ALLEMAGNE ET SUISSE
en d'autres contrées et même à Paris. Depuis 12 ans, ii arrache à la démoralisation. et à la' misère un nombre notable d'enf;ins des deux sexes, les élève dans la piété, Tamour du travail, des habitudes régulières et modestes. Il a adopté un genre d'annexé qui a élé imitée à Hambourg. Elle consiste en un certain nombre de jeunes compagnons bénévoles, mais animés d'un esprit de piété et de charité, qui veulent s'exer* cer dans la pratique de Tagriculture, ou de quelque professions industrielles, et qui se dévouent pour servir d'auxl liaires au chef de l'établissement, de répétiteurs de Tinstruction, de guides aux élèves.
Indépendamment de l2imaùon des enfans pauvres, dirigée à SchafTouse par la direction charitahle, une société de souscripteurs a fondé, dans un village sur la rive droite du Rhin, un établissement pour les jeunes Ferwahrlostey d'après les mêmes principes que celui de Beuggen. Une association iaor dée, en 1826, à Zurich, sous la présidence du célèbre publiciste Uisteri, avec le génàreux dessein de prendre soin des Heimaihloseny a été secondée par des souscriptions envoyées de plusieurs autres cantons de la Suisse. Il y a cela de remarquable dans le plan qu'elle a adopté, qu'elle confie les enfans à des particuliers choisis qui les élèvent dans leurs propres familles, sans que la jsociété cesse d'exercer sur ces enfans une active surveillance; elle les répartit, à cet effet, entre ses membres qui conservent sur eux un patronage tutélaire; l'expérience lui a prouvé que de funestes habitudes, antérieurement contractées, pouvaient céder, chez ces enfans, aux influences d'une éducation chrétienne.
Parmi les autres établissemens de ce genre que renferme la Suisse, il en est un qui excite uh intérêt particulier, lorsque l'on considère les moyens qui ont sujQS à le créer et à le maintenir^ et lés résultats qu'il produit (1). Formé auLocle,
(1) n est dû à Vi}^ Calame, qui Ta érigé en 1814, assistée par quelques dames bien&isantes^ et qui s*est dévouée pour en prendre la direction géné-
caWton dé NéùcMifef, datfià le Jura, fl reçoit âeÉ enfens désT dféux sexes, séparés éù deux divisions, et formant ensembfef ùii nombre d'environ 200. Il les reçoit à tout âge, ëan^ dtstinc(îon de nation, ou.de culte. La plupart sontàdmî^ gràtùîtement ; fes autres acquittent une pension graduée, dfé ffffffr. été 2*40', ou d€ 288, selon lés fatuités desfamîlletf. Aux étndei élém^taîrés, se joignent l'enseignement déf lar g^ogràj^Aïe, rfu dessiii, de rhîscoii*e ancienne et mbderne, dé' fAîstoîre naturelle, d^ l'a mytbolôgîe. Les garçons apprennent même fe latin. Léà filles sont exercées à la musique vocale. Cependant, rinsiruction est sagement graduée, suivant W dtesfinatfotf ultéi^ieure des élèves. L'instruction religieuse est snVtotrt Fôftjet desseins Tes plus âssîdnS; elïe a' cela de remarquable qtfelfe n^est pas con^dérée comme formant une éludé i part, bornéfe î quelques heures de la semaîne oir du jour 5' iadls <ïù*élïé est en quelque sortie de tous les momems-^ qtl'éîte ^é' mêlé à l'enseignement entier, aux lectures, anx pl^cTnteffiàdféSmêmtes, et âûx repas; en un mot, qu'elle constittfé fa" vîe même de^ l'institut, tit resté, des ateliers y ^ont joint* pour îes enfant des deux sexes ; fes élèves se placent enstiité avantageusement. La plupan dés filles embrassent là fonction de gouvernantes d*enfans, et trouvent à s'employer dans toutéT rÊûrôpé. Là directrice continue de correspondre aVéc letf âttôiéùïiéfs élevés, après qù'eïles iSont placées an-dehors, (l)
.Angleterre.
fiï Angfélterr^, tes olftérérs puBliicsr chargés; datas^ fes p3^* f&feSBS dé Padtainistration des secours*, placent à Faidé iè^ét
raie. U porte-le nom des Billodes. Une aveugle, M^^<* Courvoisier, instruit les petitsp-enfaos;. M. BanleU donne l'instruction aux garçons.
La mortalité n*a été que de 10 ënfans en 13 ans.
(1) li'ftuteur a recueilli ces détails de témoins oculaires. On peut consulter
AiTGBBnmsi. AH
tMe des pauvfes, dans tes maisons de ipavail, où 'ils^ont censés recevoir une éducatioi>>convenab1e,'lesenfans qui ap*- <partiennent aux catégories qui nous occupent en ce'Uionient. mais, quoiqu'ils'trouyent'dans'cesniâisoDS des écoles et des ateliers, ces infortunés n-y obtiennent jms toujours' de sagas directions; ils n'y sont souniis à aucune discipline propre/à tes améliorer; souvent même 'ils^n^y reçoivent ni/de*boiiB exemples, ni d'utiles influences. Dans'le rapport récemment publié par les commissaires que le gouvernement a^alt Y^hargé de Tinf ormation- relative aux* lois* sur ^ lés pauvre, nonsiisons que ce lorsque dans<ces maisons il n'y a-pas-xie ce classifications établies, lopsqueies enfaus ne sont-pas s^pa- Kcrés, ils contractent ies mauvaises habitudes des adulées w avec lesquels ils Se trouvent réunis, et que,'la plupart du '<t* temps, ils se dépravent. Cest ce qui arrive spécialement « aux jeunes' filles. Comme on est obligé dé recevoir dans-ces ^«maisons des prostituées, celles-ci ecigagentles^ jeunes perce* sonnes de leur sexe, avec lesquelles eUesse sent^miseS'-en ^arèlation, à abandonner l'établissement et^à s-assoçier^ • «(? leurs propres débqrdemens. ^
'il y a, sans doute, des maisons de travail iftieux eiffMisëes,
'inieux dirigées; il en est même dont le régime- et salutaii^.
'li'oatefois , dans le i^vls graofd nombre de ceUes <iQûsont eau-
"sidéf aMes, les enfans et lesatdolescens, >d'aprèi)le lémoîgBime
-^es niémes commissaires, ce- restent piengés^ans ia faÎBëM*
<c tise,' le vice et l'ignoranoe. »
Le bien-être même que les* enfans goûtent >dao& oestmai-
"Sons devient pour eux un attrait, et leur eur fait arabitienner
" m le séjour. Dans une seule' des ^màd^ons^* travail deiLan-
' (cdres, celle de 5a«^^i^n<y'a^^^HIiii renfermeiun.jsiWîer
m d'individus. On compte 300 enfans;> lorsqti'on rëiMàit.^(ia9r
ce trouver desplaees'^^ih ies abandonnent,' ou^se conduisent mal
la notice qu^il a publiée sur cet institut^ dans Ito Bulletin 4e la Société des étO" Mstêmeàs chark4diUs,x'V% n° 3, p. 300.
AâO SECONDE PAETIB. LIVRE I. CHA^. X.
<c pour s*en faire chasser, afin de rentrer dans l'établissement <c où ils mènent une vie plus agréable et moins fatigante. -» (1) . A défaut d'établissemens publics, Tappui des associations charitables ne pouvait manquer, en Angleterre, aux enfans et aux adolescens que menace la contagion de la dépravation morale. Ici encore, 1q zèle religieux a servi d'inspiration à la bienfaisance. Indépendamment des écoles gratuites, où les enfans des pauvres reçoivent l'instruction religieuse, intellectuelle, industrielle, et souvent même des vétemens et d'autres assistances, mais, où Jls. àont admis seulement comme externes, écoles dont nous traiterons dans le chapitre suivant, il en est un grand nombre qui leur offrent en même temps un asile, et tous les bienfaits d'une bonne éducation. Pour nous borner ici à la ville de Londres, nous signalerons l'ancienne maison de travail fondée, en 16/i9, avec une autre destination. Elle fut d'abord réservée aux enfans de pauvres inarguilliers de différentes paroisses. Plus tard, elle fut partagée en deux divisions, dont l'une était affectée aux vagabonds, filous et gens de cette sorte ; l'autre, aux enfans pauvres qui n'avaient pas à se féliciter d'un tel voisinage. Aujourd'hui, elle renferme des enfans placés par les bienfaiteurs de l'établissement. Ils sont pris parmi les enfans dont les parens, sans être inscrits aux secours publics, sont hors d'état d'élever ^evur nombreuse famille ; parmi les enfans des matelots, des soldats qui ont perdu la .vie siir les vaisseaux de l'état ou sous les drapeaux, ou que leur service empêche de prendre soin de leurs familles; parmi les enfans envoyés, comme vagabonds, par. les magistrats; enfiji,^ parmi lés mauvais garnemens qui errent dans les rues, livrés à l'oisiveté, petits filous qfui dérobent de petits objets et s'apprêtent à devenir des voleurs et des brigands.
Les élèves reçoivent une instruction religieuse très soignée, suivant le rite anglican ; on le^ occupé à filer de la laine, du
(1) Report frgm ihe tommluionêfs for the poor laws 18S4| p. 61 et 58.
