est que de 1/48 à 1/64, figurent parmi ceux où le rapport des naissances à la population, n'est que de 1/33 à 1/51.
Il n'estpas nécessaire de recourir, pour expliquer ce phénomène à l'hypothèse d'une plus grande circonspection dans les dispositions des hàbitans qui peuplent les premiers, ainsi qu'a cru devoir le faire un ingénieux et laborieux auteur (1).
(1) Foyez la lettre de M. Francis dlvernoisà M« le docteur Yillemké, sous la date du l«' avril 1833, insérée dvis la Bibliothèque uni^flk de Genève, de février 1835,
BXTBKSIOK DE L*INDIGB1CCB. 381
Le phénomène s'explique de lui-même et naturellement , sous l'empire des mêmes mœurs. Dans l'un des départemens qui Tiennent d'être cites, comme dans les autres, le rapport du nombre des mariages annuellement célébrés , avec celui des personnes qui sont en &ge de les contracter, peut être le même. Mais le nombre de celles-ci ne croît pas nécessairement en raison directe de la diminution de la mortalité. Plus l'échelle que {présente la loi de mortalité s'étend, moins on trouve d'in« dividus compris dans chaque section de cette échelle , et , par conséquent, dans celle qui renferme les sujets nubiles. Aussi voit-on le nombre réel eteffectif desmariages et des naissances augmenter d'année en année, dans les départemens^oà il est cependant dans un plus faible rapport avec la population totale. Dans les cinq départemens de l'ancienne Normandie que l'on a cités comme ceux où la mortalité est la plus faible, , et où le double rapport des mariages et des naissances avec la population est en même temps le plus réduit, on voit de 1801 à 1830 le nombre des mariages , s'élever graduellement de 1A,500 à 19,300} celui des naissances s'élever de 1805 à 1819, de 62,600 à 69,500.
ARTICLE m.
i}e rmfiuence queJBerce Vaeeroisiemeni de ht population sur l'extension de
l'indijgenee»
Ces considérations préliminaires établies, cherchons d'abord à apprécier quelle sera relativement aux causes de l'indigence , l'influence générale d'un accroissement dans la population.
Le premier résultat, le résultat immédiat d'un accroissement dans la population est d'accroître le nombre des consommateurs.
Mais c'est une grave erreur que de supposer que la consommation va s'accroître nécessairement dans la même pro-
482 PBEHiéftE l>A]ITtE. ttVB* II. CttAP. IV.
portion. Les eubns cottsômtnent molâs qtie le^ âdUltëft; les temtties, moiûB que les hommes ; les TieiUdrds, moinâ qtte les Jeunes gens ; leà personnes qui mènent une vie sédentaire, moins que celle dont rexisteiice est active; les personnes rëu* nies en commun&utë , moins qtte celle» qui vivent sépa* tèe^ ) une population agglomérée , moins qu*une population Stéparéê.
'L'économie, Tordre, les soins, en prévenant les déperditions, en conservant les produits, industrie en perfectionnant lei manipulations, les emplois, peuvent satisfaire à une l^onsommation plus étendue av.ec leà mêm^ s approvisionne* mens. La tempérance peut modérer les fconsommations, noù*' deulement s&ns diminuer les forces, mais en les favorisant. Il se peut donc que la quantité de produits consommé» soit loin d'augmenter comme le nombre de ceux qui eonsomment. C'est ce qui paraît avoir éehappé à l'illuMrè auteur de VEéfai éur ia poptilati&n, et à ses disciples ^
L'étendue de la consommation dépendra surtout desfacul'tés de ceui qui consomment. Tout accroissement de popula** tion, en faisant éclore plus de besoins^ Sollicite par \)ela même plus vivement la production. Si la population s'accrott dans une société opulente et dans la portion aisée de 'cette société, elle déterminera une demande d'autant plus considérable de produits, et par conséquent, en occasionant un plus
grand emploi du travail, elle en rehaussera la récompense.
. Sous ce premier point de vue, l'accroissement de la population , en ouvrant des débouchés plds • étendus aUx produits, Walt donc fevorable à lu condition de la Classe laborieuse.
Maïs, en multipliant les consommateurs, ne multîpliera-t-il pas les nécessiteux ? Sî la masse totale de là richesse commune reste la même, la part de chacun sera d'autant plus faible que les côpartageans seront plus nombreux. Sî la population
s'accroît dans une sociétë peu riche, et dans là portion W plus
malaisée de celle société, elle fera éclore plus de besoins là où il eKîsle le moins de ressources.
