CHAPITRE VI
lier queslioiM qu'ont fait naStre les mstîtutîoiis d'enfons trouvés.
ARTICLE !«'
' Opinions diverses émises sur ee-sujct. •
Dès i7ft3, un auteur allemand, De Ludwig, avait exposé et justifié les mesures prises dans un esprit de morale religieuse^ comme dans les intérêts de Tordre publie, pour instituer des asiles en faveur des enfans trouvés ; il les avait représentés comme le mpyen le plus certain de prévenir les infanti^ cides. (1)
£a 1756, un philantrope français, qui a consacré sa vie entière et sa fortune à servir les intérêts des. pauvres, M. dé Chamousset , publia un Mémaire poliHque sur les enfans, dans lequel après avoir exposé ^ quelques vues sur la conservation des enfans en général, il s'occupa spécialement de la destination des enfans trouvés. Il avait proposé, dans un autre éerit, de répartir tous les villages de France dans un certain nombre de circonscriptions, qui auraient chacune pour centre un hôpital destiné à desservir ces différons villages. Dans ce système, il supprimait les hospices d'enfaps trouvés; il disi;ribuait ces enfans, aux frais de l'hospice central, chez des cultivateurs qui les entretiendraient qioyènnant de modiques pensions. Il voulait que les gai'çons fussent ensuite destiné3 à Tarmée de terre ou à la marine \ les filles, au service
(1) Dons les GeUhrten Anzeigen^ Halle, 2e partie, p. 11 à 16.
En 1780; parut à Londres un écrit sur le ipeitteur mode de venir au secours desen&ns illégitimes.
En 1643) Ri vini publia à Leipsicksoh programme latin sur l'exposition des enfims; en 1749,*Stemlctu8 fit imprimer, dans la méine ville, deux dissertations sur le mèniè sujet. ' ' '
^2 SSCQKDB VAIkTIS. UVAK I. GHAP, VI.
des hôpitaux. Il proposait aussi d'envoyer une partie de ces enfans des deux sexes peupler las» colonies. Il supposait que 12 mille enfans étaient, chaque année, exposés dans le royaeffie, et qne après 20 ans, il n^eii avait pas survéeu un. 10". a Le petit nombre de ceux qui survivent, ajoutait-il, sont des filles qui se marient rarement , et souvent tombent dans le libertinage ou la misère i- ou des garçons dont la plupart mendient ou végètent dans les hôpitaux. En leur ash signant la destinattoii indiquée, on conserverait la vie à un grand, nombre d'entre eux, oja pr^arer^l; à V^tat des &Miets miles. » (1)
Jje^ effets qui suivirent Vérection de Vbospioe des enfans trpuvési de Lçn^r^s, en lli% eixcitèFea,t T^ttâ^tion publique, et biepQtôt firent éçloi*e des critiques contre oe^ mode d'assi&r tance. Déjà, en 1759, A^assio Taccusait d'exercer une fune^le^ influence suit la iQor^lité religieuse et k^ bopbeur domotique des fomilles (2). £41 ^760, Hauway adressait, les n»émes re^ {a*çiQhes k Vbospiqe desi enfaus trauvés de L,oudresi mais» en &uggéra](itdesmQyi^n&de le rameuer^^ par de sages réformes, à we destinaljou utile (3), Un anonyqiei l'anuée suivante, ^igpal^U I4 uécesi^Ué d'apporter de% obstacles à l'adn^ifïsiou tour jQurs croisante (jies enfans, Mai$^ qe furepl surtout les débets 4u parlf^ept, les enquêtes ovdQUuées psir la cbauibre dei^ çûBiipanef, de 1759 à 1761, qu\ donuèrent Tes^or le plus éteudu aux el>iectiQus dirigéeiî qantre. le [o^incipe m^me de ^ f iusti^utgioni oJpjection^ qui, bien plus que d'étroites Tues d'éçjonomie, l'ont sans doute fait supprimer à Londres,
Déjà, en 1784, à une époque où, d'après le^ calculs^, le luwt>r^ des enfans trouvés, à la charge de la charité publique, ne
(1) OEwrei du k, de Chamoutset, Parifi» \1BH^ \% \% P*. ^3 et suiv.
(2jt Observations concerning tkc FQundting'-Mc^pitcU , etc. Londres^ ia-4o.
(3) Il publia à Londres, la même année , deux écrits, Tun sou^ le tiU*e de Tendwciers o/ the FonfidUttg^Bospital^ etc;; V^Vti» sotts celui de J ça^didacçount ofthe hospital for, the réception of caupqsed ai^d detei^djçimg ckiH- ^ ren, etc.; et six lettres à un sénateur sur la tendance du mêutfi élftW^g^ymat.
OPINIONS SU& IilfiS INSTlTVTIONii n'SNVAN» T]|OUYÉS. 203
^'élevait qu*à 40,000, M, Necker s'aJaimait eu Finance f)es progrès de ces établissemenSi « Entre tous le^ établissemeos «( du^ à l'esprit d'bumaiiitéi ceux dont rutilité ^t le plps Vké^ a lée d*incûnvéniens, qQ sont à mes yeux, disait-^ili les mai- ^ sons destinées à servir d*asile aux enfans abandonnés. Cette ^ louable institution a empécbé sans doute que des ét^ies dia gnes d^ cçmpassian , pa fussent la vioUme des sentimens « dénaturés de leurs parens ) mais, insensiblement , on s'est a ^collll^néd^enyisagerl^ hôpitaux d'enCans trouvés G(wi^ ^ des maisons publique», où le souverain trouvait jjui^tç de « pourrir «d d'f^utl^tenir les enfans des plus pauvres de ses ' a suietai et eette idée, en s'étendait, a relj^çtié parmi le peu- «^ pie les li^s du devoir et ceux de l'amour pàtornel^ L'abus • groisilcbaque jour, et ses progrès embarrasseront un jour le H gouv emenif ut } car le remède esl difficile , en n'employant % que des palliatili ; et les partis extrêmes ne seraient ap-* q^ prouvéa qu'au meduent où le désordre arriverai^ à un fxoèi^ e^ qui frapperait tous les yeux, »
Oe petit mmbre de p{ux>les, empreintes d'une haute pré*i<oya«ee, qouMcAl te germe de tous les reproches^ qui eut été ^pniis adressés ans hospices d'enfaus trouvés*
Eft AUemagu^ vei# le même temps, cette discussion reçut m nouveau déveloiq^^em^t dsgoa les dissertations de Block (iX M Mtissner (Si), de Muratori (B), de Hombourg (4), de Bur Maiid(&>. Beiekmanu (6) féelairait, en traçant Vhis^^ire des
iiîlea d'enfaus treiiv^.
(1) The wse arut progress of the Foundâng-Bospiial, etc. Londrts, 1701. .
(2) Dans son HecaeUà'tnngi-<H»q questions iniéressanUs pour ^ékU, publié . à Berlin en 1776.
