HOSPITALITÉ DUE AUX ENFAKS TROUVÉS
inconnn, on n'a pas en vue d'assister ceux qui le délaissent; la société conserve au contraire le droit dQ les poursuivre et de les punir. L'exposition est toujours un crime de la part des parens qui osent oublier à ce point les saintes lois de la nature, et de ceux qui se rendent leurs complices. Mais la pauvre petite créature, qui en e!st la victime, est innocente. Le malheur qu'elle éprouve, d'être immolée par ceux-là mêmes qui devaient être son appui, est un titre de plus à la protection de la société. Celle-ci, qui hérite des personnes qui ne laissant point d'héritiers, qui occupe tous les biens sans maître, qui recueille les épaveâ des naufrages , qui possède ce que personne n'occupe, ne succède-t-elle pas vis-à-vis de cet infortuné aux obligations de sa famille ? Qu'est la société , sinon la grande famille? C'est à elle d'adopter les enfans que leurs parens ont répudiés.
Les choses changent , lorsque les parens sont connus , ou qu'on parvient a les. découvrir.
L'indigence des parens peut être un motif pour les assister; à elle seule , elle ne suffit pas pour motiver, ni même poul* permettre, en faveur des parens et de l'enfant, l'hospitalité qui serait accordée à celui-ci, en le séparant de sa famille.
Mais, réunie à d'autres circonstances, l'indigence pourra rendre ce bienfait ou nécessaire , ou convenable.
Elle le rend nécessaire à une femme abandonnée de son mari , qui n'a point de domicile propre , qui est placée chez des tiers, qui n'a point de parens ou d'amis auxquels elle puisse confier son enfant. La situation de cette femme et de cet enfant sont analogues à celles de la veuve et de l'orphelin.
L'indigence rend encore le bienfait nécessaire à une fillemère , dont la faute est ignorée, qui ne pourrait la laisser decouvrir sans perdre les moyens d'existence qui lui restent; qui par conséquent ne peut garder s'on enfant auprès d'elle. En accordant l'hospitalité à son enfant, on sauve cette mère de la honte, de la misère et du désespoir ; on la sauve aussi de la dépravation où elle serait exposée à tomber j on l'aide à se
reldvfir'ii elle est r^p^tapte et disposée à se conduire bon* nétemeqt. Un tel mode d'assistance e$t nécessaire surtout m\ jeitnes personnes qui I trompiées par de fausses promesses . ont été abandonnées par leur3 séducteurs : il répare « autant qu'il est possit)ie , les funestes snites de la faiblesse de çelle^ là, et de la perfidie de ceuvci.
J^'bûspitaliié accordée au^ enfans, dans des circonstances pareilles, est donc tout ensemWe une sage mesure de bienr Csiisance préventive^ et un service rendu aui^ bonnes moeurs.
Ouvrons donc, sans hésiter, ouvrons avec empressement, les portes de nos asiles à ces enfans dont les mères ngns implorent, bien plus encore dans l'intérêt de Tbonneur de leurs famille», de leur propre réputation, qu'à raison de leur pauvreté! Combien d'entre elles ne s'en séparent qu'aven une amère douleur, et font, au moment de cette séparation» )e ser« ment de réparer la faute qu'elles ont commise ! Sachons être'
Iindulgens, quand le malheur succède aux tprts, et que l'in- ^ulgence est un moyen de ramener à la vertu l Yoiçi, au contraire, une mère qui est à^rla-fois indigente et corrompu^., Peut*-être elle conserve des relations criminelles avec le père de son enfant, avec un individu aussi méprî«^ble qu'elle., Us repoussent leur enfant. Quel sentiment honnête pourrait pénétrer dans de telles âmes ? par quels motifs les contraindrions-nous à conserver cet enfant auprès d'eu?:? auquel de§ parens le remettre? quel service rendrait -on à l'innocente créature en la plongeant dans une fange pareille? Ah ! reftdons grâces à ces misérables de leur barbarie qui préserve au moins un jeune enfant du dangi^r de respirer^^ auprès d'eux, un air empoisonné, et d'être atteint par la eont^gionde leurs vices ! Que le^ portes de nps asiles s'ouvrei^t aussi pour cet infortuné ! ce sera encore l'acte d'une bienfaisance p<réventive| aussi sage que généreuse, Pès ses plus tendres années^ nous préserverons^ des plus graves périls l'être que nous aurons recueilli \ la société un jour obtiendra en lui un membre ^ti^ mablf» et utile ; le malheur de s^ naissauce sera réparé.