Nous l'avons vu : une population nombreuse peut lêtre accumulée sur un territoire stérile, et cependant se trouver abondamment pourvue de subsistances, pourvu quil existe an dehors un marché sur lequel les denrées abondent , que l^accès de ce marché lui soit ouvert, et qu'enfin elle puisse elle-même porter en échange les produits de son propre tra- Taîl, et y trouver pour eux des acheteurs. La population que renferme un territoire donné, peut recevoir un accroissement indéfini, aussi long-temps que les trois conditions qui viennent d'être indiquées continueront à être remplies.
La première ne cessera point de l'être sur notre globe, pendant des siècles. La seconde ne sera suspendue que dans des circonstances extraordinaires et violentes, par des guerres, surtout par des guerres maritimes, et encore dans le cas seulement où ces guerres interrompraient toute colnmonîcation commerciale. La troisième sera satis&ité par les progrès réguliers de lUndustrie : alors, la population, en 8*accroissant, mettra au jour, par son travail , une plus grande quantité ' de produits susceptibles d'être portés en échange, avec avantage, sur les marchés, à raison de leur qualité et de leur prix.- Les pays qui approvisionneront en denrées , lui demanderont en retour et consommeront des produits.
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, qu'il est une portion de capitaux, don de la nature, qui ne peut s'accrottre indéfiniment pendant que la population se multipliç sur un territoire donné; c'est celle qui est représentée par le sol, par les matières premières qu'il renferme , par la fécondité dont il est doté.^ Il en est une autre , présent de l'industrie, qui naît du travail et ,de l'économie ; elle consiste en machines et iDfttrameQS> en forces, en lumières, en argent appliqué à la reproduction ; celle-ci peut obtenir un progrès indéfini,
28& PHEMIÀRE PAATÎE. UVEE II. CHAP. lY.
et en partie à Faide de la population elle-même, et par conséquient en rapport avec les progrès même de la population. (1)
La richesse née du travail pourra donc augmenter avec lui y en raison même de la population, si l'emploi du travail , le nombre et la capacité des travailleurs croissent avec elle.
Il est donc possible que la population s'accroisse d'une manière indéfinie, sans que . la misère augmente, et même avec un accroissement très marqué de richesse commune et de ressources individuelles.
On se trouve ainsi conduit à se demander quelle est Tinfluence de l'accrpissement de la population sur l'accroissement de la production. Ces deux progrès sont- ils nécessairement parallèles? Ou' bien l'un tend-il à dépasser l'autre? Quel est celui, dans un' tel cas, dont la marche serait plus rapide ?
Certes, ce serait se laisser atteindre par des terreurs paniques, que de s'effrayer du nombre des consommateurs, si la production devient proportionnellement plus abondante.
En examinant cette question, un fait principal s'offre d'abord à l'esprit : c'est qu'un adulte valide, un travailleur instruit et diligent, produit beaucoup au-delà de la valeur de ce qu'il consomme, en objets de première nécessité. Ce fait se révèle d'une manière manifeste dans l'état présent de la société, lorsqu'on considère, d'une part, la multitude depersonnes qui sont nourries sans travailler, ou en travaillant peu, et d'un autre côté la profusion des choses versées dans la consommation au delà dés approvisionnemens de première nécessité.
Cette puissance admirable du travail s'étend d'une manière indéfinie par les progrès de l'industrie qui Centuple lés forces
(1) Cest donc une erreur de M. Malthus et de ses disciples d'avoir supposé que raugmenlatiou totale des capitaux ne peut suivre raccroisMment de la population. Gela est vrai seulement d'une seule portiçn des capitaux, celle qui dépend du sol.
fitTSUSIOir DB L^IKDIGEKCS. 285
de l'homme, par la division do travail, par les inslrumens et les machines , par Tinstruction et Texercice, par les progrès des sciences. Les belles expériences de Pérou ont prouvé que la civilisation donne même un plus haut degré d'énergie aux forces musculaires de Fhomme.
Cette puissance, au reste, n'est pas égale chez tons les travailleurs; elle dépend de l'habileté de chacun, des moyens dont il dispose, du genre d'occupation auquel il s'appli-. que.
