‹ De la bienfaisance publique; (volume 3)Chapitre 69 sur 90 · INFI^USKCE DU MARIAGE SUE LES MOEURS. 3A · texte numérisé non relu

INFI^USKCE DU MARIAGE SUE LES MOEURS. 3A

Le témoignage des faits confirme donc , dç toutes les manières, cette grande vérité : que le mariage, en servant les în-

léréts des mœurs y sert aussi ceux du bien-éti*e 4e la classe laborieuse, et concourt à prévenir cette portion de la misère, qui trouve dans le vice sa honteuse origine.

L'école moderne , qui appelle par des vœux sj ardens les obstacles à la muhiplication des mariages , et le retard dans leur formation, a cependant imaginé un remède pour prévenir les fôcheuses conséquences qu'entraînerait pour les bonnes mœurs l'accosiplissemeRt de ses conseils. Ce remède c'est ce qu'elle appelle la contrainte morale, précepte nouveau, que, de sa propre autorité, elle a joint au décalogue, et dont l'observa^on en effet, s'il suffisait de l'exiger pour l'obtenir, * aurait sans doute une merveilleuse efficacité. Ce n'est pas que la eoniramte morale pût en rien suppléer, pour les célibataires, aux heureuses influences du mariage, ni prévenir les habitudes d'égoïsme, auxquelles expose une existence solitaire ; mais elle préviendrait du moins le désordre des mœurs. Il reste à savoir par quels moyens les auteurs de cette doctrine obtiendraient en effet de la classe laboriense l'absolue fidélité à la continence dans le célibat. On n'espère pas sans doute qu'une telle multitude d'individus s'imposerait à-la-fois ce double sacrifice, pour le seul honneur du système et la satisfaction de ses partisans. Ses auteurs, il est vrai, proposent un apostolat spécial , ils promettent d'éloquentes homélies ; ils démontreront que l'intérêt de la société, celui des hommes la* borieux eux<-mémes commandent cette rigoureuse obéissance à leur préce][>te. Mais, en admettant que leur doctrine sur les effets de la nmltiplication des mariages fût aussi exacte qu'elle est erronée , en supposant qu'on pût déterminer avec exactitude les époques et les contrées où cette multiplication commence à devenir funeste , en supposant qu'une telle démonstration pût être rendue claire et sensible à la classe laborieuse, quel sera le pouvoir de ces froids et abstraits théorèmes pour arrêter la fougue des passions? Quel sera le jeune homme

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qu'ils contiendront sans relàcfie, au milieu des sollicHations qui Tassiègeni? Ce n'est pas trop de tonte. 1^ puissance des sentimens religieux pour commander le célibat à un petit nombre de persoones, et pour lui associer une entière pureté de mœurs. Mais, à la religion seule peut appartenir un tel prodige ; elle même ne ressaie que sur des situations exceptionnelles, et encore enloure-t^ellQ œux qu'elle soumet à cette épreuve , de précautions sévères et multipliées » qui sc-r raient inconciliables avec la vie ordinaire*

AlÎTiqt]; VII,

Il est facile d*ei{^pn<iuer par ^imprévoyance l'origine de la miaère , i^oipme la plupart des malheurs qui atteignent 1^9 hommes ; il est facile d'en faire un reproche au pauvre qui en devient la victime. Mais ; cette imprévoyance elle-même i d'où provient-elle ? Quelles causes la préparent et l'entre* tiennent? hélas! En approfondissant ces questions, ondé^ couvre que le pauvre souvent est plus à plaindre que cou^ pable \ que , si la prévoyance lui est plus nécessaire par sa situation même , il est aussi plus e&posé à en manquer. Avant de (e çondami^er , venejc à pon ^ide ! Amis du pauvre , ne vous bornez pas à lui donner des conseils ! Prétes^lni un appui efiScace!

Gelui-lft seul sait prévoir i qui a réellement un avenir ; les revers, au mal présent, joignent encore la perte des perspeo* ttves et des espérances. Là serf n'a pas besoin de prévoir; son sort ejBt fixé. Au sein de nps sociétés modernes , il est des situations dépendantes qui ont, SQUS ce rapport, quelque ana-^ iQgie avec la seif'vitude, ËUes présentent pe» 4^ ebances de progrès : à ce prix elles achètent une sorte de sérénité lét^ar^ gique.