Vbospitalité accordée aux eufi^os trouvés a donc, 4m% 4e» Qircoa«taiice$ doimées, des avantages incontestables. {;Ue a uue utilité morale. £Ue aide,^ en certains cas, à tirer de Tabtme uae f^mme qu'égara une séduction momentanée. ]EUe ÇQOCOttrt k oîaintenir, dans Topinion publique, une juste sévé^ rite k regard de^ femmes qui manquent à leurs devoirs* ÏH^ prévient des seandalési dont la répétition serait funeste aux. ipqgiir& publiques, £lle soustrait ^es enfans à la oontagion di| * vii^f»! apx dangers d'une mauvaise éducatioû; elle les arracbe àraUnQ8phè|*e impure df» villes et au vagabondage» pour lea voueràlavieetauxtravam;.de&çbamp4} elle leur foit re» trpuver des affections doipe^iques siuxquelles ils fussent res*^ (4^ étr^ger^. £n France, le po^ibre des prévenus dé crimea fi délits, parmi 1^ induite» qui son| sortis de^ bospioes d'e»:< fana trouvés» est aur^essoits d^ la moyenne des prévenus pria sur V^paeinble de^ babi^ns, telle qu'elle résulte de la statia*^ tîq^e primipelle^; on rencontre auss^ moins de fiUes corrom^ pue^i parmi celles qui oa( eu la même origine, qu'il n'y w a ^s la mas^ enti^r^* P§ cette classe aorteat quelquefois des mendians, mais rarement des si^eta pervers,. Ces fiaitl ^nt établis par désinformations positive!^ (1)« Us s'expliq^eirtméme par rewitmoe que ^s en&n^ trouvés màaefit à |a cappagne, par les habitudes laborieuse» qu'ils contractent de bonne bouré, et par le besoin quila éprouvent d'obtenir VesUme» pour trouver et conserver des appuis. Ils ont eu l'éducation de l'adversité.
Si^ comme l'expérience semble l'attester» les enfana iUé* ]ptinieà, pris en général, donnent un plus grand, nombre de criminels et de filles perverties » il ne faudrait pas 6tre surpris» sans doute, que la même proportion vînt à se reproduire
f 1) L*auteur de cet ouvrage, chargé depuis six ans de la haute surveillance in service des enfans trouvés des hospices de Paris, a eu persouneileteient VoccttioB dt coMtster em înporlantes observations, soit d'après les feuilles d*inq^sctiw» Mit é'apràfl \n raebcrclM» i|u*il a faitw sor les lieia en visitant les arrondissemeDs où les enfans^sont plaeés.
2sa
8EC01CDB PAATIB. LIVAB I. CHJLP. VIII.
parmi les enfans trouvés qui ont la même origine; alors nous devrions en accuser leur origine et non les hospices qui les recueillent. Mais il n*en est pas ainsi ; c^est même tout le cou-" traire qui a lieu. C'est une fausse induction, c'est une assimilation injuste et précipitée, que celle en vertu de laquelle on suppose ces deux classes d'individus soumis aux mêmes conditions de moralité. Dans la première, il se perd un plus grand nombre d'individus que dans la masse commune ; dans' la seconde, un plus petit nombre. De cette remarque importante et atCLigeante, à laquelle donne lieu la moralité des sv^et& issus d'une origine illégitime, ressort précisément une preuve éclatante de l'utilité attachée à l'hospitalité qui s'exerce eu faveur des enfans trouvés. Puisque, en effet, les hospices se peuplent d'enfans naturels, et que cependant les sujets élevés: par leurs soins figurent en moins grand nombre sur le théâtre du crime et du vice, il est manifeste que les hospices répa* rent, pour les enfans par eux recueillis et élevés, Tmconveulent de la naissance', les préservent du péril dont ils étaient menacés, et rendent à la société, au lieu de membres gangrenés, des membres utiles.