(4) yon SpUœlem, Pfand-, Waisen-, Armen-^Findel- und Krankenjuxusern
(S^ Psmî wm ^^n^ déjà «41^ : £sAm sur Védufiation 4es orphelins et de
(0) Dans son joainal, dans son histoire déjà citée : Documens rehtifs aux iiufWtiùM. Leipsick, 17^ l^^ U v, 4^, a» 9^uw. 4 ^t f.,
20& SSGONDB PAETIB. LITEB I. GHAP. YI.
Mais, c'est surtout depuis que les auteurs de rEncyciopédie ont entrepris la censure des établissemens hospitaliers , depuis que Malthus et ses disciples, en la renouvelant, y ont Joint des argumentations nouVelles, et ont jeté un cri d'alarme sur le progrès de la population ; depuis que le développement toujours croissant dei^ institutions pour les enfans trouvés, et l'augmentation des dépenses de ce service, en France, ont appelé la sollicitude de l'administration publique, qu'on s'est demandé si les hospices d'enfans trouvés n'étaient pas plus nuisibles qu'utiles. Les laborieuses recherches de M. Benoiston de Chàteauneuf (1) ont augmenté ces doutes ; une autorité imposante est venu les aggraver encore : un administrateur, chargé de la haute direction de ces établissemens en Russie, après avoir visité, par ordre de son gouvernement, la plupart de ces établissemens, en Europe, renonçant à l'opinion qu'il s'était faite jusqu'alors de leurs mérites, a exprimé, comme le résultat d'une profonde conviction, l'opinion contraire; et l'a déduite des résultats de ses observations (2). L'élégant auteur de l'ouvrage sur la charité', a condamné les hospices d'enfans trouvés, sous le double rapport de l'économie politique et de la moralité publique; il en a signalé les funestes conséquent ces) il a combattu lés motifs qui ont déterminé leur fondation, et qui sont. présentés par leurs partisans,, pour en justifier l'existence (S). Nul écrivain n'a résumé avjec plus de lucidité les objections dirigées contre les institutions qui nous occm* peut, et ne les a présentées sous une forme plus spécieine. M. Ducpétiaux, inspecteur général des établissemens de bienfaisance en Belgique, a fortifié ces objections par des faits que
(1) Considérations sur Us en/ans trowés dans les différons 'était de FEu* rope, Paris.'
(2) M. de Gouroff, Essai sur l'histoire des enfans trowés depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours Casais, 1820, in-8*')^ Cet écrit n^éudt que rintroduction d'un ouvrage plus étendu, que l'auteur uV point encore mis au jour.
(3) M. Tt Dud^tel , de la Charité, 2* partie, chap. 4.
OPINIOnS SUA LSS, IKSTITVTIOKS d'sHPAICS T&OVViS. 205
son expérieiice lui a permis de recueillir, par des vues auxquelles elle donne un grand poids. Le célèbre professeur d'économie politique à Funiversité de Tubingue, M. Robert Molli, ^ s'est prononcé d'une manière absolue contre les hospices d'enfàns trouvés, qu'il juge aussi funestes aux mœurs que ruineux pour l'état (1). Lord Broughàm , dans Une lettre adressée à l'académie du Gard, en 1885, a soutenu avec chaleur la même opinion.
La cause de ces institutions, de son côté, n'a pas manqué de défenseurs; elle en a trouvé dans les divers rangs des personnes attachées aux fonctions publiques, et qui étaient à portée d'éclairer ce sujet avec les lumières de l'observation. C'est ainsi que Weber, Frank (2), MM. les D'' Marc (S), et Fœdéré (&), l'envisageant d'un point de vue qui se lie à la police médicale et aux intiéréts généraux de l'humanité, ont considéré les 'hospices d'enfans trouvés comme une institution non-seulement utile, mais nécessaire; que le président de l'administration dés hospices de la seconde ville du royaume, et l'un des médecins de l'Hôtel- Dieu de la même ville (5), réunissant les recherches de l'érudition, les relevés de la statistique, aux résultats obtenus par leur expérience personnelle, ont, dans des recherches aussi neuves qu'étendues, présenté l'apologie de cette institution, sous les formes de la science. M. l'abbé ^Gaillard, aumônier de l'hôpital de Poitiers, publiait, presque en même temps, une apologie pleine de chaleur, appuyée sur de laborieuses
(1) Voyez son ouvrage intitulé : DU PoTtzei-'Wissensehùft^ etc. Tubingûe^ 1882, 1« partie, livre 1*", chap. 3, a« sect., Ç 02.
(2) Medicin^Polizei, t. n, p. 443.
(3) Dictionnaire des sciences médicales ^ 9TÛde En/ans trowfés,
(4) Essai historique sur la pauvreté des nations, etc. StnuboHrs, 1826. (ft) V<^ez le discours de réception de M. Terme à rAcadémie de Lyon, en
« Toyez aussi V Histoire statistique et morale des enfms trouvés^ par MM. Terme et Mon&lcon. Paris et Lyon, 1837. '
6ECM>M)te VAMIB. ttVBB I. ÛEkP. Vf.
iâyestigatioilSy itisi^irée par le& considérations de là morale religieuse, et conçue d'une manière beaucoup plus absolue <]ue la précédente (1). En cet instant même, un ouvrage oft se peint à-la-fois Tàme d'un homme de bien, et la sage im«partialité d'un magistrat, embrassant le sujet SoUs toutes ses faces^ a motivé d'une manière aussi profonde que lumineuse^ le Jugement porté en faveur de ces asiles, jugement qUi, si nous ne nous trompons, sera admis comme un arrêt définitif, et ne pourra qu'être confirmé par Topinion générale, lorsqu'elle sera convenablement éclairée« (2) ^
Cinq sociétés savantes on phUantropiques se sont rendues, en France^ les organes du grand intérêt public qui se rattache à ce sujet : (iellè de boissons, celle de Bour^, celle du Gard, la société académique des sciences et belles lettres de Màcori, et la société des établlssemens charitables de Paris. Ces quatre dernières ont, presque fn m^me temps, ouvert sur ce strjet des concours qui ont été ëittrêmement fructueux. L'ouvrage de M. l'abbé Gaillard a été couronné par l'académie de Màcoii ; celui de M. Remacle, par les trois dernières so^ ciétës. Grâces soient rendues à des associations qu'animent des vues aussi honorables, et qui font acquérir à la sainte cause de l'humanité des productions aussi utiles!
(1) ^kêHhei, ék,, iUr l^ ékJaHs HwtuéSi Poitiers, ISSII.
(3) Deshoffiegs d'enfâm tfûwés, piur iC Kema/dé. Piii^ 19l8. L^élnrMgë (|ue vmi ipubUoiur était déjà «nUèremwit torliiiaiéi iMnqutcw di MM.M^ me et Monfalcon et de M. Remade ont vu le jour.