La prudence , qui prévoit les périls , a besoin d'être entr^

tenue dan& la pensée de rbomme , par Tespoir du succès. Ne prévoir que pour craindre , est une situation triste Qt déco^r rageante, faites que, pour le pauvre » l'existence aifun certain prixi si vous voulez qu'il se préoccupe des moyens delà conserver ! ouvrez-lui cpielques perspectives favora))les , ^ vous voulez qu'il souge au lendemain !

JN'avez-vous donc aucun gage de protection à lui offrir k c6té de tant d'images qui l'épouvantent ?

Celui qui subsiste du produit de son travail journalier ^ laisse facilement aller à vivre au jour le jour \ il ^'inquiète moins lorsque y étant encore au début de la carrière ^ il n% encore subi aucune épreuve ; longue ses ressourc^a pré^nteç suffisent à lui procurer quelque aisance, ^inexpérience et la légèreté de la jeunesse syoutent ^ ce^ dispositions. Il se berce d'illusion$ trop douces pour ne pas le séduire. Ainsi , c'est précisément dans la situation et k l'époque de la vie où U serait à-la-fois et plus facile et plus nécessaire de se préoaur tionuer d'avance contre les accidens futurs, que le travaillieur se laisse malheureusement endormir sur les périls qui ^e m^ naçent.

L'ignorance , mère de la crédulité et de l'irréflexion i contribue pour une grande part à cette fatale imprudence- Une moralité imparfaite y contribue davantage encore. Car l{t morale, et la morale religieuse surtout, est la vraie iusU<r tutrice de la sagesse. C'est elle qui e^seigfie à l'homme à por^ ter ses regards au-:del||^du cercle étroit du moment, présent , à les dirigfir yuij'aveniri à triompher des sédMCtions d^^ sens.

Dans la situation et à l'époque de la vie qui nous occupent en ce moment, se fait donc sentir , pour le travailleur, le h^ soin d'un guide , d'une protection morale , d'une aorte de tu^ telle d'un ordre plus relevé, qui suppléent pour lui mn^ lu* mières que l'éducation n'a pas su lui procurer pour se diriger lui'l^éme. Cette observation , qu'il suffit de signaler m i trour vera son application par la suite.

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Il est un autre genre dlUnprévoyance qui naît essentielle* ment de l'apathie. Le malheur qui devrait ia« dissiper vient quelquefois, Taccroître encore par les effe^ du décourage-

ment. L'imagination s'éteint , le^|ugement se troubfe, la raison s'affaiblit ou s'égare. L*infortuné se plonge àans une sorte de léthargie volontaire y pour échapper au sentiment dé ses maux. Il détourne les yeux de l'avenir, your né pas aggraver le poids du présent. Il s^étourdit sur le péril, parce qu'ti n'a pas le courage de le combattre.

Il y a une imprévoyance née du préjugé. Celui-là est inhabile à prévoir, qui croit à l'empire de la fatalité ; or , ce genre de superstition règne généralement sur les classes sde la société les moins éclairées et les moins heureuses. On accorde d'autant plus à la puissance du sort sur les destinées humaines, qu'on sait moins remonter à l'action des véritables causes. L'ignorance lie voit dans les évènemens que des jeux de la fortune. Combien de circonstances fâcheuses, d'erreurs accréditées dans une société mal dirigée ou corrompue, foHifieront encore un préjugé si fui^este I En voyant la richesse acquise sans mérite et sans travail , et l'homme laborieux et vertueux privé de sa récompense, le vulgaire élèvera des autels au hasard. La morale religieuse opposera des barrières à cette fatale idolâtrie, en inspirant une juste confiance en la Providence divine; elle rappellera en méipe temps à l'homme qu'il doit s'aider lui-giéine pour obtenir Tappui d'en haut. Comme un rayon qui part du ciel pourjéclairer la route terrestre , la morale religieuse enseigner&â Uiomme. iQ^pouvoir qui lui est donné sur ses propres destins.

On n'éprouve pas le besoin de prévoir, quand on se laisse gouverner par l'habitude : l'habitude est une sorte de fatalité pratique. Or, le joug des habitudes routinières pèse plus spécialement aussi sur les êtres dont le développement intellectuel et moral est plus incomplet. L'habitude est une chaîne ; la prévoyance est un sage emploi de la liberté. L'habitude est une puissance matérielle et mécanique -, la prévoyance «st

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essentiellement intelligente. L'une aveugle ; l'autre étend la yue et fait répéchir.

