CHAPITRE V
Des mœars^ dans leurs rapports avec l'îndîgenoe<
Des mœurs populaires*
Plus on étudie l'admirable écooomie des desseins de la Providence sur Tbomme , plus on est frappé de l'accord constant qu'elle a établi entre les devoirs qu'elle lui prescrit par le code auguste de la morale» et les bienfaits qu'elle lui promet dans la sphère des intérêts soit sociaux , soit individuels, La vertu qui a pour toutes les conditions humaines des avantages communs , pour chacune d'elles des secours spéciaux, vient avec une sorte de prédilection envelqi^per la classe laborieuse d'une protection salutaire. Elle couvre de son égide celui que menace l'indigence i elle porte des remèdes à celui qui en est atteint; elle fait jaillir des ressources inattendues et des leçons utiles du sein dela]pauvreté elle-même. Bienfaisante messagère , en apparaissant dans les plus bumbles demeures I elle y fiait luire des joies vraies et pures i en conser-* vaut la* sérénité à celni qu'éprouvent les rigueurs du sort, elle lui conserve les forces nécessaires pour triompher de l'épreuve. En imprimant le sceau reiigieu^L du devoir aux actions utilesi elle les anime d'une nouvelle vie;» leur prête un c^|rmp inconnu, en tempère ainsi les fatigues , en féconde les efforis. Vous conseilles avec raison l'économie à ce père de famille malaisé; mais qui la lui enseigne mieux que la vertu ^ la vertu qui l'exerce à prévoir , qui lui fait de la modération une habitude 9 qui lui inspire le dédain des plaisirs grossiers ^
DBS MOAllS P0VVI«A1&I6* SOS
qui lui réTèle le mérite despriTations volontaires? Voua recommandez l'esprit d'ordre; mais, l'esprit d'ordre n'est-il pas le reflet même de la.verta , cette règle vivante et universelle , cette raison appliquée et pratique, à la voix de laquelle chaque chose trouve sa place , reçoit sa mesure? Vous lui pres-> crivez la prudence ; la vertu réprime en lui les ambitions téméraires et les illusions de la vanité. Vous lui dites ; « Sois <i vigilant : i> la vertu lui apprend à se maîtriser » à se recueillir, à réfléchir, à observer. Vous lui répètes surtout \ a Sois courageux, sois infatigable , sache vaincre les obstie <t clés, brave les périls; apprends à supporter au besoin la ce sottfirance ; acquiers de tous les oourages le plus difficile f « celui de la patience. » La vertu sans effort , sans ostenta-* tion , met dans son cœur au besoin le véritable héroïsme : elle lui inspire les sèntimens nobles et les résolutions généreusesi eUe entretient en lui ce calme et cette égalité qui constituent kl persévéranne ; elle lui fait découvrir dans la souffrance un prix sacré; elle le défend contre la présomption, contre le dé** couragement. Quel oLstaole ne saura pas vaincre celui qui sait se vaincre luMuéme? La vertu seule a le privilège d'inspi» rer ce oourage modeste et dé^i^téressé, qui s'exerce loin du rei^rd des hommes, parce qu'il puise ses forces à la source véritable , & une source sublime.
Que chaeun saohe être eontmi de $im sortf voilà peut-* être la vraie condition de Tordre social comme du bien-être individuel. Or , qui satisfera à cette condition , si ce n'est la vertu? Le contentement n'éteint point le légitime désir d'améliorer sa position ; il rend au contraire plus capable d'y parvenir ; mais il enseigne* S jouir de ce qu'on possède, et à profiter de toutes les ressources. Il dispose à considérer sans envie les situations en apparence plus heureuses ; il préserve de l'impatience, de l'amertume, de cette vagua, chagrine et irritante inquiétude, qui trouble les idées et porte le désordre dans les actions; il entretient l'activité, en modérant les IHUbitioas( il rend le» devoirs fisciles , les privatious soppor'*
dO& PRZMIÈHE PABTie. tlVBE II. CHAP. Y.
tables : il est à Texistence entière de rhomme ce qu*an jour serein est à la terre.
Vous l'avez vu , admiré , vous qui visitez le pauvre j ce sage modeste , sous un toit de cbaume ou dans un atelier ignoré! Il n'a pas eu sans doute le loisir d'étudier les hautes doctrines des philosophes ; mais il connaît Tart d'accepter la destinée qui lui est échue; il remplit sa vocation; il conserve une sorte de dignité naturelle et simple dans le rang obscur où il est placé. Sa raison est lucide, parce que son cœur est droit et pur ; toute l'économie de sa vie est bien disposée , parce qu'il cherche avant tout à remplir ses obligations ; il go&te la véritable indépendance, parce qu'il sait triompher de ses passions ; il goûte au besoin la résignation qui console en affermissant , parce qu'il se confie à la Providence.
On est quelquefois étonné de voir se manifester les plaintes les plus vives , les agitations les plus générales, précisément dans les lieux et dans les temps où l'amélioration du bien-être matériel des hommes a été plus marquée. Ce phénomène s'explique par la [disposition morale des esprits* Si les mœurs, si les croyances qui les protègent se sont altérées, il y a moins de bonheur réel, et plus de cupidités sont excitées. On souffre d'un mécontentement intérieur plus que d'un malaise extérieur. On s'agite pour changer de place, plus que pour triompher d'un obstacle déterminé ; et de là vient que cette inquiétude a quelque chose d'incertain et de vague. Eh ! n'est-ce pas au -sein même de la richesse , dans les situations en apparence fortunées , que se produisent , sous ces tristes influences, le malaise, l'inquiétude , le trouble, qui s'exhalent qu en ambitions désordonnées , ou en injustes renommées? N'est-ce pas souvent dans les rangs supérieurs de la société, au sein même de l'opulence, que régnent l'ennui |que se déploient les ambitions les plus actives?-
La vertu est donc pour l'homme la vraie gardienne du bien-être. Elle est le régulateur de l'économie domestique, n soit de là que c'est dans les mœurs poptriaires qu'il
DBS M0B1TA8 POPULAIRES. 305
faut chercher Tone des principales sources de Faisance qui se répand sur les classes laborieuses, ou de la misère qui les afflige. Aussi, l'expérience atteste-t-elle , par les plus éclatans témoignages, que partout les progrès de la corruption ^tca^nent à leur suite un ac^r^i^ement d'indigence. Qu'il suiBse d'en citer ici un seul exemple, mais qji^ressort du document le plus récent et le plus curieux sans doute dont la science philahtropîque*(si on nous permet cette expression) se soit enrichie. C'est le résultat de l'enquête faite en Angleterre , par ordre du Parlement, et qui a servi de base au bill porté en iiià. U lù^^ aucun pays qù la législation se soit occupée aussi activement et aussi constamment qu'en Angleterre^ de la destinée de la.classe^indigente. Il n'ep est aucun où des ouvrages plus nombreux, plus profonds, plus étendus, aient été publiés sur ce sujet ; il n'en est aucun ^aussi où \es diiB- ^ cultes se soient montrées plus sensibles dans la^pratiqne , où les discussions aient été plus graye^^LesCojnmissaîres royaux Chaînés de l'information que demandait le Parlement ont pôrtS* leurs recherches sur toute la» ^face du pays et rassemblé une masse énorme de faits , avec la plus coYiscienciense persévérance. Ils ont même porté leur% lee^ar^s sur toutes les autres contrées de l'Europe. Sept volumes in-folio renferment le texte de cette laborieuse ejiquétei^ elle est résumées! ans un rapport présenté^u roi d'Angleterre le 20 février 183& , et dont le parlement a adopté toutes les vues. Or, voici la conclusion textuelle de ce rapport.
Après avoir énuméré, apprécié toutes les causes de la misère, indiqué les mesures législatives et administratives dont ils espèrent le plus de fruit , les commissaires terminent par ces paroles solennelles : (page 362.)
ce Les commissaires recoi^naissçnt et déclarent quil faut <t moins compter sur un arrangement économique quelcon- , a que , que sur l'influence de l'éducation morale et reli * €c gieuse.
a Ils espèrent que les mesures par eux proposées y con- I. îO
306 ^REMIÀRR . PÂI19IB. UVHK H. €BA.P. V.
<c tribuêront indireclement, en favorisam, avec rinstruction» (£ tous les moyens qui peuvent servir à élever la conditioa ce iuteilectaeùe et morale des classes pauvres* »
Ils terminent en exprimant la copvictton qne , « si om c( bonne acWinistratioa des secours publics permettait de et réaliser tout perfeçtioi&ement dans Tavenir^ le plus impor-^ <c tant devoii* de la législation est cle prendre les mesure* a nécessaires pour améliorer réducaU^n relfgtebse et morale ce des classes pauvres. »
Répétons-le donc, car on ne saurait trop se pénétrer de cette grande vérité: les mcaurs agissent sur l^J>ien-4^^^ la classe laborieuse, non moins que^la fertilité du sol. Qui sait bien vivre » trouve^ plus^ facilement à s^ig^er. Mais ji quels enseignemens recourif pour pénétrer dans le secrel (|es mœurs populaires? Aux historiens ? Quels sont ceux qni^ dans rhistoîr#âes états ont considéré les destins de l'huma* nilé , qui ont arrêté leurs regards sur la portion la plus noml)reUse mai& IsT plus humble de*la société humaine ?LeàdociH( mens , les monumens se taisent. La politique a dédaigné de descendre à un sujet qu'elle Jugeait peu digne d'elle, quoiqu'il l'intéresse profondéntept. Quelques philosophes, quelques phi* lantropes ont cepenaant exploité ce sujet si digne d'intérêt^
Honneur aux amis de 4'humanité qui ont, lés premiers ^ ouvert la carrière dec&tté grande 'étude, aux Wagemann, aux Gossler (1), en Allemagne ; aux Macfariand (2), aux. Morton Eden (3), auxCrumpe (^),aux Hill(5) en Angleterre \, à ces hommes de bien qui , pour améliorer la condition du pauvre, ont senti le besoin de vivre avec lui, de relever son
(1) yersuch ûber dU Siiten des P'olkes (Berlin, 1814). • (a) Raslierghet SU1* Us pmui^s ^r^witt^ dans la collection de Duquesnoy, t. VI. » #• ^
(3) Bîat des pauvres^ etc. ihîd, t. vif. ^
(4) Essai sur le travail du peuple, etc. Ibid. t, xi, n® 2,
(fi) Moyens de réarmer les mœurs d^spwfres , et€. Ibid» t, xii, tt° %
DV TBAYAIL ftOVS LS lAfFOliT KOAAIi. WI
caractère! Ils ont, en même temps servi, puissammeat la cause de la bienfiiisance.^Ea lui rëyëlant como^iii le panirre se perd, ils lui ont indiqué les moyens de le présenrer ou de . le retirer d&rabtme.
