‹ De la bienfaisance publique; (volume 4)Chapitre 51 sur 84 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Bttf éooles de p«wn«t«

ARTICLE V

ûinwfirv des écoies desdnéèt aax mfims huliffêns.

Les institutions dont nous nous sommes entveleous dans les cbs^pitfes précédens ont un caractère spécial ; e)le s'adressent à des classes d'enfens placés dans des eireonstanens dét^B^inées '^ eUe s'emp^Mtent entièrement des élèves , et \&m d4>nneat l'hospitalité.

Mais , telle ne doit point âtre l'éducalioii de la généralilé des enfans né& dans Tindigenee. La vie de fami&, lorsqu'e^e est possible pour eux^ lorsqu'ib y respirent la pureté des affjBetiçms domestiques, est une conditioa essemîeiiie de ïiàah cation eUe-mème.

BientroHS done maintenant dus Hbl famille indigenie : ïi flmt a atteint sa sixième on septième année ^ ik quitte la 4'asile , l'école lui onvee ses portes à titre d'atome; sesp»lena n'auraient ni te loisiir ni la eagia/dtét néceseaires peir

rinsiruire eax-méines ; il ne saurait y avdir , pont les èiifaris pauvres^ d'enseignement privé] renseignement donné en commun par un instiinteur capable est pour eut^ non-seulèment plu& efficace , plus économique , plus rapide , ,mals le seul possible.

Les parens continuent à être dispensés, pendant le jour, de Sâneiller leurs enfans. Mais ils les revoient matin et soir ; ils sont témbîns de leurs progrès ; ils s'attachent de pliis en pluÀ à leurs enfans, en les voyant grandir dans l'instruction et la pratique du bien 5 ils s'ataéliorent eux-mêmeis par ce spjèctacle, et , sans le savoir, prennent exemple de ceui auxctuéfs ils auraieiit du le donner.

Il n'est pas , heureusement ^ de vérité plus universellement comprise aujourd'hui, que celief qt<i fait reconnaître la néeéâ^ site de la fréquentation des écoles, pour les enfans des classés Indigentes. On ne pourrait qu'affaiblir, en le répfétaiit , ce qrti a été déjà si bien dit par tant d'hommes éminens inspiré»^ par l'amour de l'humanité.

Mais doit-il y avoir des écoles spéciales pdur les éiifans des familles indigentes ? Cette question, qui se présente 'd'st-^ bord i a été diversement, résolue. En la méditairt, on est bientôt conduit à y répondre par la négative.

Les écoles doivent ^e ^^lirer d'après l'âge des élèves, d'après leurs sexes -, elles se distinguent aussi selon le séjour eila condition des parens, .suivant la desiinatioil des élèves, eii étoles rurales et en écoles urbaines ^ en écoles de pfëmà&t et de second dej^é; ^lles se distinguent, enfin , età écâ^kft d'instruction morale et iatellectiielle,' et en école» d'iiH 4JNistrie. Mais tome distiaetion f fondée sur Fs^sance M sur l'indigence des familles, serait injuste et funeste pour les écoles purement élément air lefs. Elle serait înjuâte, car rinsiruction élémentaire. n'^est pas moins nécessaire aux enfans des familles indigentes qu'aux autres enfans de toutes les clas^ ses laborieuses ; la vocation des uns et des autres est au fottd la même ) le but de l'édncalio» q«e reçoivairt l«f» prmàan

452 SBCONDB VAETIB. LlTAB I. GHAP. XI.

est précisément de faire disparaître la limite qui les sépare des seconds, en les rendant capables de se confondre avec eux. Cette distinction serait injuste, par cela seul qu'elle serait humiliante pour ceux qu'elle séquestrerait, dès leurs plus jeu* nés années, du reste de la société. Elle serait funeste, car elle tendrait à affaiblir l'émulation, en faisant naître repvie; elle substituerait le découragement à Tespérance ; elle priverait les enfans des familles malaisées des avantages qu'ils eussent recueillis dans leur commerce habituel avec des camarades placés dans une situation plus favorable , et qui doivent peutêtre à cette même situation de meilleures manières et de meilleures habitudes ; elle priverait également ceux-ci des occasions que leurs relations avec des camarades moins heureux offrent à déjeunes cœurs, pour s'ouvrir de bonne heure aux sympathies de la bienveillance (1). Hélas ! les uns et les autres n'apprendront que trop tôt les différences qu'entraîne l'inégalité des fortunes ; laissez-les du moins les ignorer encore dans cet âge du bonheur et de l'innocence!