Il y a enfin un dernier genre d'imprévoyance le plus funeste de tous : celu^qui résulte de l'avilissement du caractère. Pour prévoir, il faut savoir se confier ajix autres, à soi-même/ Une certaine énergie , une certaine dignité permettent seules à l'homme da compter avec rav.enir, et d'affronter les évènemens. Il esj; un degré d'abjection dans lequel on n'ose plus ni lever les yeux au-dessus de soi, ni tenter aucun effort. La dégradation est comme le tombeau.

Evitons à tous prix d'humilier le pauvre , et ne négligeons rien pour le relever à ses propres yeux.

On pourrait définir l'imprévoyance comme une sorte d'indi* gence intellectuelle et morale , précurseur de la misère physique. Elle a les effets de l'idiotisme, si elle n'en offre pas les caractères.

Il y a une prévoyance de l'égoïsme^ qui souvent manque le but, et souvent le dépasse. Dans le second cas, elle se transforme en avarice : certes , ce n'est pas celle qu'il convient d'encourager. Mais , il y a une prévoyance qu'excitent et qu'entretiennent les affections généreuses , nouveau bienfait de la vie de famille et des sentimens qu'elle inspire. Laissez en perspective au jeune travailleur, l'espoir de devenir époux et père I il redoublera d'ardeur dans ses efforts, d'ordre et d'économie dans ses dépenses. Heureux s'il a un père, une mère, des frères, des amis à aider! Les privations alors lui seront faciles, elles se convertiront en jouissances! il apprendra l'épargne par le dévoûment , il deviendra prévoyant sans le savoir.

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ARTICLE Vm.

ih t influence exercée par la classe la plus fortunée, sur Us mœurs de la classe

lààomeuse.

Si le pauvre est trop souyçpt victime de ses propres faates, liouvent ntissi i| est victime dQ celles des riche». A tontes les causes de l'indigence qui ont été énumérées jusqji'à ce jour» il faut e>i jouter uue qui s'avait point encore étésignaléç, et la chercher dans les mœurs de la classe aisée.

Les yic^s des riches sont plus contagieux ; le riche ocoppe un centre de relations sociales ; ses exemples ont plus de po^# ; lit supériorité d9 sa position lui donne plus facilement des imitateurs ) il a^ooio à i^es fautes eeux quil en prend pour ins^rumeiu. J^ yaniié ijaspire une honteuse émulation pour ses désordres. Le vulgaire le supposant éclairé et le voyant outrager la morale, se prend à douter de Tautorité de la morale; il Qrai^t d*etre dupo en aeeeptani les préoeptes» i:omme up joug de plus impQsé à mm que la fortune a disgraciés, au pro9t de^ ceui. qu'elle a eomhléadeses faveurs.

De toutes les sources de corruption» il en est peu d'aussi vile que celle qui joint la vénalité à la ooniagion des^ vices. )4'opul§noe qui emploie Tor à séduire, qui aohèta des téeioina, des serviteurs i pour ses désordres , 'dégrade doublement le çaract^e. AîQsi , en a^oordant un salaire pour prix de la honte, elle en^^igue 4 ne pas rougir. £Ue esl d'autant plus coupable, qu'elle va oherober s^s victimes dans la daaseï la n^oins fortuné^. £l)e abuse ainsi de la situation ^n pauvre.

Elle viole la dignité sacrée du malheur.

Les notions de la propriété et de ses droits s'altèrent dans l'esprit du vulgaire , lorsqu'il voit la richesse servir d'alimens aux passions coupables. Avec elles, s'altère aussi la notion du mérite du travail ; le respect même pour la justice en est affaibli ; les fondemens de l'ordre social en sont ébranlés. On dépouille avec moins de scrupule ceux qu'on a cessé d'estimer.

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lia d(UQesticité , par les rapports qu'elle établit entre la personne du mattre et celle du serviteur, peut devenir un enseigneqient utile, et servir à la transmission des vertus; , elle peut aussi servir de canal à de funestes influences. 1.66 services rendus, à la personne s'ennoblissent par le mérite de celui qui les reçoit $ mais ils deviennent funestes» à ceux qui les rendent, lc\rsqu*ils s'adressent à des êtres méprisables. C'est une chose fâcheuse pour celui qui rend ^63 soins t que' J'b^bitude de mépriser ceux auxquels il les donne. Confident obligé d'un mattre dépravé, son valet de-* vient facilement son émule, et transmet à son tour ces ^ra- ^tions de la turpitude et de la bassesse aux individus de la classe inférieure avec lesquels il est en commerce, avec lesf nçls il revient se confondre.

