de mères sans profesâon
XQ sea^lne^t Qi4 éft^çq^f)!^
Sur ce nombre aussi ,
747 sont nés d^ ftUçi^, 26 — — de femmes ; 17 .— — de Teuves;
10 seulement dont l«s çarens sont inccouvii^
(1) l'auteur garantît l'exactitude de ces détails, dont les dpcumens officiels août dans ses mains.
260 SECOKDS PAETII. U^aB I. CHAP. TH.
Sur ce nombre encore j
Étaient nés à Paris 680
-— — dans la banlieue 66
— — dans les départemenSb • 216
Voilà ceux auxquels le bienfait de rhospitalité n'a pas dû être refusé.
Voici maintenant Torigine de ceux qui ont été rendus à leurs familles , et dont les mères ont été assistées , pendant les deux premiers mois.
Sur 155 pières ainsi assistées,
29 étaient mariées;
1 était Teuve* 126 étaient célibatfiires, et sur ces dernières» 16 niaient en ooscubinage.
Parmi les enfans ainsi conservés
77 étaient légitimes; 160 étaient naturels; 07 étaient nourris par leurs mères, 98 'étaient placés par elles eu nourrice. (1) '
Onze décès seulement avaient eu lieu.
(c Les secours ont été, en général, bien appliqués; on a « trouvé, chez les mères, de la misère, mais presque partout a du courage et de l'énergie ». (2)
Une observation principale ressort des informations qui précèdent: c'est que la plupart des filles-mères appartiennent à la classe des filles qui ne vivent pas dans l'intérieur de
(1) Même observation que ci-dessus.
(2) Nous empruntons ce précieux témoignage à Tadministrateur aussi sage que zélé qui, chargé de réxécution de ces mesures, a pris soin de visiter luimémè à leur domicile les 166 mères assistées qui ont conservé leurs enfims. Yoyez le Rapjiort de M. Yalâruche au conseil général des hospices, annexé à celui que M. Gabriel Delessert, préfet de police» a présenté au ministre de Tintérieur, le 21 mars 1838. Ces deux rapports ont été insérés au JUoniteur ojficiei^
CAUSES DU DKIiAISSBMEICT DBS EVFAKS. 261
leur propre famille, mais qui sont placées, ou du moins qui travaillent au-dehors, en qualité de domestiques, ouvrières, journalières. La vie de famille est, pour les jeunes person\ies du sexe, un rempart naturel contre tes dangers de la séduction.
D'autres informations recueillies de la bouche des mères elles-mêmes, nous apprennent que, à Paris, les séducteursappartiennent essentiellement à trois classes : l^s ouvriers , les étrangers , les étudians ; c'est-à-dire précisément aussi aux jeunes gens qui ne sent point sous la surveillance de leur parens. Malheureusement , les jeunes personnes rencontrent trop souvent aussi le péril, là où elles devraient trouver la protection , puisqu'elles y reçoivent Thospitalité , c'est-à-dire flans les familles où elles servent , dans les ateliers où elles travaillent. (1)
Les lumières,que nous avions demandées en vain aux calculs de la statistique, nous seront fournies peut-être avec plus d'à- . bondance et de certitude, par Texpérience pratique de l'administration, par rétude des mœurs populaires, par les notions de la philosophie morale. Interrogeons cette mère, qui est prête à délaisser le nouveau-né auquel elle vient de donner le jour ; examinons sa vie antérieure, la situation danà laquelle elle se trouve placée; descendons au fond de son &me : attachons-nous à pénétrer les motifs qui peuvent conduire une mère à délaisser son enfant, pour couvrir sa naissance d'un secret profond. Il ne faut pas confondre l'abandon de l'enfant, en général, avec les précautions prises pour que ses parens restent inconnus. Ces précautions entraînent toujours l'abandon ; mais l'abandon ne suppose pas toujours le mystère ; le plus grand nombre d'enfans délaissés appartiennent, au contraire, à des mères connues. Nous nous occupons d'abord ici des véritables enfans trouvés.
(1) Malgré la présence d'une garnison très nombreuse^ très peu de militaires sont indicées au nombre àe$ séducteurs.
261 8BC0NDB PABTIB. LIT&B I. GHAP. TH.
