S70 SSCOICBE PARTIE. LIVRE I. CHAP. IX
ARTICLE IV
De la destination des en/ans admis dans les hospices.
Puisque la bienfaisance publique, en accordant l'hospitalité aux enfans délaissés, contracte envers eux les obligations de la paternité dans toute leur étendue, elle ne doit pas se borner à veiller sur leur berceau, à protéger, leur vie; elle doit pourvoir à tout Tensemble de leur destinée. Sa prévoyance doit leur préparer un avenir. C'est en vue de cet avenii*, qu'elle leur procurera l'éducation nécessaire pour qu'ils puissent en jouir. C'est ainsi qu'elle prendra essentiellement . le caractère préventif qui est son plus noble attribut. Que servirait d'avoir sauvé "de mille périls le premier âge de ces infortunés, s'ils devaient traîner leur vie dans l'abandon et la misère, ou, ce qui serait plus fâcheux, dans la fange du vice? Quelle bienfaisance, au contraire, plus noble et plus féconde, que-celle qui dote la société humaine de membres vertueux et utiles tout ensemble ?
Piu*mi les enfans recueillis dans les hospices^ il en est malheureusement un certain nombre, qui , de bonne heure, sont atteints d'infirmités graves, plus ou moins incurables, et qui parla se trouvent hors d'état de gagner leur vie. Ils sont ramenés à l'hospice; ils y sont traités, soignés jusqu'à la guérison, si on peut l'obtenir, et pour le reste de leur vie, dans le cas contraire. Là, on tâche du moins d%n tirer quelques services ; c'est leur faire encore du bien , que de les préserver de l'olsiveté.
Les élèves des hospices , valides , arrivés à l'âge où ils peuvent se rendre utiles, doiventrils recevoir une destination spéciale et commune? Plusieurs écrivains ont penché pour l'affirmative et ont proposé divers plans dans cet esprit. On a représenté , aussi , qu'élevés aux frais du public,^ appartenaht à l'état, ces enfans étaient à ce titre, appelés d'avance
DBSTnrATIOK t»ES SHVAITS THOITrtS. 871
à servir l'état, dans Tannée de terre ou dans la marine. Quelques gouvememens ont essayé ee système. En France des lois récentes, encore en vigueur, mais qui n'ont jamais été exé* cutées , ont réservé les enfans élevés dans les hospices pour le dernier de ces deux services. (1)
ITn principe directement contraire doit, selon nous, présiiler à la destination de cette classé d^enfans. Loin de leur as*^ signer une carrière exceptionnelle, de les parquer en quelque sorte, de les séquestrer encore de la société, par l'emploi qui leur est donné, il est essentiel, à nos yeux, de les disséminer autant qu'il se peut dans le sein de cette société; de faire en sorte qu'ils se confondent dans les rangs ordinaires, que rien ne les distingue et ne les sépare du reste des citoyens. C'est là ce que l'état leur doit. C'est ainsi qu'ils serviront plus avantageu^^ Sëînent l^étaflui-méme, dont les intérêts ne se séparent pas de ceux de la société. Car, c'est ainsi qu'ils se rendront le plus miles.
L'origine de ces infortunés est pour eux un malheur, une humiliation , une sorte de tache dans l'opinion; Efforçonsnous de la leur faire oubliei^, de la laisser ignorer aux autres, afin que cet amer souvenir ne décourage pas leurs efforts ,
afin qu'une cruelle prévention ne crée pas ^es obstacles sous leurs, pas. Que la dénomination, d'enfans trouvés ne les suive pas dans le cours entier de leur vie! que cette qualification ne leur crée pas des .obligations spéciales, ne les signale pas à l'attention publique !
Un aussi grave inconvénient se ferait surtout sentir dans l'armée, dans la marine; les élèves des hospices seraient exposés à d'inévitables désagrémens ; l'arrivée et ht présence
(1) L'ftrticlfi ie du décret impérial da 19 janTier 18^1» après tyoif établi en principe que les enfans élevés par Tétat sont à sa disposition , suppose que le ministre de la marine en disposera spécialement ; Farticle 24 charge ce ministre de présenter à cet effet un projet d'organisation. Il n*a jamais été pi-é* «enté.