Si la population, en s'accrôissant, multiplie le nombre de ceux qui peuvent travailler ; si, pendant que la population s'accrott, la' puissance du travail s'élève, chacune de ces deux circonstances augmentant la production, leur réunion, combinée l'augmentant plus sensiblement encore, il pourra se faire que les progrès de la production égalent, surpassent même les progrès de la population, et la surpassent dans une proportion très forte. L'Angleterre et la France, depuis que leur population a doublé, produisent certainanent qua« tre, cinq fois, peut-être dix fois davantage.
Il n'existe pour ce rapport, aucune règle absolue. La proportion entre les progrès de la population et les progrès de la production dépendent à-la-fois, et de l'extension que reçoit le nombre des travailleurs, et de celle qu'obtient la puissance du travail ; elle varie avec l'action de ces deux causes. Là où l'industrie reste stationnaire, la population, en s'accroissant, pèse davantage sur la société 'y là od l'industrie se' perfectionne, en même temps que les bras se multiplient^ tons jouissent d'une plus grande aisance, quoique le nombre des habiians devienne plus considérable.
Mais ia tendance naturelle des progrès de la populartion, n'est-elle pas de multiplier le nombre des sijyets capables de travailler? La société humaine ne tend-elle pas à s'avancer dans les voies de la civilisation, à mesure que les siècles s'écoulent et que la population augmente? Les pays les plus peuplés du globe ne sont-ils pas ceux où la civilisation est
386 FRKHlilB 9AETIB. UYES II. CHAP. IT.
{lortée plus haut, Tindustrie plus développée, la richesse plus abondante? Voyez jusqu'où s'est élevé le nord de notre Europe, par le concours simultané de ses divers progrès! Yoye« où sont descendues les régions de l'Asie, et les rivages de TAfrique orientale convertis en vastes déserts, depuis que la civilisation y a rétrogradé !
Ainsi s'évanouissent ces fantômes menaQansr dont on épouH vantait nos esprits, en nous représentant l'accroissemeni de la population comme une sorte de monstre qui portait dans son sein la famine, la mis^e, et qui allait désoler 1^ inonde au lieu de l'animer. Non, les progrès de la pq^ulation ne ooBr damnent point à mourir de fatm ceu^L amtqaeb ils donnent le jour f mais ils leur imposent le devoir d'être utiles à eux-mé* mes.et aux autres^
Ce <|ui menacerait le hien-étre de la société ce ne sont point les progrès de la popidaUçm par eux^méaie» , maie l'oubli des conditions que ces progrès lui imposent. De mtoe que l'individu , en avançant dans la car rière d^ la vie, ee doit croître que peur se perfectionner, la société ne doit aus» voir ses membres se multiplier , Qu'en améUorwt sa civilisation, ses lumières, son industrie, ses mcsurs^^ C'est sous cette condition obligée que la vie se diével<H>pe dans l'iudi^ vite, comme dans le corps social, et tous deux souffreni qumid ils manquent à leur destination. Il y aura, toiôonie .tropd'hahitaaa dans un pays qui oonsentiraîi à rélrograd«r« Où a vu la popûlatioa s'étendre, et l'on s'est é«rié : omrMm^ çBKviêÊ»} u»préeqdQ$ eH ie»€m$wKMl ]!iens esons 4lve» an eootieire : rassurez-vous \ Ne craignez pomt de satisteire em indications de la nature ; maïs soyes fidèle à ses lois; obset^ Mea la grande loi qu'elle a imposée à l'humanité ; devenez plus forte) plus écdairés et meilleurs l
U n'y a pas tf exnès réels de pcfiulntion; il n'y a qu'une dtn reetiofl knparfoite eu vicieuse dans le déveioppement qu'dle reçoit.
0» ne pem se ééfemtre d'épreum^ vienne smpriM m
YoyaDt concevoir de si vives alarmes sur raceroissmieiit de là consommation de la part de ceux-là même qui s'el* fixaient de Textettsioa de la production^ en sorte que» dans ee qu'ils appellent Texeès de la populationy ils s'inquiètest tout enaenbleet de ne plus trouva d'approvlsionnemens poqr les besoins des.uns» ni de débouches pour les productions des autres. Tout produit, gràee aux ëeiianges du conuneree^ se transforoie en divers objets de consommatioci. De mette que î'ahondsHice de la production^ lorsque le travail devient plus actif et plue puissant , trouve son remède dans la mubiplica* tiou dca conaemmateurs \ de mène aussi les besoins eroissans é'un pkM gramd nombre d'habitans trouvent leurs ressourcée dans la multiplîeation des producteurs. L'henme 4tant pr^ ducteur et consommateur tout ensemble, apporte avec lui en naissant les élémens de cette balance; il apporte plus de capq[cité sous le premier rapport, que de nécessités rigou~ reuses sous le second.
