‹ De la bienfaisance publique; (volume 4)Chapitre 19 sur 84 · SECONDS PAETIE. UVKE I. GBilP. IV · texte numérisé non relu

SECONDS PAETIE. UVKE I. GBilP. IV

la raison de cette di£Bérence , on plutôt quelle serait l'excuse de cette sévérité ? On a coutume aussi de fermer l'entrée de Fhospice aux orphelins, lorsqu'ils ont atteint l'âge de 10 ou 13 ans. Cette règle se comprend, si l'on croit ne leur devoirqu'un secours matériel , s'il suffit de pourvoir à leur subsistance. Car, il est vrai qu'à cet âge ils peuvent être placés en apprentissage ou à là campagne, sans payer un prix de pension , sous condition d^engager d'avance quelques années de travail dans l'avenir. Mais^ est-ce donc là tout ce que nous devons à l'orphelin ? cette époque de 12 ans est précisément celle ouïe bienfait de l'éducation est le plus nécessaire à l'eniîint , celle où elle a pour lui le plus d'importance. N'est-ce pas ici'lapitemière dette qui nous est imposée envers lui? parce qu'il n'a plus besoin de soins physiques, lui refuserons-nous la protection d'une paternité adoptive, alors qu'il a un si grand besoin de soins moraux ? Le pain ne lui tnanque plus ; soit: mais il lui manque un guide. D'ailleurs , quel inconvé-^ nient y a-t-il dans l'assistance que nous lui donnerons^ elle n'occasionnera aucune- dépense : à cet âge , nos hospices placent leurs orphelins sans frais. Mais nous choisirons pour lui un placement, qui, en le préparant à exercer une profession salubre et lucrative, lui assurera les avantages des bonnes instructions et des bons exemples. Que devïenHra l'enfant de 12 ans, s'il ne lui reste aucun .parent, aucun ami, disposés à lui chercher, capables de lui choisir cette situation? Ne serà-t-il pas exposé à de nouveaux et graves dangers? pourquoi ne le protégerions-nous pas au moins de nos conseils et de notre bienveillante intervention? pourquoi nos hospices d'orphelins ne deviendraient-ils pas aussi une sorte de bureau de irfacement où viendraient s'inscrire les ouvriers qui voudraient prendre des orfAelihs de 12 ans, et où ceux-ci pourront recourir avec confiance (1) ? quelques associations

(1) L'administration iea Hospiim de Pari» a depuis peu établi^ à Flio»-

CONDITIONS DE L*ABlII8SI0N. 109

bienfaisantes ont été plos loin ; elles ont pleinement adopté des orphelins au-dessus de douze ans, tantôt pour les re- Giieillir dans des établissemetiè d'éducation , tantôt pour les confier à des personnes choisies, moyennant une rétribution.

Autre question : admettrons-nous les orphelins dont la naissance est illégitime ?

Une partie des administrations hospitalières reçoit ces orphelins au même titre que ceux qui sont nés en mariage, d'autres les repoussent. Pourquoi, s'ils l^onl indigens, leur refn&erionsnous un asile? Sont-ils coupables de la faute qui leur donna le jour? leur malheur n'en est-il pas pli|s grand? ne sont-ils pas plus que tous autres privéS' d'appui ? ne sont-ils pas exposés à de plus grands périls? seule^ ment , il y aura lieu à une investigation plus sérieuse encore, afin de s'assurer qu'il ne leur reste aucun parent en mesure de concourir à leur éducation. Il y aura lieu aussi d'examiner si, dans le cas où ils seraient déjà parvenus à un âge où ils peuvent ressentir la contagion des mauvais exemples j ils n'ont pas vécu dans un commerce pernicieux quia commencé à les dépraver; alors, ils rentreront dans une catégorie qui va bientôt nous occuper : ils seront assis^ tés, mais séparés des orphelins proprement dits.

Dans la plupart des hospices de France, on a imposé pour condition à l'admission des orphelins, que leurs parens et leurs amis devront absolument renoncer à les visiter, à conserver quelque relation avec eux, même à recevoir de leurs nouvelles. Cette règle a été la suite de la confusion déplorable que la législation a introduite entre la destinée de l'orphelin et celle de l'enfant trouvé ; on a étendu à celui-là une prohibition établie pour celui-ci. On s'est imaginé, d'ailleurs, que, par une semblable sévérité j on rendait plus diflScile à ces malheureux l'accès de l'hospice, et on a fait ainsi de cette

ploe des orphelins , un bui^aa de placement de ce genre , et Ta même étendu à-tous' les enfuis des familles pauvces.

110 SUCoilDB PàftTIB. UTEB I, CHAV. IV.

rigueur ub moyen d'économie. En Allemagne, au contraire, on a conservé avec soin les liens de famille et d'affection qui restent encore à Torphelin, et qui composent, hélas! son unique bien. Non-seulement on lui permet de voir ses parens et ses amis, mais on Fenvoie auprès de ceux qui s'intéressent encore à lui et dont le commerce peut lui être utile. Cette dernière manière de procéder nous parait plus équital)le et plus humaine. Elle a l'inappréciable avantage de faire goûter à l'orr phelin les consolations dont il a le plus besoin, de nourrir dans, son àme des sentimens purs, de lui préparer d'utile» nppnis pour l'avenir.

Nous pressentons les objections qui vont s'élever contre les propositions que nous venons d'émettre, a Vous voulez donc, a s'écriera-t-on j nous attirer indéfiniment tous les orpheliniï, « et exposer le public à se charger des frais de leur entrer a tien? quelles seront les limites à l'admission? quels sdr « ront les moyens de subvenir à une telle dépense ? »

Nous répondrons sans détour : oui, nous acceptons les conséquences des principes qui viennent d'être posés. Oui,'nQHS penscms que tout orphelin dans le dénùment, et qui ne peut obtenir l'appui d'aucun parent ou ami, doit être recueilli, adopté ; mais, sous la condition expresse que le dénùment, que l'impossibilité d'obtenir le concours de la &mille ou de ses amis sera constaté avèe les soins convenables. Cette assistance est juste, nécessaire. Elle n'est que l'applics^tion dçp deux principes qui régissent le système entier d^s secours publics à celle des infortunes, qui a le premier droit à être secourue. L'abus ne saurait être dans l'admission des orpher iins privés de toutes ressources, mais seu)ememt daos l'insul^T jBsaBoé des informations qui seraient prises sur la. situation et sur les dispositions de sa famille. Les fonds qo mapquerpnt point, les frais ne sevont point à regretter, de» que l'assinr tance sera réservée aux circonstances dans lesquelles elle est réellement indispensable,. Quelle serait donc cette inv^sipn d'orphelins dont on s'effraierait? Verra-*t*on. des parens fie