ÂRticxé iv. '
D0S m^fans trot^éif. £t des motifs ^«i conduisent la mère à exposer seerètement
son erifant,
lorsqu'une luéré, en abandonnant son enfant, s'attache à envelopper cet abandoà d*un épais mystère^ Tenfant sera orflinairétnent illégitime, quelquefois adultérin. Ôrdinairetnenty Ta mère a besoin du secret, parce qu'elle veut sauvei^ kà réputation ; si elle n*a de moyens d'existence que dans i&on travail, elle craint aussi de perdre . là position qui le Ui procuré. Si elle est fille encore, elle appréhendera de voir à^évanouir pour elle l'espoir d'un établissement. Mais dés personnes aisées, et même riches, recourent souvent aussi à ce faioyen dé voiler leurs fautes. Le dépôt dans uii hospice leur assuré ttà seôret bien plus inviolable, qu'un placement en nourrice qui appellerait des conûdens. On se rappelle là mère de d'Alembert. Parmi les énfans retirés plus tard de l'hospice, U s'en trouve quelquéiois qui appartiennent à des personnes Jouissant d'une fortune indépendante. Quelquefois, pour mieux s'assurer du secret, on fait porter l'enfant dans Un hospice plus ou moins éloigné pi y à des 'gens qui font, de ce transport. Un objet habituel de commerce.
Le mystère n'est donc pas un signe certain de la pauvreté de la mère ; mais il est un signe certain de la faute qu'elle a Commise , et de l'intérêt qu'elle met à la cacher.
Ici se présente une considération de la plus haute importance, et qui n'a point encore assez attiré peut-être l'attention des moralistes (1). L'intérêt qu'une fiUe-mèré attache au mystère dont elle enveloppe sa faute, dépend du degré de sévérité avec léquel l'opinion Condamné cette foute, et des conséquences qu'en-
(1) Depuis que cet ouvrage est écrit, M. rabbé Gaillard a très bien sain et développé celte considération ; il l'a appuyée sur de nombreuses observations. Toyez ses Recherches sur les et^ans trouvés, les enfans naturels et Us orphelins, 1837, p. 127et suiv.
tl*âtnè sa révëlàtiôn. Ùans les pays où une fille-mère èist gé--' Déralement repoussée de lu sociéié, bannie de sa faniille, où elle perd sa place , où il n'y a plus pour elle de possibilité dé Itouveï* tin épôtii , la plupart des enfans naturels serottt éxposéià ôû dépoi&és par lei mères. Dan^ ces pays, le bonibrè èes enfàns tronvés sera plus élevé, sa'ns que les tnœùrs soient plus corrompues , el peûl-éire , à raison même de ce qiie les mœnrs sont moins corrompues, et les fautes qui lés oflfbnsen^ jugéeis avec plus de rigueur. Dans les pays, au contraire , oft linë âlle-m'èr^ ne craint pàè de se montrer, où elle reste 9MU *sa fhmille , chez ses maîtres, se placé comme nouriricè , ^ niârie ensuite , et se marie ordinàirei^eht avet lé pèhè dfe ^bù enfaiit. Il nV à pas dé motif pnfssaùt pouf cjue Isi mère etplMé ou dépose le nouveau-né auquel elle a dbnné lé Joui*.
Bans la plus grande partie de là Frfthbè^ surtout dans les contrées de l'ouest , du centre et du ràidi , l'opinion Juge avec une grande rigueur les fillès^èreè.Yoilft ponrquM, dtitttt plttsiëuris Ae^ àbcieiiis départemens àélh Bretagne, daHstà Hante-Loîre, la Tienne , l' Ardèche , lé GaAi , Târn-lèt^Gkronne , le nombre des expositions se rapproché davantage de celui des naissances illégitimes, en mêiné tmps que lé nombre des naissances illégitimes s'y montre plus bible.
En Allemagne et en Suisse, l'opinion prononce contre KS filles-mères des arrêts moins redoutables. Presque toujoutis elles s'établissent, et le plus souvent avec le complice de leur faute. Voilà pourquoi les expositions y sont si rares, quoi^ que les naissances illégitimes y soient si fréquentes. £t ceci explique comment, en France, le même phénomène se reproduit, dans les départemens limitrophes de l'Alie* magne, qui ont quelque affinité de mœurs avec les peuples germaniques, comme' le Haut et le Bas-Rhin , les Vosges , la Moselle , le Jura , la Haute-Saône (1), où le nombre des
(1] ï'rappé de voir qtfe le départenfent de k Haute-Saôiiè, arec un BoinbYè éè naisnnces iUégitiines très considérable^ ne compte que dé iritei âdittiSBiékik
'2<^ SBCOIIOB PABiriB. LITAK I. CHAP. VU.