ARTICLB n.
le iravaii eçnsiéléré 4pm U rtfppQH Mani/.
. Le travail se liei par un double rapport, comme effet e| comme cause, à là moralité humaine,
L'ampur du travail confère seul au travail le mérite de l'activité, de la persévérance, de la perfection de Touvrage^ Or, Taiâour du travail s'il n'est pas précisément une vertU| dérive de qualités honorables : il suppose l'énergie de Tàme, U aériéux de Vesprii, un mélange de spontanéité et de retenuoi de fierté et de tempérance, le désir d'être utile, le goût de la régularité. Il réunit quelque chose de généréta^ à une sorte de courage. U. est véritablement une vertu, quand il est iQ« spire par le sentiment diL,deyoir, par la fidélité à la grande destination marquée sur la terre à l'homme par la Provi* dence. Celui-là se sent mieux dispaa^ au travail,j|tti est af-^^ franchi du joug des passions i la satisfaction intérieure, en doublant les forces, fait mieux jouir de leur exercice»
La fainéantise, il est vrai, semble quelquefois être une sorte de maladie, un effet du tempérament. Le orétin laiv> guit, immobile, souriant encore dans son inaction^ témoin indil(érent de tous les efforts qui ovX lieu autour de loi, et même des soins dont il recueille le fruit. Cette, espace d'im? béctllité, d'apathie toute physique,, a des degrés divers, et» pour être moins marquée ou moins apparente dans quelque» sujets, n'en est pas moins réelle. C'est un malheur, une in* firmiié, plus' qu'un tort. L'observateur attentif découvre, souvent avec douleur, les traces profondes de cette maladie dans les familles indigentes ^ il en aperçoit les symptômes
' SD8 PAEniiftli PABTIE. UVBE II. CHàP. T.
sur la pby8k»&oinie , dans les attitudes , les mouvemens et le langage. Qaelgne fatale que soit cette dtsDOsition, elte peut cependant être combattue* elle peut céder aux efforts assidusy aux exemples, aux habitudes, à Taiguilion de la nécessité , surtout à l'empire du devoir. Mais , la fainéantise est essentiellement une infirmité morale : car Tactivité est dans la nature de l'homme ; il y a dans le fainéant quelque chose
* ou d'imparfait ou de dégénéré $ c'est parce qu'il ne sait pas vouloir , que le fainéant ne sait pas agir. U abdique la première puissance de l'homme , l'empire sur soi-même.
Malheureusement, la fainéantise a ses charmes, du moins pour ceux qu'elle a subjugués, et elle achève de perdre ses viplimes en les séduisant de plus en plus. Elle devient, comme le sommeil, une volupté, un besoin. Malheureusement aussi, elle est contagieuse : l'assoupissement gagne 0e proche en proche ; la nonchalance perd sa honte ; l'oisiveté usurpe tes honneurs de l'indépendance; la fatigue semble un joug. Le marse transmet surtout de génération en généralion ; il devient un héritage de famille $ les enfans, dès le berceau, Tj^irent c^ jasest^i^xhalàisons, ils croissent, au plutôt ils croupissent au sein de cette atmosphère d'indolence
•^ qui puralyse tousJle^.priMipes delà vie; ils se traînent, déjà Incapables, au moment ou ils devraient commencer à être utiles; ils succombent au début.
L'histoire de la fainéantise est celle de la mendicité, du moins de la mendicité de penchant, d'habitude, de profeslàion; ainsi s^e^lique, en partie, le funeste et singulier attrait que ce métier a, pour une classe entière d'individus; comment la lèpre de la mendicité se propage, se perpétue, affecte de s'attacher à certaines familles, à certaines localités, gagne même certaines conditions supérieures; comment elle subit l'influence des climats ; comment nous la voyons monder Orléans, par exemple, pendant qu'elle épargne Blois; infester une portion des départemens de l'ancienne Lorraine et de l'ancienne Bourgogne , si richement dotés des
DU TRAVAIL SOUS LE AAPrOllT MORAL. W9
dons de la nature et.de rindustrie» et épargner, la paurre Sologne, malgré la stérilité de son territoire.
Et gardez'voos de croire que cette maladie soit, comme on le suppose quelquefois , spécialement, attachée aux effets de la civilisation des grandes villes , des grandes entreprises et du . luxe, comme une conséquence déplorable et nécessaire. Kon; elle va souventi se répandre de prédilection dans les contrées les plus arriérées encore; dans celles où Findustrie humaine a pris le moins d'essor. Vous la trouvez d^à avec les mêmes caractères, au berceau de la civilisation j parce qu'elle a sa cause dans une disposition du caractère qui peut se produire à toutes les époques; vous la retrouvez, qui le croirait? daâs les temps héroïquesi au sein de la Grèce. Hom^e en retrace un tableau dans lequel nous croyons voir une scène de nos jours : il cache son Ulysse sous les haillons du mendiant; il nous peint le mendiant «ma^tnaitt des fables pour chtenir une tunique^ un manteau^ des véiemensj implorant un asile (1), errant dans les champs, errant dans la ville, ou qtdelqu'un hd accorde une coupe avec un peu de pain (2), quelquefois cependant insulté et accablé d'outrages (d). La mendicité est déjà dans les moeurs; Mélanthuis se plaint de cet affamé, «mendiant, importun, ce fléau des repas qui, dece bout, presse de ses épaules les lambris du palais, sollieilant «quelques restes, qui se refusé à travailler et préfère assouce vir par les dons d'autrui sa faim insatiable (&). » Il n'y avait cependant à Ithaque ni vastes ateliers , ni ûnmenses spéculations, ni muUjennys, ni machines à vapeur.
Imprimer au travail , en lui-même , un caractère avilisant , lui attacher l'idée d'une sujétion, d'un sacrifice, d'une peine, c'est commettre une erreur aussi grossière que funeste. Née
(1) odyssée, chant xiv.
(2) Odyssée, chant xv.
(3) Ib, chant xvi.
(4) Ib, chant xaij.
«a iein de iMr^vg^ tes plus vulgaires, aurait-elle dû se reproduire sous Tapparrii des doctrines scientiftqttes, .emprunter ramoricé des traditions religieuses? Le travail est un honneur, tne dignité; parlai, rhomme règne véritablement; il domine et oonqnlert la matière ; par lui, surtout^ Thomme s'améliore. Elle est Jhusse aussi, elle est funeste, quoique accréditée, cette opinion qui tend à flétriy le salaire^ Il est bon et généreux èaas doute de se dévouer sans retour au service d'autrui ; BOUS n'aurons jamais assez d'éloges pour un td désintéressement; mais la société ne subsisterait pas avec ce mobile unique : la générosité inspire quelques actions isolées ; elle ne suffirait pas à déterminer toutes les opérations qui pourvoirat aux besoins de la vie humaine. C'est au moraliste qu'il appartient de réprimer ces exagérations» professées par des ' gens dont la conduite les dément (1). Le salaire représente ie mâito et IHitililé du travail ( il en est l'expression ; il se substitue, pour l'agnftt qui opèrei au produit sorti de ses mains. Non-seulement il est juste comme acquittement d'uae diette» mais il est puissant comme encourâgemi^nt. La présence de cette rétribution n'agit pas seulement parce qu'elle s'adresse à l'iunDur du gain $ elle atteste la réalité et le prix du service rendu par celui qui fobtient ; elle Hait nattre le •eniimentdelaprc^riëlédaiis ce qu'il a de plus légitime ; c'est plus que de l'argent» c'est une réccHupense. Une expérience récente a montré quel caractère nouveau le travail reçoit du salaire, aux yeux des èommes flétris par la ^dégradation (S). Il y a, sous ce rapport, quelque chose de plus éfflcacn dans le salaire accordé en raism de îk tâche, que dsnscelaî qui est
(i) fr«^* pas vtt vu teinin futager la meictéen dtttx fiksiei» ki gens payés et les gens qui paient ; comme si , hors les fainéans, tout le. monde n'était pas payé et ne payait pas, et comme si Vauteur lui-même n*était pas rémunéré par son libraire?
(a) Voyez le Rapport fait à l'Institut, en mars 1&34, par M. le baron Costaz , sur le compte-rendu des améliorations introduites pendant 1m dix dernières années dans le bagne de Toulon.
su TJÉLAVAIL SOUS LE E^PPORT KOEàL. 311
payé pour la journée : le premier est plus noble, suppose moins ^e dépendduce personnelle ; il excite mieux raciivité., parce qnHi se proportionne mieux à ses efforts. Il y a aussi plus d'efficaeicé morale dans le salaire qui se proportionne an mérite de rexécatioB ^ et non pas seulement à sa mesure matérielle, comme le métrage du remblai fiaiit par le terrassier. Il y a plus d'f^eaeité morale dans le travail entièrement indépendant, que dans celui qui isst feft sous les ordres d'autrui : ce dernier cq>eiidant a aussi son utilité relativei car, il est bien de sa^ n^iv obéir^ de recevoir les directions des personnes plus édairées, lorsque cette subordinatum ne se confond pas avec h servitude. ^In^ge de l'autorité exerce une influence salataire sur l'homme, surtout quand elle se justifie aussi bleu par la nécessité d'assigner le but, d'organiser les moyens d'exécution, pour réaliser un résultat uâle. Dans de vastes ateliers, les ouvriers sont animés par l'exemple, soutenus par le mouvement universel ; ils sentent la puissance de Fagréfttfam, de l'organisation; ils jouissent tous du spectacle de lu grande (création à laquelle ils coopèrenl; en commun ; ils if accouuùneut à l'assistance mutuelle.