Ces réflexions prêtent une nouvelle force aux considérations que nous avons ailleurs été appelés à présenter sur les ioconvéniens des écoles pui;g{oen( gf atiytes. Il ne convient pas d'offrir gratuitement les leçons élémentaires aux familles qui sont en état d'acquitter une rétributiqp; c'est non-seulement soumettre le pjibliç à une contribution qu'il iJC doit pas ^ mais c'est atténuer, aux yeux des fait)iUes elles-mêmes, le prix des avantages qui leur sont offerts. Il esl utile même d'exiger encore une rétribution partielle des famyies qui sont en mesure de payer une portion des frais , mais qui ne pourraient faire de plus grands sacrifices; on ménage leur dignité

(1) Un jour, les élèves de Fécole primaire de Mirecourt(eiiseigaement mutuel) apprennent^ qu*un orphelin, fiiute de vêtemens, ne pouvait être admis dans leurs rangs. A l'instant ils sollicitent de leurs parens la permission de contribuer à Thabillement de ce petit infortuné, et lui fdumissent ainsi abondamment vètemens et chaussure. Ces aimables enfiins mirent avec joie en commun leurs petits tributs, pour les.offirir à leur nouveau cumarade.

CAAACTÂ&B DBS ÉCOLES DE PAUVftES. /»55

on leur offre Toccasion de remplir un devoir ; on les dispose à ne voir ainsi, dans l'instruction, qu'un bienfait de Tordre moral. Des exemptions entières seront accordées sans doute aux familles indigentes ; mais ces exceptions seront individuelles , motivées par une nécessité reconnue : elles seront voilées par les ménagemens d'une sage discrétion ; leur application doit rester ignorée dans le sein de l'école. L'enfant qui paie, celui qui ne paie pas ,' assis à côté l'un de l'autre , jouant ensemble , ne doivent en rien se distinguer. (1)

Quoique inspirés par des motifs respectables , et par le dé-' sintéressement le plus pur , les statuts des écoles dirigées par les frères de la doctrine chrétienne et par plusieurs congregâtions charitables de femmes, ont donc commis, suivant nous 9 une grave erreur,' quand ils ont interdit, d'une manière absolue , d'accepter, jamais pour l'admission dans ces ^ écoles aucune rétributipn péèuniaire, par la raison que ces écoles^ y est-il dit, sont insHitie'es pour les pauvres. Il esti utile, sans doute , aux rapports des instituteurs avec leurs élèves que les premiers n'aient point à compter directement? avec les seconds, pour la rémunération attachée à leurs emA. plois; il est bien que les contributions des familles soient re-; couvrées par un autre mode que le paiement delà main à la main., On ne pourra donc que s'applaudir dé voir la| commune ou ses agens s'interposer comme intermédiaires pour ce recouvrement. Il est juste même que la commune supporte une portion de la charge , parce que l'école est pour elle un objet d'utilité publique. (2)

Lés écoles qui viennent d'être citées, lorsqu'elles sont entre-

(1) n est bien que la loi du 28 juio 1883 ait appelé, eu France, les conaeîls municipaux à arrêter le tableau des enfaus indigens admis gratuitement aux écoles, afin de prévenir les abus. Mais ce tableau devrait rester secret. Il devinait aussi y avoir une liste d'eo&ns, qui seraient admis avec une demi-rétribution seulement. ,

' (2) (Test la combinaison qu'a sagement réalisée, en France, l'art, 14 de I4 loi 4m 28 juin 18^^» - .-

A5& SECOICBB PAATIB. LIVBB |. CB1.P. XI.

tenuespar les cornmunes, participent à ce régime; mais, elle$ font contribuer ceux qui ne profitent pas ; elles font contri* b|ier dan$ des proportions diverses , sans analogie avec la vé^ partition de leurs avantages; elles i$*intitulent écoles depau-, vre$ y et iinposept aui^ riebes , méiup sans enf^ns , la plus grande part des sacrifices.