L'auteur se félicite de s'être rencontré en tous les points avec les vues de troif hommeg auuâ disUiiguéB. Quoiqu'il 8*ho&oi« d'être particuHèi'ebient lié avec deux de ces écrivains, il ne s'était ^int enteâda iVed eux ; après là publication de lejurs livres , il n'a point «m à modffîer ee qu^ ttVidt écrit luimême, et le eoDflert piHait de sss opinimit àveé les leurs n'éèt tdttsi qite le résultat de ]mf éttidte •^aréw «t de leur» eonvictions liidi¥idatUe&
oBJBCTioim GoimB LU aospicw ft'BRVAiri mpuvis. 107
ARTICUU.
Oijeetions éUfées contre les hotpèâet é^enfmu tromvét.
Les reprodies qui ont ëté adrefi^és à ce j^enre tféiablissé» men%y sont essentiellement tirés, soit de Pintërét des bonnet BUBun, Boit de llntérét des enfane eutHnémes, soit, enâui de Tinlérét de la société entière.
Objectiobâ tirées de Iltttérèt des bonnes mœurs.
On accuse les hospices d'enfans trouvés, de provoquer là violation des droits les plus sàCrés de la nature, de briser leA liens de famille, d'encourager les parens à répudier Tétre qiil leur doit \e jour, de fovoriser le plus odieux égolsme, de ré^ compenser un crime puni par les lois et flétri par l'opinièn^ d'accorder la faveur du mystère avec celle de Rissistancé, à la mère barbare qui a étouffé dans son cœut* tous les seU'^ timens maternels. On les accuse de faire un appel atr vice, de protéger les relations illégitimes entre les ' deux sexes, dé faciliter la séduction des péMonnes du sexe le plus feibtè, et d'ouvrir par là , des sources toujours nouvelles à une coï*ruption qui devient contagieuse, d'affranchir les auteum de lH fôute commise des suites naturelles que la providence.^ avàfi attachées, comme autant d'obstacles.
LeÀ enfans «ont'^ls légitimes ? voilà que le père et la inèt< conspirent ensemble pour se priver du ddn que le ciel leuf avait accordé, don qui devait resserrer (ettr union, entretenir leur attachement réciproque, servir de gage à leur fidélité, et remplir le but même de rhyménée.— Ils sont misérables, dtt^ on!-^ d^abord, qui le sait? Comment prouver que la itaisère seule les a conduits à abandonner lent" enfant, qu\inhofiteut
208 ntCOlIBB PABTIK. LIYRB I. CHAP. VI.
égoïsme ne les a pas guidés ? Ne leur suflSt-ii pas de Tavantage qu'ils trouvent dans une spéculation, au moyen de laquelle ils peuvent faire élever leurs enfans aux frais du public, et se soulager de tout embarras et de toute dépense? Le tour qui ^ leur est ouvert les dispense de toute explication, vous ôte les moyens de vérifier les faits. Admettons cependant qu'ils soient en effet indigens. Est-ce une raison pour joindre cette ' privation du bonheur domestique, à toutes les privations matérielles qui les accablent? La présence de leurs enfans ne devait-elle pas être pour eux, et une consolation, dans les maux irrémédiables dont ils souffrent, et un encouragement à redoubler d'efforts, d'activité, d'ordre, d'économie, afin de diminuer leur détresse, et un motif de plus pour s'affranchir des vices qui peut-être les précipitent dans la misère? Us sont indigens : mais ne peut-on pas, à moins de frais et avec bieamoins.d'inconvéniens, les assister à domicile, vêtir leurs enfans , appeler ces enfans dans les salles d'agile et dans de bonnes éc^es, favoriser ensuite leur appi:entissage, et amélio-
. rer indirectement les parens eux-mêmes par l'éducation que leurs enfans recevront sous leurs yeux? N'est-ce pas là la marche naturelle, celle qui est indiquée par la droite raison? — Les parens , dites-vous , sont tellement corrompus , méchans , que, loin de se prêter au bien que nous/VOudrions faire à leurs enfans, si on laisse ceux-ci auprès d'eux, ils contrarieront vos vues, de toutes les manières : ils dévoreront à leur profit les dons que vous destiniez à ces petites créatures, et ne transmetlront à celles-ci que la contagion de leurs propres vices? — Il n'est que trop vrai : on voit de semblables exemples ; mais, ils sont heureusement rares; c'est une exception. Pour ces exceptions, nous avons des établissemens spéciaux; donnonsleur, s'il le faut, plus d'étendue; mais n'allons pas, à cette oc-
.casion^ ouvrir à tous une large porté où se présenteront ceux qui sont hors de l'exception elle-même. De ce qu'il est bon , d'avoir un refuge pour les enfans exposés à être pervertis dans l^iirs fomilles, il ne s'ensuit pas qu'il faille admettre, in-
OBJBCnOHS BAHB L'iHTÉAiT DBS BOKHSS MOBUBS; 209
.diiféremment tous les enfans qu'on nous présente, et lés admettre, dès le momeqt de leur naissance, lorsque le danger pour eux. n'existe pas encore.
Les enfans sont-ils illégitimes ? voilà que le père et la mère , qui eussent été disposés peut*étre à réparer leur faute, en contractant les liens d'un mariage, sont détournés de cette pensée salutaire. Le père, surtout, auquel il appartenait de provoquer cette union et qui cherche ordinairement à s'y soustraire, trouve toutes les facilités désirables pour s'en dispenser. En abandonnant le fruit de ses coupables erreurs , il abandonne aussi l'infortunée qu'il en a rendue * complice, il trompe les promesses que peut-être il lui avait faites. Il perd la mère, en sacrifiant l'enfant, et ne voit, dans ce double crime, qu'une légèreté sans conséquence. Il est dans l'aisance peut-être, et il ne rougit pas de dérober le pain des pauvres. Car, c'est dérol^er le pain des pauvres que de faire élever, aux frais de la caisse dés pauvres, celui qu'on est tenu d*élever soi-même, par les lois de l'état, comme par celles de la nature. — Mais, dit-on encore, pour excuser ces établissemens, quelle éducation espérer pour des enfans nés d'un mariage illégitime ? quels exemples auront-ils sous les yeux? à quelles influences seront-ils soumis? — Si c'est pour remédier à ce péril qu'on institue lés hospices d'enfans trouvés, il ne faut plus les ranger dans les établissemeiis de secours publics; il faut avouer le but, y tendre franchement, et faire rendre une loi qui dise : Tom les enfans naturels seront élevés aux frais de fêtai, dans les établissemens publics. Toutefois on s'exagère le péril. D'abord, et l'expérience le prouve, un mariage subséquent vient souvent réparer la faute comiaiise(l), surtout si on n'excité pas les parensàprendre un parti contraire, en leur offrant
(1) A Paris, sur 8 mariages il y en a en\iron un, terme moyen,, dont Tàcte porte reconnaissance ''et légitimation d' enfims nés antérieurement. Jjl propdr^ tioQ est beaucoup plus élevée dans les pays ou les tours n*existent pas, II. • 14
2}0 MCQirpK PARTIS* UVU I. ijhàf. ti*
de se débarrasser de leur^ enfaos^ De plus » un grand nombi^ d'enfans naturels sont élevés par ceux qui l^ur ont donné le jour, sans devenir des sujets vicieux. Ordinairement, ils sont élevés par la mère, qui le plus souvent a commis une faiblesse^ sans être une femme pervertie } les fei^mes corrompues de^ viennent rarement mères. Ce n'est pas dans Tàge le plus tendra que le péril se manifeste. Lorsqu'en effet le péril se manifeste* nous rentrons dans 1^ même ei^ceptiop qui s'offirait à nous il y a un instant, nous y apporterons le même remède.