Un bomme qui, en devenant père de famille, ne saurait pas jse créer des ressources plus étendues que celles qui lui suffisaient dans le célibat, devrait s'accuser non d'être père, de fasûttey mais de négfiger les efforts que ce titre lui eom^ mude. Un paya qui, au milieu des progrte de sa pop«lii% ^n» négligerait les autres eonditiena qui doivent les accon*» pagner en subirait la oûnaéquenee i il vetvait FindigeMt efdtre ausai dans aan mm. Or, il est d^gae de rei^aeque que ee pltënomèoe se produit quelquefois dans les paya esaear tidtonent agricoles, et où, par conséquent, les subsistaneia aoot le plus abendantea. GottOM l'industrie agricole, sur wi tnrritaire donné, ne peut oeouper qu'un nombre^ de braa dé» teimiÉé, si lorsque la pq^ubiilou des ea^pagnea vient à dé^ passer cette limite, les manufactures et le commerce wt^ fraMeneore^ aucun emploi à ee surcroît dliabitans, une mi-* 8Éve relaiive sq manifeste au sei» même de Ifabendàneei Atts^i les nombreuses troupes jjlfémigrans qui fuient notr» vfettl# Eupopia pour oherdÉw un^ étti^llësettenf' Ams^ W
288 PBBMlilS TAKTR. tlTAl II. CSAF. IT.
Nouveau-Monde, se composeut^ils presque excInslTement de familles de cultivateurs.
Chaque profession, dansForganisation de la société, ne comporte qu'âne proportion déterminée dans le nombre de ceux qui l'exercent. Cette proportion peut se restreindre pour quelques-unes, pendant qu'elle s'étend pour d'autres. Lorsque les cadres de l'une d'elles sont remplis, ceux qui se pré-, sentent pour y entrer occasionnent un embarras, d'autant plus grand, qu'ils affluent davantage. Ce n'est point l'excès de la population qui cause ces inconvéniens^ souvent ftijjéstes au repos de la société; ce sont les erreurs commises dans la manière dont elle se distribue ; ce sont les méprises de ceux qui s'obstinent à se précipiter dans une carrière déjà obstruée.
De la mortalité»
En général, et ani>remier coup-d'oail, une diminution de mortalité s'annonce comme le symptôme d'une diminution dans l'indigence ; par une heureuse réaction, la première est à4a^fois et la suite et la cause de la seconde.
Il suffit que les indigens soient nombreux pour que la mortalité soit forte \ réciproquement , par cela seul qu'il y a moins de misérables, la mortalité doit s'aiEriblir. Plus exposés^à tous les accidens, les pauvres ont beaucoup moins de.moyens de salut ; les mêmes circonstances qui multiplient les; indigens, multiplient les maladies et en aggravent les effets.
.Mais aussi, les décès, en se multipliant, créent des orphelins.et dépeuplent les ateliers; par cela seul au contraire que la mortalité s'affaiblit , des parens sont plus souvent et plus Iwg-teiPps conseryésÀ leurs enfans ; des citoyens utiles à
irnPLUENCE Ofe LA MORTALITÉ. 389
la société i une pins grande intensité de vie semble respirer dans le sein de la société , et avec elle une plus grande chaleur dans le foyer de toutes les forces fécondes.
Lors donc que la population d*un pays s'accrott par suite de la diminution survenue dans le nombre des décès ^ cet accroissement, Idin de faire craindre un développement de Findigence , se montre au contraire comme le favorable indice d'un plus grand bien-être.
Nous n'avons pu cependant en conclure avec un célèbre écrivain (1), que la mortalité doive être généralement et constamment Tindicateur certain du degré de pauvreté ; car, toutes les causes qu} font éclore Tindigence n'agissent pas au même degré sur Tabréviation de la vie , et plusieurs causes indépendantes de la mortalité agissent sur l'étendue de la misère. D'ailleurs, la plus ou moins grande mortalité dépend de circonstances diverses ; elle se déploie sous des conditions différentes , et ses rapports avec le phénomène de la pauvreté se modifient en conséquence.
Cinq circonstances principales paraissent influer sur la mortalité des habitans d'un pays :1e climat, le régime de vie, la constitution des habitans, l'exercice de l'art de guérir, et les naissances. Suivons les effets de chacune. .