On ne se forme du travail de rhomme qu'une notion in*complète, si l'on ne considère que sa forme extérieure,^ son exécution matérielle. Il y a en lui un élém^t essentiel, qttùique cacbé, dont les économistes semident ne tenir presque au cun compte, et qui est cependant son principe de vie; un élém^tqui appartient à la volgat^^^Uinaipe, qui détermine l'attention de l'esprit, l'application des forces ^ ^énergie de raction , la constance des efforts^ élément éminemment moral et qui donne un nouveau mérite au travail en lui pffttant plus de cbarmes. Il ne concourt pas seulement à* produire une plus grande quantité de travail; il contribue surtout à la perfection de l'œuvre. Ilestdaasle champ derindustriece que la valeur est daus les combats. Les eneouragemens bien entendus le soutLeaneiit, l'atimentent. Ainsi, l'estime et la bienveillance de nos semblables; ainsi, l'espérance et les perspectives de l'avenir;
312 PAEJUIÈ&S PARTIE. LIVRE II. GHAP. T.
ainsi, la jouissance d'être mile aux autres et surtout à ceux que Ton aime; ainsi, la satisfaction (}tte Ton goûte contemplant son propre ouvrage; ainsi, la gaité même, et cette allégresse légitime qui accompagne une vie honnête et pure; ainsi, jusqu'aux accords de l'harmonie qui semblent eux*mèmes sV dresser à Fàme et redire des beautés morales, n'est-ce pas là en partie ce qui rend le travail de l'homme libre bien pln^ productif et bien plus achevé que celui de l'esclave, parce qu,e, dans l'homme libre, respire toute la dignité de notre na** tureCl)? Si l'esclave rendu à la liberté travaille moins que dans les fers, quoiqu'il travaille alors pour son propre compte, n'est-ce pas une preuve manifeste que l'appât, du salaire ne peut suffire, que cet appât n'est pas le mobile principal du travail; qu*ll faut chercher dans le caractère même le foyer intérieur de l'activité laborieuse?
On ne se forme également des bienfaits du travail qu'une notion très incomplète^ si l'on ne considère que le gain qu'il apporte à l'homme laborieux. D'abord l'expérience prouve que le travail économise même les dépenses, parce qu'il en rend les occasions plus rares, les tentations moins séduisantes. Il accoutume à ménager, parce qu'il instruit à évaluer le prix des choses; il exerce à la frugalité, à l'ordre ; il fortifie l'âme auiaht que les organes ; il exerce à agir, ; il apprend à compter sur soi-même. Il est une discipline , une éducation tout entière; il devient même au besoin une distraction saliUjice. II entretient la santé morale de l'homme, doublQ le charme des plaisirs. Tous les intérêts dubien-êtreconseilleraientencm^e le travail, alors même qu'il ne serait pas commandé par laj)^ cessité et qu'aucune XQtQbnilon n'en serait le prix.
Un philantrope illustre (2) a rendu au travail agricole un
(1) Les esclaves rendus à la liberté, dans les Étals-Unb, y tombent bientôt dans la classe des indlgens. Yoy. le rapport publié dernièrement par BIM. de Beaumont et de Tocqueville, sut le régime pémtentiaire^des Étais^Unis» •
(a) M. de FeHenberg» dans son ou? rage intitulé : Bdeuchtimg eîner W^ gerichtlicken Frage an tmsern Zeiigeist, Beme, 1890.
DU TAAVAIt SOUS L£ AAPPO&T MOAAL. ^13
jusle hommagei en le signalant conluie éminemmeni maf^alisa" ieur, pour nous servir de son expression : ily a même reconnu nn caractère religieux ; et assurément illui a conféré lui-mémei dans ses beaux établissemensi les influences les plus salutaires. Travaillanti ayec le ciel pour téinoin, la nature pour compagne^ le cultivateur contemple à chaque instant et sous toutes les formes les merveilles de la sagesse divine ; il est presque initié aux lois du créateur; le calme est dans son âme, le recueillement dans son esprit ; les dons quil recueille le disposent à la bienveillance en même temps qu*à la gratitude ; simple dans ses mœurs^ modéré dans ses désirs , il ignore les agitations, les ambitions , les excès qui troublent nos cités ; il vit presque exclusivement avec et pour sa famille; et, si dignement préparé à goûter les fruils de la vie champêtre , il unit aux travaux de la terre des études bien entepdues, il aocompagne ses labeurs par le chant des hymnes. Il affectionnera toiyoul^ plus une existence qui le rend meilleur. Cependant, ne roublions pas : Thomme des champs subit dans son travail les inconvéniens d*un commerce assidu avec les animaux. L'artisan goûte mieux en travaillant le commerce de ses semblables ; il y a (dus de suite, de régularité dans les opérations qui occupent ce dernier; il est contraint d'apporter plus d'attention dans les détails, comme dans l'ensemble de l^écotion de ses ouvrages ; la division des fonctions et la multiplicité des échanges lui révèlent mieux combien le commerce de la société est nécessaire à l'homme. Quel est celui de nous qui, dans ses rapports avec de simples artisans, ne s'est pas senti souvent pénétré d'estime pour les solides et modestes vertus dont ces hommes de bien lui offraient le spectacle, et qu'ils savaient unir à Turbanité et à la délicatesse ?
La confiance à l'avenir est douce; mais elle endort quelquefois, et l'homme ne passe pas sur la terre pour s'y livrer >au sfiBUPeil. Il est donc bien qu'il soit tenu en haleine , que sa sc^icitude soit éveillée , que l'oisiveté soit .réprimée par la gène, et^SfiJali^y ail devienne une nécessité de l'existence.
31A PBBHIÈMS PABTIB. LIYBB II. GHAfi. Y.
' . L'institution de la propriété est , toot ensemble ^ un iiom- «mage rendu et un encouragement offert au travail , dans lequel elle puise sa première origine y dont elle consacre les droits, dont elle perpétue les fruits. Si la propriété foncière donne à cet hommage une sorte de forme monumentale, la ^propriété mobilière a ra?antage de nattre plus fiicilemeiit, plus rapidement, plus universellement du travail, de s'incorporer plus immédiatement avec lui* L'artisan reconnatt^sou^ vent son ouvrage dans tout ce qu'il possède, et, en l'échaiigeant par la vente, c'est encore le produit de son travail qu'il retrouve dans ce qu'il acquiert. Il jouit d'autant plos^^qué cette acquisition lui a coAlé plus de fisitiguesT
C'est un servioe imm^ise rendu par l'industrie à la dvilisation que d'avoir, ^ créant d'inépuisables trésors de riobjesses mobilières , multiplié ainsi les proiHîétaires , permis de fra«- -tionner, de transporter ces biens, pour oSirir à chaque instant -et partout des palmes au travail. Il était juste que le travail s'acquittât à son tour et vtnt affermir en le propageant le respect pour la propriété) en la faisant mien compr^idre. Çealc qui ne font dériver 1% propriété que de la limite assignée auK biens ) n'expliquent que la nécessite de défembe ce qu'elle a d'exidiisif . CeuK qui la voient naître du travail comprenneat seuls oomment elle .est véritaUement un (bt>it, par ki|ael rhomme s'approprie ce qui est Itors de lui , un droit jqit^il exerce sur ce qu^ila créé, semblable à celui qifiTa sur iiii- , même , puisqu'il dérive de l'emploi de ses facultés persoor Mlles.
Avec lejrespect de la propriété^ le travailaonmt donc aossi . le sentiment du juste, la distinction du* tien et du mien. Cette disposition, quofqu'^le dégénère trop souvent en liostllîlé, n'est pas bostile par elle même ; elle est un effet de Tindividualité, un gage de Tindépendance, un égard pour les titres de chacan. H est nécessaire que ceux qui, dans leur apathje, ne se rendent utilea à rien, apprennent que les avantages de l'aiianoe appartiMueat à ceux dont les fatigues sont prodao-
Atr imAVAIL SOUS LE &»»OW HOEMm S15
tives. De là cet esprit d'équité qui se fait toujours remarquer chez les hommes laborieux; de là leur aQeclion pour Tordre public, c'est-à-dire pour la protection donnée aux droits de tous.
Il n'est pas indifférent, pour appréder l'influence morale du iniTaii, de savoir quelles images présentent babituellesient à l'esprit, les oocop^tîoiis dont il se compose» les matières sur lesquelles il s'exerce, quelles réflexions ces imagés peuvent suggérer. Il en est qiii retraceni des idées d'ordre, d'utilités il en est qui dégénèrent en impressions ignobles, ou qui peuveiu familiariser avec des habitudes cruelles* Il en est qfi ramènent la pensée à des considérations instructives ; Uen est qui la laissent s'égarer sur les frivolités on les yicesi
Une dernière circonstance qui influe considérableaientsur la moralité du travail est celle ^qiii naît de la destination qu'attache à ses produits celui qui i^'y livre. Le père 4e fa^ nflle, qui partage avec sa femme, avec ses enfans, le fruit de ses snem^s , puise d&m ses affections une vigueur nouvelle , et s'entretient par ses fatigues, dans les g^aéreuses dispositions de Ja bieni^illâace» Des associés unis par une amitié sincèrie, mettant leurs bénéfices en commun, s'excitent l'un l'antre par une louable émulation. On voit souvent les servi-
^eim> À gages s'affectionner à leurs maiures, les garçws à teuTOicbefe,. les ouvriers k l'entrepreneur; et, en travaillant p<wr amtnn» n'être pas exclusivement préoccupés de leur pro|>m salaire, «mis ambitionner aussi le prix de la satis-
. factioR et de l'estiine , s intéresser au succès de Tétablissement auquel ils sont attachés, ou de l'opération à laquelle ils œneotuienit, Aîmi se tempèrent ou s'effacent les dispositions
- à hk ^eujpMUté <Mi à r^Qïsme» que le sentiment diî besoin, l'ba-
iiilMàe dr^ recte^eher ou de ealculer le gain, peuvent trop soumont fivomer fiarmi les l^cMnmes*
PmUUBHB PAATIE. LIVBS 1I« CHAV. Y.
A&llGLE m.
£ei> vues, sources de la nûsèrs»
Tons les vices, par cela même qu'ils altèrent le sceau sacré de rhumanîté , portent infailliblement atteinte au bienêtre de ceux qai se rendent leurs esclaves. Cette funeste conséquence s*dggrave d'autant plus que les vices entraînent une plus forte dissipation des revenus,, et qu'ils occasionnent une' plus profonde* dégradation 4u caractère. Ces deux effets se combinent fréquemment ensemble; mais le second, moins aperçu, est' certainement celui dont les ravages sont tes plus étendus et les plus durables.
Qui ne, sait, hélas ! combien de pauvres font les promesses de fortune, présentées sous la forme attrayante du hasard? elles iftéduîsent de préférence et les ignorans et les gens impatiens du gain , *deux dispositions réunies dans la classe malaisée. La loterie enchaîne , par ses déceptions même, les dupes qu'elle a faites , s'acharne à leur ruine. C'est peu t en faisant gagner sans avoir mérité, en faisant dépendre d'un seul instant et des aveuglés caprices du sort , la chance d'un succès que ne donnerait pas le labeur d'une vie entière, l'influence de ce jeu funeste attiédit l'ardeur du travail, en affiiiblit les ressorts , enlève au s.alaire la puissance d'encouragement ^qui lui était propre. Du reste la loterie ne corrompt pas par elle-même ; elle touche plus aux égaremens de la folie, qu'aux désordres du libertinage. Aussi ne la voit-on pas figurer parmi les causes des crimes (i). Si le jeu laisse les chances plus égales entre les joueurs, et ruine moins inCiil* liblement par les pertes pécuniaires, il cause quelquefois une ruine plus rapide et plus complète. Le jeu entraîne une
(1) Mssai sur la statistique moraie de la France, par M. Gueiry; peges SO et 40.