C'est un service considérfU^le rendu à la morale publique | dites-vous encore, que de sauver l'bonaeur d'une malbeureu9Ç Aile qui a eu le tort de se laisser séduire, mais dont la réputation, du moins, restera intacte, si elle peut dérober aux regarda les effets de son erreur. En déchirant le voile qui couvre sa £ai* blesse, nous ferions plus que la flétrir^ bannie désormais de 1^ société des gens de bien, nous la condamnerions à tomber dan$ la fange. Vous sauvez son honneur, dites-vous, en ouvrant uo refuge pour sou enfant! Si vous le sauvez, c'est seulement aux yeux du monde. Sera-t-elle moins coupable, ea réar lité? Peut-être , elle le croira, et vous aurez .soulagé 39 conscience d'une partie des remords qui étaient pour ell^ aussi utiles qu'ils sont justes. Dès-lors , elle sera pioin^ préservée contre une nouvelle chute, p^r le souvenir dç la précédente; et c'est ainsi que, de chute en chute, vou# la précipitez dans l'abtme, M'existe-t-il, d'ailleurs, d'autr^ moyen de voiler la faute , que l'établissement d'un hospicp d'enfans trouvés? Les. sages-femmes , confidentes nécessaires de celte fauté, et dont les perfides conseils , trop souiyent , engagent la mère à laisser déposer l'enfant à rho4pice , n'oni-elles p^s toiyours sous la main des nourrices auxquelles c^t enfant peut être remis ? N'y a-t-il pas de^ établissemens qui se chargent de rendre ce service, établissemens quelquefois privés, quelquefois publics, comme les bureaux de nourrices des grandes villes? Ne peuton, an besoin, les étendre et les perfectionner encore^t
OBJSCTIOHS DAS» |.'lJITi)UftT W9 WfMt»- Hi
, On accuse les hospices d'enfans trouvés d'enleyer ai^x enfans Tappui que leur destinait la nature , la jouissance de connaître ceux auxquels ils doivent le jour, la douceur d'en obtenir Famour et les soins, celle d'y répondre à leur tour, enfin les avantages qui résulteraient pour eux de cet échange d'affections domestiques. Sont^ils légitimes? les voilà confondus, aux yeux du pjiblic et à leurs propres yeux, gvec les fruits du désordre! Sont-iU nés hors mariage? voilà qu'il* perdaut l'espoir d'être légitimés par le marjage subséquent! Pu moiqsi eussent-ils pu ét^e reconnus, et 1^ situation d'un enfant naiurel reconnu est beaucoup moin$ fâcheuse que l'abandon d@ celui qui ne tient k rien sur la terre (1). C'est peu encore ; une partie des eu£ins apportés à l'hospice, d^ lieux plus ou moins éloignés , périt en JQUt^ ; 4'9Utr6s arrivent moucans. Un grand nombre succombent^ à rhospice même, avant de pouvoir être envoyés en nourrice ^d'autras^^ en route. Un nombre très considérable encore meurt ^^n nonr*» rice dès las promiers mois ; quelques-uns à peine arrivent à l'àg^ d'jidultes. Et, quel est le sort de çen qui iiuryivent ! iConOéi inévitablement w\ nourricos les plv« p^vr^i^i
(1) Un quart enyîroB des enfuis natarels qui naissent, ^aqne année, à ^ lis, est repannu à la njHSsawm même.
Outre c^f pag des 9i^m pfi^tériwiy^ à 1» naissance, il wi iil rppwm w^m im ^finivce égal à la moitié 4e ce quart ; et, ççmme plus dç la moitié des eo^p nés a dû périr dans riqtervaUçi on ne peut évaluer à moins de la moitié du nombre des en&ns naturels, la proportion de ceux qui sont reconnus à une époque quelconque.
Or, le nombre des enfaus naturak admis, diaque année, à lIiospieQ des ISn» Ims^Trpuvés, ft P^ris, égMe environ It moitié di| nombre W^ ifi^ eqfans fi|(ur«l#f U i^préëe^^ À-p^-pr^s çomx qui ne mntt p»» reconnue,
212 SBCONDB PAETIS. LimS I.' CHAP. TI.
ils partagent la misère des familles où ils sont reçus ; ils sont exposés à tomber dans des mains cupides qu'un vil intérêt a seul déterminées à s'en charger, et à languir dans l'ignorance; on leur donne pour parens adoptifs des gens qui sont hors d'état de les élever, et qui les emploient aux offices les plus vils.
Objections dans rintérèt social.
Sous le rapport de l'économie publique, on reproche aux établissement d'enfans trouvés, de présenter les mêmes inconvéniens que les lois anglaises sur les pauvres, et même des inconvéniens plus graves : car, si les lois anglaises ont le tort de procurer aux familles les moyens d'élever tous les enfansqui peuvent] nattre, l'état, dans le système des hospices a le tort plus grave de se charger lui-même de leur éducation et de leur entretien.
On accuse les hospices d'enfans trouvés d'augmenter le nombre des indigens, en créant une classe nombr^euse d'individus qui, par le manque d'appui, par le viée de leur éducation, sont plus spécialement exposés à tomber dans la misère, et ont moins de moyens pour s'en relever. Les eu&ns trouvés sont ordinairement envoyés dans les pays les plus pauvres, et ils viennent y accrottre le nombre des habîtans qui déjà avaient peu de ressources pour subsister. Les facilités offertes par les hospices d'enfans trouvés, excitent, dit-^on, un accroissement 'artificiel de la population générale, brisent l'obstacle que la nature semblait avoir disposé pour arrêter les excès de la population, font négliger les conseils qu'eût donnés la prudence, et multiplient dans les enfans en bas âge ceux qui consomment sans produire.