Ramassées, en général, dans le rebut de la société, ces créatures encore innocentes trouvent dans les hospices un abri; dispersées au loin, elles respirent au moins un aii* sain et pur; élevées sous le chaume, elles y partagent, au sein de la pauvreté, il est vrai, des moeurs simples et honnêtes, et l'éducation du travail. Repoussées de l'hospice, ne viendraient-elles pas plus tard affliger, troubler la société ? Ne faudraît-il pas, alors, non plus admettre les mêmes individus à une hospitalité bienfaisante, mais s'cmparer^ d'eux par des mesures de répression pour les régénérer? Voyez ce que deviennent, en Angleterre, ces milliers d'enfans élevés dans les maisons de travail, sous les yeux de leurs mères, sans doute, mais dans des établissemens qui sont qualifiés d'écoles publiques de corruption, parles commissaires royaux chargés de renquéte parlementaire!
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UHITBS DB CBTR HOSPITA.UTÉ.
Y a-t-il une situation plus fâcheuse à tous égards, que celle de Tenfant illégitime, lorsqu'il n*est pas reconnu par les auteurs de ses jours? Quelque humble que soit la femillequi consentira à Tadopter, n'est-ce pas pour lui un avantage du plus haiit prix, que d'être adopté par elle? Ses nouveaux pa-* rens sauront mieux le chérir, lui donneront de meilleur» exemples, que ceux qui fuient sa présence^ et ne peuvent spnger à lui sans rougir.
Ces considérations sont simples et évidentes; elles ne sao^ raient être contestées; elles ne l'ont pas été. Car, dans les^ pays même ou il n'existe pas d'hospices spéciaux pour lenenfons trouvés, on admet du moins, dans d'autres établissemens hospitaliers, les enfans qui appartieiment à l'une descatégories que nous venons de parcourir. Nulle part un enfant exposé n'est laissé sur la voie publique. L'autorité publique pourvoirait à son placement, si la bienfaisance ne se char-r geait pas de lui offrir un refuge.
ARTICLE n.
Limites dans lesquelles cette hospitalité doit être renfermée»
Mais si l'hospitalité, accordée sous ces conditions, est^ de la part de la société, un devoir ; pour les mève^ et pour les enfans, un préservatif autant qu'un secours ^ prodiguée hors de tes mêmes conditions, elle ne devient plus seulement une faveur aveugle, elle peut ouvrir l'accès à une foule d'abus, devenir également funeste aux enfans et aux familles.
Supprimez la condition de l'indigence : vous détournez le patrimoine des pauvres de sa destination, pour l'employer à élever gratuitement les enfans des gens aisés; vous encouragez les désordres des riches, en les dispensant d'une charge qui devait en être la peine légitime.
Ouvrez la porte de l'asile hospitalier à l'enfant né en mariage: vous aidez à détruire des liens sacrés, à dissoudre U
fftmille I vous secondez la cruelle indifféreQce des {MpcqSi leur o4i9W ëgoïsmas ¥0|i$ r^visse^ k Ventant la aituatiçii que lui avait awgnée la provideDce i vous le privez de cç qu'il y avs|iK> poyr lui de plu$ précieux, la tei^dre&^e filiale ^ yo^s 'çopoou« res k une oeuvre impie. Ku yoiui alléguera *t-pu \s^ pauvreté 4iQl ^pou%! Assî6te«»Ie^; maii^ ue leur euleye^ pas leur eufautl^ Im préaenoe de cette jeuuc et aiinable créature doit coosoler leurs peines,, exciter leur activité, resserrer les ftc^odit 0i le» uniaiëut, entretenip eu eux le aentiment de leurs devoirs. Les affections de famille sppt aussi nécessaires au pauvre. Voua èaveppey l'enfant à la salle d'asile, puis à recelé, et les saliin taipea instructions qu'il y reoevra profiteront à sa fomille elln**' «Ame, où, obaque ji^ur, il rapportera de salutaires inr fluenoes.