LK8 VICV8, SOVBCES DE LA msiftS. 317
perte plus fïcheuse encore pour rfaomine laborieux , celle de son temps ; les émotions quMl excite éteignent le goût du travail et les habitiides régulières, exaltent les passions (1), affaiblissent les affections sociales , répandent lés vapeurs de l'ennui sur le cours ordinaire et simple de la vie. Enfin les occasions de Jouer , et par là même les teniationS| sont plus fréquentes , surtout dans les villes.
En se fomillarisant avec les caprices dH sort , l'homme perd bientôt là prudence, et avec elle le guide qui devait l^résider à l'économie de son existence.
La vanité, l'envie de briller, la crainte de paraître ridicnle sous le voile de la modestie viendraient-elles aussi exercer leurs séductions sur la classe laborieuse ? elle ne sait pas toqjours s'en défendre. Les femmes y paraissent plus exposées, surtout dans la jeunesse, par le désir de plaire; le danger est plus multiplié , plus grave, dans les villes , on les hommes vivent plus rapprochés , où l'opinion exerce plus d'empire, où l'inégalité des conditions est plus marquée. Ce penchant occasionne des dépenses; Il conduit à la légèreté, il nuit aux vertus domestiques. D'ailleurs, il ne corrompt pas le cœur, il n'abrutit point ; il ne figure pas au rang des vices qui font le [dus de misérables.
Les excès de la sensualité réclament ici le triste privilège d'être, de tous les désordres le plus ruineux : ils n'ont en quel*
que sorte pas de limites. Mais , la brèche qu'ils font aux re^
venus de l'homme laborieux, par des consommations inutiles, sont le moindre de leurs torts. Les heures qulis lui dérobent sont encpre peu de chose auprès de la dégradation morale qu'ils lui font subir. L'abus des jouissances sensuelles est un poison qui circule dans toutes les veines, qui pénètre aux principes même de la vie , et qui énerve ainsi dans leur source
(1) Les querelles au jeu occupent un rang considérable parmi les causes ap-i parentes des crimes, comme on le \oit dans les comptes-rendus de la joslice criminelle.
les fbrees dontrhotnme, aux prises avec une sitnatioBdiffieiley^ fvaiibesaki pour en triompher ^ il mine à*la-fois et la vigueur du corps, et le pouvoir de là raison, et Fënergie du caractère. A la suite de ces excès ^ marchent le trouble, la honte, le désordre, la léthargie, la maladie , une mort prématurée. La débauche , rintempérùice font à elles seules plus de pauvres que toutes les autres causes réunies. Dans leurs malheureuaea victimes, on ne recoimatt plus des créatures vivantes : elles se traînent, languissent, découragées , humiliées , affaissées} c'est le rebut de la nature* Dieux! qui peindra le spectacle de leur abrutissement plus affreux mille fois que celui de leur misère! '
On a constaté aux États-Unis que les 3;A des indigens sont les victimes de Tivrognerie; on a calculé que le vice leur enlève 6 heures par jour, fait subir à la nation entière une p^te annuelle de 120 millions de dollars, sans tenir compte des pertes résultant des crimes et des maladies (1). A ce spectacle le zèle de la charité s'est ému ; il s'est uni aux înspi** r^rtions de la religion et de la morale, pour conjurer ces maux } il a opposé à ce fléau de nombreuses et puissantes assodatioiM qui déjà non-seulement l'ont enfermé dans des digues , mais qui ont progressivement réduit ses ravages. Les amis de ¥lm* manité gémissent en Angleterre de voir la passion des liqueurs fonds se iNTopager déplus en plus dans la classe btbcMrieuseiel y répandre ses funestes suites. Tendant le cours de 7 années , de 1820 à 1827, la consommatioa de l'eau-de-vie et celle du rhum ont ,à-peu-près doublé dans cette tle (2); la liste des pauvres s'en est ressentie. La France, quoique le vin soit une de ses productions naturelles, souffre moins du fléau de l'ivro^ gâieria, et ce vice semble siéme y diminuer plutôt que s'ao*
(1) Voyez tke Christian almanach for 1824, J^ew-Yorh — NeW'York Beli^ gious^iserverj, tom. vi, pag. 202» etç,
(2) Celle de Teav-de-vie s^eat élevée de 1 1 ,974,000 gallom à 23^40,000;- Celle du rhum de 2:262,240 à 4,a06>3ie«
LES yieE8| SOVICBS M Uk HlStaft. 819
cr(4tr6. Mais Texpérienee enseigne que les dëpariemens qui acquittent un plttsfiurt tribut à l'impôt des boissons sont ceux qui comptent le plus d'indigens.
Le vice, dont nous déplorons les effets, est loin de se montra dans toute son horreur à ses victimes , et oeci en augmente enoore le dangar. Lindividu livré à de rudes travaux aspire à quelques instans de relàcbe ^ il a besoin de trou** ver des distractions faciles : les plaisirs des sens s'ofÉtmx à lui cxnnaie une diversion ; il y oublie ses fatigues, ses soucis } il y r^rcmve quelques émpUons que lui refuse la monotoiiie de son existence. Privé des jouissances de l'esprit, des plat** sirs délicats , plus il reste étrange au commerce de la so* ciété, à la culture intellectuelle, et plus il cède facilement ' aux attraits de la sensualité. Plongé continuellement dans la matière, il contracte une existence toute matérielle * L'espèeed'exaltation momentanée que lui donne le désordre delà débaucbei prend pow* lui la place des plaisirs dfi l'imagination; il croit jouir ; il ne sait plus s'sirréter : l'abus dégénère en esn ces et se convertit en habitude. Infortunés dignes de pitié, en même tem|»9 qu'objets de dégoût, ils sont comme entratnéa par we sorte de fatalité ; on les voit , on leur parle ; ils. semblent vous entendre, et ne vous craiprennent pas; ils ne* peuvent triompher d'eux-mêmes.
Le libertinage a moins d'excuses^ il a des suites phis fà^ chmses à quelques égards. S'il engendre moins d'indigens , il engendre une misère plus hideuse , |rius profonde. Chactta de ses écarts frappe à-^la-fois plupieurç victimfs, et se» eonaéquenees éclatent en nombreux désastres. Il vient . surtout corrompre ce sexe qai devait être le dépositaire des affection de famille , des sentimepa délicats et purs^ Il sé« pare de sa famille et de la société la fille innocente qu'il ose flétrir; bientêt il la livrera à. la prostitution, et de cette fange elle ne sortira que par trois issues ^ l'hôpital , la mendicité ou la prison. Il met au jour, il multiplie ces êtres infortunés dont la situation est pire que celle de TerphcAifr)-
320 PRBHlilB PAETIB. LIYRB II. €HAP. V.
indigens dès le bereeau , heureux seulement de ce qui ferait le malheur des autres y de ne pas connatlrè les auteurs de leurs jours.
Que les êtres frivoles, aux yeux desquels les désordres de mœurs trouvent si facilement une excuse , même une apologie y apprennent à connaître jusqu'à quel J^int ces désordres pervertissent le caractère de Thomme ! £n méditant sur les comptes^rendus de la Justice criminelle, ils y verront que Tadultère , la débauche , le concubinage , la séduction forment, parmi nous , aigourd'hui , le motif avoué de près de 1/8 des crin^es (1) ; qu'ils aillent ensuite visiter tous les refuges de la pauvreté, interroger les maux qui Taffljgent! '
Il y a peu de connexité entre les passions violentes et les causes ordinaires de l'indigence ; là haine, la vengeance, la cupidité poussent au crime , ne conduisent pas directement à la misère. Mais , tout ce qui aviiit^le caractère et décourage la volonté engendre l'incurie, l'apathie, et Jneutôt par conséquent l'épuisement des ressources. L'esprit de servilité, le mensonge , l'envie, la bassesse, en familiarisant l'homme avec la honte, le' disposent à envisager avec moins d'effiroi la nécessité d'implorer des secours d'autrui , et l'humiliation d'une détresse que l'on s'est attirée par sa propre faute. Une juste fierté suggère donc la prévoyance , comme elle soutient l'énergie; elle enseigne à s'aider soi-mtee; elle -sait déguiser le dénûment sous les soins de Tordre et de la propreté.} ^ais, tout est perdu quand on perd le sentiment de sa propre dignité. Comment rendre à Faisance celui qu'on ne peut relever à ses propres yeux? les enbns surtout , élevés dans l'atmosphère du vice, inaccessibles
(1) Sur 1»000 crimes, Fàdultère , 64
La débauche, le concubioage, la séduction. • . • • . 68
SiaMique morde, par BL Guerry, pag. 81.
RAPFOBTS BNTme USS DÉLITS. ET L^INDIGBTfCE. S21
à tonte émiil'atioii , sbnt d'avance voués on à la misère ou nu crime; et le prcpier de tous les bienfaits, celui de Téducation , est même repoussé par enx.
Des ra^orts qui existent entre les causes des déUts et celles. de l'indigence,
Ne concluons pas de ce qui précède que les causes de Tindigence se confondent avec celles des délits. Heureusement, il n'en est pas ainsi. Si la misère fait trop souvent des^cou- "p^bles, elle n'en prodtiit pa^ autant qu'au premier coup-d'oail on serait porté à le supposer.
Le plus grand nombre des vrais indigens appartient à la classe des vieillards , des infirmes , des malades , des enfans , . tous placés dans les circonstances d'âge ou de santé qui sont le mojj^s fét^ohdes qn crimes et en délits. Les femmes, qui forment en France au moins les 3i5 ou les deux tiers du nombre des indigens, ne figurent guère que pour If^ dans celui des criminels.
Le plus grand nombre des crimes se commet précisément dan^ l'âge de la vie où l'indigence est le moins connue , et le plus facile à éviter, c'est-à-dire dans l'âge de 25 à 30 ans.