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4le semblables recrues produirait une f&cheuse lin[>ression sur Tesprit des soldats et des marins, affaiblirait Tidée quils doivent avoir de la dignité de leur état, idée qu'il est si préV cieux d'entretenir. . ,
D'ailleurs , n'avons-nous pas conféré à nos élèves de l'hospice la plénitude des droits civils? Dès-lors, s'ils doivent le . tribut commun imposé à tous les citoyens, pourrait-on leur en imposer d'autres?
Nous repousserions, par des motifs analogues, l'idée de former des colonies spéciales, composées de sujets sortis de la classe des enfans trouvés. Ce serait continuer à les réunir en classe distincte ; ce serait les constitueF en caste. , S'il y a, cependant, quelques vocations qui semblent préférables pour ces pupilles, ce serait pour les filles d'abord, celle qui les appellerait aux divers services dans les établissemens hospitaliers. On pourrait prépsirer, de la sorte, des infirmières, des ouvrières, des servantes qui, élevées dans les asiles ouverts par la charité, seraient plus propres à ces emplois, qui s'y attacheraient par un sentiment de reconnaissance. On n'aurait point à redouter pour elles les incônvéniens qui viennent d'être signalés. Filles du malheur, elles seraient respectées dans le séjour. de la pauvreté; elles continueraient à y jouir de la bienveillance que, dès le berceau, elles étaient accoutumées à y éprouver.
Celles des jeunes filles qui annonceraient des dispositions convenables, pourrraient être dirigées de bonne heure à devenir des institutrices de campagne. D'autres seraient formées pour l'emploi de servantes de ferme.
Parmi les garçons aussi , on pourrait trouver des sujets . propres à la fonction de maîtres d'école de campagne; d'un certain nombre d'entre eux.on pourrait tirer, par des moyens que nous indiquerons bientôt , un choix de bons garçons de ferme.
Du reste, nos pupilles ne devront pas avoir de destination exclusive. Leur avenir sera une carrière de travail. Placés i
DESTIHATIOII DBS SIÏPAHS TBt>1}YS8.
dès Fenfance, dans la classe des prolétaires dont le dénùment est le plus absolu, ils devront trouver dans Texercice d*une profesfsion laborieuse, les' moyens d'acquérir Tindépendance, de parvenir à être un jour chefs de f^jimille. :Pour leur assi^ gner une profession, on consultera avant tout, d'une part, leur aptitude; de l'autre, les facilités d'emploi que peuvent offrir les différentes carrières. Il semble naturel que ceux d'entre eux qui ont été élevés à la campagne deviennent cultivateurs; cependant, il se peut que les travaux de la campagne soient pourvus déjà de tous les bras qu'ils peuvent employer, et, dans ce cas, les élèves des hospices, loin d'être un renfort utile pour les opérations agricoles,' deviendraient un embarras, créeraient une concurrence fâcheuse aux familles établies, s'ils se portaient en jgrand nombre vers ce genre.de travaux, et se verraient eux-mêmes condamnés à une condition misérable. Il; est à désirer, d'ailleurs, que les élèves des hospices ne viennent pas tous accroître nécessairement le nombre des prolétaires; qu'ils puissent concevoir l'espérance d'atteindre à la propriété, du moins à la propriété mobilière, perspective que ne peut guère leur offrir le séjour des champs, et qu'ils retrouvent dans les professions industrielles. Ce qui importe, c'est que, venant se distribuer partout où le travail est demandé, ils s'y présentent comme de bons travailleurs, et qu'ils puissent reconquérir ainsi dans la société l'existence dont leurs parens les avaient privés.
Il n'est pas nécessaire, sans doute, de faire remarquer que la destination des élèves doit varier suivant leur sexe. L'état de domesticité est préférable, pour les filles, à la profession d'ouvrières et de lingères.
SECOUDB PÂATIB» UV&B I. GHAF. IX.
ARTICLE y.
De la direction que doivent recevoir les diverses branches de V éducation, pour
les enfims élefés dans les hoqfiees.
C'est à dessein jque, portant nos regards sur Tavenir des enfans délaissés recueillis par les hospices, nous avons interverti Tordre des temps. Il convenait de reconnaître le but, pour tracer la route qui doit y conduire.