ANGLETEBBS. 421
lin, de la soie, ou à tricoter. Ils appi^nnent la lecture, l'écri-* ture, le calcul: Quand ils sont en état de sortir et de gaignev •honnêtement leur vie, ils reçoivent, en partant, un trousseau on 20 shillings.
Chaque bienfaiteur, moyennant un don de 50 liv. st. au moins, acquiert le droit de placer un enfant dans la maison. Une fondation particulière en faveur des enfans de bourgeois permet de leur accorder davantage à la sortie.
Les garçons sont mis en apprentissage pu engagés dans la marine. Les filles sont mises en service.
La société' pour V éducation des enfans des prisonniers pour dettes a été fondée en 1796, et pendant les dix premières années seulement , elle en avait élevé Jl&OO.
Trois sociétés philantropiques prennent soin des enfans des condamnés (1). Il en est une, instituée en 1788, qui recueille en particulier lesenfans des déportés; elle en soigne environ 200.
La société de la marine adopte les enfans pauvres, qui manquent d'occupation et de moyens de subsistance, les nourit, les habille, leur fait donner à ses frais une éducation soignée, et les fait entrer ensuite dans la marine royale ou dans la marine marchande. Elle consacre à cet obje\ une somme d'environ 2300 livres sterling. Formée en 1756, eUe avait déjà, 66 ans après, placé de cette manière 33,071 enfans, et équipé 72,531 hommes et enfans. Elle a reçu les rapports les plus favorables sur la conduite qu'ont tenue ses élèves, de puis leur admission au service.
La maison de retraite Calédonienne^ érigée en 1815, entretient et élève les enfans de soldats^ matelots et marins, nés en Ecosse, ou d'Écossais indigens qui résident à Londres. La société des anciens Bretons rend, depuis 171 &, le même service aux enfans pauvres nés de parens gallois (2). D'autres sociétés sont instituées en faveur des enfans irlandais.
Plusieurs associations s'occupent spécialement d*assister
(1) Philantropic socîety for the ecUication of the ehildren o/eonvicts^
(2) Elle emploie environ 3000 li vr. sterling à l'éducation de 120 à 130 enfans.
U% sECOHBi vÂMom* uma i. ghap. x.
des» mariasy, dès mUitaîres^, ou dfi&petfsoBneB eiussqgaA cep* tpraes" prdCéssiûiid déHermiiiées .'
Les» enfiMw qpii Mendient dâna les ruesr de Londjce» sont, recueillis par la socie'té formée, en 1818, pour la su^pressioa de la meiidicitë. ^
Les enfens iladi^âiSy qatoi^MS non opphelins^ sôoI adaû& #ailieHrs> daoe placeurs atttires* ëtablissemeas epéé&etmsûii-* tenus -par des soieîétéa^ de seiiseYipteiirs>. coauae' Ç^'aoU d$ pimMf^mrhê wrpkiâim, ete.
La situation des enfans pauvres, privés de protection,, et livrés a eux-mêmes^ excita de bonne heure, en France, la sollicitude de la charité religieuse. Ils furent assimilés aux orphelins, dans les établissemens formés par Tordre hospita-^ , lier du Saint-Esprit. Des lettres patentes de mars 1362, confirmatives d'une ordonnance de l'évêque de Paris, approuvent la confrérie qui s^était formée à cet effet au sein de la capitale. On y lit a qu'une foule d'enfans et d'adolescens tt des deux sexes, erraient dans les rues, et, le plus souvent (c sans asile, passaient la nuit sur la voie publique, parlicu- (c lièrement depuis Tannée 1360 ; qu'une partie périssait de <ic faim' et de froid \ que Tautre, ^et les jeunes filles surtout, ce étaient exposées à toutes sortes de désordres capables de tt dépraver leurs mœurs; que la confrérie nouvellement érice gée, a recueilli ces infortunés dans une maison où elle en a a rassemblé jusqu'à 3, k ou 500, les y nourrit, leur a procuré ce Tinstruclion, les place en service ou dans de§ métiers (1) ». I^ même assimilation eut lieu à Tégard des enfans rouges, dont la fondation fut confirmée en 1536 par François P'. Des quêtes furent autorisées en faveur de ces asiles.
Plus tard, les enfans mendiant et divaguant dans les rues se
il) ITèy. auMi ki art. ig, U» M, 24 du réfitenuait du 27 avril 1766.
iTAuyèrejiiU «.oui^iç dans J'organisation jdeis b(^ltàwf.g/éf^aif^ f^éé$ pour l'eiaiAQtion de la mendicité } ojx yolt p^ las $^r 4^, du 26 aoAt ^6i2, que^ daus les Jbiospices ,d^ ^a^pre^mr . fyrpié», il y av^t une maison séparée ppur Jlés femmes^ fil^^ iBt enlans ^ xjiue J,es fc^^nes, ftlle$ ,et ewfajis y jéitaient .pçcj^p,^ % %&f^ ^re des ba^ d'cistame, (c boutons et autres Ojt^vraj^e^ dQM il c'y ia métier juré «i on vx)it dans le règlement poijfr Tliôp^t^J générial ^ Paris, lequel ^ervlt de modèle pour ]tQu$ Ae9X dJ!^ royaume, que les enfans qui y étaient enfermés, portajleqyt Jlç t^irje ienfam dp V hôpital générais <}^% £.taieiU; yjètfis de robes et de bonnets gris, ejt qjji'ils pprt^xM; sur lew*^ roihej ^e parque générale et m^ chiffre p^ticuJjLer ; ils étfti^^ ^ciQoduJts p^ un préiUre aux ie^terren^ens, et periceyaient ;pie petite ré,tribution pour ce ;^rvice^ À Tâge de lÇ,aA$^ W Xjler§ d¥ produit deleiirtrava.il leur était réservé. Du r^e^, o^ cbercjifyp en vain dans ce$ ^t<atjai$ et réglemens qij^lqy^s djsposjxi/^fl^ j^elatives à leur /éducation. Oq sajjt cep^^^di?^ .e# .F^ <pii'ilf fe- ^vaient, dans les établiss^mcns, rin^i^v^o^ jéjéMd^nj^ijye
La loi du 28 jiiip i793 pro^iejU^jf àm «ecow^ r^i9lien «4if enfans ^ppartenani aui: faiiiillei^ i^djg^fties. Quiconquis» .y|ryant du produit de son travail, avait d^à dejn^ ^fw» ed hSMs âge j pouvait réclamer les secoures publics pour le v^çàsi^xsi» % ^es secours étaient donnés à domicile ei vmm du^ parew eux-mêmes ; mais, si ces parens n'avaient pas de A&aàssAs^^ ou si leurs parens, leurs amis ou des étrangers ne veubiiaat pas les recueillir, ils devaient être reçus dans les fcofiptoe^. A dater de cette époque, les enfans vagabonds, nnrélés par la .iMriice, furent réunis aux enfans abandonaés, pomme il^ le fionc encore aujourd'hui^ recueillis d^ les hospiÊee d'enfang trouvés, ils y reçurent le même genre de soins.
Les enfans des détenus, ceux des malades traités dans les bôpic^ux sont généralement admis, mais à tiité de dépôt ^ulemént, dans les mêmes hospices, où ils sont soignes jus^ 0^'k CQ que leurs parens soient guéris ou rendus à la liberté.
Ces mesures, comme gp le voit dé^à, très imp?rf?iites par
U2k 8BGONDB PÀ&TIE. UVaE I. CHAP. X.
elles-mêmes, ne concernent qu*ane seule des diverses catégories des enfans auxquels sont destinés les établissemens préservatifs; elles ne viennent point au secours de ceux que la négligence, la misère, les d^ordres^de leurs parens, exr posent à se perdre. La destinée de cette classe si intéressante d'orphelins moraux a du moins excité, en France, la sollicitude des associations charitables, et, dans ces derniers temps, elle a obtenu, de plusieurs associations spéciales, la protection la plus salutaire.
 leur tête se p^ce, dans la capitale, Finstitution, fondée par la vénérable madame de Eercado, dont la modestie égar lait le zèle. Elle prend soin de^ filles délaissées, comme des orphelines de mère; elle les met à Tabri des dangers que leur situation repd plus graves encore dans une grande ville: elle les fait jouir d'une éducation morale et religieuse, en même temps <iu'elle les forme aux travaux de leur sexe. (1)
Parmi les établissemens qui ont, à Paris, un but analogue, on doit signaler celui qui a été fondé à Paris, par M. Desgenettes, ancien curé des missions étrangères, sous le nom de Maùon de la Providence, et qui «réunit environ 25 jeunes filles, pour la modique dépense de l&l fr. par tête et par an; l'établissement de Saint-Loui^, rue Saint-Lazare;4a maison de Saint-Vincent de Paule; celles de la paroisse et du passage Saint-Roch. Presque toutes les maisons de secours de Paris recjaeillent de 12 à 40 jeunes filles, à l'entretien desquelles il est pourvu par des dons privés.