QuTPei: las poptes de PasUe k un enfant naturel que ses |a^ Feas j[>ouvaient reconnaître sans da grayes înoonvéniens ; tmhi empêchez qu'il ne soit reconnUt qu il ne recouvre un état oi-n vil ; VOUS' concourez à 4e priver de ses droits. Le père et la mère, en conservant cet eufapt» çn le reconnaissant, eussent été^disposés peut-être à légitimer par le mariage des relations jusqu'alors ilUuitea s maintenant, ils demeureront plus facilement dans un coupable concubinage; le père délaissera plus aisémem la mère d'un enftml qu'il perd de vue et qu'il nu- Uie. La faveur que vous aooordez à l'abandon des anfiiuM étant eonnuci, les personnea qui sont tentées de se livrer an désordre, en redquteront moins les conséquences. La jeune tau appréhendera moins de Qompmmettre sa réputation ; le jeune homme , de séduire une fille ; ils n'auront point à s'ittr^ qui^r de Tétre auquel Us auront donné le jour. , Al<9ars m6me que, des deux auteurs d'un enfant naturel^ uq seul serait connu, un s^ul consentirait à l'avouer, s'il peut s|en eharg^ sans de graves inconvéniens, sauf à être aidé de quelques secours ; si,»malgré la faute commise, il n'est pas vi-** cieux; si, par de sages exhortations, on peut l'engager à réparer ci^tie faute, dans l'avenir, par une bono^ oondqîcc:
gardai «^ vov» de renoncer à un succès aossi d^irs^bl^i ^ rf)€ueillan( Tendant à ThospiCd ! Il faut qu'un père ^t qo'uQQ mère sacheut et pratiquent las. o];)ligations que ce Utre leur i)[opos6| et n'envisagent pas avec légèreté, avec indifférf ucç » r^xisteuce de l'être qui leur appartient. U est bon qu'ils %m^ tenty qu'ils expient la tort dont ils sa sont rendus coupables, I^a paternité, la maternité, ne s'abdiquent pas au gré d^ ceu:i^ qui ont voulu en prepdre là condition. Remarques, d'aiUei|r$| que, la plupart du temps, les pères et mères des enfans naturels, quoique pauvres, ne sont pas précisément indigens; ils peuvent encore concourir, pour une pqp^n quelconque^ aux dépenses qu'occasionnent la nourriture de Tenfent pendant les preuiiers mois et sa mise en pension pendant les premières années. Il sera utile, même pour eux, qu^ils acquittent ce tribut | il rappellera cbaque jour à leur pensée l'existence de leur en- &nt, et à leur oç^ur les devoirs qu'ils ont contractés envers lui. Ils s'informeront de cet enfant] ils le suivront; des y eux; ilsveil** liront à sa destinée î ils réfléchiront à la responsabilité qu'ils ont encourue; ils s'imposeront quelques privations; Us seront mieux garantis (contre dç nouveaux écarts ; l'enfant^y najouri pourra éprouver pour eux le respect, l'ajfection, la recoft'naissance, qui seront pour tous une force et un moyen d'amélioration. Il n'est rien au monde d'aussi utile à l'bomme, dans quelque condition qu'il soit placé, que de sentir l'empire dU devoiri et d'être appelé à y obéir.