L'ordre public, ditH)n encore, ne soufifre-t-il pas de la présence au sein de la société générale^ d'une classe; chaque jour
OBJECTIONS DANS L*INTÉaÊT SOCIAt. 213
plus noipbreusey d'individus dont Torigine est inconnue, que personne ne réclame» dont personne ne répond, qui n'ont aucun lien, qui semblent absolument isolés? qui, sous le poids de cet abandon, exposés à la défaveur de Topinion, peuventplus facilement tomber dansla dégradation, se livrer à des dispositions hostiles contre la société elle-même (1) ? Quel danger, surtout pour les personnes d'un sexe pour lequel la vie de famille est surtout nécessaire? N'est-(ie pas, en effet, parmi les filles qui sortent de ces établissemens que se rencontre le plus grand nombre de prostituées ? ^ . Quel nouveau fardeau est venu s^ joindre encore aux dépenses publiques, par l'institution des hospices d'enfans trouvés! et combien ce fardeau ne s'accroit-il pas de jour en jour, par le développement continuel qu'elle reçoit!
Il est constant, par l'exemple de la France, que ce genre de dépenses tend, par sa nature même, à cï*ottre dans une progression indéfinie; il est des départemens où il constitue la charge principale du budget départemental, et il y consomme, d'une manière abusive et funeste, les ressources que .réclament des services publics d'une véritable utilité. .Ce tableau des divers inconvéniens reprochés à l'institution , des hospices d'enfans trouvés, s'aggrave encore par. une circonstance fatale : c'est que la plus grande partie des améliorations apportées dans le service des enfans trouvés, tend précisément à faire augmenter et le nombre de ceux qui sont apportés dans ces hospices , et les dépenses qu'occasionne leur éducation. A mesure que les enfans sont mieux traités, soignés et* élevés, lesparens se font moin^ de scrupule.de les confier à l'administration hospitalière. Voyez ces crèches, tenues avec
(1) Diaprés le relevé des états de population des maisons centrales en Bel* gique, oii a constaté que, dans une période de 10 années (1824 à 1833), sur 16,873 condamnés, il y avait 691 enfans illégitimes, dont les pères et mères étaient inconnus^ — Des modifications à introduire dans là législation reki' tm aux enfans trowés, par M. Ducpétiaux, Bruxelles, 1834; p. 16.
21& StCdNDti ]^ARtl£. ItVAË I. Cltl». Vl.
tant d^ordre et de propreté, avec une sorte de Itilé ; cé6 Jolies petites barcelonnettes; ces servantes eitlpreèsées auprès du berceau des entons; ces infirmeries, où les enfans malades sont traités par les médecins les plus habiles, et veillés par des sœurs pleines de zèle ; ces voitures suspendues qui les transportent en nourrice sôtis Tinspection d'uue surveillante ! Là, des médecins sont chargés de les visiter* des préposés, de pourvoir à ce qu^ils soient en dé bonnes mains, à ce que tous leurs besoins soient satisfaits «, ils éoûi recommandés au maire, au curé. Quel homme appartenant â^'une classe màK aisée ne sera tenté de croire que son enfant, jeté à Tbospice, se trouvera mieux que dans son propre domicile^ ou db moins né réussira à se le persuader 1 If est-ce pas la ferme conviction, en effet, de la plupart des personnes qui dirigent ces établissemens, que l'enfant dont ils reçoivent le dépôt, obtient à tous égards un véritable bienfait? Négliges trelle^ rien pour qu'il en soit ainsi ? N'est-ce pas leur mission d'y employer tous leurs efforts? L'éducation cependant, en devenant plus avantageuse pour l'enfant, devient plus €Oâteusé pour les caisses publiques. En prolongeant la vie du nouveauné, on prolonge le temps pendant lequel il faut l'entretenir : la mortalité diminué; la dépense augmente. Ainsi, on se trouve placé entre deux écuells : plus on fait de bien, et plus on donne d^action atit causes qui peuvent produire les incou- Véniens. -Cependant, dès le moment oh cette institution est admise en principe, un devoir rigoureux prescrit de la conduire à sqn but, dV rendre te sort des enfons té meilleur qu'il soit possible, de leur procurer totité l'éducation physique et morale que èomporte la condition à laquelle ils appartiennent. Les hospices qui les reçoivent les adoptent et contractent envers eux les obligations de la paternité.
OBJBCTtOIlS TtK&tk Itt L'fekPtÉIkMB. 21S
S ft.
PbjectiotU tirées de Texpérience^
En adressant ces reproches aux hospices d^enfans trouvés^ on ne se fonde pas sur d'abstraites théories , on invoque Tautorité des faits. Comparons les contrées de l'Europe qui ont adopté cette institution, avec celles qui ne la connaissent pas. T a-t-il dans les premières plus de mœurs y plus d'industrie, moins de misère? Nullement : il y a seulement beaucoup plus d'abandons. A Londres, lorsque l'hospice des enfàns trouvés fut essayé,' ils ne s'élevaient qu'à &00 ; en 1760 , le nombre en était monté à 6000; l'hospice fut supprimé; signala-t-on quelque suite fimeste de cette suppression ? S'éleva-t-il quelque plainte? Non. Mais les. abandons furent réduits à un très petit nombre. Lorsque M ayence ne possédait pas encore d'hospice d'enfans trouvés, à peine con)ptait-on deux ou trois abandons par année ; le tour est ouvert en 1811 , en 3 ans et h mois, 516 eufans y sont apportés ; en 1815 le tour est fermé , les abandons retombent à 6 ou 7 par an. On pourrait citer d'autres exemples senoblables.
Une triste preuve des nombreux et graves abus auxquels donne lieu l'institution des hospices d'enfans trouvés, est fournie en France sous la grave autorité de l'administration publique elle-même (1). Bans des rapports officiels et publics, \elle i^nale, comme la causé essentielle de l'accroissement du nombre des enfans trouvés, Fabus des admissions ; l'erreur \oloniaire des administrateurs, qui confondent avec ces enfans des orphelins et des indigens; Tusage de regarder l'admission comme absolue et définitive, en sorte qu'on néglige de recber-
(1) Rapport présenté au roi, âi lédV^ pir If » te iiiiÉistr» éi llttiériÉur, sur les hôpitaux, bospipn, «kv, p. 99 tt )&»
216 8BGOKDB PAETIE. UVEB I. CHAP. VI.
cher les parens auxquels ils appartiennent ; la répugnance à remettre ces enfans à leurs familles 5 la fâcheuse tolérance, qui fait ouvrir fréquemment les portes de ces asiles à des enfans légitimes; l'habitude qui s'est introduite, principalement chez les habilans des campagnes, de considérer comme une chose toute simple et fort naturelle de faire élever leurs enfans aux frais du pays.
Souvent même, ajoute-t-on, des enfans sont admis sans autorisation régulière ; les registres sont niai tenus ^t l'état civil des enfans se trouve ainsi compromis. Fréquemment, les enfans des condamnés ne leur sont pas rendus à l'expiration de la peine (1). D'autres inconvéniens ont été plus d'une fois remarqués, par les administrateurs chargés^de la direction ou de la surveillance de ces établissemens : ainsi, les mères s'arrangent pour retirer, en qualité de nourrices, les enfans qu'elles ont déposés, et s'attribuent ainsi le salaire de l'allaitement, puis la pension payéepourl'enfant; ainsi encore, de fausses nourrices (2) se présentent à la visite, viennent à l'hospice , se chargent de l'enfant, et le livrent ensuite à. la nourrice véritable qui ne satisfait à aucune des conditions exigées pour l'allaitement.