COlffDITIOKS DB l'àPHISSIOIÏ. 111

suicider pour procurer à leurs enfans les bienfàitâ d'une éducation gratuite"? Heureusement, la nature elle-même a fixé une limite, pour les temps ordinaires. Le noml>re des orphelins de familles pauvres est ordinairement assez restreint. Cependant, il survfent quelquefois des circonstances extraordinaires, qui multiplient les orphelins d'une manière inatten*due. Dans les pays où, comme en Angleterre et en Russie, une partie de Tarmée se compose de pères de famille, une ba • taille sanglante (1) suffît pour laisser tout-à^soup sans appui un certain nombre d'enfans. Les maladies épidémiques et contagieuses, en portant le deuil dans les familles, créent subitement des classes nouvelles d'orphelins. L'invasion du choléra ^ dans les contrées où il a exercé ses ravages , a lais^sé sans appui une foule d'enfans > invoquant la pitié>pur blique. Un a vu rarement des circonstances plus, malheureuses'solliciter le ministère de la bienfaisance: maîsla biei^ faisance a dignement répondu à cet appel , et les soins qui ont été donnés au placement, à l'instruction des orphelins du choléra n'ont' pas eu moins de prix que les généreuses subventions qui ont servi à les mettre à l'abri de la misère.

ARTICLE n.

Les institutions destinées à V éducation des orphelins dohent'-^Hes admettra

aussi d'autres enfans indigens?

Plusieurs établissémens hospitaliers sont dans l'usage, ainsi que nous favons vu, d'accueillir et d'élever, dans leis mêmes agiles, des orphelins, et des enfans indigens appartenant à d^autres catégories, pour n'en former qu'une seule' et même famille adoptive. Cette réunion serait sans inconvénient, si les

(1) En 1760-1761 ', la corporation qui dirige «t soutint tii^pital de la charité i Londres ^' ouvrit les portes de ces étabUsseniâis «ux enfans des sol* dats qui avaient péri dans la gufirre d^AUemagna i \» plus grand nombre âi-

112 SECONDS VAÈTIB. LlYRt I. CHA». IV.

enfans indigens, mais non orphelins, qui se tronyent ainsi réunis , appartenaient à des familles estimables et étaient nés en mariage légitime. Mais il est rare que des enfans qui rénnis^ sent cette double condition soient dans le cas d'être présentés à un hospice et aient besoin d'y être admis. Us sont toijyours beaucoup mieux auprès de leurs parens: les écoles publiques leur sont ouvertes^ et ils peuvent les suivre gratuitement ; à l'aide de secours distribués à domicile , leurs parens seront soulagés des frais de leur entretien ; de cettte façoui les liens de famille seront conservés; une économie considérable sera obtenue. Il n'y a de motifs pour recevoir dans les asiles publics les enfans dont il s'agit, que dans deux circonstances rares et passagères: le cas où les parens se trouveraient tous deux absens, et celui où ils seraient malades dans les hôpitaux.

Mais il est quelques autres catégories d'enfads non or- |Aelins, qui se présentent aux hospices d'orphelins et qui' souvent obtiennent d'y être admis, -et ce mélange a des in*, convenions fort graves.

Déjà, nous avons reconnu que le mélange des orphelins nés hors mariage avec ceux dont la naissadce est légitime, peut faire exposer ceux-ci à quelques danger^. Ces dangers seraient presque ijiévitabies , si Ton admettait parmi les orphelins, des enfans illégitimes qui conservent encore leur père et mère. Car si les parens, ou du. moins l'un d'eux, est honnête, ils élèveront eux-mêmes leurs enfans i ils devront même les reconnaître. Il n'y aura donc de motifs pour se charger de l'enfant, dans les établissemens de bienfaisance , que dans le cas où il y aurait intérêt à l'éloigner des père et mère , pour le soustraire à des influencer pernicieuses ; mais l'admissioù dans les asiles d'orphelins de cette classe d'enfans changerait la nature des établissemens; leur comiuerce

rent des orphelms de ^Idats tués à la bataille de Mindeo. D*abord, ils furent teyiÈ dans les limites de Tâge de 4 à 12 ans ; mais bientôt on ne put les ad^ mettre au-dessus d€ 6 ans , à raison de leur gnuuf nombre.

CONDITIOlfS DS L* ADMISSION. 113

ne serait ni utile ni honorable pour les véritables orphelins.

Une seconde considération décisive se présente ici à la pensée, et s'oppose à ce premier genre de mélange. Le nom d*or* phelin est un titre non-seulement à l'intérêt, mais au respect; les sentimens qu'il commande sont pour lui une recommandation générale et efficace, auprès de tous les gens de bien: ils lui assurent la protection, la considération, à raison même de son infortune : il n'y a pas pour lui de biens plus précieux; il y puisera de douces consolations, une noble fierté, un courage salfitaire. Le confondez-vous avec des enfans illégitimes? le condamnez-vous à ne former avec eux qu'une seule famille? vous affaiblisisez cette dignité morale dont il était revêtu; vous faites peser sur lui la défaveur qui, dans l'opinion publique, s'attache aux enfans nés du désordre des mœurs; il sera rabaissé à ses propres yeux ; il ne recevra plus le même accueil. Les préventions qu'il rencontrera seront injustes sans doute, mais elles seront réelles; elles refroidiront l'intérêt qui lui est dû, et dont il a tant besoin.

Ces réflexions prennent une nouvelle force, s'il s'agit de mélanger avec les orphelins les enfans des prévenus et des condamnés détenus dans les prisons : le danger d'un commerce qui expose la moralité de l'orphelin deviendra plus grave ; la défaveur sera plus sensible. S'agit-il d'enfans vagabonds, sans aveu, ramassés par la police? ici les inconvéniens s'accroissent encore. Que penser des familles qui ont ainsi délaissé leurs enfans dans un âge tendre? quel commencement d'éducation ces malheureux auront-ils reçu? quels vices n'auront-ils pas déjà contractés, peut-être, dans leur vie errante, dissipée, oisive? Au lieu d'iin bienfait, ne seraitce pas une sorte de cruauté, que de condamner les orphelins à vivre en mauvaise compagnie ? L'asile où ils sont recueillis est une sorte de sanctuaire ; il est et doit être consacré à l'innocence. En ouvrir la porte à de tels sujets, n'est-ce pas y appeler la corruption et la honte?