Les causes de l'indigence réelle frappent les êtres les plus innocens. Lorsque la misère est fille du vice , elle est sur- * tout, comme nous venons de le voir, la suite de ces vices qui abattent l'homme, en l'avilissant^ et.iion des passions qui le portent à la violence.' Aussi les femmes figurent-elles , dans le tableau des crimes contre les personnes, pour une proportion bien plus faible que dans celui des crimes contre les propriétés, tandis qu'elles composent la plus grande partie des indigens : encore l'infanticide occupe-t-il la plui^ grande place des crimes commis contrôles personnes par les femmes (1). Le plus grand nombre des attentats contre les • ■ > • -
(1) Sur 100 crimes contre les personnes, les femmes en Fnnce n^en com* 1. 21
322^ PAWlàaC rABTIB. LIVIE II. GHAF. V.
là "
personnes est conunispar (les jeunes gens, par cém qni joid^ sent mieux de toutes leurs forces, et pendant la saison de Tété, époque où Thomme éprouve le moins de besoins. *
Le dénûment sans doute ne sollicite qu^ trop vivement à considérer d'un œil envieux l'aisance d'autrui. Qu^e tenta- j tion pour l'inertie, comme pour l'avidité, que de se voir dispensé d'une fatigue assidue pouf arriver au bien-être. Et quelle voie plus prompte, queJa violation de la propriété! Aussi les crimes contre les propriétés sq^îIs plus nombreux chez les fainéans et dans la saison rigoureuse.
On se tromperait cependant si l'on supposait que les \clh trouvent souvent leur excuse dans une indigence réelle ;^1 est fort rare que l'on voie figurer au banc des accusés dés indigens inscrits sur les ijstes des bureaux de bienfaisance. . Parmi les crimes dirigés contre la propriété, un grandi nombre sont commis dans des circonstances qui n'indiquent! point un dénûment actuel (1). Le vol , lui-même, ât plus, fréquent dans la jeunesse que dans la vieillesse, et chez les hommes que chez les femmes, proportion gardée (2), quoique les femmes, ayant moins de ressources, succombent plus facilement à la détresse.
mettent que 14 ; sur pareil nombre contre les propriétés elles en commettait 21. • Mais sur 100 in&oticides, elles en commettent 04, et les iB&ntièides comprennent les 406/1 ÔOO des crimes contre les personnes. * {Statistique morale, de M. Ouerrj, pag. 10 et 21. ) (1) Sur 1,000 crimes contre'la propriété, on compte en France
Hommes. Femmes.
Tols domestiques !.. 160 302
Banqueroutes 114 80
(Ikid. pag. 18.)
(2) Sur 100 vols ordinaires, 83 fa France sont commis par des hommes et 17 seulement par des femmes.
Sur 1000 crimes commis , le vol, chez les hommes, en donn^ 635, chez 1m iÎ6nimes616, (M^ i^.)
RAPIPORTS INTKE LtS DÉUTS IT l^timiQfiNCE. ^ 828
Parmi cetrx des dépariemetis de la France, qui sont jusqu'à ce jour indiqués comm^ sduffram plus partîculièriênient de l'indigence, il en ^tun grand neutre qui figurent panfti ceux où le^ crimes et les délits contre les personnes sont les plus Mires : tels sont ceux de TAislie, des Ardennes,nltt'Nûrd, de rOise, de^ Gironde, da Pas-de-Calais, de Séine-et- Marne , dé la Somm^ , du Rb6iie ; tandis qu^, au câltraire, parmi ceux qui sont aniioncôs comme oiffirant le tableau d'unk plus grande aisance figurent plusieurs de ceux où les crimes contre les personnes sont tes plus nombreux. Parmi les dé^ partemens signalés comaie le plus affectés par ,1- indigence, figurent ceux ou les crimes contre les propriétés sont les plus fréquens, comme la Seine, la Seine-Inférieure, Seine-et-Oiae, le Pas-de-Calais ,iile Rhône ,'Se||e^et--Marne , 1^ Bouches^ du-Rhônt|rAisne, etc.; tandis ^ue, parmi les départemens les moins affligés par ce fléau , figurent ceux où les crimes contre les propriétés sont les -plus rares : tels sont la Creuze , la Corrèze, l'Ain , la Charente , TArdèche , lia Dordogne , le Lot, lés Vosges ,^le Lot-et-Garonne. (1)4 4 ^
Serait-ce que le% véritables indigens accroissent sensiblement le ndkbre des criminels ? non sans doute ; mais les mémes circonstances qui jettent les uns dans Tindigence, poussent \fi^ autres afu toI : ceux-là périssent de faim ; ceux-ci se nourrissent aux dépens d'autrni. Les mêmes lieux attirent les pauvres et les voleu^^s, l8b uns pour implorer Tàssistance, les autres pour d^ober. Ne les confondons point entre eijx 5 rendons cet hommage à la pauVreté : c'est parce qu'il se refuse à violer tes lois de H probité que , dans son malheur , le pauvre reste dénué de touf, et sa détresse même est son apologie. •
Il n'an e^pas de même de la fausse indigence , ni de celle qui se précipite dans la détresse par sa faute , 9t en cherche le remède dans L'importuhité des soili^citations , aa lieu de
(1) Toir les comptes de la jastice criminelle en France, publiés par le Ministère fle la justice.
Tf^ FmsHiÂKB rA&nE. Lnr&s u. chat. t.
le fromfer dans les elTorts de Tordre ef Sa tni? ail : déjà , elles tendent i prodoire une classe entière de délits a^ee lesquels i^les ont la plos ëtrpi^aflBnité; ceux qi^ nos lois qualifiait sons la dénomination de vagabondage et de n\pndicité (i). Loi comices rendusdepnis quelques années deradminisiration de la justice criminelle prouvent quecegenre^e délits appar^ tient, «France, plus spédalementà qilelques localités , tandis que d^autres en paraissent presque entièrement exemptes. Parmi les départemens qui, chaque année, fournissent le plus d'accusés pour le délit de vagabondagp , Tiennent en première ligne , la Seine , la Seine»Inférieure,-Seine-et-Oise , Eure-et-Loir, le Pas-de-Calais, le Calvad<^, le Rhône, la ]Mb)selle, le Bas et le Haut-Khin, l'Aisne, la Marne, -la Meuribe,qai seret^rouvenU^anslesiS dépirtcmens qui comptent aussi le plus d'accusés <^''crimes et de défiis^ntre les propriétés (2). On. en rencontre même quelques-uns qui, comme ceux deja Seine, de la Moselle, du Haut et Bas-Rhîn, de Seine-et-Marne ,. de la Marne et du CaWados, appartiennenfaussi à la clas|p de^départemens où il se commet le plus de crimes contre les personnes. Les départemens qui comme la Creuse, la Corrèze, la Haute?-Loire, le Gers,*rSéra^lt, les ' Ilaules-Pyrcnées , l'Ardèche, le Lot, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées-Orientales , la Lozère , les Hautei^et Basses^iipes, rindre,Tarn-et-Garonne, i'Arriège, ne livrent presque aucun vagabond aux tribunaux, sont préciUiment placés dans le rang, des 20 qui voient commettre le moins de crimes et de délits contre la propriété; Quelques-uns aussi qui, comme la Creuse, rindre, TAUier, la Nièvre , partagent le «^ même avantage, voient aussi s'élever moin^ cbe préventions de crimes contre
les personnes. ^ ^ * . ^ '
lé •• '
l (1) Code pénal» art. 260 à 282.
(2) Tel e»t le résultat ^que donnent, pendant les dernières .années, lei coinpte5*rendu8 de l'administrai ion^de la justice criminelle en France, publiés par le Ministère de la justice.
HAPftO&VS SNTKE LES DÉLITS ET l'iNDIGSNCE. 33Ô
^Les méni^ observations se reproduisent, en jetant les yeux sur les pourisuîtes relatives au dî|it. de mendicité. La ^l^e^Ja Seîne-Inférîeurê , Sfeine-et-Oise , Eure-et-Loir, le Pas-de-Calats , ..le Calvados , le Rhône , le Bas-Bhiu , la Marne, le Loiçet , TAisne , Seine-et-Marne et le Nord , où ce genre de] préventions s'élève le (flus .abondamment, reparaissent dans un rang aussi élevée relativement aux accusations de crimes contre les propriétés ; quelques-uns même , comme la Seine, Seine-et-Oise, 1^ Bas-Rhin, la Marne, le Calvados, la Seine-Inférieure, placés dans la même catégorie pout^ les délits de mendicité, y sont également situés 'pour les délits ((y^tr^ l(sj)eir^m)e^ ÇeQej^dant, certains départemens privilégiés que la mendicité épargne soi\t encore . #vssi Jaxpr^bleyieiif t^aj^és sous Le rapport des crimes contre la propriété; dai|| leur nombre, oi^remaraue la^Creuse, la Corrèze, TAllier, la Haute-Loire, le Cantal, TArdèche, FAiide, l'Arriège, Tarn-et- Garonne, la Haute-Saône et la Drame ; quelque%-uns ^'e^tf^eii^ so^ dans des cowliiiôus égaLunent heureuses sous le rapport de^ crimes contre les personnes, témoins la Creuse, TAllier, les Côjes-du-Nord* et la Haute-Saônq,
Quelquefois, ceux où il y a le pji^g ^ej^agaBonds e.t de mendiant, sont cependant ceux où l'on compte le moins d'indigens uels soûl, FAin et ^le Finistère ; quelquefois ceux qui renferment le plus. d'iudigens sont ceux qui souffrent le moins de la mendicité et du vagabondage.
Ou remarque , en France, que l^s crimes commis par les mcndians ou.v;aga0bn|}s forment environ le ii^5 de la lotaiiic des crimes. Dans ce nombre , les crimes contre la propriété iSrment les 5/6 et ceux contre les personnes le 1 '6 seulement. Les crimes commis par les femmes appartenant à celte classe s'élèvent à environ 22 ^ur 100. (1)
(IJl^Toici 1» moyenne des sept années 1829 à 1885 , d'après les compte^iremlu3 de Tadministration de la justice criminelle ; p
d26 FBBMIÈKE F4BTIB. LIVBfi II, CHjMP. V.
Ces faits sont constans ; n*eii tifons point cepepdaat de cqrollaires trop rigouren^ Oïl aait combien il famt ^ en général , éviter de demander avec trop d^mpressement des inducU^fl absolues aux rensëîgnemens donnés par ra%iiM8trati6Q de la justice criminelle (1). Dans la matière qui nous occupe, d'autres réflexions encore^iennent commander cette réserve: Je vagabondage est quelcjuefois attaché à certaines circonstances locales, comme le vbisinage des frontières, Texisience des grandes villes j il peut^nir à la négligence de la police administrative ; la mendicité $e classe dans nos lois sous na caractère différent, suivant qu'elle se produit dans un lieu où il existe jm dépôt destiné ^u\ laencj^ans^ ^u bien dans le$^ lieux où il n'existe aucun établissement de cette nature (2) : il résulte de là que la mendicité d'babi^dg doit jiupe j>l^ fii^ quente dans les départébens où elle ne p^ut être l'objet de poursuites^ûdiciâires ,^oit parce qu'eue y a moins à craindre la répression , soit parce qu'elle y trouve moins de remèdefli Les règles qu'adopte l'i^miniStfatjpn lof^l^, les soins qu'elle met à les exécuter, modment considérablement les ^ets qui tendraient à se produire sous l'influence *des causes générâtes.