L'éducation dès enfans trouvés doit les pjréparer à porter dans une situation pauvre , dans une carrière laborieuse , le courage, la moralité, la capacité, en un mot, toutes les dispositions qui les mettront en état de triompher des obstacles, de se suffire à eux-mêmes, d'ennoblir leur position par leur caractère, d'acquérir la considération, de donner de bons exemples et d'acquitter par là leur dette envers la société. Ainsi s'accomplira la grande et salutaire pensée de les faire concourir à la régénération des mœurs populaires. Nés dans ^ une atmosphère corrompue, non-seulement ils auront été soustraits à son influence ; mais ils deviendront les instriimens du bien. Puisse l'administration publique comprendre qu'elle a ainsi à sa disposition une classe entière d'élèves, non pour en faire exclusivement des matelots ou des soldats, mais pour en faire de bons siyets, dans toutes les conditions où l'homme vit du travail de ses mains ! Qu'elle ne se borne pas i leur donner les moyens de vivre ; qu'elle les prépare sur«tout à bien vivre ! Ce vœu serait-il un vain rêve ? Non, certes : l'administration publique, si elle le Veut sérieusement, a tous les moyens de l'accomplir ?
Il y a, nous l'avouerons, beaucoup à faire encore.
Ge n'est pas, sans doute, en mettant les enfans trouvés à l'encan, comme on le pratique eu certains pays étrangers, en les livrant à celui qui s'en chargera à moins de frais , que ce
ÉDUCATION DBS EICFAITS TROUVÉS. 37^
vœu pourra être rempli ; nul moyen n'est au contraire plus propre à s'en éloigner.
Puisque nos enfans sont destinés à la pauvreté et au travail* qu'avant toutes choses ils soient élevés, de manière à accepter l'une » et à aimer l'autre.
Puisque nos enfans n'ont plus de famille, faisons-4eur retrouver des familles adoptivesy et qu'ils puissent connattre les affections domestiques.
Puisque nos enfans doivent servir d'instrument à l'amélioration des mœurs populaires, que l'éducation dévelpppe en eux le germe des vertus ; qu'ils apprennent à être satisfaits de la situation que la providence leur a marquée ici-bas; qu'ils acquièrent, par l'estime dont ils se rendront dignes, une considération personnelle, et triomphent ainsi honorablement des préventions injustes que leur origine pourrait susciter contre eux. Nous ne pouvons leur donner la fortune ; donnons^ leur des biens d'un plus haut prix.
Ici se retrouvent en présence les deux modes qui . déjà ont appelé, qui appelleront souvent nos comparaisons , et entre lesquels il faut opter: l'éducation commune, le placement dans des familles particulières.
Plusieurs écrivains ont donné la préférence au premier de ces deux systèmes. £n France, à diverses reprises, des conseils de département ont exprimé des vœux pour le voir réaliser. Cependant l'expérience, jusqu'à ce jour, lui a été peu favorable. Aussi, l'administration publique s'est-elle trouvée généralement conduite à adopter le second.
.Nqus ne reproduirons point toutes les considérations qui peuvent faire apprécier ie mérite de l'un ou de l'autre des deux modes , envisagés en eux-mêmes ; il sufQra de s'attacher à celles qui se fondent spécialement sur la destination des enfans délaissés.
D'abord, on ne saurait hésiter à reconnaître que le mode de placement chez des particuliers est le seul convenable pour les enfuis penctant qu'ils sont au berceau , pendant le
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sevrage y et jusqu'à Tàge de 12 aos. L'intérêt de leur santé le réclame. Leur réunion dans un hospice n'offrirait guère que des ittconvéniens, occasionnerait dés dépenses inutiles.
Ce qui leur importe à cet âge, c'est de trouver pour 'eux de bons'placemens, de les situer dans des lieux salubres, dans des familles sûres et estimables, où ils puissent recevoir les soins et obtenir l'affection qui leur sont si nécessaires.
On doit éviter de les agglomérer en grand nombre dans les fliémes villages; ils y formeraient une classe distincte; ils pourraient devenir une charge et un embarras pour la coïnmune.