Il n'eût pas suffi d'élever ces griefs contre l'institution des hospices d'enfans trouvés, si l'on eût négligé de répondre aux motifs allégués en sa faveur. Parmi ces motifs figure en première ligne le désir de prévenir les infanticides. « Mais, estce il vrai que les établissemens d'enfans trouvés soient néces- <c saires pour prévenir ces crimes? Malgré vos hospices, « chaque jour, des accusations d'infanticides sont portées de- « vaut les tribunaux, et si elles pe sont pas plus nombreuses, « ne l'attribuez pas à vos hospices , mais à l'extrême sévérité « des lois. Ce n'est pas la crainte de la misère, mais celle « de l'infamie; ce n'est pas un froid calcul, c'est le ver-
Ci) Rapport au Roi précité, p. 81 et 84.
(2) On les appelle pour ce motif nourrices voyageuses,
'objections tikâbs de l'expébience. dl7
ce tigeMu délire, qui pousse une mère à un tel ïorfait. Des a. magistrats expérimentés ont reconnu , que le crime d4na fantioide ne se commet point sur des enfans qui ont vécu ce quelques, jours ; que la femime n'attente plus à la vie ce de son nouveau-né, dès qu'elle a éprouvé la jouissance • ce de la maternité; l'enfant est sauvé, lorsque la mère peut <c croire que aon accouchement est connu d'une seconde <i ou d'une troisième personne . Or, les enfans - ne sont ce guère portés à l'hospice, que lorsqu'ils sont nés depuis ce quelques jours, et parfois ils comptCQt quelques mois. Cet ce argument, d'ailleurs, qui ne repose que sur des conjectures, « peut être combattu par des présomptions contraires. Dans a les pays ou il n'existe pas d'asiles ouverts aux enfans trou-* ce vés, les infanticides ne sont pas proportionnellement plus «c nombreux que 4ans ceux qui en possèdent plusieurs; au ce contraire, en Franco on compte un infanticide sur 289,000 ce habitans, (1), et pendant la méipe période à-peu-près, en ce Angleterre (2), seulement un sur 1,091000. Eu Belgique, ce ou les hospices d'enTans trouvés sont moins nombreux ce qu'en France, les accusations d'infanticide sont deux fois ce plus rares. A dater de l'époque de la suppression du a tour, àMaêstrichr, en 182&, jusqu'en 1830, les poursuites ce pour Infanticide, loin de se multipliei: dans le Limbourg, ce ont été comparativement beaucoup moins nombreuses. )»(d) Ces critiques sont sincères; l'amour du bien les a suggérées; on doit savoir«gré à leurs auteurs de n'avoir pas craint d'exprimer les convictions dont ils étaient pénétrés, malgré la défaveur qui peut s'attacher au blâme qu'ils exprimentàl'égard d'une institution long-temps célébrée et admirée, chère
(1) De 1826 à 1830.
(2) De 1823 à 1820.
(3) Ces observations sont principalement empruntées au livre de M. Duch&tel, sur ia Charité, 2* partie, diap. 4; et au mémoire déjà cité de M. Ducpétiaux.
318 iMoims i^AàTii. ttPmt v chai^. vi.
à tant de^personiiès pieuses et charitables. Ui reconnaissent toutefois que le& hospices d'enfiins trouvés n'ont d'abord pro*duit que du bien t <c Les bospices) disent*ils, ont porté re^ « mède à des maux qu'ils n'avaient pas oausééé et dotit peut^ ' « être, sans leur Beooura» les suites eussent été plus funestes. « De là^ Fhomniage de Vénération dont là reconnaissance po- « blique a récompensé leurs fondateurs) mais, bientdtj ils out n eréé le mal qu'ils éUktent destinés à soulager» Lô^ boa^ « pices d'enfiint trouvés ont pu isonvenir À un état de dvi*èt lisation moins avancé) mais, aujourd'hui^ la régularité dé fc notre ordre social les repousse» (1). Du resté, on n'a garde de proposer la suppression subite de ces établissemens^ làr où ils^ existent depuis leng^temps, et où ils se lient en quelque sorte aveo les mœurs qu'Us ont fait nattre (2). Mats on «stime qu'il faut en restreindre graduellement l'étendue, eh Mfbrmer te régitaie, en préparer raboliticm.
AnTidtE m.
Jlfi9iû(fi€tliei ho^tiaê ^m^fitm trêméSi
. Elle ne pouvait rester saaa défense eontre de si vives atta* ques, l'institution qui, née soua l'influence du cbristlanisbie, tivait été oonaidérée comme l'une des plus touchantes créa^ lions de la charité religieuse, comme l'un des titres principaux de saint Vincent de Paule à la {^eonnaissanee de la :]>ostérité« £h quoi! tant de monumens élevés par la piété de Aos pèresi tant de dons ofi^rts, tant de soins prodigués n'aitratent-ils été, au lien de bienfaits^ que des sources de maux? \ N'aurait-elle été qu'une illusion funeste, cette tendre compaspassion, qui s'était émue à la vue des nouveau-nés délaissés sur la voie publique, qui les avait recueillis, réchauffés,
(a) Voyez le mémoire précité de M. Ducpédaux, p. 20. .
fiolirrift^ ëlevës, adoptés? Le ffiémd seflti&iMt qui avait fliit Battre ces aéiles, ne devait-li pas les ptàiég^t dontre deâ ao-^ tsnsatioiis itiattendaes?
Aussi) n'y a^t-^il pas eu litie seule de ces aeeusatiOtts à la«quelle une réponse n'ait été opposée.
Âpoldgte daai llntéi^i déê itianint
£t d'abord, oomment pourrait-on voir une source d'im«moralité dans Une institution que la vertu seule a inspirée? Les établissémens d'enfanS trouvés protègent^ loin de la corrompre^ la moralité des mères* Croit*on qu'une fille qui •ticôombe^ surtout pour la première foiSi calcule sur la res^^ édurcë qu'elle aura de jeter son enfant à l'hôpital? Compta t^n pour rien la douleur d'abandonner son enfant? Des té*mpîgnages dignes de foi attestent que les- moins criminelle^ «dut souvent celles qui se voient forcées de faire ce sacrifice à leur honneur. Là où cette ressource n'existe pas, les filleS sont naturellement portées et presque toiqdurs contraintes à avouer leur grossesse» dès qu'elle est déclarée* L'aveu devenant plus général, devient moins pénible; l'opinion se montre lUoins sëvère^les Meé redoutent moins la honte qui devait être leur châtiment) connues pour avoir commis une pre^ -iniàre fàute^ elles sont moins défendues contre une seconde. -Celle, au contraire^ qui aura trouvé un asile pour son enfant, .^ynut réussi à sauver, les apparences, aura plus de facilité à ée mimai eonânire^ moins de séductiotis à redouter i la plus puissante protection pour une femme, c'est le respect qu'elle iffspire. L'enempte d'une fille mère, àvoUée pour telle, n'estil pas contagieux? SI vduâ ia condamnez à élever son eufant^ nlnspirera-t-élle pas plud de pitié que d^éloi^nement ? Est-elle possible, dans les relations Ûiégitimes, cette exis^ tence de famille à kiqueUe vous oraignw de porter atleipte?