I^'as^ociation de SainterAnne, fondée, en 1825, environne ausçidesà protection et de sa surveillance des jeunes per-. sonnes auxquelles manque ce double appui; mais elle les place dans des maisons particulières, chez des ouvrières honnétes. En 1833 , elle en avait placé de la sorte &60, dont 177 déjà gagaaient leur vie par leur travail. La dépense répartie entre elles revenait, pour chacune, à une moyenne de 196 fr., sur toute la durée de l'apprentissage : la dépense an^iuelle de
. (1) £Ue est eu ce moment dirigée par M"** la comtessede SaisMvaU
VEA5GB. 425
, chacune d'elles, pour un apprentissage qui dure trois ans, est ainsi de 65 fr. 35 c. seulement. (1)
L'une des institutions les plus touchantes elles plus aimables qui aient été fondées dans le même but , est celle des jeunes économes. Elle est née à Lyon ^ il y a environ vingt ans ; elle compta bientôt pour associées presque toutes lès jeunes demoiselles de la ville, qui mirent en communie tribut de petites cotisations mensuelles, qu'elles appliquèrent à l'éducation de jeunes familles pauvres, qui se partagèrent le soin de les placer dans des familles estimables, de pourvoir à leur instruction, à leurs besoins, en les surveillant et en les encourageant. Paris n'a pas tardé à voir naître une association semblable, composée aujourd'hui d'environ ftOOO demoiselles, qui donnent cette assistance à 235 jeunes filles, de 8 ans à 18 (2). Heureux et doux patronage, qui, dès le premier âge, fait jouir les jeunes filles malheureuses de l'affection de celles qui ont été mieux partagées des dons de la fortune, et, ce qui est plus utile encore, de celles qu'une bonne éducation met en état de leur offrir des conseils et des exemples; qui , en même temps introduit les jeunes bienfaitrices au noviciat de la charité , leur fait goûter les exquises jouissances attachées à cette mission, les instruit et les améliore par son exercice, et par le spectacle de l'infortune !
Ces institutions ont dfli naturellement prendre plus d'extension en faveur des filles. Cependant elles n'ont point manqué aux jeunes garçons. C'est ainsi que les jeunes garçons indigens, ou dont leurs familles ne pourraient prendre soin^ trouvent dans la capitale des asiles à Saint-Nicolas, aux écoles du faubourg Saint-Martin, moyennant une modique pension, qui est acquittée ordinairement par les bienfaiteurs. (5)
{Vf Yoyez le Bulletin de ta Société des étabUssemens charUables, U ii<j n^ 1, p. 269.
^ (2) La dépense moyonne pour chacune est d'enTÎron 200 fr. par an, sans compter les lits et trousseaux.
(3) Plusieurs 4e ces établissemens sont aussi ouverts aux orphelins, et poiir
||§ 8EG01CDE FAJLTII(. UVILE I. CflAP< X.
à la campagne; là elle leur prQçure VinstrwUoû j elja lej^jr ^S^Uf ç un émx.
Il egt, en' Fr^mce, une clause de jeunes ga^ç.o^s qui, We» qu'exerçant: uue profe^sio» utile, a besoin d'une proteçtipu spéciale. Ce pont, ceux qui, sou§ le nom de jeim^jnivoyard^ (J), §ont ^mené§ dans nos griantjes villes par une forte d'eutrepreueurSj qui exploiteur leur faible travail pendant rbiver, spécialement pour le ramonage des cheminéeç^ et pour d'autres offices peu productifs, et qui les laissent d'aillçur§ preçgue toujours dans le plus complet abandon, surtout rel^tiviemeut aux premiers de 'tous les besoins, ceux de Tin-r çtr^çtiop et de la sauté. V^ ecclésiastique dont la mémoire e$|: justemeut vénérée, l'abbé' de Fénélou (?), se dévoua pour eux. L'institutiou qu'il a fondée, et qui a trouvé dans M. l'abbé PuPU^h un digne histqrien (3), répand journeUeniieut à Pi^ris se§ bienfaits sur plus 4^ 700 jeunçs savoyards^ leur f^it euseigner à lire, ^ écrire,. à compter, à travailler. Pu çertaiu ugmbre d'eutre eux est logé, d'autres sont yêtus, dup^iu est distribué à presque tous, aux frais de l'inr sUmtiQu.
]Le§ établisçeiuens de préservation et d'assistance pour les orphelins moraux des deux sexes se sont multipliés, dans 1^ pluppr^ de nos villes, ^ Taîde d'associations charitables. Le p]us gr^pd uouibre porte le titre de Providences. Dans la §eule ville 4^ Lyon, par exemple, <?n compte, savoir : • jl** Pour le^ jeunes tilles,
1» Bi«tifiu>HS «H avens (aie déjà meption dans Iê cbapitce lUdu présent Li^e«
{1) On Terra plB3 tard Ique pe iiQfn est impropreo^Bt d^nné à la plupAii^ d'entre eux; on ferra aussi quelle est l'odieuse industrie qui les amène dans Içs rues de nos grandes Yilles.
(2) Il a péri sur Téchafaud révolutionnaire ; les supplications et lès lariçes jQjl ses jeunes pro1.é|;és n'ont pu l'y soustraire.
Il a trouvé plus tard nn successeur dans l'abbé Legrîs-puval.
.(^) M* Xs^i^ Pup.uc^ ^ éubli et dirigé une ^ivre send^labU à Kç^d^f^ux*
Ta ?rQvidence de. la rue SfUa^ pour. . . •. . \00 ieuo^^ fijlçs.^ Celte de Saint-Bruno^ pour ......... 60
Celle du Sacré-Cœur, h Fourvières, pour . • 80 Celle du Chemio neuf» pow^ 30
• ^ . roxAh^ . -..^aiio ^
3^ Pou? les Î6IIMS g^tfçcms^
edie des Pî^ia-Secoars, à h moatée de ta Batte» peur 40 jtettiM gainons*
ÇdUni des Jeuaes-ttonjwea, rue LouTel» pour. . . . , . 40i
QeUe, de' SaJnWo^^pha à.ta Croi]5-Ro,u§.e^ pour , . > . ^QOi
Total . . ^ • . IStt ...
Quelques associatkwa de ehaphé ^lèYênt aussi ui^ cçviani sombre d^ieiifens, daHs la méfiie TiRe; celle de fôint Ni2ier par exemi^, élève 50 à 60 jeunes filles.
Ou évalue la dépense annuelle à environ 160 à MO francs par élève, déduction faite àes produits du travail.
A Grenoble, Vœuwe âe la Promdence élève jusqu^à' 600 enfans ; elle a été fondée par des souscriptions ; elle reçoit aussi une subvention de la caisse municipale. La société des jeunes Monôme» de la même ville distribue, chaque année, 300 vétemens cooiplets à celles de ses élèves qui sont les plus nécessiteuses^ et leur fournit de la sdupe, pendant les six mots d'hiver. L'œuvre de SainÊ-Joseph assiste , en même temps que les orphelins, les jeunes garçons pauvres qui ont besoiB d'appui, les met en apprentissage, les maintient dans de bons sentimens et de'^louables habitudes.
Les limites qui nous sont imposées nous contraignent i ne citer ici que ee.petit nombre d'exemples(. Nous regrettons d^autanti^us de ne pouvoir les étendre, que nous trouverions des institutions semblables dans la plupart de nos cités, et que, dignes d'éloges, elles sont cependant presque inoonniies*
MTICX.E m.
Utilité des institufions préservatrices pour les en/ans en péril,
lufis institutions préservatrices en faveur des enfans tfems^ndaient quelques détails et une attention spéciale , p^rpç qçe
ft28 SSGOimS PABTIS. LITAS I. CHAP. X.