naissances illégitimes influe peii sur les expositions' d*enfans. (1)
Ceci explique pourquoi les expositions d'enfans sont si rares, dans les 'contrées où la recherche de la paternité est per-. mise. Là, non-seulement la fille-mère, assurée d'obtenir pour son enfant des alimens dont elle profitera elle-même, n'est
' pas entraînée par les nécessités du besoin à violer les affections maternelles ; mais elle a un intérêt marqué à déclarer sa situation, pour obtenir des indemnités, et mieux encore un époux. On voit aussi pourquoi, dans ie§ contrées où la recherche de la paternité est permise, les naissances illégitimes sont plus abondantes. Les filles trouvent dans leur facilité à se laisser séduire , moins un obstacle au mariage qu'un moyen de le préparer.
Les motifs qui portent une mère à déposer son enfant, pour couvrir sa naissance d'un voile , lui suggèrent malheureusement aussi la tentation de l'infanticide. Quoique la seconde de ces deux actions soit certainement beaucoup plus criminelle, elle est commise quelquefois avec moins de répugnance. Yoilà pourquoi, sans doute, le nombre des ihfanticides , loin de se proportionner à celui des naissances illégitimes , suit le plus souyent une proportion inverse; yoilà pourquoi les départemens de l'ouest et du centre de la France, ceux où les mœurs conservent le plus de puieté, sont cependant dans la classe de ceux où le nombre des infanticides se t]aontre le
d'eo&ns, l'auteuf s'est attaché à recudiur toutes les iaformalions locales, qui pouvaient expliquer un £sit aussi remarquable. Elles ont pleinement confirmé Tobsenration qu'on vient de lire. Les filles-mères, dans la Haute-Saône, ne se cachent point, n*ont point d'intérêt à se cacher. Elles se placent^ elles se mia* rient. C'est parmi elles qu'on prends les nourrices.
(1) U faut prendre garde de tirer contre les mœurs des filles, dans ces dernières régions, des conséquences trop défavorables; ordinairement, les filles-mères n^ont qu'un seul enfant naturel et se marient ensuite. La fillemère, qui eipose son enfant^ récidive facilement^ et fiiiit souvent par se dépraver enUèremeut.
IKFLUENCE DB LA MISÈRE SUR l'eXPOSITION. 652
pins élevé» relativement à la population, et où ce nombre se rapproche davantage de celui des naissances illégitimes, quoique le total, formé de ces deux nombres réunis, comparé à la population totale, donne un rapport plus faible.
Dans les régions, où les rapports illicites entre les sexes sont condamnés par l'opinion avec une sévérité plus rigoureuse, les filles résistent mieux à la séduction; mais lorsqiTelles y succombent, elles s'efforcent par tous les moyen^ possibles d'échapper à la sentence; elles tâchent de se faire avorter, ou elles exposent le nouveau-né.
Du reste , le nombre des accusations d'infanticidei est peu considérable (1); mais ce crime, par sa nature, échappe si facilement aux investigations judiciaires, qu'on ne saurait guère tirer des données fournies à cet égard par la statistique criminelle, ni des lois certaines, ni des inductions positives sur la connexion qui existe entre les infanticides et Iç s expositions d'enfans.
ARTIŒiE V.
Dt VinfiwncB qu exerce la mitère sur Vexposition secrète des enfans,
La misère n'est point à elle seule^ ni par elle-même , une cause qui détermine l'exposition des enfans, avec les précautions du secret.
La misère peut se joindre aux circonstances que nous venons d'indiquer, pour entraîner une mère, intéressée à cacher sa faute, à choisir de préférence ce mode pour se débarrasser
(1) H s*élève à peine à 60 par année» en France; plusieurs départemens ne Tpient pas une seule accusation de ce genre par an ; un grai)d nombre n*en Voient qu^une ou deux.
Biais, quel est le rapport de ces accusations avec le nombre réel des avortemens? c*est ce qu'on ne peut même conjecturer. A Paris^ le nombre des avortemens doit âtre très considérable. Il y a des gens qui font métier {d'en procu* nr les moyens^ et il y a à peine dix^aêcusatioos d'infanticide par an.