Restent les enfans trouvés , dont l'origine est entièrement u. 8

11& SECOITBE PA&TIB. LIYHB I. GHAP. lY.

inconnue. Exposes eia bas âge, an premier jour de la vie pentêtre, ils ne sauraient apporter dans nos hospices aucun germe de corruption morale ; sous ce rapport , les orphelins ne courent aucun péril à se voir confondus avec eux. Mais cette confusion en est-elle moins sujette à d'autres inconyëniens? Est-il indifférent pour Torphelin de passer aux yeux du public pour un enfant trouvé ? Par cela même que la naissance de ce dernier est couverte d'un voile, qu'il n'est avoué par aucune famille, ii est présumé enfant illégitime; il ressent ainsi tous les effets des préventions qui s'attachent à une semblable origine ; on craint qu'il n'appartienne à des parens dégradés ; quelque innocent qu'il soit des fautes de sa famille, une tache reste imprimée sur lui ; il se place et s'établit difficilement. Voilà le sort que vous feriez partager à l'orphelin ; il ne recueillerait que la honte, au lieu du rés-* pect qui est dû à son malheur.

La bienfaisance ptiblique n'a pas, d'ailleur)», à l'égard des enfans des criminels, ou des enfans vagabonds, délaissés et exposés, la même étendue d'obligations qu'à l'égard des orphelins. Elle ne doit à ceux-là ni une existence aussi douce, ni une culture aussi développée; elle ne leur doit que le ri* goureux nécessaire. A ceux-ci, elle doit bienveillance et faveur; ils sont un objet de prédilection à ses yeux. Si elle réduit Torphelin aux sévères conditions qui régissent le traite» ment des enfans délaissés , elle se montre trop rigoureuse à sonégard;.si c'est au contraire les enfans délaissés qu'elle feit jouir du sort de Forphelin, elle prodigue à ceux-ci de» libéralités qui ne sont pas sans danger. En accordant trop aux enfans vagabonds et délaissés, elle s'expose à encourager le vagabondage et Tabandon des enfans; el,le n'a rien de semblable à redouter relativement aux orphelins.

La charité privée se sent plus naturellement attirée vefrs Torphelin que vers les enfans des autres catégories; ^le s'exerce à l'égard du premier avec plus de douceur et dé sécurité, et par conséquent aussi avec plus d'abondance. Gon-

fondre l'orphelin avec les enians des autres catégorie» ^ c'est donc ou exposer le premier à voir refroidir l'intérêt qu'il inspirait, restreindre la source des libéralités qui se fussent répandus sur lui, ou le contraindre de partager avec d'autreit une partie des bienfaits qui lui étaient destinés. Si la'maiaoïi hospitalière où il est recueilli a reçu des fondations, danii le but explicite d'assister les orphelins ^ en admettant d'autre» en&ns à jouir avec lui du fruit de ces fondations, on commet à son égard une véritable injustice.

Frappés de ces inconvéniensy quelques établissemetis ont imaginé de séparer les énfans qu'ils admettent eh plusieurs catégories distinctes , qui restent séparées y et n'ont aucun» communication* C'est ainsi que l'hospice dès orphelins d» Berlin renferme à part dans deux divisions appelées, l'une Ifi quarantaine, l'autre Id' lazaret, les enfansdoni la moralité est douteuse. C'est ainsi qu'à Weingarten , ^ans le royaumef de Wurtemberg, l'hospice est divisé en deux parties , dpnt l'une reçoit seulement les orphelins, l'autre tons les genre» d'enfans délaissés ou arrêtés par la police. D'autres établisse^ mens se contentent de reléguer les enfans de cetie dernière classe dans des salles séparées; cette précaution avait été ordonnée, par exemple, pour l'hospice des orphelins de Pa** ris, par le règlement de l'an x. Mais, si oefi dispositions pré« viennent jusqu'à un certain point une contagion dangereux pour la moralité des orphelins, si les premières permettent d'adopter un régime différent pour les différentes catégorie» d'enfans, elles laissent subsister le grave pr^udice que IMt éprouver à la considération de l'orphelin son assimilation à des classes d'enfans sortis de la lie et du rebut delà société. Carie public ne connaît guère que rensemble de rétablissement ; il ignore les divisions intérieures que l'administration juge à propos d'établir dans le service ; il ignore les classifications qui sont formées; le nom des enfans qui appartiennent à chacune. La séparation est, d'ailleurs, à-peu'-près illusoire, lorsqu'on se borne â établir des salles distinctes. Enfin , ces

116 ECOITDB PAETIE. UVEB I. CHAP. lY.

pi

combinaisons âonnent lieu à un inconvénient d'un autre ordre: elles humilient et découragent sans nécessité les enfans des Catégories inférieures , qui se voient ainsi séparés d'enfans du même âge, et qui, moins favorablement traités, comparent continuellement leur sort avec celui des orphelins.

Ces réflexions nous dispensent de faire remarquer combien serait vicieuse une combinaison qui, comme à Géra, par exemple, réunirait un asile pour les orphelins à une maison de répression. Aussi a-t-elle été généralement réprouvée, et, cependant, on en cite encore quelques exemples. (1)

C'est une heureuse idée que celle d'admettre dans les instituts d'orphelins, des pensionnaires moyennant une rétribution modique; il est même bien d'avoir deux ou trois degrés dépensions. Par là, on prête à des familles malaisées, qui ne peuvent se charger elles-mêmes de la personne de l'orphelin, le moyen de contribuer du moins aux frais de son éducation ; on entretient en elles le sentiment des devoirs que la parenté leur impose ; on les associe à la bonne œuvre. Par là, aussi, on offre à des personnes généreuses l'occasion de venir au secours d'un orphelin qui les intéresse, dans la mesure des sacrifices qu'elles peuvent faire; on les initie à la connaissance de ces belles ipstitutions; on leur en fait partager le mérite. Par là, encore, on ménage la dignité de l'or-^ phelin lui-même, eh lui évitant d'être rangé parmi ceux qui vivent aux frais du public. Par là enfin , on réserve le secours pécuniaire aux enfans placés dans une position qui le rend absolument indispensable.