Le plifs difficile souvent, ti'est pas d'instituer de^ écoles , mais de déterminer les parens à envoyer leurs enfans , même à la faveur d'une admission gratuite ; le paiement d'une rétribution peut donc ajouter encore aux obstacles. Quelquefois cependant , des esprits bornés sentent mieuxle prix des cbo-!* ses qu'ils achètent. Dans tous les cas , les parens les plus ignprans, c'est-à-dire précisément ceux auxquels il serait le plus nécessaire de> procurer à leurs enfans l'instruction qui leur manque à eux-mêmes, sont précisément ceux qui y répugnent davantage. Il n'en est pas des besoins intellectuels cpmme des nécessités physiques ; la fgim^la soif sollicitent à prendre la nourriture du corps; mais rigporance, loin de ressentir le besoin des alimens de l'esprit , les repousse. Le faux caléul d'une sordide cupidité porte malheureusement aussi beaucoup de parens à préférer aux solides avantag^^ d'une éducation qui préparerait l'avenir de leurs epfans^ les légers services et les profits momentanés que ces enfans peuvent leur rapporter, en les assistant dans leurs travaux, ou placés dans des ateliers. Rien surtout ne contribue plus , dans les cam-^ pagnes , à éloigner les enfans de l'école , que le fatal usagn qii'ontles paysans d'employer les enfans à garder les bes*" tiaux, et souvent, le$ dindpns et les oies. Ces pauvres^ petites créatures passent ainsi leurs journées dans un état d'indolence et d'isolement]^ qui arrête chez elles tout développement intellectuel ; elles s'abrutissent dans le commerce continuel des animaux. Que faire pour vaincre ces aveugles préventions et ces funestes habitudes? En plusieurs pays, en Allemagne, par exemple, non-seulement les lois imposent aux familles Tobligation d'envoyer leurs enfans à l'école , mais ,

CA&AetiRE Dis BOOLBS D£ PABYRES. 455

fim tarii , te jeune homme ne peut être admis à contracter mariage , à jouir de certains droits municipaux , s'il ne jus^ tifie qu'il a acquis un certain degré d'instruction* En France oii a essayé une semblable prescription (1) ; elle est restée hO ans inscrite dans le bulletin des lois ^ mais elle n'a pas reçtt d'exécution , et le législateur même dans des temps meillètA^st n'a pas osé la maintenir (2), tant on redoute en France tout (Se qui porte l'apparence d'une obligation ! tant oû. y ett-* fend mal encore les vraies conditions de la liberté ! le moment viendra, il faut l'espérer , où l'on comprendra miëul la mission qu'a reçue le législateur , où Ton saura mléiiX ^è faire obéir. En attendant , et â défont de l'autorité , la persuasion seule peut triompher des résistances : la persuasiôii , n'est pas toujours l'un des pouvoirs dé l'autorité. Il faut ett appeler ici à d'autres puissances, à l'empire de (a morale, k celui de la raison. Le perfectionnement des écoïes elles-tnémes, le bon esprit qui présidera à leur direction , les trtAîê qu*eùes produiront , seront , avec le temps, un argument j^os^tîf, propre à ouvrir les yeux des parens , à émouvoir leur îù^ difiFérence, Mais le moyen le plus prompt le plus éfflcacé consistera dans le patronage bienveillant que , dans^ lé coûH entier de cet ouvrage, nous proposons d'ot^niser , de la pâiH; des personnes riches, vertueuses, éclairées, sur la das^e fil- Héiieure de la société. Leurs^conseils, letii^s encOuragemeùè j inspirés par les motife les plus désintéressés , dissiperont Fëà préjugés, opéreront laj[;onvictî9ii>f agiront individuellemettf sur chaque famille. On a te droit, sans doute, d'exîgër des fomilles indigentes, qu'elles envoient leurs enfans aux écoles {(d^ Bliques; c'est même un devoir, que d'attacher cette condltloir aux secours qu'on leur accorde ; mais il est mfeux encore, eit leur rendant ce service, de ne pas le leur ftiiposér comme (ttte

(1) ]Loi du 29 frimaire an ii, art. 6.

(2) Yoir Texposé des motifs du)[>Bojetidé Ia4oi du 28 juin 1833, et la dï»cuMion qui en a eu lieu dans les Gfaïambres législatives.

&56 SECONDE PAKTIE. LIVKB I. CHAP. XI.

contrainte, de les amener au contraire à s'en applaudir comme d'une obligation accomplie, comme, d'un avantage obtenu.

Ce service, au reste, ne peut marcher seul. L'enfant de l'indigent, allant à l'école, doit être chaussé et vêtu décemment : il doit être muni des objets matériels nécessaires à ses exercices ; il doit être tenu avec propreté. Les familles trouveraient, pour se dispenser de leur obligation, un prétexte dans l'impossibilité de faire ces frais. Une bienfaisance éclairée y pourvoira^ et plu» d'une famille comprendra mieux cette assistance, quoique secondaire, que le but pour lequel elle est accordée.