leur histoire n*a point encore été écrite , parce qu^elles sont peu connues, surtout en France , parce qu'elles sont souvent confondues avec d'autres, . parce que la plupart ont une origine récente, mais surtout, à raison de leur haute utilité. Cette utilité a été parfaitement appréciée par la société de bienfoisance du Wurtemberg, dont on aime à invoquer le témoignage, parce que, dans aucune réunion, on ne rencontre à-la-fois plusse lumières, d'expérience et de zèle. Persuadée que la bienfaisance qui prévient la misère est la plus salutaire; que le moyen préventif le plus efficace est d'améliorer les mœurs dans les classes pauvres , ses regards se sont dirigés spécialement sur l'enfance, afin de porter cette amélioration abx sources mêmes. Elle a vu naître, dès le jeune ^e , chez des enfans négligés par leurs parens , des jhabittides funestes, qui se développant de plus en plus, en font une pépinière d'indigens vicieux et incurables, et souvent de malfaiteurs, ce Trop souvent les pauvres considèrent « leurs enfans comme une charge qui aggrave leur malheur ' et plutôt que comme une jouissance destinée à les consoler ;• «c ils reftisent toute affection à ces jeunes êtres, les traitent ce avec dureté , \hs laissent divaguer à moitié nus , mourant à de faim , de froid , dans l'état de malpropreté le plus « dégoûtant. C'est peu encore : en s'accoutumant de bonne ce heure à la dégradation, 'ces enfans", plongés dans la plus <c profonde ignorance, n'entendent jamais, depuis le berceau, <c la voix delà religion, celle delà raison*, celle de la justice; ce l'ordre, l'activité , l'application leur sont inconnus; ils ce n'ont jamais acquis l'idée du bon et de l'utile; autour d'eux, tt ils n'ont aperçu que la honte et le vice. Trop heureux s'ils ce se bornent à mendier, s'ils ne se font pas déjà un jeu de ce dérober î Compterait-on sur l'école pour prévenir leur déce pravation? mais ils ne la fréquentent pas ; l'école d'ailleurs ce serait impuissante sur eux; elle n'a pas pour une telle maladie des remèdes assez énergiques. Le vagabondage, voilà ce leur école ; les mauvais sujets , voilà leurs guides , leurs
vTiLiTi im& iiTSTiTtTiQics pr£$eryatbiges. é29
«c compagnons; ils se dépravent de plus en plus; ceux mêmes
« qui ne se corrompent pas entièrement deviennent inca-
a pables de toute occupation sérieuse, ne peuvent se sou- <c mettre à aucune discipline, demeurent étrangers à une vie <c régulière : de tous les indligens ce sont ceux qui sont les a plus onéreux à la société , les plus dangereux pour elle. «Les arracher de cette fange où ils croupissent; les régénérer « en les animant d'une vie toute nouvelle ; en taire des stycts «honnêtes, laborieux, de bons chrétiens; les rendre à la ce sociabilité, à la dignité humaine ; leur ouvrir des perce spectives d'indépendance et de bonheur, en les réhabilitant ce dans l'estime d'autrui; faire en un mot germer le. bien là où ce s'annonçait le. mal : telle est la noble conquête que se proce pos'enf les institutions préservatives. » (1)
Ces institutions sont Tunique moyen de détruire le fléau de la mendicité héréditaire et de l'indigence contagieuse. Il est indispensable de transplanter les rejetons sortis des familles où la mendicité est une profession, de séquestrer les enfans nés du commerce des êtres avilis, si l'on veut qu'ils ne suivent pas les traces de ceux qui les entourent. Il faut mênie les retirer assez à temps pour que l'éducation du vice n'ait pas déjà commencé pour eux. Les moyens ordinairement employés pour élever les enfans de leur âge ne suffisent même pas pour eux; il leur faut un régin^e à^part qui soit un remèide autant qu'une préparation ; ils ont besoin d'être épurés.
L'enfant ne naît point naturellement vicieux ; mais il reçoit avec une extrême facilité l'impression des mauvais exemples.
(1) Toyez les programmes de la réunion centMile de la société de bienfaisanee du royaume de Wurtemberg, publiés à Stuttgard.
Yoyez aussi l'ouTrage déjà cité de son digne secrétaire^ M. Schmidliu, sect. l'*, §4.
Cet auteur rapporte quelques exemples curieux de l'incurie ou de la coupable cupidité des parens : ainsi une jeune fille louée à des entrepreneurs^de qieclacle ; deux enfens rendus à une bande de vagabonds. Nous poorrions Boua-inémes en citer de non moins déplorables.
lii ^le^ iAfte d'abdrà mëéaiitqueinefit , 'bieutbt '11 ^ comptait QÙus le désordre comme dans un jeu. Tl redoute l'application et te gôné;1aîissé à lui-même, il se dérangera promptemebt. Si de fnàilvaiâes dispositions viennent à se manifester en lui, 'et qiië dés remèdes convenables n'y soient pas promptemeift apportes; si ses paréns ne peuvent s'occuper de lui, ou Sôitt incapable*s de le diriger, tl fera dans le mal des.progri^s rapides. De là ces malfaiteurs précoces, qui trouvent idlans l'apprentissage du crime le seul essor pour leur besoin de mouyeihent; dans les émotions qui raccompagnent, leur seule jouissance : spectacle affligeant et terrible, qui semble quelquefois renfermer d'affreux mystères !
Avec quelle douleur profonde, l'ami de Thumanité, l'ami de la morale, ne.parcourt-il pas le dénombrement des prévenus* qui, arrivés à peine à l'âge du discernement, sont déjà traduits devant les tribunaux criminels ! Si nous jetons les
^yeux sur les comptes de la justice criminelle publiés en jFrance depuis 7 années , nous voyons près de neuf mille d'entre eux, avant l'âge de 21 ans, accusés de crimes, et dans
'IéttrfiealbVe,)près de 80(^ sont aunlessous de 16 ans. (1) Paimi^ ces prévenus , il en est plusde 2000 qui ontété tra-
* d!âSts^evftàt les tribunaux pour cmise de voli^iie tout gott^,
^*8àvy«r: .
Toi dans les églises . . ;, •. ♦ », -. • . . vf^v
— sur la Toie publique . . .' ^®W
— domestique. ............ "1»6^3 [«/)*«
' 'Atotffcs-^ et lie div^s>'|[eiirQs,^' extorsidn de Iftrca et ' de > A va / .
signatures. 12 1
Village 80/
''lUy a ^ sân8î,r par • an, • en- moy6n4e, 291 jeune&prév^nus, dont 85 sont des enfâins àu-^essou^^delSans.
'TqùI croirait Qil'cta éii trouve 170 prévenus de crimes contre l'ordre public $ 151,6, d'attentats divers contre les* personnes 7
Stg' .»^- • '
'(l)^Toy^z'les comj^Te^réndus de- la ]u8fi<!6 -erinânelle^n Ffttne^ OMta- 'Iblëàûx ne' rénr|»às toïiflâître léiioiûblretlesiaifiau ttdesaâôteoèbBliréviAtts de simples oontraTentions,
Et y ce qtii peut-être est plus âtttigeant à qudquéi^ égards, ^ croirait qa'oïï en trouve 2S1 côtTpabFes de faux, de contré-' façoùs , de faux témoignages , de cï'imeS qui supposent une perversité profonde?
Qtre SI nous coâsidérôns les* délits, nous^ vô^^ons, dans ik iaème période, traduits devant les tribunaux, près de 7S,Û'(Ï0 . énfaiïs ôû âdotescens , dont près de 55,000 dfè t&^e de ié i 21 ans, et plus de 20,000 au-dessous de 16 ans ; eh sorte qïté ptus Ae 3000 enfans cbtKiûe ajfinée sont accusés (je débits! la plupart d'entre eux vont, dans ûri âgé aussi tendre, respirer FaÏT itffect de nos prisons. QueT est favenif qui les aïterid^ quelles espérances donnent-ils à la société ?Quetqùes-uàs sont acquittés sans doute? uû grand nombre obtient rapplicalion dé farticfe 163 du code pénal. L'indulgence du juge se conçoit*. Que serait-ce si nous tenions compte de tous ceux qui ont été pout^stfivis pour de simples contraventions de pofice?
Mais nous n'apercevons là qn^ùue partie des coupables^ Avtcjin d'eû"x , lorsqu'il a- été saisi' en êiai de crïmé ou de délit, n'en* était à son début ; il s'était familiarisé plus orf moins long- temps avec cet odieux tnédef ; iï s'y étarit instruit. Bans Forigine, il Ae sentait pas* la graVité de sa ftfùte;! alors il était ten^ps encore de Tafréter stfr la pénfe de l'abîmé f mais fe dérèglement est devenu pour lui' un besoin, le detît dû * pénchaût ; iïs'eù fait gloire, il croît prouver son adressé et' son audace. Toute l'activité du Jeune âge, détournée dé son vfaï cours, se préctpîtcf dans cette Voie ftiùeste. Vous établissez dés maisons de correction paiterùelle ; voua introduises^ dUïl^ léS prisons utfrégiïue pénitentiaire jvotfe placez leâjéUtfes^dététtUïf lâous un bienveillant patronage. Combien d'elTôï'tiè pôùl^' Réparer ce qtfon eût pu prévenir! Cure imparfaite!* éffoirt^ s'otivent infructueux ! Déjà Une infection ùiorfelle' à vicié étf e\ix les principes de la* vie morale (1) . A peiné libres , ils rë-
(1) C'est une triste, mais salutaire instruction que la Société du patronage des jeuués libérés, formée à Paris, recueille de son expérience jôurnalièi^.
ft32 kBCOHSI FAITIB. LrfU I. CHAP. X.
tombept. B y a dans ravilissement je ne sais quelle fatale influence qui porte ceux qui en sont atteints à s'y complaire.
A côté de ces jeunes malfaiteurs, végète une foule de leurs compagnons auxquels ne manque peut-être qu'une plus grand^ énergie pour les égaler, mais qui restent impropres à tout; qui, un jour, ne pourront être au plus que des gens sans conduite^ qui formeront la lie de la société humaine. Quelle que soit la dépense q[u'exigeront les établissemens de réformation propres à arrêter le développement de ces fiitales dispositions, à en détruire les causes, elle sera une économie considérable. N'eût-il pas fallu un Jour nourrir tous ces genslà en prison, dans les hospices, ou parles secours à domicile^ eux et toute leur engeance? Quelles que soient les fatigues que l'œuvre de cette réformation impose au zèle de la charité, elles seront peu de chose en comparaison de celles qui seraient né- .ce^aires un jour pour la répression des coupables, pour la protection des propriétés et des personnes. Du moins, les premières ne demeureront pas inutiles.Que sera-ce donc si, au lieu d'une race dégénérée, nous pouvons former des gens de bien !