266 SECOIIDX PARTIS. LIY&B I. CttXV. Vtl.
de son enfant. La mère pauvre évitera ainsi la dépensé de îa ' vêlure , des mois de nourrice , de la pension après le sevrage de Tenfant. Mais la misère, par elle-même, ne commanderait' pas le secret; elle chercherait plutôt à se produire, pour obtenir l'assistance.
Les mères qui exposent leurs enfonssont, en général, des filles jeunes encore, qui peuvent gagner leur propre subsistance par leur travail; il est rare qu'il se trouve, dans leur nombre , des indigentes proprement dites. Mais la plupart d'entre elles ne gagnent précisément que ce qiiî est nécessaire pour leur subsistance personnelle , et ne sont pas eh état de faire les frais de Téducalioti de leur enfant.
Cependant, la niisère peut aussi exposer une Jeune perspnnè à succomber plus facilement aux dangers de la séduction. Là pauvreté met une jeuiie fille dans la nécessité de bherchfer, pour gagner sa vie , tin genre de travail qui la sépare éé Sa famille, et qui, par là, augmente pour elle les périls. Aihii, la misère et la pauvreté pourront contribuer à multiplier les naissances illégitimes.
Si nous nous reportons au tableau des douze départemens . qui comptent, eh France, le plus d'enfàns trouvés, relativement à la population^, et si nous cherchons ensuite un terme de comparaison avec le nombre des indigehs assistés à domicile, tel qu'il résulte des publications oiticlelles, nous trouvons que, parmi ces douze départemens, il en est trois seulement qui figurent parmi les vingt départemens qui comptent le plus d'îndigens assistés : ce sont ceux du Rhône , des Bouches-du- Rhône et du Loiret.
Trois autres départemens appartiennent, au contraire, à la classe de ceux qui comptent le moins dlndlgeUs assistes : ce sont ceux du Cher, du Var, de Vau cluse. ,Lês six autres appartiennent à la classe intermédiaire.
Si nous prenons les douze départemens qui renferment le moinis d'enfans trouvés, nous en trouvons deux qui appartiennent tnx 20 départemens oà il m trouvé ttn ptasgrMd
IKFLUElfCB DE LA HISÎrE SUE t'EXPOSITIOlT. ^67
nombre d'indigens assistés ; ce sont Ceux des Côtes-du-Nord et des DeiiX'Sëvres.
Il en est sept qui appartiennent à la classe de ceux où il y a le moins d'indigens ; ce sont ceux de la Haute-Saône , des P^osges, du Haut et du Bas-Rhin, de la Corrèzçy du Jura et de la Moselle.
Les trois autres appartiennent à la classe intermédiaire.
Choisissons maintenant les douze départemens qui occupent les deux extrémités de Téchelle , dans le tableau relatif au nombre des indigens assistés.
Parmi les douze où le nombre des indigens assistés est plus élevé, il en est & qui appartiennent à la classe de ceux où le nombre des enfaos trouvés est le plus considérable ; ce sont ceux dvL Rhône, des Souches-du-Rhône, de Y Aisne, du Loifet. Il en est 5, au contraire,' qui appartiennent à la classe de ceux où les enfans trouvés sont le moins nombreux : ce sont ceux des Côtes-du-Nord, 6! Ille-et-Vilaine^ du Pas-de-Calais, de la Somme, du Finistère.
Parmi ies douze où le nombre des indigens assistés est le moins considérable, il en est cinq qui appartiennent à la classe de ceux où il y à le moins d'enfans trouvés. Ce sont ceut de la Moselle y de la Côte-d^Or, de^o Meuse ^ de la Haute- Marne, de la Dordogne^ Il en est deux qui appartiennent à la classe de ceux où il y a le plus d'enfans trouvés; ce sont ceux de la Meurthe et de la Marne.
On ne pourrait donc tirer, de ces parallèles, aucun corollaire qui serve à établir un rapport certain, entre le nombre des indigens secourus et celui des enfans admis dans les hospices.