Tous les bomptesrrendus , sur l'administration' de la justice criminelle en l^ance, sont d'accord pour établir qjÊb les pré-
Total des critoes. Aimée moyenne 7,d81
Commis par les mendiaiM et les vagabonds^. ...*... 232
Et dans le noi^re de ceox-ci :
Ck>Btre les^pe^sonnes. »..{..' « 39
Ckmtre les propriétés :....» «. 103
Par les hommes .,..', ,.,. '178 *
Par les femmes • • 43
(1) Yoyez en particulier les judicieuses observations présentées par M. Decandolle fils , dans la Bibliothèque universelle de Genève , février 1890 et janvier 1832. Voyez aussi les Recherches sur la statistique criminelle, récemment publiées à Berlin par l^ilsfre j^irisconfrafte/ M. Mtttermaiel*. #
(2) Code pénal, ait. 275.
J>S l'iVFLUISCE BBS yiIiLKl. 327
¥600$ â|| crjmes commis cootre les perscones se trouvent eo plos forte piroporlion dans la classe des iodividus qui exer* cent une prof^^og Jp^{;^e | que dans celle des gens sans Ofveu. En reYanche, ceux«ci présentaient une plus forte pro^»portion pour les, attegtat^ à la propriété (1). Eu absolvant rindigence réelle, ces résultats signalent les dangers que ,fait^(^i;49l|){^t*S P9b^c^ia i^uycpté mevoi|gère.
'" » • ^ ^ Z>c tinfluenêe des 'villes,
TL'acte d'accusation lancé par Jean-Jacques contre la civi-* lisation ne pouvait mériter une discussion sérieuse ; en se r^ portant contre les villes y il n'a guère changé de but , mais il a obtenu plus de faveur ; il s'est appuyé sur des motifs plus spécieux. Que n'y a-t-il pas à dire en effet sur les maux de toig genre qui nai^nt et se propagent au sein des villes , surtout des grandes villes ! M'est-ce pas dans l'enceinte des villes que se déploie la misère la plus abondai^tCi la plus hidçfse? N'est - ce pas le poison corrupteur des villes qui » par son actidb délétère , éteint chez tant de malheiureux les forces physiques et morales? N'est-ce pas là que régnent avec effronterie la prostitution et le jeu ; que toutes les séductions &e réunissent pour arracher l'homme laborieux à la temperance^ à Téconomie? Les villes ne sont-elles pas le repaire de tous les vices ? Aux occasions multipliées de débauche, ne
(1) YoyM spédalement le eompte^rendti de la justice criminelle en FVhhm poar 1834) p» xiij. Des documens officiels rncaeiUis de 1828 à 1884 1 il ré* suite <|ue la proportion des accusés pour crimes contre les personnes, est, dajaa la classe des individus exerçant des professions libérales, de 43 pour 100». tandis qu'elle descend à 14 pour 100, dans la'classe des gens sans aveu. En 1686 tla proportion a été de 44 sur lOO dans la première classe , et de 11 pour lOOiMrtMMitt diBf la Meodde,
;)28 PHEMIÈAJB PAUTIE. XIV&E II. CHA.P. V,
joignent-elles pas encore les pernicieux exeniplq^?!^ fausse indigence y est encouragée par respt)ir du succès ; la vraie pauvreté y subit une humiliation p^u^j^sible. à la vue du luxe qui entoure la richesse j le sentiment du besoin devient plus vif; rame du pauvre ignoré ^^abs^^nné a plus de peine à se défendre du découragement et .du déseSpoir.
Voyez , noi|s (^t-on , cç Loj^dres j^ve^ .s§s i^^^^^i^ ou receleurs, ses 75,000 proslituées, ses 16,000 mendians , ses 20,000 individus sans moyops d'^istence ! ce ne sont pas ses habitaus seuls qu'il corrompt : la contagion se trahsmet à cette foule immense qui , de toutes partsif communiqua avec ce foyer pestilentiel. * ' '
Mais, ne serait-ce pas ici la conséquence de cette loigéi|^ raie qui placé les dangers à côté des progrès ,• l'abus à côté de la jouissance, et les inconvéniens à côté des avantages?
Les villes, en effet, représentent en quelque sorte la citilisation elle-même. Elles en sont Tinstrument , le produit et
l'image. ^
Quatre circonstances principales en leur donnant cj^ltrillant privilège , expliquent leurs influences diverses et quelquefois contraires. ^
Centres de la richesse et de la puissance , Tinégalité des coiiditions s'y déploie sur Téchelle la plus étendue. Delà un sentiment plus vif d'envie de la part de ceux qui ne possèdent pais ; des tehlatîons plus nombreuse^ d'acquérir, par voies illégitimes, des occasions plus fréquentes et plus faciles ïïour réussir. De là les dangers qu'amène l'abus de la richesse ; et ceux qui menacent même les personnes peu for^ tunées, par les séductions de la dissipation et des plaisirs sensuels. Msiis, à côté de ces- inconvéniens, se déploient les avantages .attachés à ces deux grandes prérogatives : une protection plus assurée pour les faibles ; la présence d'une classe moyenne qui s'interpose entre les pauvres et les riches ; les r^3$ource$ d'une bienfaisance plus libjérale et plus éclairée; Télégancf) Turbanité, qui adoucissent et polissept les mœurs
D£ L'iNFLUfiRCE DES VILLES. 329
Vastes ateliers , comptoirs , marchés considérables et toujours ouverts , lés villes "Sont les réservoirs dés capitaux , le théâtre de l'industrie manufacturière et commerciale. Lé tra^ ' vailteur y est exp<9^é aux chances qu'entraîne Tessor d'une telle industrie ; mais it y trouve un emploi plus' fréquent, plus v^pë, plus lucratif. ** t ^
Hautes écoles , brilians^oyers d'instruction , les villes donnedides laboratoires à la sçieitce, un théâtre aux beaux-arts, une tribune à l'éloquence , ^es chaires à reii$e||nement. De leur sein jaillissent incessamment \^ lumières, pour se répandre au loin, pour se communiquer à toutes les classes de la société ; aygc les lumières , mille bienfaits se propagent , si la moralité les accompagne ; mais aussi , .mille poisons cor* ruptejiri^ siJa nooralité ne se maintient pas au moins à leur niveau. . •
Séjour d'une population agglomérée, les villes exposent leurs habitsyps à^ des froissement plus multipliés ; ^e^^centuplent le danger de la contagitn pour les maladies morales, comme pour les maladies physiques. Mais, si, en se rapprochant, les hommes sont pfus a portée de se nuire , ne sont-ils pas aussi plus à portée de s'aider mutuellement ? De^ ces relations continues et vafféfe natt la sociabilité , source abondante des perfectionnemens , sève vivifiante de l'humanité. ' Là , une expérience de chaque instant enséf gife comment la probité captive la confiance, comment la bienveillance obtient le retour. LS, chacun -, témoin #des services rendus et prêtés, participant sans cesse aux échanges, apprend combien l'homme a. besoin de l'homme, et dan§ son semblable retrouve un frère. Là , se révèle toute la puissanee.de l'esprit d'association. Là s'alimentent les sympathies qui confondent tous les hommes en une même famille. Là, si le vice étale son honteux cortège , de nobles exemples méritent l'admiration; leur muet enseignement frappe mieux let^ regards, s'adresse h un public plus nombreux. Là, se conçràvent de grandes pensées de. bien public , se préparent dé
380 PBEMIJOUB 9AM!ta. UTBB II. CHAP. V.
salntaires instifaitioiis , s'élèvent de vastes .éui)>UsieiiieDS <iai améliorent les mœurs , consolent les souffrances et ouvrent au zèle une carrière, sans bornes. Vous dites quels vices infestent nos cités; dites donc aussi quelles «vertus y brillent! Découvrez celles qui s'y cachent ! De ifudb actes de dévoùr ment sublime les cit^ n^sont-elles pas'^^haque jour les^moins ! N'^t*ce pas au sein des villes que le recueil des prix. Montyon nous fait découvrir la plupart des belles ac||^s ignorées, dc^t \^ auteurs appartiennent le plus souvent aux ûtuations les plus obsciyes ?
£st*il exact d'ailleurs de considéra tdus les vices et toutes les misères que renferment les villes ^ comme leur apparte^ nant en propre l Ne reçoivent-Mles pas les êties les plus cor* rompus de toute la contrée , comme elles servent ^ refuge aux plus4nisérables? Plus de la moitié des prostituées de Pa- * ris viennent des départepens. L'hospice de la Maternité delà capit^e {eçoit une proportion s^nblable de femigeà qui vien** nent du dehors; l'hospice méqn^ des En&ns Trouvés recueUle prés d'un tiers de nouveau - nés étrangers à Paris i la moitié dei^ incUgens de cette ville, lui l^oiit é((angers par leur naissance.
Lorsque nous consultons les conl|ta»^endus de Fadminisr tration de la justice criminelle, nous sommes frappés sans doute dé v#ir qu'en France les ^5*"* de la totalité des crimes se commettent dans les villes, et les ii5^ seulement dans les com** munes rurales (1) , tandis que' la population des villes n'est à celle des campagnes que comme 1 est à 2. Mais cette propo^ tien se montre bien moins défavorable aux villes qu'on ne * serait tenté de le croire au premier abord*, lorsqu'on réfléchit que les maljb^eurs de^la campagne viennent e^rcer dans
(t) D*après le relevé des su années 1830 à 1836, les seules pour lesquellA cette information ait commencé à être donnée , pour une moyenne de 7382 crimes ; ceux qui avaient été commis par des accusés demeurant dans les corn-
mimes rurales s'élevaient à « i.i 4,3681
•t cett& oommifffiar des mIêiims dMiiéiiraiit dans d« vittei à ^ • . é a,éSS
M L'iHFLraiCCB hMA VXLIBS. 3S1
les TiUea leur coupable industrie , attirés par Tappàt du butin I comme par Tespoir dé se dérober plus facilement aux yeux de la ju^ce. Les villes servent d'égouts aux vices des campagnes. -^ '
' Là où il y a Je plus de richesses, il y a naturellemeutleplus d'attaques à la propriété. Une expérience constante Ta mon^ tré. Les départemens de Fmnce les plus riches , la Seiùe y ies Bouches^U-Rbâne . la Seinerlnférieure, Seine-et-Marne > Seiae-et-Oise, le Rhôpe, le loirpt , le Calvados, £ure-e^Loir^ la Marne, en offrent l'exemple; tandis que les départemens les pins pauvres,*tels que iDs Hautes-Pyrénées, rAMèche, les Hautes-Alpes 9 les Vosges, les Landes, les Basses-Pyrénées,* la Greuze, la Lotôre, les&i^esrAlpes, la Corrèze, TÂriège» Icf Pyrénées-Orientales, sont précisément ceux où la propriété est exposée au plus pet^t nombre d'attentats. Les richesses n'enfantent pas le vol , elles l'attirent ; leur vue seule^xcite du désir coupable } leur proximité favorise la tentative du crime.