L'opinion pubUque^ éclairée par la morale et par la philosophie, a enfin compris que les prisons doivent, pour les criminels eux-mêmes, devenir un moyen de correction et de réhabilitation. Les mêmes considérations, en remontant plus liant encore, doivent conduire à apprécier toute l'importance d'un système d*établîssemens qui étoufferont dès les premiers mômens, les germes de la dépravation chez.un grand nombre de ceux qui forment la classe des criminels. On ouvre des dépôts, des ateliers pour les mendiaps, ne serait-il pas mieux de combattre à propos les circonstances , les penchans qui font contracter l'habitude de vivre aux dépens du public ?
Faute d'avoir vu par eux-mêmes les établissemens érigés en Allemagne en faveur des ^n/àn« négligés, quelques écrivains récens ont supposé que ces établissemens ne servent qu'à remplacer nos hospices des enfans trouvés, et ne les remplacent qu'avec désavantage. Us ont été trompés par
VTILlTé MS IITSTITUTIOITS PBÉSERVATRICES. 433
quelques analogies apparentes qui régnent entre les deux ordres d'ctablissemens. Il suffirait, j^our dissiper celte erreur, de remarquer que tes etahlissemens de frésérvation dont il s*agit sont encore plus multipliés dans toyute ritalie, ainsi que nous venons de le voir , quoique toute Tltalie possède aussi des hospices d'enfans trouvés.
Il est d'autant plus nécessaire de dissiper cette erreur, qu'on pourrait, en conservant le second genre d'établissemens, se croire dispensé de recourir au premier ; et c'est, en effet ce qui est arrivé, notamment en France. Cependant, le premier est souvent plus indispensable que le second. Les mêmes motifs d'ailleurs recommandent l'un et l'autre.
Cependant, en fondant les hospices d'enfans trouvés , on s'occupe plutôt des nécessités du moment; on veut sauver la vie du nouveau-né, lui ouvrir un asile et pourvoir à ses besoins. En fondant les conservatoires, les providences, les maisons de préservation^ on s'occupe surtout des intérêts de l'avenir; on opère spécialement dans des vues élevées de morale publique; on répare, on crée. Les hospices d'enfans trouvés recueillent les enfans dans le premier âge; c'est alors que leur existence est le plus exposée, et que leur faiblesse physique invoque le plus de secours. Les établissemens préservatifs reçoivent les enfans plus tard, lorsque le danger qui menace leurs mœurs commence. LesBospices d'enfans trouvés recueillent un nombre d'enfans^ beaucoup plus considérable, et s'en chargent pour une beaucoup plus longue suite d'années; mais ils cessent de s'en occuper à-peu-près vers l'époque où les établissemens préservatifs travaillent avec le plus d'ardeur à former leurs élèves. La subsistance des enfans est le but essentiel de ceux-là ; l'éducation , de ceux-ci. Les uns sont des hospices; les autres des écoles. Tous deux sans doute admettent éga^lement la catégorie des enfans que les magistrats chargés de la police fonf arrêter sur la voie publique ; les premiers les reçoivent à titre X enfans abandonnés; les secondS) comme enfans àré former. Les seconds se chargent de n. 28
plusieurs catégories d'enfans auxquels les premiers n'ouvrei^t point leurs portes ; tr^p souvent ceux que les premiers ont adoptés auraient, parla suite, besoin de l'éducation qu^ donnent les seconds. Les premiers sont formés en vue de Texposition des nouveau-nés; ceux-ci, en vue de la dépravation des adolescens. Les premiers brisent d'une manière absolue les liens de famille; les seconds interceptent seulement les communications contagieuses. Le second genre d'établissement ne comporte pas les mêmes formes; il exige une direction différente. Ils ne doivent point être réunis; l'un, ne saurait suppléer à l'autre. Rassembler sous le même toit, dans une mênie communauté de vie, les enfans trouvés ç^t les enfans en péril de dépravation, ce serait exposer la moralité de ceux-là, les soumettre à des mesures inutiles, ou ne prendre pour les seconds que des précautions trop incom** plètes. "
ARTICLB IV.
D$5 formes les plus ^nwnohUs pour c$ gtnre d' institutions >
Trois modes divers ont été adoptés pour secourir les enfans négligés, dans le besoin qu'ils ont d'obtenir la protection que leurs parens leur refusent ou sont hors d'état de leur donner.
Le premier,, celui qui les confond dans un même établissement avec d'autres classes de malheureux de tout âge et d^ tout sexe , et qu'ont adopté les paroisses de la Grande-Bre^ tagne, est le plus imparfait de tpi(s. Les enfans y vivent dans un commerce qui , comme nous l'avons vu il y a un iustaut| peut , sous plusieurs rapports , les exposer à de nouveaux périls ; souvent ils habitent dans rétablissement avec leuf propre mère , dépravée dans ses mœurs , oisive dans sa Viç et dégradée dans son caractère; ils n'y obtiennent point 1^ spécialité de régime que leur âge et leur situfition demai|tdeut^ du mpins aveQ l'étendues et \^ cp^tinuité qui sers^iep)
FOBMBS POUR CE GEIfRE D'iNSTITtlTIOITS. 48$
nécessaires. Il y a peu dlnconvéniens toutefois , et il peut y avoir des avantages à placer en dépôt dans les hospices d'orphelins et dans ceux qui sont destinés aux enfans trouvés, la classe d'enfans qui n'a besoin que d'obtenir un refuge momentané. L'essentiel est de les mettre en sûreté pendant que leurs parens ne peuvent prendre soin d'eux ; on ne peut les transporter à distance ; il faut être en mesure de les rendre. Du moins, pendant le peu de temps qu'on les a sous la main, ne dçit-on rien négliger pour leur donner l'instruction la plus essentielle, et de bonnes directions morales.
Les deux autres modes d'assistance consistent , l'un dans des établissemens où les enfans habitent et reçoivent une éducation commuqe ; l'autre, dans la dissémination des en* fans, qui sont placés chez des particuliers.
Ces placemens s'opèrent à leur tour sous trois formes différentes:
Tantôt, comme en Suisse , on délivre les enfans au rabais par enchères publiques ;
Tantôt, comme en quelques communes de rAUemagne (l), ou les envoie à tour de rôle, de maison en maison \
Tantôt enfin, on traite de gré à gré avec des familles privées, qui les acceptent gratuitement ou moyennant pensioa.
La première de ces trois combinaisons est manifestement vicieuse; la seconde est vexatoire pour les familles qui sout appelées à prendre la charge, contre leur gré, et, d'ailleurs, elle est peu utile pour l'enfant; la troisième seule est admte^ sible.
Restent donc le placement chez des particuliers choisis, et la réunion dans un même établissement. Ces deux modes re* paraissent en présence avec les avantages et les inconvéni^AS qui ont été précédemment signalés, relativement aux orphelins et aux enfans trouvés; cependant, ils donnent lieu pour cette nouvelle classe d'enfans à quelques considérations parti*
(1) Yoyez Tou^rag^-de M. Schmidlin, ci-dessus cité, seet. 1'% ^ I». / '28.
AS6 SECOlffBB PARTIS. LlVBS I. CHAP. X.
ciiliëres : si la même question se reproduit ici , c'çst en pre* nant une nouvelle face.
Les partisans du mode de placement chez les particuliers donnent pour motif en faveur de ce régime, que, vivant chez les particuliers, les enfans y prennent l'esprit de famille, y connaissent les affections domestiques, y forment des relation^ et des liens qui les réhabilitent à quelques égards et les préservent d'uh fâcheux isolement; que la vie champêtre est plus propre à régénérer et leur constitution physique ordinairement affaiblie, et leur caractère déjà altéré ; qu'ils y sont initiés aux détails de la vie civile, familiarisés avec ses usages, auxquels jusqu'alors ils étaient restés étrangers; que, dans la vie commune des maisons d'éducation, ils sont plus exposés à contracter la contagion des infirmités morales et physiques, par leur commerce avec ceux de leurs camarades qui en sont atteints; que .ces souillures secrètes y échappent plus facilement aux regards que dans des familles privées; que, y usant moins de leur liberté, ils s'exercent moin3 à se conduire eux-mêmes ; que les limites inévitables et du local et des dépenses possibles, bornent par là même le nombre des enfans qui y seraient#admis. Frappés de ces considérations, les administrateurs de ces bienfaisantes institutions ont quelquefois supprimé les maisons qu'elles avaient fondées, pour recourir aux placemens extérieurs.
Mais, en faveur du mode qui réunit ces enfans dans une vie commune, on représente que la plupart d'entre eux rapportent déjà malheureusement, de leurs familles et de leur vie antérieure, un fonds de corruption, ou du moins une disposition au vice, qui rend leur salut bien plus difficile dans l'éducation privée ordinaire; qu'ils demandent un régime plus sévère, plus régulier, une surveillance plus active, des soins plus assidus; que, dans les maisons particulières, ces malheureux peuvent êtr,e exposés à conserver quelques-unes des liaisons auxquelles on a voulûtes soustraire ; que les personnes auxquelles on les eonfie peuvent manquer, ou du zèle,
FORMES POUa CE GEI!«EE d'iUSTIT^UTIOIVS. /i37
OU de la capacité nécessaire pour opérer leur guérison ; que, dans un établissement public, ils acquièrent plus d'instructio et d'habileté; qu'ils y sont mieux, formés à la disciplioe; qu'enfin les personnes honnêtes répugnent souvent aussi à se charger d'enfans qu'on présume être d'assez mauvais sijyets, ou disposé^ à le devenir , et redoutent , pour leurs propres familles, la contagion de leurs vices. (1)
Il y a ici, suivant notre opinion, une distinction à faire.