(1) Voyez RbteUiaeber: WegweÎHr^ etc., page 12.— Luinmer Notice sur la maison des orphelins de Géra,

EÉGIHS HOSMTALlBft BT PliACBHSlCT BX^li^RIBUE. 117

ARTICXE III.

Du régime hospitalier et du régime de placement extérieur^ pour les en/ans

orpftelins.

Deux systèmes diffërens se présentent, nous l'avons déjà dit, pour réducation des orphelins : l'un consiste à les réunir et à les éleyer dans des établissemens où ils sont nourris , entretenus, instruits en commun, et où ils trouvent tout ensemble l'enseignement de l'école et l'apprentissage des métiers. L'autre consiste, au contraire, à les placer au dehors, en les confiant, soit à des cultivateurs, soit à des ouvriers qui se chargent de pourvoir à leurs nécessités de tous genres. L'hospice n'est plus alors qu'un lieu de dépôt momentané, de passage, où les orphelins sont reçus seulement jusqu'à leur départ pour la campagne, ou à leur retour, pour être rendus à leurs familles ou placés ailleurs. L'hospice est encore quelquefois un asile réservé pour le traitement des maladies chroniques ; il contient les orphelins ramenés à raison de leurs infirmités.

Jusque vers le milieu du siècle dernier, le premier de ces deux systèmes régnait, sans contradiction et môme sans examen. A cette époque , ainsi que nous l'avons vu, des doutes s'élevèrent, des essais furent tentés, diSérens modes de procédés furent adoptés. '

Cependant, en quelques lieux, comme à Berlin, à Stuttgard, par exemple, on combine les deux régimes, en plaçant un çertain,nombre d'orphelins à la campagne, et en conservant les autres dans la maison d'éducation. On réserve, pour être élevés suivant ce dernier mode, ceux qui annoncent le plus d'aptitude à en recueillir les fruits. En d'autres villes, à Milan, par exemple, à la maison des orphelins qui porte te com de Martinetti, les enfans couchent dans l'établisse-

118 ilCOlTDri »ÀETIB« LITU I* Wk», IV*

ment, mais ils sont pendant le jour distribués dans divers ateliers extérieurs où ils portent leur nourriture.

L'ancien système a été long-temps suivi, à Paris, dans Içs hospices de la rue de Sèvres, âe la rue Saint- Victor et de rue Saint-Antoine. Le premier recevait les orphelins des deux sexes, au-dessous de sept ans ; le second les garçons, et le troisième les filles au-dessus de cet âge. La plupart des villes du royaume en usaient de même. Ce système est également préféré dans un grand nombre d'hospices d'Italie, d'AUewAgne et d'autres contrées de l'Europe. Depuis 1^08, le système contraire a été adopté dans la capitale de la France, et dans quelques autres cités. Mais, dans le plus grand nombre de nos établissemens , on a combiné les deux systèmes à4afbis t on place les enfans à la campagne , chez des cultivatenrs, jusqu'à l'âge de douze ans \ lorsqu'ils approchent de oet &ge , on les rappelle à l'hospice, pour y recevoir l'instruc*tion religieuse, être préparés et admis à la plénitude de l'ini^ tiation chrétienne, par la participation aux sacremens. On les occupe ensuite à divers travaux dans des ateliers intérieurs, ou bien on leur procure de nouveau une situation nu-dehors, chez des ouvriers ou dans des exploitations agricoles.

Ainsi s'est formé un troisième régime qu'on pourrait appeler mû^^, et qui occupe le milieu entre ceux qui se sont partagé les opinions.

A. l'époque où s'éleva la question qui a donné lieu à ce par- ' tage, les hospices d'orphelins avaient dégénéré sensiblement, yétat d'imperfection où était tombé leiu* régime, lespréjucfices qu'en éprouvait la santé de&enfans, l'excès des dépenses auxquelles il dçnnait lieu, avaient attiré l'attention. Dès 1766, des dpntes graves furent exprimés sur l'utilité de ces établisaemens dans le Magasin de Hanovre (1). La Société pour

(1) Véyez ImPmséM A Wêhh sur ce mjêt (année 1768, page 14«>, et kt ramaïqttcs «u^ellBB «U« doniMNilt liea («nnée 1707, page 437)*

BéàlMB HOSraTAUBE BT PIiUCUIElIT SnÉRIBUa.' 119

t encouragement des arts et de Findusirie, à Hambourg, en fit l'objet d'an cpncours solennel ; les écrits de Haun et de Stark fureat tons deux couronnés (1) ; de tous les points de rAUemagne, les écrivains amis de Thumanité prirent part à cette discussion. Parmi les adversaires du régime hospitalier, se sont principalement signalés Goldbeck (2) et Gunther (3) : le second a rassemblé les résultats d'une expérience comparée sur les effets produits par le régime de l'éducation privée au sein des familles, pendant le cours de quarante années , en Saxe. Parmi les apologistes du régime hospitalier, on re* marque : Rulffs(/i), qui invoque à son tour les témoignages de l'expérience, et qui, en justifiant les hospices d'orphelins, in^ dique les moyens de les perfectionner et de les rendre plus utiles; Riecke, qui a su fortifier la même apologie par l'exemple des succès qu'il a lui-même obtenus à Stuttgard (5) ; M. de Turk, qui a fondé et dirigé d'une manière si remar«» quable l'institut de Postdam (6) ; Pfeuffer qui a démontré la nécessité de ce genre d'hospices dans l'intérêt de l'état^ Des suffrages d'une grande autorité se sont, d'ailleurs, prononcés en faveur des deux causes. .

Cette question acquiert un plus haut degré de gravké, lorsqu'on considère qu'elle se lie à une suite de questions analogues, relatives aux divers établissemens hospitaliers, et que les principes qui doiveat la résoudre recevront une ap-

(1) Ils ont été ûnpnméfià Hambourg, en 1780.

(2) Ueèer die Erziehung der Waisenkinder, etc. Hambourg, 1781.

(3) ^escliichte der VersorgungS'Anstalt der Jf^aisen durch Privat-ErzUhung in Famîlieh, Weimar, 1825.

(4) yersuch zur Beantwortung der Prage : Wie sînd Waisen haeuser anzu- ' ./!e^ai/>6œttingue, 1785.

(6) Beantworttmg der JVichtigén Frage, etc., etc. Stuttgard, 1800.

(6) Voyez son écrit ci-dessus cité, page 74. % (7) Ueber oeffentliche Erziehungs-und JVaiscnhaeuser, etc. Kunz,1815.