Qu'^jouterions^n ous encore? Ne sont^elles pas assez no^ tpires les fatales conséquences d'une hospitalité aveuglémeiit accordée aux enfans qu'elle sépare de leurs familles, rameaux détachés de l'arbre dont la sèvç les devait nourrir ï où s'arréterait-elie , si elle n'était subordonnée à des conditions sages et prudentes? quel désordpe dans la société entière? que dirait-on qui n'ait été répété cent fois! que dirait-on qui n'ait été malheureusement confirmé par une si longue e:^érieiice? qui ne déplorerait ces abus? qui ae sent com^ bien il ii)ipûrte de séparer ici le bien du mal| de conserver les
284 SEGONDB PâETIK. LIVBE t. CHAP. VIII.
avantages de rinstitatiop, en Tempéchant de dégénérer et dé 6e corrompre ? Sur ce point, tous les amis de rhumanité, tous les gens de bien seront d'accord. Mais, où poser la limite? Gomment la niaintenir? Ici, les difficultés commencent, les doutes s'élèvent; les opinions divergent; nous essaierons d'exposer celle qui nous paraît fondée sur les faits, conforme aux intérêts de l'ordre social,, à ceux des bonnes mœurs, et aux vues d'une charité éclairée.
ARTICLBin.
Des liospices spéciaux pour les enfims tromés et abcmdonnés.
De ce qu'il est nécessaire et juste d'accorder, avec Thospitalîté, le bienfait de Téducation aux enfans réellement trouvés et abandonnés, il ne s'ensuit pas qu'il soit nécessaire de l'ac* corder, partout et toujours, dans des asiles exclusivement affectés à cette destination spéciale. i
L'utilité des hospices spéciaux de ce genre est, à nos yeux, eiàsentiellement relative. Elle est subordonnée aux diverses circonstances des .temps et des lieux. Les hospices d'enfans trouvés ont naturellement pris naissance dans les contrées et aux époques où, par le concours de ces circonstances, le besoin d'une semblable institution se faisait sentir, comme pré* servatif ou comme remède.
Il devait se faire sentir dans les grandes cités où se déploie à-la-fois la corruption des mœurs, la misère, le relâchement' des liens de famille, où l'exposition offre moins de danger et plus de facilité, où Tagglomération d'un nombre considérable d'habîtans rend plus fréquens sur un même point les accidens qui, disséminés, ailleurs, frapperaient moins les re* gards. Il devait se faire sentir dans les régions où l'opinion publique flétrit le plus sévèrement les filles-mères, etleup ôte le moyen d'avouer leurs enfans, sans se condamner elles- . mêmes à perdre leur état, sans se voir séquestrées de la so* •ciété, sans être privées de l'espoir d'un établissement. II de-
HOSPICES SPiCIAVX POUB LBS BNFAKS TEOUYÉS. 8S5
vait se faire sentir là où le mariage ^rencontrait plus d'obsta- GleSy où le concubinage au contraire en rencontrait moins. Il devait se faire sentir là où la législation prohibe la recherche de la maternité, et enlève ainsi à la fille-mère le moyen de procurer à son enfant Tappui que lui destinait la nature.
Le besoin d*un semblable genre d'hospices devient surtout plus sensible, à mesure que les mœurs se dépravent, que les licQS de famille se relâchent, que l'union conjugale est moins respectée, que l'égoïsme individuel prévaut sur les affections domestiques.
Il y a partout, sous des formes diverses, des expositions d'enfans nouveau-nés et d'enfans en bas âge; mais leui^ nombre varie dans des proportions très remarquables. Répé^ tons-le, car on parait trop l'ignorer: il y a partout aiyourd'bui des asiles pour les enfans trouvés; nulle part ces malheureux ne sont abandonnés par la pitié publique. Seulement, là où ils sont en petit nombre, ils sont recueillis dans les hospices généraux, et il eût été sans objet de leur ouvrir un asile spécial. En certains pays, Tobligation imposée aux^. seigneurs et aux communes, par suite des législations féodales, atteint au même but, et assure à ces enfans un protection légale. Le devoir pour l'administration publique de recueillir, de sauver ces Infortunés, de leur procurer le bienfait de l'éducation, ne saurait être mis en doute. Il ne s'agit que d'en proportionner l'application aux nécessités qui l'imposent.