Mais, alors même que ce rapport serait établi , il ne fout pas oublier que la valeur des deux termes qu^il paraîtrait lier, est elle-même affeclée d'une extrême incertitude. D'une part , le nombre des iudividus assistés à domicile par les bureaux de bienfaisance n'exprime points à beaucoup près, comme nous l'avons vu , le nombre des vrais indigens ; d'un autre côté , le nombre des enfans admis dans les hospices
368 secoKdb partie, liyaé i. chap. yii.
comprend, non-seulement les enfans trouvés, mais aussi les enfans abandonnés , sans que le plus souvent on ait le moyen d^en faire la séparation : il comprend aussi ceux qui sont admis sans titre légitime. La facilité indéfinie à accorder des secours et à recueillir les enfans altère, dans leurs élémens, les deux termes du parallèle. (1)
Guide plus sûr que des calculs dont les bases sont fautives, la philosophie nous autorise à penser que la misère concourt à augmenter les expositions avec secret, quoique, seule, elle ne tende point aies produire. Aussi,. voit-on assez généralement leur nombre s'accrotlre, à la suite des grandes calamités publiques.
ARTICLE TI. , Des causes qui donnent Ueu au dâtùssement des enfans simplement abandonnés,
La lumière qui nous était refusée relativement aux expositions mystérieuses, ici nous est abondamment offerte. Voici des enfans accompagnés de leur acte de naissance, ou du moins avec une note indiquant le père et la mère, ou la mère seulement. Yoici des mères qui, reçues pour faire leurs couches dans les établissemens hospitaliers, se font connaître elles-mêmes,
L'indigence qui , n'exigeant point le mystère , concourait seulement aux causes de Texposition, rend au contraire quelquefois Tabandon presque inévitable. Seule , du moins , elle peut s*excuser ; seule , elle peut être avouée comme motif.
Quelquefois, hélas ! on a vu la misère conduire à cette affreuse extrémité, des gens unis en mariage. Mais il faut alors,
(1) Les trois judicieux'auteiirs, qui ont approfondi ces questions ayec tant de soins et de sagacité^ et dont les écrits Tiennent de paraître^ MM. Terme, de Mônfalcou et Remade^ estiment, les deux premiers, que la misère exerce peu d'influence 9ur les expositions; le troisième, que cette influence, quoique moralement certaine, ne saurait éire appréciée, même d*ane manière appro^-^ mauve, '
CAUSES DU DilAISSEMET DES ENPAKS.
OU qu'ils aient été bien imprudens, en contractant ce lien, ou qu'un malheur extraordinaire et inattendus ^ oit venu les frap* per. Dans ces deux cas, si , momentanément , ils sont réellement hors d'état de prendre soin de leur enfant, il n'est ps^s probable qu'une telle situation puisse avoir une longue durée ; ils peuvent abréger cette durée, en redoublant d^efforts et de vigilance.
Quelquefois, la mère est devenue veuve, ou a été abandonnée de son mari, depuis le commencement de sa grossesse, ou depuis la naissance de son enfant. Elle est journalière, ouvrière, servante : elle ne peut conserver son enfant avec elle, ' et, ne mirant de son travail qu'un salaire à peine suffisant pour la faire vivre elle-même, elle est hors d'état de pay^r, pour cet enfant, une pension à la personne qui en prendrait soin.
Quelquefois, et c'est là le cas le plus fréquent', une jeune fille a été trompée par une promesse de mariage. Le séducteur qui lui a tendu ce piège disparaît, et lui manque de parole. L'inforlunée, en perdant l'espoir d'être épouse , accepte le titre de mère, se soumet aux conséquences de sa faute. Elle conserverait son enfant, elle relèverait elle-même , si elle en avait les moyens; mais ces moyens lui manquent eniièrement. Elle cherche à obtenir l'assistance de la pîlié publique , en faveur de cette pauvre petite créature; mais sans désavouer le lien qui Tunil à l'enfant qu'elle abandonne.
Dans ce cas , cependant , il y a un grand coupable : le père qui a refusé d'épouser celle qu^il a abusée, qui refuse de reconnaître son enfant , de pourvoir à ses besoins ef à ceux de la mère; il est coupable de deux crimes également odieux ; il joint la cruauté à une basse perfidie.
Quelquefois , le père qui d'abord avait commencé à faire les frais de l'éducation de l'enfant, renonce à continuer cette dépense et disparaît. Quelquefois, la fille, qui, s'était d'abord imposé cette charge à elle-même, ayant épuisé toutes ses ressources, ou tombant malade, ou perdant sa place, ne peut plus persévérer.
270 SBCONDB PAHTIB. LITBE I. CHAP. TU.
Ces circonstances expliquent comment les enfans aban-
donnés sont délaissés à différons âges.