. M.Ristelbueber^ après avoir comparé les plaidoyers en faveur des deux causes, s'est prononcé également pour la préférence à donner au régime hospitalier.

DECOUDS PABTIX* LIVBB I. GHAlP- lY.

plication très étendue dans le système eatier des secours pu* blîcs.

Cinq motifs principaux sont ou peuvent être allégués pour accorder la préférence au régime de placement qui fait éle* ver les orphelins dans des familles privées.

Ce système d^abord est naturellement suggéré par des vues d'économie. Il promet une diminution des deux. tiers, au moins, sur les dépenses. Indépendamment des considérations géné<raies qui rendentsi nécessaire l'économie des deniers publics, en. elle-même, elle offre dans ce cas l'avantage de pouvoir étendre l'assistance à un plus grand nombre d'infortunés i elle devient elle-même une source de nouveaux bienfaits.

Ce régin^ se recommande, en même temps, par une extrême simplicité dans le mode d'administration et dans l'organisation du service. Il dispense des soins compliqués qu'exige la construction et l'entretien de vastes édifices, la direction d'une communauté très nombreuse, l'approvisionnement des objets qu'elle consomme, la création et la tenue des écoles , la discipline et les directions morales, l'entreprise industrielle qui alimente les ateliers, etc.; il n'exige qu'une simple inspection, une correspondance, le transport des enfans, l'envoi des fonds, là tenue des registres. . Il faut à une maison d'orphelins des administrateurs non-seulement plus zélés; mais aussi plus actifs, plus habiles; il leur faut des agens plus nombreux; et ces ageus doivent offrir divers genres de capacité, des garanties d'une moralité éprouvée. Ces difficultés s'aggravent en raison de l'étendue de l'établissement.

On invoque l'intérêt de la santé des enfans , les inconvéniens qu'elle éprouve sous le régime d!'un hospice, par une vie. sédentaire, pai; le séjour des ateliers, par l'agglomération, parle danger des maladies contagieuses ; les avantages qu^elle recueille, ai| contraire, de l'air salubre des champs, et des exercices de la vie agricole.

On fait valoir les intérêts de l'avenir pour l'orphelin. L'en-^

UOIMI HaSPITAUBE BT PLAOBHBIIT BXTiElBVR. 121

faut, dit-on, fait peu de progrès dans Tapprentissage des mé* tiers, lorsqu'il se borne à exécuter péniblement sa tâche dans i'atelier de Fhospice : rien là n'excite son ardeur : à peine peut-on obtenir de lui l'application indispensable. Dans ces ateliers, d'ailleurs , on ne peut introduire qu'un très petit nombre de professions simples, faciles , et par là même peu lucratives ; les élèves se trouvent, de la sorte, privés de tout accès aux professions plus relevées , à celles peut-être dont ils seraient le plus capables. En les confiant à des particuliers, on les dissémine dans toutes les professions, on leur donne des maîtres personnellement et vivement intéressés à en faire de bons travailleurs ; eux-mêmes comprennent mieux à quel point ce succès leur importe ; ils entrent pleinement dans le mouvement général et naturel de l'industrie.

On attache enfin , sous le rapport moral , une juste et haute importance et aux avantages que goûtera l'orphelin en retrouvant la vie de famille, en respirant les sentimensqui l'animent} et aux nouveaux liens qu'il contractera, aux appuis qu'il y trouvera dans la suite. Rendu^insi à Jji sodété^ il sera mieux consolé de l'isolement auquel il semblait condamné ; son àme s'ouvrira jplus natureDegient^aux affesfions^socjales.

De nombreuses réponses sont opposées à ces motifs par les partisans du régime hospitalier.

Il n'y a, répond-on, d'économie réelle que celle qui obtient, avec de moindres dépenses, des résultats aussi utiles ; ce n'est pas une économie que de sacrifier les résultats pour affaiblir les dépenses. On fait toujours trop de frais pour 'des choses inutiles. Regarderait-on comme une économie de refuser toute assi^ance aux orphelins? Examinons donc, avant , tout, le régime qui leur est le plus utile. L'évaluation des dépenses exigées par les hospices d'orphelinS' a été d'ailleurs fort exagérée ; elle peut recevoir une réduction considérable.

La niéme observation s'applique à la prétendue simplicité des rouages administratifs. Sans doute, il y a moins de peine à prendre pour obtenir moins de résultats ; mais, pour faire

123 SBCOimB 9AKNX. UYBB I. OBAF. IV.

fructifier cûavenablement le mode de placemeai dans les fomilles privée», une organisation beaucoup plus jcom^ pliquée deviendrait nécessaire. De ce qu'il faut des hommes Jiabiles et zélés* pour diriger un bospice d'orphelins , ce n'est pas une raison pour fermer l'hospice y mais, seulement , pour faire de bons cboisL d'administrateurs et d'à* gens.

Si lasanté des enfans, ajoutât les apologistes des hospiœs, a souffert quelque préjudice du séjour dans quelques hos* pices, si leur éducation industrielle est quelquefois demeu* rée incomplète, la faute en est à la négligence ou aux erreurs des administrateurs qui président à ces établissemens : ce n'est point une condition inhérente à tout bospice; et ils ci* tent à l'appui l'exemple d'établissemens où les élèves jouis* sent d'une santé parfaite, et qui format d'excellens sujets pour des carrières distinguées et difficiles. Voyez les instituts dé Hambourg, de Francfort, dePotsdam, de Stuttgard, etc.; voyez l'institut de Hofwyl, et ceux qui ont été formés sur ce modèle! •

Enfin, on répond ou l'on peut répondre que le motif tiré de l'heureuse influence que peuvent exercer sur le caractère des enfans les habitudes de famille, serait aussi bien dirigé contre tout établissement d'éducation publique et commune. Au suivpluS) pour attendre quelque influence favorable de la vie de famille, encore faut-il savoir dans quelles familles les orphe^ lins seront placés , quels liens ils y contracteront , quelle af<^ fection ils pourront y espérer ? Où sont-^iis placés? chez des cultivateurs, chez des ouvriers ordinairement très peu fortu* nés : ils y partagent quelquefois une condition voisine de la misère, et, ce qui est plus fâcheux, ils y partagent Tédu-** cation que donnent à leurs propres enfans des parens peu vertueux, peu éclairés. Peut-être même les orphelins sont-ils traités pioins favorablement encore : .négligés sous divers rapports, maltraités même, livrés de bonne heure à des travaux excessifs, peut-être d^iennent^-ilB l'objet de

BÉGIUa Q0»1TAI»IU BT VIiACBHBHT BSTÉEIBUR. 128

honteuses et avides spéculations. Peut-être contractentils des préjugés funestes» de mauvaises habitudes. Peut-être (ne Ta-t-^on pas vu plus d'une fois?) 'seront^ils livrés, dàs Tenfance, aux habitudes de la mendicité ; peut-être reçoiventils les eiiemples et les traditions du vice. Quelles garanties oppose-t-on à ces dangers? Envoyés au loin, disséminés, les orphelins seront difficilement protégés par une surveillance habituelle.