220 8BG0NDB IPAETIE* UVEE I. GHAP. VI.
Quel lien existe entre rinfortunée: qui a été séduite , et le i; coupable qui l'abandonne? Quel est ralimentde Tesprit de (f famille, si ce n'est avant tout le. nœud coiyuga1>^ les affec- ;; lions qui le forment, les devoirs qui le règlent^ les vertus /. dont il détermine Texercice? Là où il n'existait réellement U point de famille, nos hospices ne sauraient la détruire. ^ Mais veut-on demander aux laits une preuve positive? On verra s'évanouir alors des allégations fondées seulement sur des présomptions théoriques. Comparez le nombre proportionnel des naissances illégitimes dans les pays où existent les hospices d'enfans trouvés , et dans ceux où ces établisse* mens sont inconnus. £h bien! le royaume de Naples, celui de tous les pays de l'Europe où les hospices sont le plus mnltl* pliés, est aussi celui où le rapport des naissances illégitimes aux naissancestotales est le plus faible. Il n'est que de & sur 100 (l).'ll n'est guère plus élevé en Espagne et «dans l'archiduché d'Autriche. 11 est, il est vrai, de près dé & sur 100 pour la France entière. Mais, dans le royaume de Wurtemberg et dans la Saxe, il est de 12 sur 100; dans la Hesse, suivant les provinces, de 11 à 19; dans la Bavière, de 19; et ces contrées ne possèdent point d'asile pour les enfans trouvés. Si, dans la Prusse proprement dite, ce rapport est un peu plus faible qu'en France, il estj)lus élevé dans le Brandebourg, la Poméranie, la Silésie et la Saxe-Prussienne (2). S11 paraît être plus faible aussi en Angleterre qu'en France (3), cette différence apparente s'explique par la circonstance que souvent, en Angleterre, on omet d'inscrire les naissances illégitimes sur les registres de l'état civilj tandis qu'en F^'ance, slu contraire, elles s sont souvent portées deux fois. Enfin, parmi les départemens de
(1) Voyez la notice adressée à rAeadémie des sciences par M. le docteur Eenzi, et insérée dans les Annales cTl^giène, t. xti^ n** 32, p. 208.
(2) En Prusse proprement dite, ce rapport est de 6»4 sur 100«
D^ns le Brandebourg et la Poméranie. . • . • • • • • • 8,7
IDans la Silésie et la Saxe prussienne • 8,2
(3) Pour toute rAngleterrç, on le porte à 66 w 100*
APOLOan DANS ViSTÛvkT DBS BNYAHS. 221
la France, qui reçoivent le plus grand nombre d'enfans trouvés^ il en est 25 qui figurent précisément parmi ceux où lé nombre proportionnel des enfans illégitimes est le moins considérable; ces mêmes départemens sont aussi ceux où depuis quelques années le nombre des enfans naturels a le plus sensiblement diminué.
On all^e, contre les asiles d'enfans trouvés, que leur existence met obstacle au mariage des parens dont la fauté leur a donné le jour. Ne serait-il pas plus exact de dire que Tabsence de ces asiles provoque à la récherche de la paternité? Cette recherche que les lois françaises ont proi^crite, comme immorale, n'est^elle pas presque généralement autori-, ' 8ée dans les régions où n'existent pas de tels hospices?
Apologie dans Fintérét des enfans.
En second lieu, comment pourrait-ôn voir, dans une institution conçue tout entière pour le salut des enfans, une combinaison cruelle qui en ferait autant de victimes? N'est-ce donc pas pour soustraire les enfans aux dangers qui menacent à-la-fois et leur moralité et leur vie, que nous leur ouvrons les portes de nos asiles? — Nous les enlevons, ditesrvous, à la protection naturelle de leurs parens! r— De quels parens ? d'un père qui ne veut pas même les connaître, et qui délaisse leur mère! d'une mère qui n'ose pas avouer ce titre^ qui est hors d'état de les soutenir, de leur donner une éducation ! Nous ne faisons que leur offrir le moyen de se soustraire à de funestes influences, à de pernicieux exemples. Quelle famille donc serait la leur? quel spectacle s'offrirait à leurs regards? quelles leçons recevraient-ils? de quelles affections seraientils nourris? Appelez-vous un lien de famille cetle réunion d'une fille-mère et de ses enfans, dans les maisons de travail de l'Angletenre, ou ces infortunés, dès l'âge le plus tendre, se-.
gpeatr^l ^6 1$( société, oe respirent qt^i le^ ëmfiQMiofl» A^ Ul HiUère et da vice? Est-ce' là le destin qu^ voiis enviez poiir eux? Coqsulte^ Ym de^ ors^cles de yos propres doctrine ; M* U9h tbus vous dir^i qu'il y fi tel degré de m|sère oiiuoe flUe ^em** ble i^ée pour la prostitution. Et voye^, en effet/ si ces wôine(i enfans que vous auriez pu garantir, dès le berçei^Ut 4'OQt corruption à l^ueUe les expose leur naissance et la situation soci^lQ où elle les fait tomlier, vous n'êtes pa$ qoptr^iptf^ d'dh 1er ensuite les cberclier et les recueillir^ précisément qu^d cette corruption commence à se produire? Nous eussions pré-^ veuule mal, vous cherche^ à le guérir^ yoU4 toute la diffé« rmç^i elle est à Tavautage du système de nos bospioes. C^;
ces enfans que vous enfermes dans yps maisons de cof rôçtian. ou de réformaiion, ont déjà contracté les habitudes du vagabondage et du vice; et combien d'autres, que vos soins n'atteignent pas, persévèrent dans ces désordres!