Dans le placement des enfans trouvés à la campagne, rien n'est plus à redouter que de les voir rechercher par des paysans pour garder les bestiaux ou les animaux domestiques. C'est le plus souvent dans ce but qu'on les demande, et c'est pourquoi les placemens s'offrent plus abondamment et à de meilleures conditions dans les pays de pâturage. Il est cependant peu d'emplois qui mettent plus d'obstacles à ce que les enfans reçoivent Téducation nécessaire, et qui les rendent plus impropres à se créer par la suite une existence utile.
Le désir de leur procurer l'instruction élémentaire, de leur donner une meilleure éducation, a suggéré la pensée de les rappeler à l'hospice lorsqu'ils atteignent la septième année, et ce motif est louable. Mais les circonstances particulières à cette catégorie d'enfans ne permettent pas de leur appliquer les considérations qui pouvaient faire adopter ce mode pour les orphelins. Rassemblés dans un commun établiss^nent, les enfans trouvés et abandonnés formeraient une caste distincte; ils seraiept privés de cette dissémination qui fait perdre la trace de leur origine ; ils se verraient subitement privés de l'adoption qui jusqu'alors leur était si avantageuse/ et qui devait Tétre encore par la suite ; ils s'éloigneraient du foyer où ils avaient respiré depuis le berceau; ils diraient adieu àt()( noufriçe qui le§ avaiit allaités, à la famille où ils
ÉDUCATIOU DBS BUFANS tROVVÉS. 377
avaient reçu les premiers soins, qui s'était accoutumée à les chérir, qu'ils auraient payée par leur reconnaissance , dont ils croyaient faire partie. Deux fois, ils auraient perdu leurs parens.
Rien ne serait plus propre, d'ailleurs, à leur rappeler sans cesse leur origine que le séjour de cet hospice, où ils furent recueillis, et où chaque jour sont apportés leurs compagnons d'infortune.
' Il est un seul genre d'établissemens où les pupilles des hospices pourraient être utilement réunis en communauté, . pour recevoir l'éducation du travail avec la culture intellectuelle et morale.' Ce sont les éeolet nerafe^, formées sur le modèle d'Hofwyl, et qui seront décrites dans l'un des chapitres suivans. L'Ibospice de Genève a employé cette combinaison avec succès, en plaçant ses enfans à l'école rurale de Carra. Ces établissemens étant situés à l'écart et dans les campagnes, les pupilles des hospices ne sont pas placés sous les yeux du public; leurs regards ne rencontrent point ceux des étrangers ; la vie active qu'ils mènent les distrait des souvenirs propres à les décourager. Ils apprennent même à être satisfiiits de leur situation. Us se placent facilement et d'une manière avantageuse chez des propriétaires et des fermiers, lorsque leur noviciat est terminé. Nulle part, l'expérience le prouve, ils ne seraient élevés plus économiquement, et d'une manière plus conforme aux besoins de leur destination future.
Mais ces établissemens n'existent point encore dans les contrées qui possèdent des hospices d'enfans trouvés; ils ne peuvent d'ailleurs recevoir un grand nombre d'élèves.
U est désirable que les pupilles des hospices, arrivés à l'âge de 7 ans, continuent à habiter dans les familles où ils ont été nourris jusqu'alors. Us se confondront toujours plus avec elles ; les liens d'affection se confirmeront de plus en plus. On ne saurait croire quelle force ces liens peuvent acquérir, (i)
f 1) y«ttteur en a vu soiu ses yeux de nombreux et reuiarquabWl exemples :
^7S ' SEGOlfDS PAATIÇ. UVBB I. GHAJP..IX.