£t maintenant , quels puissans motifs viennent recommander le régime hospitalier, si les établissemens sont orga* nisés et dirigés d'une manière convenable ! Ici se reproduisent toutes les considérations qui militent en faveur de l'éditcation commune. Ces considérations acquièrent encore plus de force, en s'appliquant à des enfans qui, comme les orphe- Ibis , ne sont point arrachés à leur propre famille , et qui ne recevraient dans leurs foyers aucun des soins nécessaires. Là, ik sont soumis à un régime régulier, à une discipline salutaire ; ils apprennent à distribuer et à employer leur temps, à respecter l'autorité ; ils contractent des habitudes d'ordre, de propreté ; une heureuse émulation s'établit entre eux ; ils recttdllent les directions inorales et religieuses les plus sages et les plus pures ; ils ont pour guides, dans i'étnde, dans l'apprentissage des arts utiles, des instituteurs et des maîtres d'un mérite supérieur ; ils peuvent même, s'ils annoncent des dispositions favorables, voir s'ouvrir devant eux les perspectives les plus élevées. En un mot, ils sont appelés à devenir des sujets d'élite. La création des instituts d'orphelins a pour but de les filtre jouir de l'éducation la plus parfaite; ce but les justifie asseï , pourvu que les conditions en soient rem* plies.

Pourraitron, du moins, se refuser à fiiire jouir, pendant quelques années , les orphelins d'une éducation commune , dans des établissemens bien conçus et bien dirigés, lorsqu'ils arrivent à cette époque de la vie qui sert de passage de renfiSAceà l'adolescence? Il est si important.alors d'éclai-

i2& SSCONDR PART». UVES I. CHA.P. IV.

rer leur raison naissante , de fortifier leur caractère, dlmprimer profondément, dans leur âme, les préceptes de la vertu, de les mettre pleinement en possession de rhéritage des consolations religieuses ! Pourquoi hésiterait-on à les doter au moins abondamment de ces trésors, en dédommagement de tant de privations auxquelles ils sont condamnés ? Est-ce bien en se déchargeant sur d'autres des soins et de la responsabilité, à Taidç d'une modique rétribution mensuelle, que la société accomplirait les devoirs d'une paternité àdoptive? Cette méthode parait plus simple, sans doute, et plus commode; mais, n'a-t-elle pas été adoptée pour se débarrasser, aux moindres frais possibles, du fardeau des dépenses relatives aux orphelins, bien plus que pour satisfaire. aux intérêts des orphelins eux-mêmes?

Si maintenant , en nous rendant ua compte impartial de cette grande controverse , nous nous demandons d'où provient la dissidence des systèmes et la contrariété des opinions, nous reconnaîtrons qu'elles résultent de la diflërence des points de vue dans lesquels se sont placés les partisans des deux régimes.

Se propose-t-on uniquement, en effet, d'assister l'orphelin dans ses besoins actuels les plus pressans, de lui procurer la subsistance et un asile, aux moindres frais possibles? La société, en l'arrachant ainsi aux périls dont il est entouré, croit-elle avoir acquitté sa propre dette? Desire-t-eile échapper à tous les embarras d'une paternité àdoptive ? Rien de plus simple et de plus expéditif alors que de chercher des £àmilles privées qui, au prix le plus modique, prendront l'enfant en pension et se chargeront de remplir, vis-à-vis de lui, la tâche, sinon la fonction, du père de famille. Les cantons suisses, qui cba^ que année, à l'époque de Pâques, adjugent les orphelins aux rabais dans une enchère publique, tirent la conséquence la plus logique de ce point <le vue.

Pense-t-on, au contraire, que la société a, vis-à-vis de l'orphe}ij>, des devoirs plus étendus ? Gonsidère-i-on, surtout ici,

RÉGIME BO99ITAI1IBR BT ^LJLCBMBHT BXTÉBIBUR, 125

rayenir de ces enfans? Consul te-t-on, rintérét des mœurs, celui de rindustrie ? cherche-t-on , dans Tassistance donnée à l'orphelin y un moyen de préparer à l'état les sujets les plus «Ules? Applique*t-on , en un mot, à cette classe d'enfans, plutôt les vues d'une bienfaisance préventive, que celle d'une compassion qui soulage? Alors, c'est trop peu faire que d'abandonner l'orphelin à de simples particuliers , qui , pauvres eux-mêmes , manquant de lumières , n'ayant qu'une moralité incomplète ou douteuse , en (disposeront à leur gré. La société, en employant pour eux les moyens dont elle dispose, donnera à ces jeunes plantes une culture favorable ; instituera pour les orphelins de vrais gymnases, des écoles, où ils pourront se former au noviciat des professions utiles ; elle remplira elle-même envers eux les soins d'une paternité éclairée, morale et bienveillante.

Entre ces deux points de vue, nous ne saurions hésiter. Toutefois, plusieurs circonstances peuvent modifier l'application de ce principe.

D'une part, les inconvéniens et les dangers, que peut faire nattre le placement des orphelins dans les familles privées , dépendront essentiellement du caractère général des mœurs populaires, dans les contrées où l'on se propose de disséminer ces enfans. Si le pays est insalubre et pauvre , si les mœurs des derniers rangs de la société y sont encore incultes et grossières, si les moyens d'instruction y manquent, si l'industrie y est dans l'enfance, s'il y règne peu d'activité pour le travail, on condamnera l'orphelin à subir des inBuençes très fâcheuses pour son avenir. On pourra, au contraire, le confier avec plus de sécurité aux habitans d'un pays où régnent généralement des mœurs honnêtes, un degré suffisant de culture, des habitudes laborieuses. Ainsi s'expliquent les résultats opposés que l'expérience a paru fournir sur les conséquences que ressentent de ce régime, les enfans placés, au dehors, dans des pays différens; lorsqu'on remarque que le placement n'y rencontrait pas les mêmes conditions.