L'enfant délais$é, guqnel nous auvrons nos asiles, ne perd donc pas une famille; il en acquiert une, tout au contraire. Uneadminifitration bienveillante et éolairëe est chargée de sa tutelle; des parens adoptib le pecueitlent; dbux protections à-la-fois lui sont donc accordées. Vous êtes dans Ferrenr sur le sort que nous lui faisons. Vous -ignorez les soins que nous prenons pour son placement. Nous renleyons à Tatmosphère pestilentielle des villes; sons le transportons aux champs. Venez, avec nous, le visiter dans la chaumière qu'il habite! Quelle ne sera pas votre surprise! Souvent même, combien ne serez-voos pa» touchés du spectaele qui s*oÂ*ira à vous I Voyez-le dans les bras de sa nourrice ! il a retrouvé en elle une mère véritable, qui lui porte l'afléction maternelle, et qui le chérit à raison même de son infortune. Voyez-le sous le toit de ces bons èuhlvateurs! Il partage le pain, la couche, la vie entière de leur» enfims; sa présence est considérée par eu% comme «ne bénédiction du ciel$ les frères et les sœurs loin d'«n être jaloux, s'attachent aussi à lui. Sans doute, ils ne renAontrent sons le. chaume oà Us sont élevés qu'uM pau^
yreté laborieuse} mais ils y jouissent des aSectioiis domMti? quQs. Quelquefois cependant, voici que de braves gepsi pri-<yés d'enfansi demandent à prendre un enfant trouvé auprèf d'eux^ pour se créer une famille; ils relèvent, ils Tadoptanti ils lui lèguent leurs biens, et cet être infortuné qui semblait voué à rabandon, à la misère, goûte un bonheur inespéré,
La mortalité, il est vrai, est plus considérable parmi l^ii enfans trouvés que parmi les autres epfai^s du même jige, surtout pendant la première ann^e de leur vie. Mais à quell^ cause s'çn prendre? £st-çe la faute des hospices qui reçueilr
l.ent ces malheureuses yictime^? n'e^t-ce pa^ plutOt V^iïff des circonstances qui précèdent et acconipagnent leur naissance ? Les uns ont souffert déjà» dans le sein deleurs mèresii des efforts qu'elles ont faits pour cacher leur grossesse i lep autres» de la misère de leurs parens et des privations qui ep étaient la suites les autres; des impressions morales dpnt étajt accablée celle qui leur a donqé le jour dans un hospice ou dans quelque lieu ignpré ; up grand nofnbro, fruit de la débauche, se trouvent atteiuts, dès le berceau 9 des maladi^^ qui en sont la suite, Yoye^ ^ms quel état iU arrivent! voyez de quels soins empressés ils sont entourés à leur arriyée I et jugez où est la source de la mortalité qui les frappe ! ils arrivent souvent espirans i ils sont placés, vous en convenez;] dans des crèches, dans des infirmeries parfaitement tenues ; ils y reçoivent les secours des médecins, dés sœurs, des servantes, empressés à les ranimer. C'est leur origine qui les tue» c'est rbospice qui les sauve,
4pologie daofi l'intirét çoqia)*
Quoi donc ! ^i pour rendre à ces enfans infortunés la santé et les forces, si ppilr leur donner un bon régime, nous sommés contraints do faire quelques frais, vous nous faites un s\yet
iik y 8BG0KDB PAETIS. LITHB I.' GHAP. TI.
d'accnsation des dépenses qui en sont la suite ! si nous parvenons, à force de soins, à réduire de moitié cette mortalité dont on se plaint, si par là' nous avons à nourrir, à élever un plus grand nombre de sujets, après les avoir conservés, vpus TOUS récriez sur Faugmentation du nombre des enfans trouvés à la charge du public ! En sorte que nos hospices reçoivent à-la-fois vos reproches, soit que les enfans périssent, soit qu'ils vivent ! en sorte que, après nous avoir imputé à tort une fréquence de décès qû n'est pas notre ouvrage, vous nous faites encore un crime d'avoir soustrait au même sort les vie*
tûnes du libertinage et de la misère ! " Cet accroissement progressif du nombre des enfans trouvés entretenus par nos hospice, et de la dépense à laquelle ils donnent lieu, semble du moins un fait éclatant et péremptoire. Quelle réponse, nou^ dit-on, opposer au témoignage des faits? Ici, la cause des hospices d'enfans trouvés aura-t-elle encore quelques moyens de i^e défendre? Sans doute : et c'est par l'examen des faits eux-mêmes que l'institution se justifie contre les jsiccusations dont on l'accable. '* D'abord, en supposant, ce qui n'est pas, que le nombre des enfans déposés dans les hospices fàt dans une progression continuelle, cette augmentation s'expliquerait naturellement par le progrès général de la population elle-même. Ce n'est point, d'après le nombre absolu des enfans trouvés admis aux asiles, mais, d'après le raj^rt de ce nombre à celui des naissances, qu'on peut juger de l'accroissement réel. En opérant de la sorte, on voit que la plaie sociale n'a pas grandi, que, sur une population qui a doublé, à peine on compte queljiuefois aussi le double d'abandons d'enfans, et que souvent on en compte moins.
Mais, une erreur capitale s'est introduite dans le calcul luimême qui sert de base à vos raisonnemens : chose étonnante ! cette erreur, quoique facile à reconnaître, a été répétée aveuglément par les écrivains, adoptée par l'administration publique elle-même, qui en argumente comme d'une donnée in-
▲POXOGIE DUN8 L'iHrinAT SOCIAL. W
comeftts^. On confond le nombre des enfans entretenus par les hospices, avec le nombre de ceux qu'ils admettent, et, de la progression du premier, on conclut à la progression du se- Gond, pour supposer que rinslitution des hospices. d'enfans , trouvés, pi}>voque, excite hs expositions* Or, il est constant ' que, en France, si le nombre des enfans entretenus par les hospices^ augmenté très sensiblement.depuis un deoit-siècle,^ le'nombre de ceux qui sont adpiis chaque annéCi^eip de s^élever, loin de se mainj^nir même en rapport avec Taccroîsse- . ment de la population, s'est restreint d'une manière sensible, S|irtout pendant ces dernières années. Il n'y a donc pas stp- . eroissemenf , dans les abfmdons ; il y a' seulement procès > dans la conservation des enfaas recueillis. On en reçoit "^ moins, mais ils vivent davantage. £st-ce donc de ce résutw» tat que vous entendez vous plaindre? Nous avons plus d'enfans trouvés ;* c'est*à-dicë que^nous en élevons davantage, parce que nous les élevons mieux. Lyr mortalité par nos ^ soins a diminué de la moitié, des trois quarts. Voilà la^use . réelle de l'auipnentation dans les dépenses. N'es^-cedonc pas le premier mérite d^s secours publics que de remplir le but pour lequel Us sont institués? Faut-U laisser périr ces malheyreux^ par des vues d'économiC? . ^
Tout esl^donc avantage pour la société, dans ce fait éclatant que vous annonciez comme désastreux. Nos hospices ne provoquent point les expositions, puis({lie au' contraire \^ . abandons diminuent; mais ils conservent k la société un plus grand nombre de sujets utiles. * ^' n
" Qkiîf de sujets utiles: car, le^ élèves que ilous formons se- '-' l'ont un jour des hommes laborieux. *Si la porte de nos asiles ne leur eût pas été ouverte, quelle éducation auraient-ils reçus? Élevés au sein des villes, où presque tous sont yés, Il dans la misère , sans famille qu'ils puissent avouer , sans protection, saiîs surveillance, agglomérés dans un petit non^- *' bre de lieux, languissans, débnes, laissés bientôt à eux-mè- * mes, Ite eussent accru (^tte portion ^e la population d*où sort
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