S'agit-il d'enfans qui arrivent avec des précédens fâcheux, avec de sinistres symptômes, échappésià des familles corrompues, déjà atteints d'habitudes vicieuses? il ne convient, sous aucun rapport, de les confiera des familles privées. Là, ils *' causeraient un extrême embarras, ils pourraient même porter quelque danger de contagion; là, ils ne pourraient obtenir le régime qui leur est indispensable. La discipline réglée et sévère d'un établissement commun, les directions de chefs et d'instituteurs exercés peuvent seules opérer leur complète régénération.
S'agit-il au contraire d'enfans encore innocens, que l'absence seule ou l'extrême misère de leurs parens laisse sans appui? rien n'empêche qu'ils soient placés dans des familles particulières; ce mode offrira même des avantages marqués. Leur réunion à des compagnons déjà viciés serait fâcheuse ; un régime de réformation ne leur est heureusement pas né^ cessaire. Enfin , ils seront plus favorablement accueillis ; ils obtiendront plus facilement la bienveillance des fa-r milles auxquelles ils auront été confiés, lorsque aucune prévention fâcheuse ne s'attachera à leur personne.
On s'appliquera seulement à choisir les familles qui ofiri** rontpour eux les meilleures garanties.
Il est à désirer que des établissemens destinés à recevoir les
(1) On a vu, en 1821, tous les habitans du cercle de Gmund refuser de recevoir chez eux, méibe au prix d'une p»ension, les enfans négligés, que la sopiété centrée de bieulf^sai^ce du royaume de Wurtemberg cherchait à y |»l^cçr.
ftSS ^ SIGOITDB PA&TIC. LltRS I. €HAP. X.
ênfans enpérily et à leur donner une éducation commune, ne soient pas situés dans les grandes villes. Ils seront mieu^ placés à la campagne; les enfans y 'respireront un air plus sain; la dépense sera moins considérable; la surveillance sera, mieux exercée ; une discipline plus salutaire pourra être mise en Vigueur. Aussi, estrce dans des villages, quelquefois à côté de simples fermes, que les associations religieuses et bienfaisantes de TAllemagne et de la Suisse préfèrent aujourd'hui j former les établissemens destinés à régénérer les enfans meinacés àa double malheur de la misère et de la corruption. Il ' semble que la vie des champs, le spectacle de la^nature, les travaux agricoles, favorisent mieux le développement des sentimens religieux, le calme de la réflexion, la simplicité des mœurs et la santé de Tàme.
AKTICLE T.
Des admissions.
Dans cette classe d'enfans que Ton appelle des ^orphe^ Hm mùraiiûP, il en est dont Tadmission ne présente aneune difficulté , ne peut occasioner aucun abus , et se trouve même commandée par une sorte de nécessité : ce sont les enfans des détenus, que leurs parens soient en prévention ou condamnés à une captivité plus ou moins longue. La nécessité subsiste pendant la durée de la détention. Alors même que ces jeunes êtres pourraient être admis à s'enfermer avec les auteurs de leurs jours sous les verroux, et à y partager le pain des prisonniers,- l'équité permettrait-elle de leur faire partager ainsi la peine d'un délit dont ils sont innocens? Lintérêt des bonnes mœurs permettrait-il d'exposer l'innocencede ces Jeunes créatures à respirer l'air impur des prisons, et à vivre dans le commerce des malfaiteurs? Si, d'ailleurs, il ne «e trouve dans leur famille, personne qui puisse en prendre soin, leur refusera-t-oa un asile où ils s'amélioreront pendant cet intervdle ? Aussi , dans quelques villes , à Paris , par
ml
AliHlSSlOllS. A3§
exemple , Tâiltoritë publique place , d'ofhce , les énfans des détenus dans les hospices d'enfàns trouvés ou d'orphelins ; (|uelques associations bienfaisantes , comme le comité des orphelins de Paris, assimilent les enfans des prisonniers aux orphelins privés de leurs parens , dans l'adoption qu'il leur accorde, et le placement qu'il leur 'j^rocure.
Nous avons d^à remarqué que Tautorité publique envoie également dans les hospices, par mesure de police, leâ enfans qu'elle rencontre errans dans les rues, qui ne sont réclamés de personne, et dont on ne peut retrouver les familles. L'application de ces mesures demande cependant quelque prudence et quelque discernement. Il faut prendre garde de favoriser soit les torts des parens , soit les fautes des enfans , en 'facilitant aux premiers les moyens de se débarras-^ ser de la dépense et de la surveillance qu'imposent les de^ voirs de la paternité; aux seconds, les moyens de se sopstraire à l'autorité paternelle. Une discrétion et une sagesse plus grandes encore, sont nécessaires aux sociétés bienfaisantes qui se proposent de recueillir les enfans qui sont exposés dans leurs familles à une contagion funeste. Elles peuvent facilement être induites en erreur ; leur zèle même peut les égarer. Plus l'éducation, dont elles font jouir leurs pupilles, est parfaite, plus on est intéressé à surprendre leur bonne foi. On doit se garder d'ailleurs de rompre légèrement les liens de famille ; on doit éviter d'encourager les parens à négliger leurs obligations , en s'annonçant trop facilement disposa à y sup[riéer. C'est pour ce motif que dans la plupart des éiablissemens, on exige, pour l'admission, la preuve dé l'impuissance où sont les parens de faire les frais de l'éducation, et surtout celle du danger réel que courent les enfans au moral comme au physique, preuve souvent délicate à établir. Il s'agit moins, en effet, de constater la réalité d'un feit présent, que de prévoir, dans l'avenir, les circonstances qui conduiraient ces jeunes créatures, à devenir les victimes li'habitudes pernicieuses.
/i&O SECONDE PARTIE. LIV^S I. CHAP. X.
On exige à cet effet des certificats authentiques sur la santé de l'enfant, sur sa conduite antérieure, sur son indigence, su^ l'impossibilité de lui assurer par d'autres moyens les soins qui lui sont nécessaires, et le consentement des parens , des tuteurs, ou de l'autorité qui a droit de disposer de lui.
Les mêmes motifs qui ne permettent pas de confondre les orphelins moraux, dont il s'agit ici, avec les orphelins réellement privés de père et de nnère, doivent interdire d'admettre ces derniers dans les établissemens spécialement destinés aux premiers, et où ils reçoivent une éducation commune. Si donc, faute d'une institution locale chargée de pourvoir à la destinée des orphelins réels, les institutions préservatrices se voyaient dans la nécessité d'étendre jusqu'à ces infortunés leur bienfaisante sollicitude, elles ne devraient les recueillir que pour les placer immédiatement dans les familles particulières. .,
Ce sont surtout les enfans naturels qui tendent à peupler les établissemens plréservatéurs; car ces enfans sont à-la-fois plus particulièrement exposés à être négligés par les auteurs de leurs jours, à recevoir, dès le berceau, des germes de corruption, et à suliir pendant leurs jeunes années l'in^; fiuence des mauvais exemples. Il serait donc difficile de leur fermer les portes d'un refuge, dont ils ont un si grand besoin. Cependant, n'est- il pas à appréhender que la présence dlnstituiions , toujours prêtes à accueillir sans limites et à doter de tous les bienfaits d'une éducation libérale, les fruits d'un commerce illégitime, n'encourage encore le désordre des mœurs? Ce danger n'a point échappé à la prévoyance de quelques fondateurs : pour mettre au moins quelques limites à l'admission des enfans naturels, ils ont réglé que les enfans pauvres, nés en mariage, seraient toujours reçus de préférence. Quelques autres conditions pourraient çqcore être exigées, afin ^ de prévenir les abus. Les parens pourraient être soumis, par exemple, à abdiquer tous droits sur leurs enfans, jusqu^à la majorité de ceux-ci.; et cette renonciation aurait plus d'un
ADMISSiOlfS. ftftl
avantage. Mais on comprend, et rexpérience le confirniei que les parens des enfans naturels cherchent surtout à s'en débarrasser dès le berceau. C'est alors que, sous tous les rapports, la présence des nouveau-nés leur est importune. Lorsque les enfans ont atteint Tàge de six à sept ans, l'état des choses est changé; l'abandon n'a plus les mêtnes causes, le même genre d'abus n'est plus à craindre.
Lorsque les familles ont le& moyens de contribuer aux frais de l'éducation, il est juste^ il est utile, de les appeler à remplir ce devoir. ^De la sorte, on prévient les abus et l'on étend les moyens défaire le bien. C'est avec raison aussi que l'on modère le taux de la pension, dans les circonstances où l'on ne peut en obtenir la totalité ; on se plie ainsi à la position particulière de chaque famille.