Ces causes sont les seules qui se présentent avec des circonstance^ excusables, du moins de la part de la mère.;
Il en est d'autres qui sont accompagnées de circonstances plus ou moins criminelles. / *
Ainsi, d'abord, un grand nombre d'enfans abandonnés appartiennent à des personnes qui viVent en concubinage. Si le père et la mère , comme il arrive ordinairement , n*habitent pas le même domicile , Tun et Tautre répugnent également à se charger de Tenfant commun : on le met à Thospice. Il n'y a pas d'esprit de famille; il n'y a pas même de famille. Si, même, le père et la mère habitent ensemble, ne se considérant pas comme liés, ils n'ont pas d'avenir commun; l'enfant qui eût dû en être le gage n'est pour eux qu'une gêne. Les affections domestiques ont peu d'empire sur des coeurs qui ne sentent pas même le prix de l'union conjugale. ^ Il arrive fréquemment, en effet, que ces rapports illégitimes se rompent; le père et la mère se séparent. Ils avaient jusqu'alors conservé leurs enfans; tous deux les abandonnent.
Une fille, qu i n'aura pas été trompée ou par son inexpérience 'OU par de fausses promesses, mais dont la faute, peut-être répétée, sera l'effet d'un penchant au libertinage et d'habi-* tudes déréglées, ne verra guère qu'un fardeau dans l'être auquel elle aura donné le jour ; elle cfaerci^era à s'éviter les dépenses et les soins qu'eût exigé d'elle l'éducation de son enfant, pour satisfaire plus facilement ses goûts de vanité, pour s'abandonner plus libi'ement au plaisir. Les filles pu bliques n'abandonnent pas d'enfans, parce qu'elles ne deviennent pas mères. Mais il est une situation distincte de ce dernier degré de dépravation , quoiqu'il y confine , où uoe fille devient mère, sans en connaître les sentimens, sans être digne d'en porter le titre. La vue de son enfant ne dit rien à soa cœur ; elle l'importune plutôt. Une telle personne fuit la présence ide son enfant comme un remords .
C^ySES DTI DliLAISSEMENT DES SnFAIVS, 271
Il est des parens qui , même unis parles liens du mariage^ font y de l'abandon de leur enfant , une honteuse spéculation : ils se soulagent des peines et des frais d'une éducation, qui était pour eux un devoir, lorsqu'ils trouvent le moyen d'imposer cette charge au public. Cette spéculation, il faut le dire, suppose un rare égoïsme, des passions sordides , une étrange insensibilité, des caractères dégradés et méprisables. Aui^i , n'est-elle qu'une exception , parmi les personnes mariées. Mais elle est fréquente chez celles qui vivent en conçubinage , chez des mères qui sont perverties : dans des éires déjà avilis , de tels sentimens s'expliquent.
Quelquefois, cependant, cette spéculation se présente avec up caractère moins criminel. Lo];*sque les établissemens hospitaliers qui recueillent les enfans sont organisés avec une grande perfection , lorsque l'accès en est libre , lorsque , l'opinion publique ne flétrit pas l'abandon des enfans , il arrive que des parens , en faisant élever leurs enfans dans ces établjssepieps , se persuadent qu'ils usent d'une faculté permise,d*une faculté qui leiir est offerte par l'état lui-même. Ils trouvent fort commode de mettre leur enfant à l'hospice , conime ils le mettraient en nourrice , en pension , mais à meilleur marché. L'enfant ne sera-t-il pas bien vêtu, bien pourri, bien soigné? Seulement, il n'en coûtera rien pour lui prpci^rer cet avantage.
Un tQl calcul suppose , il est vrai , une grande indifférence et peu dQ délicatesse , dans ceux qui l'adoptent.
L'influence d'une telle cause est presque illimitée. Il n'y a pas de raison pour qu'elle s'arrête. Elle s'étendra à mesure que le^lleos de fiiipille viendront à se r lâcher, que les affections pures perdront leur empire, que la vie" matérielle ;prmu4ra d$insla société humaine.
SBGOJ^DB PA&TIB. UTRB I. GHAV. VU.'
ARTICUS VII.
Des obus qui se commettent dcms l'expositton et V abandon des enfans.
Il y a donc des abandons qui ne sont point Teffet de la misère , mais une suite déplorable de vues intéressées, jointes à Taffaiblissement des affections les plus sacrées de la nature.
Il y a aussi des expositions qui sont feintes et non réellesi qui cachent une collusion.
Il y a des expositions qu'aucune circonstance ne rendait nécessaires , et qui ne sont suggérées que par la facilité du succès.