126 ncoHra vaetis. utrb t. cha». iv.

D'un autre côté, les avantages qu'on peut se promettre du régime hospitalier dépendent aussi de l'étendue des ressonr«* ces, qui peuvent être appliquées à la création et à Tentretieit d'un bon établissement ; ils sont subordonnés à la possibilité de lui donner des chefs et des mattres d'un mérite distinguée Car« il ne faut pas se le dissimuler, le régime hospitalier, poui* atteindre son but , demande beaucoup plus que tout autre ; rien n'est plus difficile que de lui donner la perfection qui en fait le prix. S'il est mal conduit , il peut devenir funeste dans ses suites. Il ne lui est pas permis de réussir sans de grands efforts.

Cherchons à obtenir ce qui est mieux ; mais ne tentons que ce qui est possible. Si les moyens d'exécution lui manquent, que la bienfaisance publique se résigne à accepter td régime qui lui permettra encore de rendre & Torphelln des services réels, quoique incomplets.

Le régime mixte, qui consiste à placer les enfans an dehors, pendant les premières années, à les rappeler ensuite à Fhos^ pice pour y achever leur éducation, combine à quelques égards les effets des deux systèmes ; cependant , cet avantage est plus apparent que réel. Les bienfaits d'une bonne éducation ne s'ob' tiennent pas ainsi par quelques soins donnés seulement aupas« sage de l'enfance à l'adolescence ; ils demandent plus de suite ; ils veulent être commencés de meilleure heure. Les ehfans , rassemblés à 11 ou 12 ans, apporteront déjà, chacun de leur côté , des habitudes contractées aux lieux de leurs placement respectifs i ces habitudes ne seront pas toujours louables, et alors on pourra craindre que, parmi ces enfans réunis , ne se répande quelque contagicm qui leur soit flifieste. D'alIIeursr, cette combinaison fait disparaître l'un des fruits qu'on se pro^ mettait du placement extérieur; elle rompt les nouveau)^ liens que l'orphelin avait contractés dans sa famille adopthrcr.

lUSGLBS SUA L'iDUCATlOlf BBS ORPHELIKS. 127

ARTICLE rV.

De quelques règîei générales relathes à l'éducation des orphelins.

Qael qae soit, au reste, celui des divers régimes qui. sera adopté, appliquons-nous du moins à éyicer, autant qu'il se peut, les inconvéniens auxquels il est sujet, et à tirer le plus grand parti possible des avantages qu'il fkit espérer. [

Se dëcide-t^on à envoyer les orphelins au dehors, à les distribuer chez des particuliers ? que ce soit du moins, en prenant toutes les mesures propres à garantir les bons effets de

cette disposition, par le choix des lieux qu'ils iront habiter, des personnes auxquelles ils seront confiés! Qu'on ne les re* mette qu'à des mains sûres ! €e n'est pas assez d'exiger de la part de leurs parens adoptifs une probité éprouvée. Non» voulons plus : nous exigeons que ces jeunes infortunés trou*' \mij dans les familles où ils sont reçus, les égards qui leui' sont dus f l'affection qui est leur premier besoin , les exern*' pies et les leçons qui les dirigeront vers le bien , les mojrens' d'instruction, l'apprentissage du travail. Nous réclamons pbur^ eux, comme la première de toutes les conditions, celle qui ^garantit la santé de l'àme avec la santé du corps : qu'à défaut d'autres avantages, ils recueillent les salutaires influences de la religion et de la morale. Quelles que soient les garan^' ties que puisse offrir la famille où il est reçu, que l'orphe^ lin ne soit point abandonné; qu'il soit visité souvent par des inspecteiors attentifs à observer comment il est traité ; qt^uBi patronage bienveillant soit institué pour protéger le jeune énfont ainsi placé, pour diriger, avertir, encou^agei^ ceux qui en prennent soin ; et qu'il supplée à eé qui man-^^ queraltà ceux*ci en zèle, en prudence ou en lumière. Que des instructions prévoyantes dirigent ceux auxquels sera confiée cette mission ; que des comptes réguliers et périodi'* que» soient rendus. Que, de la sorte, l'rafant placé au debor»

128 SSCONBB PAETIE. LiyHE I. GHAP. lY.

ressente encore chaque jour les effets de notre vigilance; que notre regard le suive et le protège à quelque distance qu'il se trouve !

En effets ainsi placés chez des particuliers, loin des regards des administrations hospitalières, disséminés dans les campagnes, les pauvres orphelins, dans le premier âge surtout, seraient^ils assurés de recevoir tous les soins que demande leur situation ? Sans doute, les administrations hospitalières ne négligeront pas de les faire visiter de temps en temps, de faire exercer une inspection régulière? Mais une telle surveillance générale est-elle suffisante pour procurer à ces infortunés toute rétendue de protection dont nous devons vouloir les entourer? Invoquons donc encore ici le concours de la charité privée. Demandons-lui les élémens du patronage individuel et local , qui doit san^ cesse environner Tenfant. Choisissons, dans la commune où Torphelin est placé, une personne qui ait le zèle du bien, qui veille sur lui , qui représente Tadminislration hospitalière. Pour les enfans au-^ dessous de 7 ans, confions cette fonction à des dames; car elles sont plus capables d'en comprendre l'esprit, d'en acrcomplir les détails.

Un règlement adopté à Berlin^ le 19 juillet 1832, par la commission des pauvres, pour les orphelins pauvres de cette ville, offre le modèle d'un semblable patronage. On aime à trouver, dans des exemples déjà justifiés par l'expérience, les règles que conseillait la théorie. Le patronage des dames prussiennes est entièrement libre, et s'exerce sur les orphelins jusqu'à l'âge de 7 ans. Il ne peut être confié qu'à des Carnes mariées. Il embrasse les soins du corps et les soins Amoraux. Sous le premier rapport, il a pour but de veiller au logement, au coucher, au vêtement, à la nourriture, à la santé des enfàns; sous le second, d'écarter d'eux la contagion des mauvais exemples, de les faire jouir des bienfaits de la religion et de toutes les bonnes influences, de faire en sorte qu'ils fréquentent exactement l'école ; d'empêcher que,

AÂGLES S17R VtOVCJLTlOJX DES OEPRBLUrs.

dans les momens où ils sout absens, ils ne restent livrés à la dissipation; qu'ils ne soient maltraités ou accablés de tra*vaux fatigans. Les dames patronesses dirigent de leurs conseils et de leurs avertissemens les particuliers chez lesquelles les orphelins sont mis en peusion; et, si leurs avis ne sont pas écoutés, elles provoquent un changement. Elles concou^Bt aussi à éclairer Tadministration dans le choix des placemens.