En quelques lieux, on est surtout frappé du péril que courent les jeunes filles, et préoccupé du désir de les garantir contre- la séduction: telle doit être la pensée des gens de bien, là où les mœurs sont le plus relâchées; là où les occasions d'égaremenç sont le plus abondantes. Aussi est-ce particulièrement aux enfans de ce sexe, que des soins ont été donnés dans les établissemens des grandes villes; à Rome,à Londres, à Paris, à Lyon, les filles recueillies dans les institutions préservatrices, sont beaucoup plus nombreuses que les garçons. Ailleurs , on sent davantage le besoin de prévenir le vagabondage des jeunes garçons : c'est ce qu'on remarque dans les pays agricoles, ^t dans ceux où les moeurs sont plus régulières; aussi, les établissemens du royaume de Wurtemberg, recueillent-ils moitié plus d'enfans du sexe mâle que du sexe féminin. Il n'est pas nécessaire de remarquer qu'il est, dans tous les cas, indispensable de séparer les deux sexes.
Certains établissemens n'admettent les enfans de la catégorie qui nous occupe, que lorsqu'ils'appartiennent tantôt à la ville elle-même, tantôt au canton ou à la province; d'autres sont, institués pour ceux qui viennent de tous les points du pays ; d'autres enfin ne reçoivent que les enfans qui appar-
AA2 SBGOKBÉ PA&tlS. LIVAS I. GHAP. X.
tiennent exclusivement à une communion chrétienne déterminée, ce caractère se rencontre ordinairement dans les institutions fondées par lés associations religieuses.
En Allemagne, les enfans, comme nous l'avons dit, sont généralement reçus depuis l'âge de cinq ou six ans, époque où le péril commence à se faire sentir pour eux, jusqu'à celui de quinze ou seize, époque où il est permis d'espérer que la bonne éducation, dont ils ont joui, les arme suffisamment contre les dangers, les met en état de se créer des ressources, et les rend capables de se conduire. Cependant, celte règle nous parait susceptible de quelques modiûcsrtions. Les jeunesBlles, arrivées à l'âge de quatorze à quinze ans, ne peuvent rentrer dans leurs familles par les mêmes motifs qui les ont fait reti-* rer. Si on ne leur trouve une situation parfaitement sûre dans des familles honnêtes, si à leur sortie on les laisse livrées à ellés-mén^es, elles seront plus exposées peut-être qu'à aucune autre époque, et le contraste subit de la vie, qu'elles auront menée dans l'établissement, avec la liberté; dont elles entreront en jouissance, à lui seul sera déjà un péril. Il est donc sage de ne pas compromettre , par une confiance prématurée, le bien qu'on leur a fait, de ne les rendre à la société que lorsqu'on peut les placer d'une manière qui offre toutes les garanties, et de continuer la protection et Ja surveillance dont elles ont encore besoin. Nous hésiterions, par d'autres motifs, 4 lancer au sein de la société des adolescens de Fun ou de Tantre sexe, qu*on ne serait pas parvenu à réformer pendant leur séjour dans l'établissement. Si, à l'âge de quatorze OU quinze ans, ils persévéraient dans leurs habitudes vi-- Cieuses, noujs conseillerions d'en faire une division à part,' dans l'établissement lui-même, et d'essayer envers eux, pen-' dant quelque temps encore, l'application d'une discipline plus
austère.
ÉDVGATIOlf GOStMtNE. kM
ARTICLE VI
Du régime d'éducation commune, pour les enfant admis dans Us établisseménê
de préserwxtion.
Lors^e les enfans soustraits à de pernicieuses inlQueQces sont réunis dans un même établissement, pour y éire élevés en commun, on conçoit qu'ils-aient besoin d^y trouver un ré** gime qui leur soit essentiellement propre. En effet, Téduca* tion pour eux doit être tout entière dirigée par des vues' ée précaution ; elle doit se composer d'une sorte d'hygiène tno^ raie qui, en extirpant les germes de corruption, en effaçant les souillures qui auraient* déjà pénétré chez ces jeunes êtres, en les mettant à l'abri des circonstances qui menaçaient leui* , santé et leur caractère, les anime d*une. nouvelle existence. Ils ont besoin de faire une singulière provision de forces» pour triompher de leurs propres penchans, pour lutter contre 166 obstacles. Nous devons surtout purifier et fortifier leur âtte^ éveiller en' eux le sentiment moral qui y est encore assoffpi, exciter et entretenir .une activité régulière, plier aux lois de l'ordre des êtres jusqu'alors indisciplinés: œuvre difficile, mal connue, qui appartient à la philosophie, autant qu'à la charité. €eite éducation veut donc une certaine austérité, maïs une austérité qui n'ait rien de sdmbre et de farouche; elle veut une discipline forte et constante. La propreté, image de la décence, doft régner de toutes parts sur les enfans, comme dans les détails de la maison; la vie doityêtre occupée, et cependant calme; la vigilance doit y être extrêmement assidue, sans qu'on néglige aucuîi moyen pour disposer les enfans à la confiance envers leurs guides, et aussi à prendre quelque confiance en eux-mêmes.
L'éducation religieuse sera §ans doute l'élément le plus essentiel d'un tel régime; elle a, en effet, cela de propre qu'elle apaise et subjugue le désordre des sens, ép ure dans leur
&4& SECONDE FA&TIB. UVBB I. GHilP. X.
sonrce les affections, eoDoblit le caractère, et rend la sérénité à Fintelligence; elle a un pouvoir merveilleux ponr régénérer les cœurs. Mais les exercices ordinaires du culte ne sauraient suffire à l'espèce de sujets qui sont élevés dans ces établis* s^mens; la religion a besoin de prendre avec eux un langage qui puisse s'en faire entendre, et qui réponde à Tétat de leur àiiie. La morale aussi, en devenant leur institutrice, a vis-àvis d'eux un ministère spécial à remplir; elle ne se contentera donc pas d'instructions générales et de maximes abstraites; elle doit s^atiacher à réformer les penchans par lesquels ils sont plus particulièrement dominés, à leur signaler les périls dont ils ont principalement à se défendre.
Dans plusieurs de ces établissemens, on a l'usage de relire de temps en temps les réglemens q4i y sont en vigueur; d'autres ont institué des conférences périodiques sur des matières aiq[)ropriées à la disposition des élèves; ou de^ lectures choisies qui unissent les exemples aux préceptes. La plupart tiennent un registre rouge, et un registre noir, dont les notes jMMit à-la-fois une instruction, une punition ou une récompense :tOjatefois ce n'est point assez. Des enfans dont les précédeas ont été fort divers, quelquefois funestes, quelquefms mystérieux, exigent Ses" directions individuelles; c'est une sorte de traitement médical, et le médecin ne traite pas tous les malades, quoique réunis dans un hôpital, par des prescriptions uniformes; il s'enquiert des maux particuliers de chacun d'eux, laisse à chacun^son ordonnance. Ainsi fera le médecin des orphelins moraux, il s'attachera à bien connaître chacun de ses élèves, à étudier son caractère, sa conduite; à l'exemple d'un respectable ami de l'humanité (1), il se ménagera, chaque jour, avec sqq enfant adoptif, un entretien particulier , à l'aide duquel il pénétrera au fond du jeune cœur, et y déposera toutes les semences salutaires.
Il est utile de partager les élèves en deux divisions dis I
(1) M. is FeUenberg, dans son ioslitat dHofwyl.
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tinctes, ainsi qu'on le praiique dans quelques ëtablissemens d'Allemagne. Dans la première division seront placés les élevas dont les dispositions sont^nauvaises, ou même seulement encore douteuses; ils jouiront d'une moins grande liberté; ils seront plus particulièrement surveillés. Lorsque l'épreuve aura été favorable, ou lorsqu'un changement en bien se sera opéré, ils passeront dans la division supérieure, où ils trouveront une vie moins austère. Ils pourront, si leur amélioration ne se soutenait, être renvoyés dans la première division. Ces deux divisions doivent, autant qu'il se peut, avoir peu de relations entre elles.
Il n'est pas besoin, sans doute, d'insister sur la nécessité de séparer entièrement les deux sexes. Il est même mieux d'ar voir, pour les filles des ëtablissemens entièrement; spéciaux. Les dispositions vicieuses les, plus communes dans les jeunes personnes de ce sexe exigent un régime différent, d'une nature plus délicate ; leur sensibilité, leup imagination, doivent être dirigées avec sagesse, avec prudence.
Si nous considérons une discipline ferme et sévère comme un bienfait indispensable aux orphelins moratut, nous considérons aussi un système d'encouragemens, bien entendu, comme le traitement le plus efficace pour les relever à jeurs yeux, et pour vivifier leur âme. C'est peu de leur décerner des récompenses; qu'ils comprennent les droits qu'ils acquièrent à l'estime en remplissant leurs devoirs; qu'ils goûtent le contentement que donne l'approbation de la conscience; ^qu'ainsi, lorsqu'ils ont bien fait, le témoignage leur en soit imn^édiatement rendu. Ces pauvres enfans ont besoin de perdre de vue le passé, d'être relevés à leurs propres yeux, de comprendre qu'ils peuvent être bons, de se réjouir d'y être parvenus. Rien n'est plus utile que la pratique, adoptée dans plusieurs ëtablissemens, de distribuer des. grades aux élèves, de leui^ confier certains offices, de les investir d'une portion de la surveillance sur leurs camarades, en les appelant à servir de modèles et de guides.