Lorsqu'en comparant le nombre des expositions qui ont lieu, d'une part, dans les pays qui possèdent des hospices d'enfans trouvés, et d'un autre côté dans l^s pays qui ne connaissent point cette institution, on se, hâte d'eu conclure ou . que, dans les preihiers, la législation est trop facile, ou que, dans les seconds, elle est trop rigide; lorsque de ce parallèle on veut tirer un argument pour ou contre l'utilité de l'institu- , tion elle-même, on se livre donc à des inductions qui peuvent manquer de fondement. Chaque pays se gouverne d'après ses propres besoins, sur ses mœurs qui sont la règle de ses
bésoltis. n redte à savoir si^ ftloi*d ttiéme qu'il n'existerait t)Âs d'hospices, le nombre des abandons ne serait pas toujours considérable dans les premières cotitrées. La différence qu'on remarque, entre les systèmes adoptés, résulte de celle qui existe entre les circonstances locales. La France, lltalie, FÉspagne ne sont pas placées sous Tempire des mêmes mœurs et des imêffles lois que TAllemagne, la Suisàe, l'Angleterre et les Etâts-tJnis. Dans ces quatre dernières contrées, la rechercha dé la paternité êst autorisée par les lôisj le père présumé est tenu de pourvoir à l'éducation de l'enfant, et poursuivi jttdtdalremenf, au besoin, pour le contraindre à feûiplir cette obligation.
Ce que nous disons des expositions s^appttque ^gàdmetlt aux in^ticldes. tes motifs qui portent les mèfes à un crhne aussi atroce ont plus d'intensité, sôds t'empîré de Certaines législations et de certaines môeiurs. L^infànticlde sera pitis' commun, dans les pays et dans les temps où l'opinion se montre plus révère contre les filles qui auraient commis une fauté; aussi, M^n vu qu'il se montre plus fréquent dans certaines contrées où règne une grande austérité de inoëurs. Il est plu,s fréquent aussi, lorsque la recherche de là paternité est interdite ; lorsque Topinion enlève à une fiUè-mèré l'espoîr de contracter Un mariage; lorsque là légèreté du caractère dominant chez les hommes laisse moins sentir et accpmplir par le séducteur le devoir de réparer par l'hyménée letoft qu'il a fait à celle quîl a entraînée; lorsque la vivacité de l'imagination et le prix àltaché à Thonnoeur, exerçant une inâuence plus générale sur Tesprit des femmes, se réunissent pour exciter le funeste d^îrè qui les porte à violer les plus saints devoirs de la nature.
On aurait tort de supposer que le penchant & i^mfanticide sôit, dans un pays, proportionnel au nombre des naissances illégitiines. Il en est tout autrement. Lorsque les naissances illégitimes sont très multipliées, les mères ont moins à redouter les rigueurs de TopiniOn , rougissent moins de leur faute ; au
HOSPICES dPiCIAUX PMH LISS VlTl^AllS tHOWÉS. i^
contraire, lorsque h naissance d'an enif^nt naturel est Un événement extraordinaire qui fVâppé inattention^ la personne Vëfs laquelle se tourneraient alors les regards du public, s'émeut, se trouble^ sa raison s*égare; elle se laisse entraîner au désespoir.
Si t'hô&pitalité ouverte aux enfons peut prévenir une partie des inihnticides, dans les lieux et dans les ternp^ où ils tendeiit A se multiplier) il ne (siut pas se flatter cependant que ce pré^ scrvatif ôpit assez elBcace pour les prévenir tous. L'êicpé^^^ Hence prouve le contraire ; la connaissance du coeur ho^ tnain ëjcplique comtnent il ne peut tnémè en prévenir le plus grand nombre.