Oo ne peut trop insister, sans tloute, sur la nécessité d'une fréquentation assidue des écoles, lorsque nos pupilles sont en âge de les suivre. Mais, alors même qu'il se trouvja des écoles à portée, phis d'un obstacle vient contrarier ce vœu. D'un côté, les maîtres d'école se refusent à admettre les enfans à titre gratuit. D'un autre côté, les pères nourriciers, ordinaire* ment pris dans la classe pauvre, ne sont pas en état de payer les mois d'école ^t de faire les autres frais. Les communes ne sont point tenues de se charger de la dépense pour des enfans qui leur sont étrangers et dont la présence seule leur parait sou« vent une charge. D'ailleurs, alors même que les enfans seraient admis gratuitement à l'école, un grand nombre de parens nour< riciers répugnent à les faire jouir de cette faveur. Ils préfèrent tirer parti de leurs services, les emplc^eraui^ travaux domestiques ou dans les cbanu)s. Heureux ces pauvres enfans lorsqu'ils ne sont pas condamnés aux occupations les plus viles, les plus propres à les hébéter (1), lorsqu'on ne les envoie pas mendier sur la voie publique! Aussi, pendant long-teBq[)Si eu France, la plupart des pupilles des hospices ne fréquentaient nullement les écoles. Depuis quelques années, les adminis-' tratipns hospitalières ont fait dé grands efforts pour obtenir que tous y fussent reçus; elles ont tenté près de la haute ad* ministratioQ publique des démarcbea pressantes et réitérées* Toutefois, elles n'ont pu obtenir encore que des succès très incomplets, tant sont puissantes les dii&cultés dont il faut triompher, ^
Cependant une autre instruction est nécessaire aussi au^ ^ élèves. Pupilles de la bienfaisance publique! quels que soient
il a vu des enfans déplacés s'échapper et reTenir à de grandes distancts, retrouver leur ancienne femille adoptive. Souvent , lorsqu'il visitait les en£ains placés daus les villages, ces pauvres petites créatures s'enfuyaient ou se cachaient à son approche , craignant qu'il ne vint pour les emmener; elles fat- •aient éclater Imir Joie , lorsqu'eUes étaienl rassurée*»
(1) Un grand nombre sont occupés à garder tout le j.oiir les cochons , les dindons, les oies.
SDUCATIOU DBS BN9AVS TEOPViS. S79
les malheurs qui ont pesé sur tous ^ès le berceau^ consolez» tous! Elle vient à vous cette céleste messagère, qui répare tontes les infortunes, qui efface toutes les humiliations, qui imprime sur le front de la créature humaine un sceau sacré : vous recevez une nouvelle et plus haute adoption : la société chrétienne vous ouvre ses rangs! Oh! que votre éduca* tion religieuse obtienne 4'aùtant plus de soins, que vous avez besoin, de plus de courage! que les ministres de l'église s'occupent de vous avec le plus tendre intérêt! qu'ils noient aidés dans leurs efforts pour vous instruire! recueillez, conservez les fruits de cette époque solennelle, et vous triom^ pherez plus aisément des rigueurs de- la destinée !
Ce n'est pas assez d'envoyer nos pupilles à l'école; il serait besoin qu'ils fussent encore spécialement recommandés aux instituteurs et aux institutrices, que les maîtres fussent intéressés de quelque manière à les protéger, à leur donner des soins;. car, leur condition les expose à être négligés. Des encouragemens et des récompenses devraient être périodiquement accordés aux pupilles qui se conduisent le mieux et qui font le plus de progrès, ainsi qu'aux parens nourriciers qui secondent avec le plu& de zèle les efforts faiu pour leur procurer une bonne éducation, (1)
Les voici arrivés à 12 ans. A cet âge, on a coutume de faire un contrat avec des particuliers, qui s'en chargent gratutte^ ment, sous la condition que le travail des pupilles sériai engagé à leurs mattres pour un nombre d'années déterminé (3). Cette règle a l'inconvénient de toutes celles qui sont trop ab-
(1) L'administration des ho^ioes de Paris a commencé, depuis quelques années, à &ire à ses pupilles des distributions de bons livres; elle a été aidée dans ce but par des personnes généreuses.
Elle a aussi institué des ençouragemens et des récompenses » pour les pareni noiurriciers et pour les pupilles.
Mais le manque de fonds n*a pas permis encore d'exécoter ces anélioralioiw sur une assez grande échelle,
^2) Cette règle est prescrite, en France, par le Décret du til^ jaavkr tSIl**
580 SBCOHDB PAETIB. LITBB I. €HAP. IX.
solaes; il est des enfans qui pourraient commencer leur apprentissage plus tôt.; d'autres, pour lesquels il conviendraû d'attendre plus tard.