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Les punitions généralement employées dans ces maisons sont les réprimandes, ensuite les privations ; presque partout on a abandonné les cbàtimens corporels. Lorsqu'une ré* pression plus douce n'obtient aucun succès, on exclut de la communauté l'élève incorrigible. Mais nous' nous demandons, avec une sorte de terreur, quelle deviendra alors sa destinée. Ou trouver un« maison de correction qui puisse opérer la réforme qui, malgré tant de soins, aura échoué dans l'éta^ blissement hospitalier? Nous le répétons, on devrait tenter encore un dernier 'effort, en créant dans rétablissement une sorte de lazaret, dont la discipline serait beaucoup plus rigide , et recourir même quelquefois à l'isolement absolu. Les élèves récalcitrans seraient employés, comme pion* niers, dans les travaux les plus rudes et les plus subalternes. On invoquerait, au besoin, le concours de Fautorité des ma* gistrats.
Si nous soumettons les orphelins moraux à des règles au* stères, si nous les isolons des relations qui pourraient les corrompre, si nous éloignons d'efix les dissipations et les plaisirs qui pourraient les amollir ; si nous lés accoutumons à cette tempérance qui doit être pour eux une source de force, nous nous plairons, cependant, à leur faire connaître les jouissances innocentes ; nous ne leur interdirons point la gatté ; nous saurons même leur faire célébrer dé petites fêtes , et y faire régner une douce joie : nous les admettrons à des plaisirs nobles qui restaureront leurs jeunes àmes; la musique et le chant entreront dans Tordre de leurs exercices. C'est ainsi qu'on en use dans les établissémens de TAllemagne et de la Suisse : dans quelques-uns, comme à Ulm et à Kirchheim^ les chants sont, chaque jour, célébrés en chœur, ou le soir aiM*ès le travail, ou dans les intervalles du travail; dans quelques autres, comme à Louisbourg, ils accompagnent le travail ma: nuel, au sein des ateliers.
Les fêtes périodiques qu'une bienveillance aimable a ûi* stituées dans quelques-uns de ces éfablissemens, ont liea.or^
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<jiiDairement au jour anniversaire de Içur fondation. NonseuleiQent les habitans de la localité y prennent part , mais un concours nombreux d'amis de rbumanite s'y donue rendezvous ; on voit jusqu'à 500 étrangers se réunir à ces fêtes, en Allemagne ou en Suisse, s'assurer par eux-mêmes du bien qui est opéré, et y applaudir. Ces fêtes sont consacrées parla religion, animées par divers exercices. A plusieurs époques de Tannée, spécialement à Pâques, à Noël, et aux autres solennités , les enfans ont - aussi quelques réjouissances auxquels les gens de bien de la localité s'empressent souvent de contribuer.
L'instruction intellectuelle, donnée aux orphelins moraux, comprend naturellement les études élémentaires qui appar* tiennent à un bon système d'éducation pour les enfans pan* vres, telles que nous les avons déjà retracées poiir les orphelins réels. Quelquefois, on les envoie dans les écoles pu^ bliquôs $ quelquefois on leur fait donner des leçons par des maîtres spéciaux dans l'établissement. Dans le prQmier caS|' on doit avoir soin de se faire rendre compte exactement de leurs progrès.
L^éducation physique de cette classe d'enfisins appelle une sollicitude toute particulière : le plus grand nombre d'entre eux entrent dans l'établissement avec line constitution afiài^ blie, peut-être même viciée, avec des infirmités plus ou moins contagieuses et invétérées. Les exercices gyninastiqnes leur seront, sous tous ces rapports, d'une utilité singulière. Les travaux manuels eux-mêmes , s'ils sont-convenâblement dirigés, pourront encore coopérer au même but. L'éducation in-^ dustrielle deviendra tout à^la^-fois , et un aliment pour Taetivite de ces enfans, et un moyen de fortifier leur tempérament, et un exercice favorable 'au développement de leurs organes, et un traitement d'hygiène morale, et un noviciat qui préparera les jeunes élèves à se créer une existence indépendante.
C'est dans cette vue que les bienfaiteurs des enfans délaissés les confient à des ouvriers estimables, on qulls le» font
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àdmettive dans le^ écoles d'industrie (1), ou qulls organiseni des ateliers dans rintérieijir des établissemens où ces infortunés sont élevés. On a soin d'ailleurs, lorsqu'ils sont élevés en commun> de les occuper aux travaux domestiques : les jeunes filles en particulier trouvent dans ce genre d'occupation un moyen de se préparer aux soins qui lés attendent dans l'avenir. On doit éviter de les appliquer à des travaux sédentaires. Un exercice actif, un mouvement réglé , quoique varié , fortifient l'âme en même temps que le corps. Cest donc avec de jQotableis avantages qu'on transporte l'atelier au milieu des champs, et que l'éducation industrielle s'accomplit dans les exploitations rurales. A cet effet, tantôt on confie les enfans à des cultivateurs; tantôt, les élevant dans la vie commune, on les emploie à faire valoir ou les biens de quelque hôpital, ou ceux qui appartiennent à l'établissement lui-même, ou même on se concerte avec quelque propriétaire ou fermier, pour les faire concourir sous certaines conditions à des exploitations privées (2). Enfin, on trouve dans la culture des jardins ;de précieuses ressources, pour l'instruction comme pour le travail (3), surtout dans le voisinage des villes.
La dépense qu'occasionne l'adoption des enfans, ainsi retirés à leurs parens, varie suivant qu'ils sont ou placés chez des particuliers, ou élevés en communauté, et dans ce dernier cas, suivant que l'établissement est formé dans une ville ou à la campagne. En général elle est plus faible, de moitié au moins, que celle qu'occasionne l'entretien des enfans ou des adultes dans les hospices ordinaires. C'est que, indépendamment de l'extrême simplicité du régime, le produit du travail des adolescens couvre une partie considérable des frais.
(1) Gomme à Sti> ^ard, à Ulm, etc., etc. ■ (2) Ces trois derniers modes sont adoptés par diverses maisons de l'AUemagne et de la Suisse, comme à Koltenbourg, Komthal, Winnenden, Tutt* l^igen^ Beuggen, etc., etc.
(3) Cest Toccupation principale des jeunes garçons réunis dans la Proviàenqe de Saint-JoBeph, à la Groix-Rouge> près Lyon.
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A dater de 12 ou iS ans, le travail de Télève devient plus productif. Il est bien toutefois de mettre en réserve, pour chaque enfant, une portion de la valeur de l'ouvrage qu'il a exécuté, pour lui en composer un petit pécule au moment de la sortie, et favoriser ainsi son placement ; mais on doit se réserver le droit de le guider dans l'emploi qu'il en fera.
Enfin, le succès de ces étârblissemens dépend essentielle^ ment de la direction morale qui leur est donnée, de la régularité qui y est observée, de la surveillance à laquelle ils sont soumis ; par conséquent surtout, du caractère de ceux qui président à leur administration et qui la dirigent. Cette fonction, on le sent, ne saurait être remplie par des personnes vulgaires. Elle exige non-seulement un rare dévdûment , mais une grande élévation de sentimens ; la vertu seule peut inspirer et soutenir le zèle, en présence d'une tâche aussi difficile, et donner la puissance morale nécessaire pour régénérer les âmes. -Une profonde connaissance du cœur humain, une fermeté douce, égale, mais inébraùlable, rigide au be^oio^ une inr«^ fatigable vigilance, exercée cependant aved calme : telles doi-: vent être les qualités principales de cette classe d'instituteurs que, nous avons appelés des médecine moraux. Lorsque l'établissement est formé par une association de gens de bien, les efforts du chef sont merveilleusement secondés par le concours des sociétaires. Leur présence encourage, guide au besoin le chef lui-même, ajoute à son pouvoir; elle a une salutaire influence sur les enfans ; elle réjouit les bons, intimide les > mauvais sujets, anime ceux qui languissent \ elle promet un patronage, dans l'avenir, à ceux qui s'en montreront dignes ; elle les avertit tous que la société va les recevoir au sortir de l'établissement, et qu'elle attend d'eux d'utiles services, j^llé double la valeur des réccyopense^s, sgoute à l'impression que doivent produire les châtimens. Elle entretient dana l'établis- ! sèment tout entier une heureuse émulation, une chaleur vivifiante. Elle prévient le relâchement,^^ le découragement 4 car, les institutions qui exigent des conditions aussi difficiles sont II. 29
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eiqx>9ées à dégénérer^ et oq en ^ yo plus d'un exemple. Elles ont besoin qae le principe sur lequel elles sont fondées soit fidèlemeiit maintenu, que Tesprit qui les créa continue de les
animer sans cesse.
L'établissement doit se faire rendre compte de la conduite que les anciens élèves tiennent, après leur sortie , du moins pendant les premières années, et en faire mention sur ses registres, pour s'instruire lui-même des fruits qu'il a produits, et de la solidité des améliorations obtenues. Ici encore , le concours d'upe association bienf^g^i&ante rendra de précieui^ services.