Le climat, selon qu'il est plus ou moins salubre, plui^r ou moins doux, devient plus ou moins favorable à la conservation des forces humaines. L'insalubrité, en multipliant les maladies, multipliera les pauvres. La rigueur du climat se fera davan<tage sentir aux pauvres, et multipliera aussi les indigens en multipliant les besoins. Dans les pays où le climat accélère le développement de l'oi^anisalion, les forces.s'épuisent plus tôt; U y a moins de vigueur, plus de disposition à la fainéantise, et par conséquent plus de tendance à la pauvretés L'insalubrité locale affecte le séjou^r des indigens de préférence à celui des riches.
(1) M% Tmack d'Iveniois, voyes la lettre déjà citée,
290 ^mnaJOLB Pàxnm. ixvbk n. ouf. it.
Les écarts de régime abrègait la vie dedeox manières opposées : par l'excès des prÎTatiims , on par l'excès des Jonisr sances ; ils épuisent les finrces par un excès immodéré, on les laissent dépérir par l'inaction. L'excès des privations et cehd des fatigues n'atteint guère que les- pers«mnes malaisées; il propage l'indigence. L'abns des plaisirs , l'affiûbliasement né de l'indolence, atteignent de préiërence les riches, et les habitans des grandes cités.
La constitution physique des habitans dépend en partie , sans doute, et du dimat et du r^me de vies mais eUe se rattache aussi à des disposiUons hérédiuires. En général, on trouve plus de gens robiKtes dans la claflse laborieuse et parmi les habitans des pays de montagnes.
Dans l'influence exercée sur la mortalité par l'art de guérir^ il font comprendre le degré dé perfection auquel la science est parv^ue , le nombre de ceux qui l'appliquqit , la police relative à l'exercice de l'art , le concours de tous les soinS nécessaires aux traitemens des malades. La classe malaisée est généralement moins à portée de recueillir ce genre de secours, et de jouir des progrès des sciences médicale^.
Lorsque, dans une population donnée, le nombre des nais^ sances augmente le rapport du nombre des en^s en bas âge proportionnellem^it à celui des adultes^ cet âge encore si foible , étant plus panieulièrememt exj^osé aux maladies « étant firappé par la mort dans tme proporti<m beaucoup phn forte i la mortalité générale en sera inévitsMement accrue; Les conditions malaisées s'en ressentiront davantage > parée que ce sont celles ob tes enfans reçoivent plus difficilement tous les soins nécessaires à la conservation de la vie.
Il n'est pas indifférent aussi d'examiner quels sont les àge^ que la mortalité frappe, ott ceux qu'elle ménage de prélë^ rence. En effet , la mortalité n'est pas un régulateur certain et uniforme de la vie moyenne, La vie moyenne se déterminé par la somme des années auxquelles atteignent tous les habitans d'un pays , diviséis par te nombre de oes habitans. Sa
]>1I KOMBBl B18 KAfftSANCts; S91
durée sera moindre , si la mort se Iiftie d'étendre principale** ment ses ravages sor les enfans ; elle sera plus considëraMOi si la mort attend pins tard pour dévorer ses victimes. Or , cfest surtout la durée de la vie moyenne dans un pays qui atteste le Inen-étre général de ses haUtans, comme elle ang* mentS la masse de leurs forces. Malheurmisement, les docu-* mens oflBciels, à l'aide desquels on établit les mouvement de la pc^ttlation dans les contrées de l'Europe, en offrant le nombre des décès , négligimt trop de faire connaître dans quelle pro« portion ce nombre se répartit sur les différens âges.
La mortalité plus ou moins grande, qui règne ou dans une région ou à une époque , ne saurait donc être un si^aoégal et çonstam décrétât de bien-être ou de malaise qui domine chea ses babitans ; la valeur de ce signe varie en beaucoup de buh mtejgs. Une réduction donnée dans la mortalité , quoique toujoursfavorable, peut l'être dans Un degré plus ou moins marqué , suivant les combinaisons qui là produisent on Tac* c<mipagnent
AETICIE y.
Du nombre des naissances»
En général , et au premier c<^ttp«d'ceil, l'acûroissement àxk nombre des naissances dans une population donnée ^ s'an** jaoQce comme le symptôme d'une extension dans la pauvreté-
L'expérience |H-ouve qu'il nait ordinairemeat fixa» d'enfana dans les classes malaisées } phénomène qui n'est pas d'acccffd il est vrai, avec les principes de la doctrine de M. Malthas, mais qui n'en est pas moins certain , et dont tout-à-l'heure nous chercherons l'explication.
