PREMIERE PARTIE. LIYRE II. CHAP. IV
breuses. On sait que la fécondité des mariages subit des modifications sensibles^ non-seulement suivant les loca-~ liiés, îiiais suivant les conditions : les mariages des riches sont beaucoup moins féconds que ceux despauvq^s; Texpérience prouve que la plupart des familles qui occupent le premier rang dans la société s'éteignent promptement. En jetant les yeux sur le mouvement de la population dans les différens départemens de la France, on est frappé de voir que si un ceirtain nombre d'entre eux se trouvent placés à-la-fois audessus des deux termes moyens du rapport des naissances et d<es mariages avec la population, il en est un certain nombre au^si qui^ bien que placés au-dessus du terme moyen des naissances, ont cependant moins de mariages annuels que la moyenne de la France entière ; en sorte que les deux rapports y sont en sens inverse Tun de l'autre. C'est ce qu'on remarque en particulier dans le Lot-et-Garonne , Tarn-et-Garonne, la Gironde, Seine-et-Marne, l'Oise, la Dordogne, la Creuse, Seine-et-Oise, Indre-et-Loire, la Vienne, l'Yonne, la Sartbe, la Meuse, l'Aube, la Corse, l'Hérault, la Marne, départemens placés cependant sous des climats divers et dans des conditions diverses de richesse et d'industrie. En même temps, si quelques départemens sont à-la-fois au-dessous de la moyenne sous les deux rapports , il en est qui, bien que voyant célébrer annuellement un nombre de mariages supérieurs à la moyenne, figurent cependant parmi ceux où il natt le moins d'enfans. C'est ce qu'on observe dans les départemens des Hautes-Alpes, du Gard, du Nord, du Bas-Rhin, de Yaucluse. Il est rare que les deux proportions marchent ensemble.
C'est peu encore : s'il était vï*ai, comme nous aurons bientôt occasion de le reconnaître, que, là où il y a moins de mariages, il natt plus d'enfans naturels, non-seulement en obtenant cette réduction si désirée dans le nombre des mariages, on
« plier la population, et c^est une erreur encore plus grande de supposer^aTec • quelques économistes anglais» qu'an puisse arrêter les progrès du paupérisme « en interdisait le mariage aux classes pauvres, «
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n'y trouvera poini d'obstacle contre Taccroissemeni de la population dont on s'alarmait; mais, en voyant naître le même nombre total d'enfans^ on verra seulement remplacer les enfans légitimes par ceux qui ne le sontpas; c'est-à-dire qu'on verra se produire un résultat plus funeste encore pour la société. Les enfans, nés hors de la famille, auront moins de ressourceSi seront voués à une existence plus débile, plus misérable.
Quelque éloquentes que puissent être les recommandations adressées à la classe laborieuse par les adeptes d'une école récente, pour la détourner dé la vie de famille, en l'éloignant du mariage, il est donc permis de douter que, même en réussissant à opérer une pleine conviction, on atteignit ainsi le but qu'on se propose.
En général, les mariages deviennent moins féconds à me* sure que la civilisation atteint un degré plus élevé, et que la population s'accrott avec elle. Il semble qu'une loi de la na* ture arrête ainsiTekcès redouté. L'agglomération de la population, qui semblerait devoir multiplier les mariages, donne lieu-à un résultat tout contraire ; l'expérience du moins montre que, en France, les départemens de la Haute-Garonne, de la Gironde, de la Loire-Inférieure, de la Moselle, de la Seine- Inférieure, du Bas-Rhin, du Calvados, de la Gôte-d'Or, du Nord sont du nombre de ceux qui renferment les villes où la popu-* lation est la plus forte, et figurent parmi ceux où les mariages sont le moins fréquens. Les mariages sont tout ensemble et plus nombreux et plus féconds dans les campagnes, et cependant les campagnes ont moins de pauvres. Où les mariages sont-ils plus abondans que dans la Creuse, la Corrèze, la Marne, Indre-et-Loire, contrées essentiellement agricoles? Estil une région où les mariages soient plus féconds qu'en Russie?
On a remarqué (1) que l'état de mariage prolonge sensiblement la durée de la vie humaine. Ce fait, d'une très haute im-
(1) Toyes entre autres rintérawint Essai sur lapopulathn de Utir-^t^Cher, par M. de Pélignjr, pa^e, 134.
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portance, renferme des conséquences de plus d'tin genre. Il montre que la multipMcatfon des mariages contribue à introduire dans la popuiîition, la condition la pins favorable à la vigueur et à Taisance des babitans. Il révèle aussi la salutaire influence que Tétat du mariage exerce sur le bien-être de ceux qu'unit ce lien sacré. S'ils vivent plus long«temps, c'est qu'ils ont plus dé santé, plus de forcé, c'est qu'ils sont plus heureux. La société entière profite donc alors de la multiplication des mariages, loin d'en souffrir.
Ce que nous disons ici du mariage ne doit s'entendre sans doute que des unions contractées avec la réflexion cravena**ble, et sons l'empire des règles qui gouvernent toutes les actions humaines. L'hymen n'est pas plus exempt que toute mki tre institution des fftchenses suites qui accompagnent les er^ reurs de l'homme et ses fautes. Que ceux qui s'imposent d'aussi grands devoirs soient donc en effet capables de les compren** dre, de les remplir, par leur &ge, leur expérience, leur sagesse ; qu'ils y apportent les dispositions convenables : la mar turité dans leur choix , le sérieux dans leur détermination^ un juste sentiment des obligations qu'ils contractent.^ Âfôrs seront prévenues les unions imprudentes formées par la lé* gèreté, et, avec elles, les malheurs qu'elles entraînent.