Il faut dire des villes, séjour des richesses, ce qu'on dit des richesses elle^mémes« Celles-là subissent lei^ conséquences attachées à celles-ci .
Si l'on Ampare la différence qui existe entre 1^ nombre relatif des crimes commis dans les comigiunes urbaines , et cehii des crimes commis dans les communes rurales, et si Ton a égard au rapport qui existe entre le nombre des malfaiteurs étrangers aux villes qui y établissent leur séjour, et celui des DUiU^itenrs qui a|q[>artienBent à ces villes elles-mêmes , on est surpris que le Kupltfe dés crânes doint les villes sont Je tbéâtre ne soit pas plus considérable. Le.nombre des crimes | commis dans les villes, étant en France de S^5'tiu 6/15 di| nombre total, n'excède que de 1/5 le rapport de la population urbaîae à la population totale, qui est de 1/8 ou 5/15. Or , le nombre des malfaiteurs étrangers aux villes dans lesquelles ils commettent des délits surpasse de beaucoup le 1/5 ; il est de la moitié dans quelques-unes. D'après ces bases, les
o82 PRSMIÈEE PARTIE. LIVRE II. CHAP. Y.
crimes commis dans les villes par les eirfans deVes villes elles-miSmes , ne seraient plus que des 3/15 du nombfe total , et par conséquent il serajJL inférieur de 2/15 à.icelui que devrait donner en France le «pport général de la population urbaine /À 1} population rurale.
L'estimable autour 4e la iS/a^/t^u^ mora/^ fait justement remarquer que c'est dans les villes que fixent leur séjour, ces scélérats de top les pays pour qui le crime q^t une pro-* fession. C'est encore dans 1^ sein des villes que les [brçats libérés viennent se dérober aux regards.
Les criffnes contre la propriété^ sont ordinairement plus •commun^ dans les villes populeuses, que dans celles où les lybitans sont le moins nombreux.* Le même auteur, en signalant ce f^it, ajoute avec\raison a qu'on a c^mdant beau- « coup trop généralisé , lorsqu'on â jcru pouvoir conclure de <c là que la principale cause de ce genre de crimes était ce l'agglomération de la population ; que des départemens oA ce se trouvent des cités du premier ordre , Nantes Bordeaux , tt Nîmes, Toulouse , Montpellier, Marseille, vMent commel- <K tre moins de crimes de cette nature que d'autres dont les (c chefs-lieux sont moins considérables, comme Troyes, Châ- (c Ions, Arras, Évreux, Chartres (1), etc. » • .
Continuant de com|)^rer Jes délits commis dans les villes et dans les campagnes, et prenait encore la France poo]^ exemple, les mêmes vérités vont ressortir sous une autre forme.
lia moyenne des délits commis pédant les dernières années est d'environ 21&f090. * ^ ^ * > ^ Parmi ces délits se classent les &pèces . suivantes , dont le principal théâtre est certainement la campagne «
(1) Statistique morole, etc. , par M. Gnerry, page 4).
DB L'iSÏLtJBNCB DBS TILLB8.
V DérasUtion de plans e( récoltes.. •.••....• 164
a° Arbres abattus '' 344
3" Destmctioa d*auimaus-* ^ 06
"4**- Déplacemens de bornes ^^ 16
fio Inondation ,. . 64
6® Destruction de clôture « 646
7* Tiolation des r^lei||ns sur Fépizootie 63
8" Maraudages : .... f 7» ... 4» . 987
9° «CbasMuet ports d*armes ...:......... ^. . . 4,666
lO® Délits ruraux 2,394
11** Délits forestiers 160;694
12'' Pèche t.....a..^. 766
Ce sont à- peu-près , comme Tonvorf, les 4/5 *du nombre totah, une grande partie des autres délits se Commettent également à la campagne et dans les cités. (1)
C'est ici peut-être le moment d'examiner dans quelte proportion les diverses professions se partagent le^ criminels. Cef professions sont en effet, ^uant aux mœurs de ceux qui les exercent, sous la double influence* du genre de travail auquel elles les occupent et du séjour où elles les re,tjennent.
En dbnsultant les relevés.annuellement publiés en Francj^ sur<le!#^^rutenient de Tarméc, et les comptes-rendus de la * justice criminelle, on obtient, terme moyen J par année, le rapprochement suivant entre le nojnbre des jeunes gens appelas
(1) L^ délits forestiers composent sans douie à éox ^uls les 16/16* de ce nombre; mais cet exemple montke combien l'occasion- du délit, la présence de la cbose, la facilité à la dérol^r, proToquent à la violation des droits de , la propriété, et combien par conséquent^ la séduction doit être puissante dans les ^lles <»ù les ricbesses mobilières sont si abondantes et si aisées à ^nlever. •
L^délits foaestiersy il est vrai, ainsi que les délits de cbasse ne 9à présentent pas le plus souvent à reprit de ceux qui les commettent comme une fyive atteinte aux loflUe la morale ; les premiers cependant sont eu général commis par des gens peu laborieux et peu délioats sur la manière de satisfaire à leurs besoins. ^
856 P&EIIISBB PARTIE. UTKE n; CRAP. ^.
au recrute||ient appartenant à une profession connue, et*le nombre des criminels apparten^pt à la même profession. '^'
* '^ ft Appelée »a Préfenai de
' 0 ^^ ïmpioyés aux divers travaux de la — . ■
«ainp%ie, sur 100 •»-• 52 à 64 30 à 40
* . '2® Ouvriers, en boi^. . , • .* 6 à 6 5 et 4/5 *
, 3® Ouvriers en ferJ; ....,...*... . 3 » 3^t 3/4
4^ Ouvriers en cuir ,. 3« '$ |Setl/2 ^
5^ Ouvriers en pierre et mineon .... 3 » 6 » *
6° Tailleurs dliabiU....^. 1 » 3 » • A
1° Bg(eU|pr^t ma:>iiiiers 2 » 1 »
go Ecrivains et commis 2 .» 1 »«
Ce parallèle sansjgloute ne peut fonder de» inductions précises et«b§olues ^). Il semble cependant indiquer que (es attentats les plus graves contre les personnes et la prppilété sont ov)ins nombreux'^artni les personnes attachées aux travaux des champs ; mais on retrouve une proportion inverse dès qu'on étend ce parallèle £^x délits. ^
Chose Higne de f emyque ! La classe la plus aisée de la société , celle des marchands , banquiers, imprimeurs^ libraires, artistes , étudians, fonctionnaires publics , instituteurs, médecins, avocats, notaires, hommes de!||^t|res, propriétaires, fo^ne près des 8 centièmes d0s (Iffi venus de^
'délits , quoiqu'elle ne représente pas le 1/^00 de la population entière. Ces professions s'exercent spécialement au sein des vilfts; mais elles ne sont pas dunombfe de celles oùlfe délit trouve son excuse 6u' sa cause dans te dénùment.
Sous quelque point de vue qu'on envisage cette question , soit qu'on remonte aux principes, "^oit qu'on consulte les faits, on est donc condnit à reconnaître que les .vilies^t îef campa-
* gnes sont nécessaires les unes aux autres, comme les orgaj»^ d'un 4héme corps : ainsi que ces organes , celle^^i et celles-
(1) n faudrait pouvoir connaître comment ces nonkes se répar^jjfsonn»tre les hommes et les femmes, et rétendre i un ^us grand iioiid>re de professions. « '
urnmsHGS 'BU kariagk evB lA Subites. S86
là remplissent des fonctions différentes, produisent des biens spéciaux , mais sont siyettes à-desmaux qui leur sont pro«pre i mélange iniiérent à toutes les choses humaines. C'est à une sage adminiàtration*l[|u'iI appartient de faire fructiiBer les biens, d'opposer aux maux des préservatifset des remèdes.
. De tinflu^^k^ mfiria^ smt Us ilUJtuAfopiâatlrJl * , "^
Déjà se sont dissipées (ï) les* exagérations* qui' accusaient le mariage de feire peser sur l'homme de travayj^lp Jàr^toau d*une dépense au-défisus de ses forces , et d'imposer à la SO'» ciété celhi ni'une population excessive.
Il nous reste maintenant à considérer cette grande institu-' tioh dans la moralité àfi ^s q^us^syet de ses effets ;.et ici elle se range naturellement an nombre de celles qui,pro^égeant les mœurs , protègent aussi le bien-être. J^ ^mille est comme ^ la société , le yq^u de la^jitur^ : la vie^de famille es.t la^sUnation de l'homme. «
^ ^'h}Bnen e^un^scytéd^^ctpcatiqp^cyale, qui se prolonge pendant le cours entier de la vie. . # * >•
L'hymen détotœne le jeune homme de la dissipation , des désordres y des froides spéculations de Tégoïsme; il préserve la jeune fille dp la séduction ; donne un appui à sa faiblesse. Il double les forces de tous .deux par la puissance des affections domestiques; il élève leur dignité c§inmi4ne ;^i^enr imposant de nouveaux devoirs, il les améliore par le bonheur qu'il répand sur leurs jours. Au sein de l'union conjng^al^s'^t^Ut une émulation salutaire , une communauté intime d'intérêts et de sentimens; Ips deux époux s'éclairent par leurs conseils^ s'animent p^r ^eurs* exemples^ se protègent par leur sollicitude. Les joies de famille, les occupations don^estigueSi les inquiétudes même et les épreuves de la communauté éveil-
(1) Toyez k diapitre précédent , «rtick 0.