. Le malaise des Êunilles gênées s'accreissant en inusM An
39!S PREHIBRE PARTIE. LIVRE II. CHAP. lY.
nombre de leurs enfans, lorsque les naissances semulUplienl) wf plus grand nombre de familles, ciiai'gées d^enfans en basàge, doivent être précipitées de la gène dans l'indigence.
La multiplication des naissances accroît la charge imposée aux familles ; l'enfant en bas-âge devient pour les familles laborieuses , non-seulement une occasion de dépenses / mais une distraction obligée; la mère surtout est détournée de son ouvrage par les soins qu'il réclame. Le nombre des or*phelins augmente avec celui des jeunes créatures qui sont exposées à ce malheur.
Les enfans nés dans l'indigence, à leur tour viendront augmenter par la«nite le nombre des pauvres. Peut-être ils héri- • w^ .«,»., ^
teront des habitudes qui ont conduit leurs parens à la misère: peut-être ils seront atteints par la contagion .du décourage-ment qu'elle répand autour d'elle ; leur constitution sera affaiblie dès le berceau ; lenf éducation restera incomplète. ' Lorsque les progrès de la population résultent plutôt d'une multiplication dans les naissances que d'une diminution dans la mortalité , ils ont manifestement pour résultat de remplir les i*âtigs de la société d'une nouvelle classe qui consomme sans produire. Ils ajoutent aux besoins, sans étendre la production , parce qu'ils n'ajoutent rien aux forces.
N'exagérons point cependant l'influence qu'exercera cette circonstance sur les développemens de la pauvreté; ne lui attribuons pas surtout un caractère trop absolu ; ne nous persiuàdons pas trop facilement que tous ces nouveau -nés Vont devenir autant de misérables.
Distinguons d'abord deux hypothèses; fort différentes : celle où l'accroissement du nombre des enfans résulterait seule* ment de la multiplication des mariages , et celle où il aurait pour cause une plus grande fécondité dans ces mariages.
Dans la première hypothèse, l'accroissement des naissances contribuera moins sensiblement à l'extension de la pauvreté ; car, il est reconnu qu'un père de famille, vivant du travail deses mains, ne commence à être atteint par l'in-
nu KOMB&B BBS NAISSAIIGSS. %9i
tligence que lorsqu'il a trois enfans en bas-âge. La pauvreté 8'accrott moins par la multiplication des familles, que par le trop grand nombre d'enfans incapables de s'aider euxmêmes, dont se composent les familles. Distinguons ensnite les naissances légitimes et les naissances naturelles. Si les premières imposent de nouvelles charges aux parens , les secondes rendent la destinée des enfans plus fâeheuse : les premières ajoutent momentanément à la gène de quelques familles ; les secondes créent une nouvelle classe d'indigens pour un certain nombre d'années, et peut-être pour la vie entière.
Considérons enfin quelle est la portion de la société danç laquelle les naissances se multiplient de prtférence: si Tac*croissement'se fait sentir parmi les riches, il amène. une plus grande répartition de la richesse ; il est favorable aux producteurs, parce qu'il encourage la production. La pré- -sence d'un enfant dans une famille malaisée , en devenant une consommation nouvelle, une dépense plus grande^ va -devenir un fardeau pour le père de famille , il est vrai; mais n'y a-t-il donc ici qu'un calcul de consommation et de dé^r pense? N'y a-fril qu'un concours de circonstances matérielles ? la présence de ce nouveau-né n'éveillera-t-elle pas, n'entre^
tiendra-t-elle pas l'esprit de famille? n'excitera-t-elle^ Bjl&
l'activité ? ne rendra-t-elle pas capable de plus grandes fati*-
les ? n'inspirera-t-elle pas la prévoyance ?
Ce qui prouve que les familles laborieuses ne considèrent pas totyours comme un fardeau la présence des enfans , c'est l'empressement qu'elles montrent sous nos yeux dans un grand nombre de contrées , à se charger même d'enfans étrangers.