Nous parlons d'écoles, d'écoles élémentaires, pour les en* fans des classes laborieuses. Nous célébrons justement les écoles. Multipliez les e'éoles^ s'écrie-t-ôn de toutes parts. Cependant, que faut-il entendre par e'coles? Voilà des enfans rassemblés dans une salle, assis sur des bancs; voilà un magister qui leur donne, comme il peut, des leçons de lecture» d'écciluce, d'arithmétique f qui* leur fait réciter lèfur catéchisme ; qui les punit au besoin s'ils sont indociles. N'est-ce pas là une école ? On l'a cru long-temps, beaucoup de gens le croient encore. Mais que gagneront li la fréquenter les en- * fans des familles indigentes ? Comment y apprendrûnt-lls à s'affranchir un jour de la misère qui afifUge leurs parens?fci commencent les questions sérieuses et véritablement utiles. On a justement insisté sur IsT nécessité de joindre l'éducation à l'instruction proprement dit§2 même pour rendre l'instruction fructueuse ; de formef le caractère des enfôns eif même temps que leuHntelligence. On a reconnu que le mérite d'une école consiste aussi dans les méthodes et la discipline; qu'il y a des écoles pour plusieurs âges ; qu'il y a une éducation industrielle ; que les fruits de l'éducation peuvent obtenir une plus ou moins grande maturité , être conservés plus ou moins fidèlement. De là , le germe %s diverses améliorations * qui ont été ou qui peuvent j^tre connues et exécutées, et que nous allons rapidement parcourir. "'

ÉCOUU P0»ULAIBB8 AV^T LE XIX« SlitCLB. &57

A&TIGLE n.

Aperçus historiques sur V amélioration des écoles populaires ^ dans les temps

modernes»

Des écoles populaires «m Europe, avant le ux* siècle.

L'institution des écoles élémentaires parait s'être maintenue en Italie, pendant tout le cours du moyen âge, du moins dans les principales cités. Mais elles avaient un caractère municipal ; elles n'étaient pas destinées aux pauvres ; elles n'étaient point dés établissemens de bienfaisance. Telles étaient, par exemple, les écoles re'gtonaires de Rome (i), appelées, ainsi de ce qu'il en existait une dans chaque quartier ou r^ gian (2). Leur origine se perd dans la nuit des temps, parce qu'elles n'étaient sans doute qu'une continuation des anciennes écoles de l'empire. Sous la direction du sénat romain, elles étaient entretenues, partie à l'aide' d'un traitement accordé aux maîtres sur les caisses publiques, partie à rai4e d'une rétribution que ces maîtres étaient autorisés à exiger des élèves.

Les inAitutions qui ont enfin ouvert aux pauvres l'accès des écoles publiques, sont dues à la charité religieuse. On aime à rappeler qu'en répandant un tel bienfait sur l'humanité, elles ont été inspirées par une pensée éminemment morale, et qu'en perfectionnant l'enseignement élémentaire, elles y ont joint les influences d'une éducation vertueuse.

Ici , Rome encore a donné les premiers exemples. Si le résultat de nos recherches est exact , cet exemple date du pontificat de Clément YIII, vers la fin du xv!"* siècle.

(1) On sait que les institutions de Rome ont servi de modèles à celles de toute lltalie. Il suffit de jeter les yeux sur celles-là pour connaître les autres.

(2) H y avilit à &ome IZ régions (rîo/w), jusqu^à Sixte T, qui l«s porta

458 «1C0K9B »AA1IIB« LIYMB I. CKAf . &I.