Si donc il n^ à pas de motifs pour ériger des hospices spéèiant pour tes enihns trouvés et abandonnés, dans les lieui^ et dans les tetnps où les expositions et les infàntieldes sont rares; s'il sufBt alors de venir au secours des enfans délaissés^ par les moyens généraux, en leur accordant l'hospitalité ot^ dinaire des établissemens publics, il y a aussi des motil^ impérieux pour ne pas créer alors une spécialité d*étâblissemeils qui seraient inutiles. Car la présence de ce genre d'hosptces excité et provoque toujours le délaissement des enikns, Soit ^ en lé rendant plus fàcil^ soit .en persuadant aux familles qu'en profitant de t'ôflTre qui semblé leur être fkite, éllès fié feront qu*une action légitime et naturelle.
Il est toujours fâcheux pour la morale publique, de IVâppét lés regards de la foule par la présence d'un semblable genre d'âsiles, de faire supposer que le nombre deS enfans délaissés est considérable, de familiariser fopinion àveC Ildéé â'uft crime si contraire à la nature. On en êSt moins révolté, oïl excuse plus facilement ceux qui le Commettent.
Mais, lorsque les expositions sont malhefireusefflefit abon*^ dantes, lorsque les tentatives d'inbnticide Se multiplient, hl présence (fun hospice spécial d'enfens trouvés, est commandé à-la-foîs par rîntérét social et par l'humanité. On évitera, de It sorte, de confondre cette classé d'enfônsflvéC lés autres enfàdk
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indigens^ confusion nuisible à tous* On pourra organiser avec plus de simplicité, de régularité, d'économie, un service difficile et compliqué ; on le centralisera davantage.
^ous avons supposé, jusqu'ici, qu'il s'agissait d'apprécier uniquement l'utilité de l'érection d'hospices spéciaux pour Jes enfans.^La question change, s'il s'agit de la' suppression de ceux qiii existent; ici, une sage prudence est commandée à l'administration publique. L'exemple des suppressions d'ho^ pices de ce genre qui ont eu lieu, en ÂUepiagne, sur la rive gauche du Rhin, et à Londres, sans qu'il en soit résulté d'inconvéniens, prouve sans doute que, dans cerlaines circonstances données, on peut faire disparaître un semblable établissement, lorsqu'il est reconnu inutile. Mais cet exemple se rap-
porte à des hospices dont la création était récente. Dans ce nombre, on aurait peine à en trouver un, dont la durée eût dépassé trente années. Lorsque les hospices subsistent déjà depuis long-temps, surtout lorsqu'ils forment un système développé sur la surface entière du pays, leur présence, les facilités qu'ils offrent pour l'exposition des enfans ont exercé sur l'opinion, sur les mœurs, une influencé, fâcheuse sans doute, mai$ réelle. Des besoins qui ne se fussent pas manifestés, avant leur érection, se produisent, comme les résultats de$ habitudes qu'ils ont fait naître. Les abus eux-mêmes ne peuvent disparaître par enchantement, dès qu^ils sont enracinés. Réduire les admissions à leurs limites légitimes est alors la seule mesure que puisse adopter une cage administration. - Avec le temps, les besoins artificiels disparaîtront; les hospices créés sans nécessité pourront, sans danger, subir une réduction successive. , .
Maintenant qu'il est reconnu que les hospices spéciaux pour lés enfans trouvés et abandonnés, sont non-seulement Utiles, mais nécessaires, en certains lieux, en certains temps, il reste à rechercher si l'on ne peut prévenir les incpnvéniens qui leur sont reprochés, ou du moins les restreindre, et quels /seraient les moyens d'y parvenir.
ABMI88I05 DBS SlTVAKS AUX HOftPIGBS. 28$
ARTICLE iV.
De Vadmission aux hospices des enfans trouvés et abandonnés, et des moyens
d^en préifcnir l'abus.
De tous les abus auxquels donnent lieu les hospices d'enfans délaiissés, ceux qui s'attachent à l'admission des enfans sont les plus graves; ce sont donc ceux qu'il importe le plus 4e prévenir.
Les enfans délaissés qui frappent à la porte, d'un hospice, proviennent en partie de la ville même où l'hospice est ^itué, en partie, des lieux plus ou moins éloignés.