Les simples abandons d'enfans tendent à jse convertir en expositions. Ainsi se perd la trace des rapports qui rattachaient Tenfant à sa famille.
Quoique le mystère ne soit point nécessaire, dans les cas qui donnent lieu *à l'abandon des enfans et que nous venons d'énumérer ^ si cependant il est facile de Tobtenir, on en profitera souvent. Lesparens qui, en délaissant leurs enfans, eusseùt pu se faire connaître , préféreront user de la facilité qui leur e^t offerte pour rester ignorés. Ils y trouveront quelques avantages. Ils échapperont à Thumiliation , que i'aban-> don de leurs enfans , s'il eût été connu , leur eût attirée ; ils échapperont aux reproches des membres de leurs familles, à ceux de leurs eufans eux-mêmes \ ils se mettront à Tabri des poursuites judiciaires et des peines légales.
L'enfant, abandonné sans motifs excusables, pouvait être ramené à ses parens; ceux-ci eussent été contraints de le reprendre, leur spéculation eût manqué. Mais on leur dit : délaissez-le comme enfant trouve'; ne vous nommez pa^. Ils s'empressent d'achever l'oeuvre , et d'accepter ce nouveau service.
On ne saurait assez le remarquer : plus les motifs qui
Anus DAKS L*BXPOSITION DES BIfFANS. S7$
portent des parens à abandonner leurs enfans sont vils et coupables, plus les parens seront disposés à se couvrir du voile qui leur aura été offert. Le mystère servira à sauver la bonté, en cachant le crime.
L'abandon qui n'a point d'excuse, a besoin du secret.
L'enfant que peut-être on n'eût pas osé abandonner , Revient ainsi un enfant trouvé.
Voici donc une autre classe S enfans trouvée .* des enfs^ns, pour le dépôt desquels il n'existe pas même d'excuse; des enfans, auxquels la porte de l'hospice ne s'ouvre que pour favoriser dès forfaits, pour enlever à la victime elle-même ^out moyen de pouvoir, dans son délaissement, retrouver sa famille, et découvrir les auteurs de Tattentat qui la lui ravit.
Ici, laissons parler les faits constatés d'une manière authentique et par des investigations officielles.
Une inspection générale des hospices d'enfans trouvés a eu lieu, en France, de 1834à 18S6. Sur 79,000 enfans dont le&titres d'admission ont été vérifiés, il s'en est trouvé 5600 qui, d'après les indications fournies par tes registres eux-mêmes, ne reni-^ plissaient pas les conditions nécessaires pour être classés parmi les enfans trouvés ou abandonnés. Il a été reconnu que les expositions d'enfans étaient très souvent rimuléef; que des parens aisés se croyaient en droit de faire admettre, comme abandonnée, des enfans légitimes; ^u'un certain nombre d*orphelins , d'enfans de familles indigentes , ont été admis dans les hospices d'enfans trouvés, pour leur procurer l'éducation gratuite; qu'on a généralement négligé de rechercher les parens auxquels ils auraient dû être rendus, attendu que ceux-ci étaient en état de les élever ; qu'un nombre ^ assez considérable d'enfans légitimes se sont trouvés confondus, dans les deux classes d'enfans que recueillent les établissemens hospitaliers; que souvent les mères déposaient leurs enfans , pour se les faire ensuite confier en qualité de nourrices, et pour recevoir la layette, l'indemnité mensuelle d'aï* II. 18
StâOllOE iARttB. UtUi t. QllJkP. tll.
foitèment, et plus tard la petislon ; ôa (Qu'elles se conéeftafetit avec une nourrice dpostée d'avance qui venait prendre leur enfant à lliospice; ou que les enfkns étaient places, sous les yeux de leurs parens , chez des voidîos ofBeleux. On en est arrivé à ce point que fcThàbitude s'est Introduite) prineipale^ « naent dans les campagnes, de considérer èomme une chose <c toute simple et fort naturelle, d^ faire élever ses enfans aiit ft frais du pays. » (1)
^ Au sein même de la capitale, et sous les yeut d'Une administration éclairée^ a on a eu pins d'une toi» occasion de re*n marquer que l'abandon d'un enfant avait Iteu sans le eeii^ m sentement de ses plus proches, ou des personnes les pltK % intéressiez à sa conservation 9 dans la famille* Ainsi, d^ <c enfans ont été apportés par des pères naturels, sans le cOfl^ Il sentement des mères ; par des nières^ sans le eonsentement <c des pères légitimes I par des sœurs, par de» pareuii, par del « gardiens, par des voituriers, contrairement à la volonté des n pères et des mères. Un moment d'humeur) une qnerelld, tt quelques embarras domestiques et passagers^ StifiSsalenl « pour décider du sort d'Un enflinli L'hospioe de Paris étah «e devenu un entrepôt génénrl) un large récipient pour eaeber « les vices, pour se soustraire aux charges de la femUIe^ pour ce favoriser une vengeance, ety trop souvent, pour satisfaire là « cupidité de certains agens.i> 0t)
Ces faits sont d^autant plus préeieut à constater, qnlla étaient, par la nature des choses, très difllclles à découVrif .