Joseph Calasanzio, canonisé plus tard , et dont le nom ne peut être trop recommandé à la reconnaissance de la postérité, homme distingué par ses connaissances (i), ayant quitté l'Espagne pour habiter la capitale du monde chrétien, fut appelé à faire partie de Varchtcon fraternité* des Sainti- A'pôtreê', chargée alors dans cette ville , de la distribution des secours publics. Dans Texercice de ses fonctions, il reconnut que Tignorance est la mère de la misère et du vice; alors voyant un grand nonâbre d'enfans pauvres végéter dans TigBorance la plus profonde, il en supplia vainement les mattres re'gionaireê, de les admettre dans leurs écoles ; ceux-ci s*y refiisèrent h moins d'obtenir une augmentation de salaires. En vain aussi s'adressa-^t-îl an sénat, pour que cette augmrnitation fut du moins accordée ; le sénat loua son dessein, mais s'excusa de ne pouyoir le seconder, en prétextant Ténormité des charges publiques. En vain encore recourut-il aux pères Jésuites, pour fiaiîre admettre les enfans pauvres à recevoir dans le eoUege to^ main Tinstruction élémentaire; les pères jésuites répondirent que les statuts de leur ordre ne leur permettaient pas d'admettri^ les Jeunes gens qui n'auraient point encore appris à écrtre. Itne ftatpas plus heureux auprès des dominicains, dont l'instiffit se dirigeait à d'autres fins. Ainsi rebuté, il se décida à entreprend dre hiK-méme la bonne œuvre; et'U ouvrit la première école publique gratuite à Sainte-Dorothée, dans le Transtevere (2), qu^tl choisit comme le quartier de Borne où le besoin dTiD:'' struction se foisait le plus sentir. J. Galasaftfeio ent alors à soutenir une lutte longue et rude avec les maitrei réffùn nairesy qui prétendaient être investis du privilège exclusif de Penselgnement, et qui, après s'être refbsés à flaire le bien, ne voulaient pas même permettre qu'il flirt opéré par d'autres. Sa persévérance triompha ; il vit ses élèves s'élever jusqu'à

(1) n fut, à œ titre, élu théologien par le cardinal Marc-^'AntoiBe'CeldttiHif.

(2) Il fut assisté a «et ef!et par le curé Brentant, qui lui olirh le local et 8*as8ocia k lui ; d'autres ecclésiastiques nnrent ensuite le seconder. '

ÉCOLES IPOPULIIRS» XYAJf^ ]LE X$X^ §liCI<B. ^$9

mille, ses écoles se multiplier* Une coogrëgatiôo nombreuses, composée de ses disciples^ se forma autour de lui 9 et reçut plus tard une constitutlou régulière, sans preudri^ les conditions d'un ordre monastique. Cette congrégaiion ^'est multipliée de jour en jour, fidèle à Tesprît de son fondateur, dont la statue orne la plus magnifique basilique de l'univers- Calasaniiio donnait à ses écoles le nom dC écoles charitabk^^ et de là est venu le nom de Scplppe^ par lequel on désigne eette congrégation (1> A renseignement religieux, aux exercices qui forment enclora aujourd'hui Ip premier degré de l'instruciion primaire, le fon^ dateur joignait encore la fourniture gratuite de tous les objets matériels nécessaires, et les livres. U s'appliquait surtout à élever les enfans sous l'empire d'une sage et paternelle disei*pline; aujourd'hui encore, les instituteurs de sa congrégation continuent d'accompagner eux-mêmes les enfans au moment ^ où ils quittent l'école, jusqu'au domicile de leurs parens. , Il est digne de remarque que Joseph Calasanzio ad-' mettait sans diflicùlté à ses écoles les enfans des juifs qui ha* bitaient Romej il désapprouvait hautement le barbare peu* chant de la populace romaine à insulter les persoivnes deeette nation, et employait pour le détruire l'autorité de sa prédi-» cation. (3)

La congrégation des écoles charitables se répandit bientdt dans toute l'Italie, Mais elle ne s'était occupée que de l'édu^ cation des garçons pauvres. Les écoles gratuites pour les filles pauvres furent ouvertes pour la première fois à Rome, par ordre d'Alexandre VII, en 1655. Elles portent encore au-^ jourd'hui le nom ^éoQle$ pontificales. Les institutrices furent prises dans l'un des eomerpatoires (3) que nous avons eités au chapitre précédent, et choisies parmi celles des élèves qui

(1) De âçuaU pie^ pom des écoles.

(2) Nous avons emprunté presque littéralement ces ïaits au précieux ou- ▼rage de moosignor Morichini, déjà cité, partie iv, cbap, 2. La yie de saint J96eph Calasanzio a été publiée à Rome, en 1829» par M, Tossetti.

(3) Celui qui porte le nont des Mendictmti; voy. ci-devant, p. 402.

A60 sÉdOlCDE PAHTIB. LIVRE I. CHAP. XI.

$*ëtaienf niariées, et qui étaient les plus habiles dans les ou* vrages de leur sexe. Afin d'engager les*, familles pauvres à envoyer les jeunes filles à ces écoles, on accordait à ces en^ fans quelques distributions gratuites de pain, et dé petites dots à la fin de leur éducation.