Préfère-t-on , au contraire, conserver les orphelins réunis en communauté? Qu'alors ces établissemens réalisent, dans toutes ses conditions, le meilleur régime d'éducation pour les enfans pauvres.

Avant tout , ayons constamment en vue l'avenir qui les attend, 1^ .destination qui leur est propre. Ici, des réflexions sérieuses se présentent. Convient-il de diriger de préférence les orphelins indigens vers les conditions libérales? Faut-il, à cet effet, leur faire suivre ,. comme dans quelques instituts de l'Allemagne, des études classiques? nous ne saurions le croire. Ce serait leur faire un funeste présent, quç de les élever pour une autre condition que celle dans laquelle ils étaient nés , et de leur inspirer d'avance des e^spérances qui ne pourront être satisfaites. Nous leur devons une situation indépendante, une profession utile; nous devons leur apr prendre à en être cbntens, et non leur inspirer des ambitions vagues et inquiètes. L'accès des professions dites libérales est déjà obstrué , dans la plupart de nos sociétés modernes , par un nombre trop considérable d'aspirans. Elles exigent ordinairement un certain degré d'aisance. Celui qui y entre, isans le posséder, est exposé à ne pas les remplir avec la dignité convenable. Ne donnons pas au pauvre des prétentions qui ne se concilient qu'avec les avantages de la fortune.

U y a quelque chose de mieux, de plus utile à faire pour l'orphelin lui-même. Qu'il devienne un modèle pour les sujets qui suivent les professions laborieuses ! Tel est le degré de perfection que nous desirons dans l'éducation qui lui sera donnée.

t30 sickhibb paetii» liteb u ohap. iy.

Il n'y aura jamais trop de sujets modèles dans cette clasie nombreuse de la société ; en disséminant au milieu d'elle les orphelins formés dans cette vue, on y entretiendra de bonneè dispositions , on contribuera puissamment à TamélioraticMi des mœurs populaires. La société comptera , dans les rangs de cette immense p,artie de la population , un certain nom«bre d'individus qui auront été élevés dans l'esprit d{ ses institutions , qui lui seront liés par une reconnaissance spé*ciale.

L'asile où sont recueillisses orphelins^ deviendra ainsi une école normale d'une espèce nouvelle et éminemment utile*

Si, toutefois, pendant le cours de ce noviciat ^ un orphelin annonce des dispositions marquées pour lesbeauvarts^ pour les sciences , pour les lettres , nous ne négligerons p|cs dé les cultiver. Mais ce sera une exception : là encore , l'orpheliii deviendra un sujet distingué; lui en fournir les moyens , sera rendre un service à la société.

Ce discernement sera focile à fài^e , si les orphelins re^ çoivent, dans l'institut, le degré d'instruction convenable. Car^ en les destinant, en général, ara professions laborieux ses, nous entendons qu'ils reçoivent toute la culture intellee** tuelle qu'elles comportent ; ils serviront de modèles, sous ce rapport, comme sous celui de la conduite. Ils suivront donc l'instruction élémentaire dans son plus complet développe** ment : ils acquerront quelques notions simples de géographie, d'histoire, surtout de l'histoire de leur pays, de géo^ métrie, de mécanique , d'histoire naturelle, d'hygiène, i*é- • conomie domestique; ils seront exercés au calcul de tête, an dessin, au chant. Les exercices gymnastiques seront, pour eux , d'une utilité toute spéciale ; en fortifiant leur constttu*tion et leur santé, ils les rendront plus adroits, plus agiles^ On leur inspirera le goût dû travail , en le rendant intéressant pour eux par les formes qui raccompagneront. Une extrême ^ ft»ugalité présidera à leur nourriture ; on les fortifiera contre 'intempérie des saisons ; on leur apprendra à supporter la

RiOLES 8VB Ii'ÉDUCiLTIOir DB6 ORPBVUNS. 181

fktigue y la souffrance; on les accoatomera à une vie simple, 'modeste, réglée ^ on les manira de ces connaissances usuelles et solides, qui sont d'une application continuelle dans une vie laborieuse. MM. Zoller, Riecke, Schliff, de Turk, ont tracé sur ce sujet des programmes qu'on peut consulter avec fruit et dont le mérite a été confirmé par rexpérience.

Les instituts d'éducation pour les orphelins pourraient, avec un extrême avantage, servir d'écoles préparatoires, pour former de bons instituteurs primaires. Telle est la direction qu'on leur a donnée avec autant de succès que de sagesse, à HofiPwyl et dans les étabiissemens formés sur ce modèle. Le noviciat de cette importante carrière commencerait ainsi dès les plusjeunes années; il serait suivi avec perse vérance et mé^ thode*, il pourrait atteindre un plus haut degré de perfection. On ne se bornerait pas, comme on le fait d'ordinaire, dans les écoles normales de maîtres d'école, à leur faire suivre quel<* ques cours: on formerait d'avance leur caractère; on leur inspirerait des habitudes d'ordre, de frugalité, d'application, et une moralité profonde; on préviendrait la tendance qu'ont trop souvent les maîtres d'école à des prétentions exagérées. T aurait-il surtout de meilleurs instituteurs pour les hos*pices d'orphelins, que les orphelins eux-mêmes qui y auraient été élevés ? Quels maîtres, en effet, auraient mieux rintellî-génce des besoins de leurs élèves? Quels maîtres sympathiseraient mieux avec ceuk qu'ils doivent savoir aimer pour les savoir conduire ? (1)

Les instituts d'orphelins peuvent aussi servir utilement dé pépinières pour les diverses classes d'agens nécessaires ai service des étabiissemens d'humanité. On y formera des in«^ firmiers, des infirmières, des commis, des surveillans. On aura, alors, en eux des auxiliaires dévoués^ pauvres eux-mêmes, ils

(1) C'est un témoignage que Vauteur aime àf rendre ici à plusieurs instituteurs qu'U a Yus diriger avec mcoès des institutioas d*orpbèlins, après être sortis

da tamà d'sttx.

Page 1