33G vnumkm p:ultie! livkb II: €itx».>«
lent à chaQualnstant dans leurs cœurs les dispositions gênéreuses.Lâvuede leurs enfan^ leurs caresses, leurs.pleurs, récompensent tour-à-tour ou excitent leurs efforts. La vie'de famille est une école pratique de raisoiMt de moralité. N'envions point à rhomme laborieux un bienfait q\ie'liii destina la Pro-^ videncé, el qui lui^st s^ n^essaire! Gardons-nous de réduire les besoins de lacréa^re hifmaine aux nécessités matérielles, •grossi^ ^a|îmens^dQ l'existence animale ! Cst-1l rien qui révélé mieux à la ciféaturfi tfiiiâaiii^ ft)(lt^a puissance de ses facultés que d'ipprendre à aimer ,* que de se sentir aimée ? De qiyi a^rs ne devient-elle pas capable ? Si Thorame laborieux est privé des Çlalsir^cfu^ doliAe^raisayce, lui refuserionsnous du moins les jouissances de raffection coi^ugale, les 'douceurs tie la paternité? Refusêrions-nous à la fille honnête et active les émotions de la tendresse maternelle? Si les mariages sont en effet plusirequens dans cette classe de 1a société, n'est-ce pas qu^ par une sorte d'instAct, elle sent tout ce qu'elle y puise de ressources, de consolations^ £lf quelle preuve plus eAahinte de c^ salutaires influences, que le fait "nmthématiquement constaté d'une vie movenne sênsiblen^nt pluslongne parmi \ek gens mariés que parmi les célibataires? Kemarfuea^e bien, et admirez encore ici l'heureux accord des lois de la morale avec les intérêts économiques de l'homme! "Si un hymen imprudemment formé compromet l'existence des époux, c'est que tous deux ont méconnu, en le contractanti les devoirs^i^ f ette luûon impose ; ils ont traité avec légèreté un lien auguste et solennel ; ils s'y sont engagés avant d'en être dignes; ils ont fait un choix peut-être qui n'étaitpas fondé sur l'estime. 0if une résolution aussi grave né soit donc conçue « qu'avec réflexion et maturité. Mais, parmi les conditions qu'exige l'hyménée, est aussi celle de^ne pas en tropTetarder répoque ; c'est une fleur qui veut éclore au printemps**' delà vie. Un célitiat prolongé éloigne du mariage l'un des deux sexes, çn rend l'accès plus difiicile à l'aiître; les expose tous deux à de grands çénf^j pour leur moralité et leur biéii-étre.
ISFLIJKIICB IVU VAUAOB SUB LES MOBUBS. 537
Le jeune homme se laissera entraîner à la débauche; il ne se perdra pas seul : chaque désordre fera deux victimes. Vous aurez voulu retarder les mariages, les rendre moins fréquens : qu'aurez'vous fait? Vous aurez étendu le concubinage dans la même proportion ! Vous refusez à la jeune fille la couronne nuptiale : un libertin la séduit, perd sa destinée tout entière. Yo^s voulez prévenir la^nultipiicaiion des naissances : vous avez seulement substitué aux enfans légitimes des enfans naturels qui seroiit privés des bienfaits de la vie de famille, dont l'éducation et l'avenir seront livrés au hasard. Plus on vit au milieu des pauvres, et plus on reconnaît que, pour eux, les plus graves inconvéniens sont ceux qui résultent des habitu^esrdu concubinage. En présence d'un désordre également funeste aux parens et aux enfans , Fami du pauvre met au rang des bienfaits les mieux entendus, le succès qu'il obtient en faisant succéder à ces liens illégitimes, l'union consacrée par la religion et les lois, (i)
£n supposant deux contrées d'une moralité égale, et placées d'ailleurs dans des circonstances analogues, celle où il se ce* lébrera le moins de 'mariages sera presque infailliblement celle où il nattra le plus d'enfans naturels (2) et viùe versa. Parmi les départemens de la France qui donnent le jour à un plus grand nombre d'enfans illégitimes figurent en première ligne , le Nprd, le Calvados , le Pas-de-Calais, les Hautes et Basses-Pyrénées , la Somme , le Doubs , la Moselle , la Ltûre- Inférieure , la Manche , le Bas-Rhin , rEure-et*Loir, le Var, qui se retrouvent parmi les vingt où le mariage est le moins fréquent. D'un autre côté, parmi ceux qui ont le moins '
(1) Tel est le but que s^est proposé à Paris une société charitable (celle de Saint-François-XaTier), et qu^elle remplit avec le zèle le plus honorable.
(2) Cette observation n*a point échappé à la sagacité de Fauteur de Y Essai sur la population de Loir-et-Cficr. U la confirme à-la-fois par le raisonnement et par les faits ; il en coRclut que la moralité des populations doit être appréciée, d'ivres le rapport des en/ans naturels aux filles nuèiles, et non d'après le rtp' port des naissance* naturelles aux légitimes, page 108.
m »mMtBBi FA&TIÉ. LlYllfe tl. CIIAF. f .
à gémir da fléau des aatosances Batnrelles, se présentent en première ligne, l'Ardèche, les Gôtes-dn-Nord, la Vienne, le Morbihan, la Loire, le Finistère, la Corse, Tam-et-Garonne, le Cher, les Basses-Alpes, la Dordogne, THéranlt qai repa« raissent parmi ceux où les mariages sont les plus abondans. D*antres circonstances sans doute concourent aussi à multiplier les naissances naturelles , en «terçant une flcheuse influence sur les mœurs. Les villes voient, en général, contrae* ter moins de mariages que les campagnes ; les villes ofiirent un moindre nombre de naissances en totalité : mais elles occupent toujours le premier k*ang dans le iableîiu des naissances naturelles. Ainsi , en France , à ce premier rang apparaissent en elTet la Seine , le Rhône , la Seioe-tnférleure , le Nopd , le Calvados, les Bouches-du-Rhône , la Gironde, l'Isère, la Meurthe, la Somme, leDoubs, la Moselle, la Loire-InMrienre, le Bas-Rhin, l'Aisne, le Haut-Rhin, c'est-à-dire ceux qui ren-* ferment les plus grandes villes , tandis qu'à l'e&trémHé opposée se montrent ceux qui , conmie la Vendée, l'Ajrdèche, là Haute'^ioire , la Lozère j les Hautes et Basses-Alpes , TArriège , ne comptent que de très petites cités^ (1)
Les pays riches ne sont pas ceux qui donnent, relativement à la population, le plus grand nombre de mariages et de naissances $ mais, ce sont généralement ceux qui sont âflligés par le plus grand nombre de naissances illégitimes : tels sont, en France , les départemens de la Seine, deS Bouches-du-Rfaôttè| de la Seine-Inférieure, de Seine^t-Marne, de Seine-et^Oise^ du Rhône, de la Gironde^ du Loiret, du Calvados, d'Ëure^-et*^ Loir, de la Marne, qui, plus favorisés des dons de la fortune) comptent aussi plus d'eafans naturels; tandis que l'Ardèche, les Hautes et Basses-Alpes , la Lozère, la Haute-Loire^ la Corrèze , l'Ain , l'Arrlège , S'ils sont placés à l'extrémité de i^écheilë de la Hchesse, réélament l'honneur d'occuper la
(1) To^ l'annuaire du bureau des longitudes, et ta Statistique morale dé M. Guerry, page 62.
vxnxjmcÈ m màuioi ior Lit hobubs. Mt
première place parmi ceux où les naissances illégitimes sont les plus rares. (1)
On sait que le nombre des infanticides, loin de suivre celui des naissances illégitimes, marche souvent en sens inverse ; et ce contraste s'explique, lorsqu'on réfléchit que, dans les lieux où les naissances illégitimes sont plus rares, eues causent plus de scandale, font plus de tort à la mère ; ta mère alors, pour éviter la honte de la faute , la voile plir un crime. En relevant, d'après une année moyenne, les crimes et délits commis dans les différons départemens de France, on voit que ceux où les naissances illégitimes sont les plus fréquentes, sont aussi ceux où les crimes et délits contre la propriété, les fols simples, les délits de vagabondage et de mendicité sont le plus multipliés , tandis qu'au contraire ceux où ces critnes et délits sont moins répétés, offrent aussi moins de naissances illégitimes. Oii en voit tin exemple sensible dans le tableau suivant :
Départemen» dans la classe de ceux où se produiseiit à-Ia-fois annuellement (2) le plus de poursuites relativement :
aux crimes contre la propriété y aux vols simples , aux délits de vagabondage , aux délits de mendicité , aux naissances illégitimes.
SâVOlU :
Mattmum. itïnliaftfn.
Seine* Àrriège#
- , Rhône. • Corrèze.
Nord. Haute-Loire.
Seiue-Ioférîeure. Hautes et Basse»-Alpes.
Calvados. Tarn-et-Garoune.
Pas-de-Calais. * Hérault.
Loiret. Ardèche.
Marne. Allier.
(1) Yoy?z Tannuaire du bureau des longitude?. Yoyes aussi la planche iv et le tableau xi de la Statittique morale, de M. Guéry.
(2) Yoyez les comptes-rendus de radminislralion de la jbstice ctinïinelle en France , et Taïui^aire du bureau des longitudes.
3&0 FEBMIÈEB PABTIB. LITEB 11/ CRAP. Y.
Mtxinii».
Uinimmn.
Menrthe.
Vendép.
Moselle.
Vieune.
Aûoe.
Cher.
Eure-et-Loir.
Bas-Rhin.
Haut-Rhin«
Seme-et-Mame.
On est donc porté à présumer que les départemens qui figurent à la première de ces deux colonnes sont ceux où règne, sous ^es divers rapports, le plus de corruption ; que oenx qui appartiennent à la seconde sont ceux où les mœurs se conservent encore les plus pures : or, les premiers appartiennent pour la plupart à la classe de ceux où Ton signale le plus d'indigens, et les seconds à la classe de ceux où Ton annonce qu^ils sont en plus petit nombre.
Pour compléter ces rapproçhemens, il peut être utile de comparer les départemens où les mariages sont le plus multipliés avec ceux où ils sont le moins nombreux j^ en recherchant quel rarig ils. occupent parmi ceux qui, donnant lieu à un plus ou moins grand nombre d'accusés pour délits de vagabondage, de mendicité, sont présumés renfermer aussi plus de misère de Tespèce qui est dérivée du vice. Celte comparaison nous donne le résultat suivant :
Départemens qui appartiennent Départemens qui appartiemient
tout ensemble à la classe de ceux où à la classe de ceux où les maria^
les mariagles sont les plus rares , et à sgnt les plus frcquens , et où les
la classe de ceux où les accusés pour accusés des mêmes délits sont le
délits de vagabondage sont les plus moins nombreux, fréquens. * '
Nord. Greute.
Bas.Rhin. Corrèie.
Moselle. Nièvre.
Maine-et-Loire. ^ Basses-Alpes.
Côtes-dtt-Nord. Allier.
Ile-et-Yilaine. « Tam-e&paronne.
Calvados. Pyrénées-Orientales.'
Pas-de-Calais. Héranlt.
Loiret. ' , . t j^j^j^^j^^
Loire-lAférienre. Corse.
Eure-et-Loir. Aude.
Orne, Haote-Yifnne.