Nous devons l'avouer avec douleur : trop souvent les administrations hospitalières croient avoir accompli leur mission, lorsque cç contrat est conclu.Elles paraissent croire que les pupilles n'ont plus besoin de leur appui. Gomm^ il n'y à plus de paiemens à faire, de pièces à exiger, de formalités à remplir, on n'a pas occasion de s'occupet* de ces jeunes gens; on ne s'informe plus de ce qu'ils deviennent (1). Cependant, cette époque de la vie est celle qui exerce l'influence la plus décisive sur le développement du caractère, celle où l'éducation acquiert le plus d'importance. Il ne suffit pas de choisir, pour le pupille, l'apprentissage le pfus convenable, un maître qui soit capable de s'attacher à lui et dont la moralité soit éprouvée, en un mot une situation qui offre toutes les garanties. Les regards de l'administration devront continuer à se diriger sur lui av^ une sollicitude éclairée. On devra s'assurer qu'il ne reçoit que de bons conseils et de bons exemples; qu'il sait comprendre les uns et imiter les autres. Qu'au besoin il trouve encore un appui; qu'il soit préservé des dangers, soutenu dans la bonne voie ; que ses écarts soient réprimés. Puisse un bon choix de livres de lecture être mis à sa diq[>ositiQn ! que de salutaires instructions lui soient données (i) ! Qp'on favorise son établissement définitif; qu'à cet effet une petite somme quMI pourra accroître par ses épargnes, soit mise en réserve, pour le jour où il pourra acqué-
(1) Pair une inftniction récente^ de 1837, le ministre de Tintérieiir a éreiOé rattention dei adminîstratioiu locales, sur Totibli où sont laissés les pupilles des hospices , après Tâge de douze ans. L'administration des hospices de Paris a soorent excité, k Yégtrd des siens, la surveillance des préposés.
(2) L'administration des hospices de Paris réunit une fois par an, ceux de ses pupilles adultes qui, placés dans la capitale, donnent' le plnsde satialÎM^ion; en présence de leurs maîtres , elle leur distribue quelques récompenses y leur adresse des éloges et des conaeib patemeb.
SURVBILLAirCB BT TUTILIB 1>BS BKFAKS TBOUVÉS. 881
rir son indépendance ! grâces soient rendoes aux généreux fondateurs, qui ont institué des dots modestes pour seconder rétablissement des jeunes filles, et des pensions d*apprentis* sage pour les jeunes garçons! Ils ont contribué à mettre les unes à l'abri de la séduction , à procurer aux jeunes garçons des professions plus lucratives. (1)
Nous voudrions inéme que cette protection et ce secours fiiflsent encore continués aux anciens élèves des hospices, pendant le cours entier de leur vie, du moins dans les circonstances où ils leur deviendraient utiles ; il s'en présentera plus d'une et, il en pourra survenir de graves.
Les cQfans que des ii^firmités ont fait ramener à l'hospice doivent y trouver tous les moyens d'instruction et d'éducation auxquels leur santé permet de les faire participer. L'admi* nlstration ne sera point arrêtée ici par de faussés vues d'éco-- Domie; car elle potirra donner ce secours à peu de frais; elle peut atteindre dans cette assistance le plus haut degré de perfection' relative. Les pupilles, qui, devenus incurables, sont condamnés au séjour de l'hospice j^our la vie entière, y recueiUerûnt^ncore de bonnes influeiices morales, y seront occupé&LdeJa manière que pourra comporter leur situation , y seront consolés dans leur malheur et pourront, encoraéire iitiîes. ^
ARTICLE VI
De la swveiiianee et de la tuielU,
On le voit : toutes les mesures, qui viennent d'être indl«quées pour protéger, dès le berceau, les enfaos délaissés et
(1) En février 1836, l'auteur de cet ouvrage reçut, des mains d*uiM perioiiiie qui a iroulu rester inconnue, la somme de 21,700 francs qui» placée
S82 SIGOin»B PAETIB. tlTftK i; CBAP. IX.
recueillis par les hospices, exigent, pour qu'on puisse espérer quelque succès, une surveillance assidue, éclairée, pleine de zèle. L'éloignement des lieux où les^enfans sont placés, leur dissémination rendent cette surveillance plus nécessaire en*^ core et plus difficile.