Près de &0 mille orphelins et enfans trouvés, confiés à la charité publique, sontplacés chaque année dans nos campagnes, sur toute la surface de la France, sans aucune difiiculté. Ces placemens se font moyennant une indemnité extrême-* ment modique ; la moyenne de la dépense est de 70 francs par an, pour un enfant au-dessous de douze ans $ à douée , le
MA PREMlàftB PAETIE. LIVBB tl. GHÀP. IV.
placement a lien sang aucune indemnité. Ces infortunés, pour obtenir cette espèce d'adoption dans les familles, rencontrent cependant un obstacle naturel, la répugnance qu'ini^ire leur situation , et l'origine de la plupart d'entre eux , accrue encore par la constitution ordinairement débile, souvent viciée , dont tis sont atteints. Quelquefois même, dans certaines localités, on demande , comme un avantage pour le pays , l'envoi d'enfant qui y seront mis en placement. Quehquefois il se trouve des gens qui les acliètent ; on en voit des exemples en Italie.
On a mis à contribution l'histoire naturelle et la physiologie pour évaluer la fécondité de la fiemme ; en renfermant entre 20 et AD ans la période dans laquelle cette fécondité est circonscrite , en supposant qu'une femme met au monde un mifàttt tous les deux ans , on a considéré dix enfans comme la moyenne de la fécondité de la femme. On a supposé que, livrée à son cours naturel , la reproduction de l'espèce hn* maine suivrait ainsi une progression extrêmement rapide. On a cité l'exemple des Etats-Unis de T Amérique, où la population double en peu d'années* Mais cette question pe saurait se résoudre par les seules lunaières de la physiologie. Diverses circonstances morales Influent d'une manière plus ou moine I
aensible sur la fécondité des mariages. Le luxe , le relâche-^ ment de» m^aun i le gaât des plaisirs, la vanité elle-même, concourent à restreindre le nombre des enfans dans les fa*milles opulentes i une grande partie d'entre elles s'éleint suc- .cessivenient. La débauche nuit à la repn>duclton de l'espèce :humaine. Dans les conditions laborieuses, une vie plus au&tère, des mœurs plus pures,' rapprochent davantage les époux ( souvent les enfans sont désirés comme des aides. Parmi les pauvres même , l'insouciance, l'imprévoyance donnent fréquonment aux mariages une fécondité excessive. En comparant le nombre annuel des naissances dans chacun des arfondissemens delà capitale, on remarque qu'il est beaucoup l^lus élevé dass les quartiers qui comptent le phis d'indtgens.
J>|} 90tf«|tX »£S HAlklÀMS. 995
t'accroissement de la population aux États-Unis est w
pbépomèDe extraordinaire, dont on ne saurait généraliser (es
applications. Les immigrations annuelles y contribuent puis-
sammenti ^ circonstances locSiles réunissent d'ailleurs toui
ce qui peut encourager la fécondité des mariages.
Nous deyons donc ranger seulement la multiplication de^ naissaBces illégUimesi et celle des familles malaisées ou indi?gentés, parmi les causes actives de Textenûon de la pauvreté, quels que soient d'ailleurs les progrès delà population sur l'ensemble du territoire.
Du wfm^r» des nuvria^eSf çowkUrp 4tm lepqiftt de 'VU» c^nomiqww
La grande et difficile question de Tinfluenoe qu'exeree sur raccroissement de la pauvreté Taugmentation du nombre des mariages demande à être traitée, sous deux points d^ vue dif- {érens : Tun purement économique , l'autre essebtiellemeat
moral.
Bonionsrnous au' premier en ce moment; l'autre se présentera de lui-même dans le chapitre suivant*
La multiplication des mariages çontribue^trelle direoter tement et par elle seule à l'extension de la pauvmé ? au bien n'y eontribue-t-elle que par l'influence qu'elle exerce ^r la multiplication des naissances?
Bemarquons que le nombre des naissances ne suit point nécessairement le nombre des mariag«s( (i)« Ceux-ci peuvent s* multiplier, sans que cellesrlà deviennent plus nom-
(1) • U Jwmbre lolal des mariajg^ no paraît ^wir ^ucu)»e >i4»fpw s«n4^
* ble sur (4ui des naissances; U se présente, au contraire, en sea$ inverse»
• soit que Ton considère les époques, les saisons ou les lieux. » Essai sur la population de Loir-et-Cher, parM. de Pétigny, page 100. Plus Imn, page 102, ce judicieux écrivain ajoute : « C'est donc une erreur de croire, comme les pu- « blicktes du xvin* siècle, quil suffise de midrtpïier les mariages pour multi-