Les enfans délaissés entrent dans les hospices par quatre portes différentes :
«Quelques-uns, abandonnés ou perdus sur la voie publique, ont été ramassés par des étrangers, ou arrêtés par la police, et sont apportés ou amenés à l'hospice, sans qu'on ait aucun indice sur leur origine ;
Quelques autres sont nés dans les hôpitaux ou dans les maisons d'accouchement, où leurs mères avaient été reçues;
Quelques autres sont déposés dans les tours placés au dehors des hospices, et garnis d'une sonnette, qui avertit au moment où ils y sont placés;
Quelques autres, enfin, sont présentés, dans l'intérieur même de l'établissement, par les personnes qui les âpponent.
Entrés dans l'hospice ils se divisent en sept catégories, pour les ipdications relatives à leur origine :
1^ Quelques-uns ne portent avec eux aucune trace qui puisse déceler leur origine et la faire reconnaître' un jour , si ce n'est les vêtemens ou haillons dont ils sont enveloppés ;
2^ Quelques autres portent seulement un billet (1) ou un
(1) Quelques-tous de ces biflets renferment Texpfression de la douleur de la mère, anuonoent Tintention où elle est de retirer un jour son enfuit, et le recommandent aux soins de Fadministration hospitalière. D*autres désignent le nom qu*on désire yoùr porter à Fen&nt.
2(9(1 SBCOSTBB tfAATIE. LIT&l I. GHAP. TIÎl.
indice (i) quelconque, qai puisse servir à les faire reconnaître, mais sans aucun renseignement sur les auteurs de leurs jours)
3^ Sur quelques autres on trouve un billet indiquant le nom et parfois la dejneure et la profession de la mère; • 4" Quelques autres sont accompagnés d'un extrait ou de Tacte civil de leur naissance, ou dé Tacte de baptême, qui font connaître Torigine de l'enfant, comme étant né hors mariage, le nom, la demeure, la profession de la. mère; ^
5^ Quelquefois l'acte de naissance ou de baptême de l'en*, faut illégitime fait aussi connaître le nom du père ^
6^ Le bulletin envoyé de la maison d'accouchement ou de l'hôpital, dans lequel l'enfant est né, indique toiyours, avec, le nom, la^ profession et la demeure de la mère, la date précise de la naissance de l'enfant, et permet d'en constater l'identité;
7° Enfin quelquefois l'acte de naissance ou de baptême si-« gnale l'enfant comme né en mariage légitime, et fait suffîsamment connaître le nom et la demeure des père et mère.
Lorsque les enfans sont reçus à un bureau d'admission, la personne qui les présente, ou spontanément ou sur les ques-^ tions qui lui sont adressées, donne ordinairement de vive voix des renseignemens semblables ou même y en joint d'autres. Mais souvent aussi, les personnes qui se chargent de cette mifr*. sion se refusent à donner aucun genre d'information et gardent un §ilence obstiné. ''
Les indications données de vive voix ou par écrit sur les noms de l'enfant, son âge. le lie» de sa nai^anoe. le nom «I la demeure de ses parens^ se trouvent plus d'une fois infidèleSjii et en contradiction même avec des actes civils dressés k la naissance et. non produits à l'hospice.' C'est à dessein alors que les parons trompent l'administration* On a vu par le tableau rapporté au chapitre précédent (S), comment les eiH
(1) Comme le détail du trousdeau» le signatemeot de Tenant, efc.^ etc.
(2) Article I, p. 246. . -i
tpM trouvés, admis dans Vbospice de Paris, se dtsiribusHi: eotre oes différentes origines, et eet exemple est d'amaâl pliis instructif) que le nombre de ces enfons représente à*peu-près le 7' de ceux qui sont admis dans tous les hospices de; France.
Mais si VQ^ compare entre elles les différentes années, on est frappé de voir que le nombre des enfans déposés avec actes de naissance va croissant; tandis que le nombre de cei^ qui sont déposés sans renseignemens ou avejc des ren-seignemens incomplets va diminuant.
Bomons*nous à produire ici le relevé des huit dernières
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