* Il faut veiller, dès le premier &ge^ à ce qu'il ne s'opère pas, sans Taveu de Tadministration, un changement de nourrice, à ce qu'il n'y ait pas de substitution d'enfans, à ce qu'au lieu d'un enfant décédé, la famille où [il était placé, ne produise un des siens pour continuer à recevoir la pension. Il faut veiller sur la santé du pupille; lui procurer en cas de malatdie, les secours des gens de l'art et les médicamens; il faut veiller à la conservation de ses effets et pourvoir^ à leur re^ nouvellement; il, faut veiller à ce qu'il soit bien traité, bien soigné, à ce qu'il soit tenu proprement, conditions difficiles quelquefois à obtenir de nourrices pauvres. C'est peu encore; il faut, à âiesûre qu'il avance en âge, s'assurer qu'il fréquente l'écble, qu'il s'y instruit; qu'il remplit ses devoirs; il faut qu'à l'époque convenable il soit admisàrinitiation religieuse; qu'il en recueille les fruits; il faut, jusqu'à sa majorité, le visiter auprès du mattre auqfuel il a été attaché, et maintenir U la fidèle exécution des engagemens contractés.
En France, divers moyens sont adoptés pour exercer cette surveillance. Lorsque les enfans sont placés dans le même département, l'autorité recourt à l'intervention des maires des communes respectives. Quelquefois, dès inspecteurs ambulans sont chargés d'aller, dé temps en temps, visiter les enfans. L'hospice de Lyon a confié cette surveillance aux firères des écoles chrétiennes établis dans les communes du placement. L'hospice de Paris a établi pour ce service des préposés
étï rentes sur l'état, est destinée à feire les frais d'apprentissage^ pour un tain nombre d'en&ns délaissés qui annonceraient de bonnes dispositions, et auxquels on procurera certaines proifessions industrielles ; les enfans pourront être formés à devenir instituteurs : on a eu déjà roccasion de fiiire à quel* <)ltes*un$ cette appUcatiott du bienfait.
SUEVEILLAKCB BT TUTBILE DIES ËlTTAirS TAOpmBS. S82
spéciaux, rétribués en raison du. nombre des enfans placés sous leur inspection; elle a assigné à chacun d'eux pour re^* sort un arrondissement de sous-préfecture; elle leur enjoint de parcourir périodiquement les communes où les enfans sont disséminés; elle exige d'eux des rapports circonstanciés, rédigés sur des modèles donnés qui indiquent les questions auxquelles il doit être satisfait. (1) Au reste, que les administrateurs de Thospice, quels que
(1) Yoici le modèle des feuilles de YÛite adopté par cette admliustratioQ :
Soua>pré&cture de
Inspection de
L'élèTe dénomtné d-cdntre est placé chez Femme Profession d Commune d Canton d
18 (N« du Collier t Nom de r£lèYe :
Prénoms :
Dit:
Date de la^ naissance :
Date de Penvoi en nourrice :
l^* L*élè?e a-t»il fait sa première communion ?
7P Suil-il ses deyoirs religieux?
30 Quel est son caractère?
4** Pandt-41 henrma?
6° Le maître lui parait-il bien attaché?
60 Quel état apprènd-.il?'
7^ Ii*apprend-ii avec succès?,
S^ Desire-t-il en changer ?
0<> Apprend-il à lire, ou sait-il
lire?
10^ Apprend-il à écrire, ou sait-il
écrire ?
11** Ses vétemeiii sont-ils proprts
et bons?
12® £q a-t-il pour changer? .
Certifié véritabîfi par le Préjposé
130 L^élèTC paraît-il d*une boime
constitution? ' 140 Est-il vacciné?
16° S'il a une infirmité, queUe est-
cBe?
16* Est-elle iocurtbler W Nuit-elle à son plaoemtnt?
18'' faut-il le rappeler à Thof-
pice?
10* S'il est attaqué d'une nalaiie
aiguë, quelle est-elle?
20** Quelle en est la cause apparente?
Obserpàtions du 9Mfe di téike.