(1) E^pp^rt présenté m Hoî» «A }$379 par te «limstre de rintérisuTi, j^ 57» 72, etc.
t^oyez aussi le Mémotre sur tes enfans trouvés el abandonnés, par M. te \4comte deBottdy; p. 8, 19, etc.
(21^ TeOes Mut kt «xprefiaiotts du irapperl préMiité att èossen général Aft hofpkes d6 PariSt en xmn 1889} pw lA, Yàidroche, sMttkbre de k ^xmoÊkmsion adioini^Uative» chargé de diriger, en cotlt qualité, la servUa dea «dImw trouvés, et (|ui remplit cette fooction diffiicilç ^yec im %èlQ*au*dessus de tout les éloges. ^
Leé libiiê attSLqtfels donnent lieu te» ëliposltiol» â'éfif)Biii« »oni protégés, par le my&t'ère niémç qui enveldppe Taête au'^ quel ils 66 rattachent I ils se commettent dans Tombre; On frémirait, fitl'on pouvait oontiattre l'histoire réelle de chacutie deftfiiallîeurénses créatures qui dont présentées oommë enfàuft troutéSi ^ ,
Plusieurs modes s'ofik'èiit aux personnes qui veulent se dé^ barrasser d'un enfânt, eh le fkisant considérer eomme troUVéi Elles peuvent /'^^o«^*^ de jour ou de nuit, dans un lieu public quelconque ; elles peuvent le faire déposer dans l'intérieur même d'un hospice, en le présentant au bureau, si cet hospice reçoit les enfans sans condition ; elles peuvent le faire déposer dans le totir extérieur , si Thospice leur offre cette facilité. Elles n'ont garde d'exécuter elles-mêmes celte opération; elles en chargent un tiers, un confident. Elles trouvent des individus qui font profession da rendre de semblables services, et qui vivent de cette industrie. Souvent (on est contraint avec douleur de le reconnaître), des sages-femmes, des accoucheurs, servent d'instrument et quelquefois mênie protoquent à rabaridon : ils y trouvent malheureusçtnent un intérêt pécuniaire; par là ^ ils augmentent le nombre ^e leufis pratiques; té service d'aîlleuffe est assez chèrement ré^ munéré. Les rapports officiels constatent que la plupart de^ enfans apportés dans les hospiceis ^ y sont déposési ^r eètte (élusse tf intermédiaires; reupérlenee lé fiilt reeoânattre,' le ié^ ttiolgnâge des sages-femmes et des «eeoue*ieurs,'(|«l««6frcetit
honorablement leur profession, le confirme. Lolfi dé tKftISlà ttensée de généralher ki une inculpation qui ne tombe que éurUfi petit nombre d^indltiAtts! Mtti^, daiW t€Wf€«^ les eë««tions, il se trouve des gens, qui, entraînés par dés vues intéressées, en violent les devoirs, commettent des fraudés ou j concourent. Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait dés êtres qui fassent métier de favoriser tes expositiens d'enfons^ pui»qu'A en est qui font métier de precurer le* avortemens. G'«»t une dernière cause, une cause trop féconde des abus qtfi *e
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commettent dans rexposition ou Tabandon des enfans (1). Les intermédiaires, au reste, se croient peu coupables, lorsqu'ils voient que les parens eux-mêmes ne se font pas scrupule de délaisser leurs enfatis; ils partagent celte supponiiony ge'neralementrepandîie et signalée dans les rapports officiels, de r existence d^une sorte de droit à mettre à la charge du pays tous les enfans nés hors mariage, et même des enfans légitimes, lorsque les familles sont indigentes,