Si, comme l'annoncent quelques économistes anglais, il fallait s'en prendre de l'extension du paupérisme à la facilité des mariages^ nous verrions les îîidfgens se multiplier en raison de la multiplication des mariages. Les faits viennent en-^ core ici démentir le système.
En France, parmi les départemens où les mariages sont le moins nombreux , on signale ceux du Nord , du Pas-de-Calais, de la Somme, de la (Mronde, de la Garonne, du Gard^ qui sont annoncés comme étant au rang de ceux qui contiennent le plus de pauvres; tandis quelesArdennes, les Basses-Alpes, la Corse, la Creuse, la Corrèze, la Donjjogne, le Finistère, l'Indre, l'Indre-et-Loire, les Landes, le Lot-et-<>aronne, le Morbihan, les Vosges, classés parmi ceux où les mariages
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sont le pins abondans, sont cependant signales comme étant dans la classe de ceux qui souffiren l le moins du paupérisme . (1)
Mais qu'est-ce qu'un mariage imprudent? Quelles sont les conditions dans lesquelles deux personnes de la classe laborieuse peuvent s*unir sans témérité ? Quelles sont les tir* constances dans lesquelles elles doivent sHilterdire cette union, en ne considérant encore ici que les instincts matériels et économiques? Le simple ouvrier qui ne subsiste que de son salaire peut-il être admis aux liens de Thyménée^ ou doit-il être condamné aux lois du célibat ?
L'hymen est une association ; la vie conjugale , la vie de famille est une existence collective , et , comme nous l'avons souvent remarqué , l'association est un principe de force ; la communauté, un moyen d'économie. Deux' individus qui, chacun séparément, subsistaient par leurs ressources personnelles, subsisteront plus facilement s'ils mettent en commun leurs ressources et leurs dépenses. Cette économie devient plus sensible encore dans la communauté entre l'homme et la femme, parce qu'ils se prêtent mutuellement des services d*ordres différens : l'un apporte la protection à la fsiiblesse ; l'autre contribue par des soins de détails : leurs loisirs même deviennent fructueux \ ils s'aident encore dans le repos : ils se distribuent les fonctions ; ils alternent; rien ne se perd. Une certaine partie de là dépense reste, pour les deux ensemble, ce qu'elle eût été pour un seul. Cet avantage profite surtout à celui des deux sexes dont le travail est le moins productif, à celui que ses dispositions appellent plus spécialement à la vie de ftmille ; le ménage est un champ ouvert à son activité , f I y emploie une aptitude qui fût restée stérile. Cet avantage est si sensible, que deux époux peuvent nourrir encore deux enfians en bas âge avec l'économie résultant de l'existence en communauté.
(1) Le 12<' arrondissement de Paris, où les mariages ne sont que de 1 sur 137 habitans, est celui qui contient le plus de pauvres. Ce rapport est de 1 sur 106 dam te 9^ arrondissement, Tun de ceux qui compte le moins d'indigeiu.
PaEMlàaE PAIITIE. LIVAE II. CHAP. IV.
L'entretien de deux enfans en bas-âge ne leur coûtera pas le double de Tentretien d*un seul. Un seul enfant en basâge syouteca peu aux dépenses de la famille , surtout si , à Faide des salles d'asile, la surveillance dont il a besoin pendant le jour ne détourne pas les parens de leur ouvragé. Les enfans croissent ; le moment arrive où ils dédommageront leurs parens par leur coopération de tout ou partie des frais de leur entretien.
Cette formation d*une famille est-elle donc une témérité coupable? non ; c'est le vceu de la raison et de la nature; c'est, comme nous le verrons bientôt , le vœu dé la morale , toujours «n accord avec elles.
Qu*on ne s'étonne donc pas si l'hymen est plus fréquent dans la classe des personnes qui vivent du travail de leurs mains, surtout parmi les babitans de la campagne. C'est qu'en effet les avantages de l'association se font plus vivement sentir à ceux dont Texistence est la plus précaire ; moins ils participent aux avantages de la société générale, et plus ils éprouvent le besoin de se réfugier dans la famille.
Cependant,'en contractant les liens de l'byménée, les époux forment un établissement qui exige un capital, modeste sans doute, mais suffisant pour fournir au ménage un mobilier, et de plus quelques approvisionnemens. En instituant une famille , ceux qui se destinent à en devenir les chefs s'imposent une grande responsabilité : ils doivent être en mesure de pourvoir, à l'aide soit d'un capital préexistant, soit d'épargnes journalières, aux frais des couches de l'épouse , à l'éducation des enfans , aux chances d'une maladie , d'un accident. Ils doivent jouir d'un juste degré de sécurité , compter sur la stabilité de leur existence. C'est donc seulement, après avoir déjà obtenu pendant quelques années , par leur ti'avail , une situation indé- . pendante qui leur ait permis de former une réserve par leur économie, après avoir acquis dans leur profession une position durable, qu'ils peuvent s'engager dans les liens du mariage, sans commettre une imprudence coupable. Mais l'en-