La nature des services rendus par le serviteur n^st pas in* différente au:^ influences morales de la domesticité* Aucun ^rvice réel et utile n'est par lui-même avilissant ; le salaire qui le rétribue ne l'avlljt pas davantage; les services les plus assidus opt même quelque chose d'honorable, quapd ils supposent un échange de la conflance et du déyoûment. JtfâiSf tout ce qui porte le sceau de l'abjection et de l'avilisf enmnt mine le principe des vertus les plus essentielles. Quelles seront les mœurs de ce cortège de serviteurs qui» en luivant les pas d'un mattre, n'en reçoit jamais un regard ^^ ^bienveillance ) qui n'est appelé qu'à flatter sa vanité; qui devient le jouet de son humeur, l'instrument de ses caprices,

C^s considérations s'appliquent sous plusieurs rapports à l'influence morale qu'exercent les personnes revêtues d'uner autorité, occupant un rang élevé au sein de la société humaine. Ici même, la contagion sera plus étendue et à quelques égards plus puissante. jLes prévarications de l'homme public pervertissent Içs mœurs. L'abus de pouvoir est comme une provocation générale à tpus les genres 4'âbus; il porte la confufûpA ^ns }es iijiçes qu'on se forinecjie lajuHiqe ; il énerve

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le respect poar rantorité publique. Que serait^ doue, si les exemples de la cormpiion pouvaient partir du sein de la magistrature ou du sacerdoce? Exemples heureusement à-peuprès inconnus de nos jours !

Détournons nos pensées de ces hypothèses : arçétons-les sur'un tableau consolant. Les vertus des personnes élevées en dignité, ou favorisées de la fortune, deviennent comme une sorte d'enseignement universel; leur influence descend sur la multitude comme une rosée féconde* On rend d'autant mieux hommage à la sincérité de ces vertus , que ceux qui les pratiquent avaient plus de moyens d'abuser, plus d'occasions de se laisser entraîner. Leur spectacle calme l'envie; leur contact épure, élève, améliore ceux qui les approchent. Si ces personnes occupent les sommités sociales , elles y apparaissent comme des messagers de paix et de bonté. Partout où il existe de tels riches, il y a beaucoup moins de pauvres.

Dans l'économie générale de la société et dans les vues de la Providence divine, la fortune et le pouvoir ne sont pas une faveur, mais une mission; mission qui a pour but d'améliorer, en la vivifiant, l'existence de tous.

Placés au centre des relations sociales, les puissans et les riches sont investis d'un honorable patronage; il leur appartient de fonder la grande alliance de la fraternité universelle. Placés au sommet de la famille humaine , ils sont appelés à y exercer , sur une plus grande échelle^ le beau ministère de la bienveillance.

A qui appartient-il en effet d'enseigner et de propager l'amour des hcTmmes, si ne n'est à ceux qui ont le plus de moyens pour le témoigner ? Le puissant et le riche égoïstes sont des messagers infidèles. Le puissant et le riche sont institués pour être non-seulement les protecteurs des malheureux, mais leurs guides; pour distribuer les trésors de l'instruction aux uns, les encouragemens aux autres; pour soutenir ceux qui tombent, consoler ceux qui gémissent. Heureux ceux qui ont compris la grandeur d'une dignité si douce et si pure !

DBS INSTITUTIONS POLITIQITKS. «SAO

La biffliYeillance du riche n'a pas seulement pour effet de prévenir ou de tempérer rhostilité sourde de la pauvreté confre la richesse. Son pouvoir est sans bornes; on peut dire delà bonté cequ*on a dit de la piété , qu'elle est utile à tous. Par elle, cette portion si considérable de la famille humaine, qui a été disgraciée par la fortune, est préservée du plus mortel des dangers , celui de la dégradation ; par elle , le senliment vivitfant de la confraternité universelle se répand et circule dans tous les rangs de la famille humaine.

La bonté est une grande institutrice ; en attirant â elle ceux qui sont faibles et imparfaits, elle les fortifie et les améliore.

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