Quelques années après (1), une dame révérée pour ses vertus, Rosa Venerini , fonda à Viterbe et à Montefiascone , une école pour les filles, sur le modèle de laquelle ont été ouvertes plusieurs écoles, à Rome et dans d'autres villes. Deux institutions sont issues de cette origine. L'une donne un degré plus élevé d'instruction , admet toutes les élèves externes et jgratuites, qui forment le plus^ grand nombre^ et quelques pensionnaires payantes. L'autre ne s'occupe que des filles externes et pauvres : elle les reçoit de 7 à 1& ans. Les maîtresses se rassemblent le dimanche dans leur cheflieu , et se répandent , pendant 5 jours de la semaine , dans les divers quartiers où elles tiennent leurs écoles. Les tt^es et les autres portent le titre de maîtresses ehariiables/ les secondes soht plus particulièrement désignées sous le nom de Philippines (i). La fondatrice a tracé les méthodes d'enseignement suivies dans ces instituts. (3).

La congrégation des dames Ursulines mériterait pettt-élre d'occuper le premier rang dans l'ordre de l'ancienneté ; car, elles ont été fondées en 1537, par St.-Angela Morici, avec ^e bur d'instruire gratuitement les pauvres petites' filles; mais, réservant exclusivement l'enseignement de récriture à celles de leurs élèves qui se proposent d'entrer dans la vie monastique, elles n'apprennent aux autres que le catéchisme, la lecture, le travail des mains; les services qu'elles ont ainsi

(1) En 1(156, avec Tappui du P. Ignace Martinelli, jésuite, et du cardinal Faednettî, évêque de Yiterbe.

(2) Du nom de M*** Lucie Filippini, Tune des disciples de Rosa Venerini.

(3) Voyez l'ouvrage déjà cité de monsignor Morichini, partie iv^, diap. 10» ll«tl2.

ÉCOLES I»OPULi(lUS AVAITT LE XIX^ 8I|ikCLE. Mi

rendus ^ réducation populaire n'ont pas eu une grande étendue.

On peut en dire autant de la congrégation de la Doctrine chrétienne f formée à Cavaglion, dans le comté d'Avignon» dès 1592, par le vénérable César de Bus, et de celle qui exis* tait à Rome près de Téglise Sainte-Agathe. Elles avaient toutes deux pour objet essentiel renseignement religieux; toutes deux aussi donnaient dans leurs écoles Tinstruction élémentaire gratuitement offerte ; mais elles y joignaient deux deij^és supérieurs d'enseignement, l'un pour les élémens de la grammaire latine , l'autre pour la littérature : ces deux congrégations furent réunies en une seule à Rome, il y a près d'un siècle. La première fleurit, en France,jusqu'en 1790, et ses membres furent connus sous le nom de docirinaireê. Toutes deux firent peu répandues; leurs écoles ne furent point destinées spécialement aux enfans des classes pauvres.

C'est, comme on le sait,^au vénérable et modeste chanoine de la Salle, que la France est vraiment redevable de cette insti-. tution , pour les enfans du sexe masculin. Il créa tout ensemble et une pépinière d'instituteurs, et un régime d'écoles destinées à rendre l'instructionfacile et accessible, à fonder l'éducatibn de l'enfance sur la morale religieuse. Il eut ]e mérite de substituer à l'enseignement individueli l'enseignement simultané plus simple, plus rapide, mieux secondé par l'émulation et la sympathie : il eut la sagesse de s'aider de l'esprit d'associa* tion, du zèle animé par la piété, de L'influence des vertus chrétiennes ; il eut le courage de lutter pendant vingt ans contre les préjugés, les contradictions, les obstacles de tout genre ; il eut à subir au sein de la capitale les tracasseries judiciaires les plus opini&tres, 6t se vit même contraint d'y céder momentanément. Les améliorations dont il fut l'auteur étaient considérables pour son siècle; il fit beaucoup pour la propagation de l'instruction élémentaire ; il fit davantage encore en faveur des mœurs populaires. Quoiqu'il ait imprimé aux statuts de son établissement une immutabilité qui se re-

Aiftalt trop aux pef fecliônnefiietis flitdrs, il prépara cependant par ses exemples les améliorations qui furent ensuite exéctité€S par d'autres (1) : sll trouva des adversaires, il eut des imitateurs et des émules. Deux de ses frères, envoyés par Itil à Rome^en 1702, pour soumettre le plan de son institut au sou- Teraln pontife, y ouvrirent une école; depuis cette époque, il en a été créé plusieurs autres. Tel a été le développement prO^ gresslf de l'institution, qu'en ISâil les frères de la doctrine èbrétiefine dirigeaient en France 256 écoles dans 2B1 tilles ; IMO instituteurs, 221 novices y étaient employés à ensagner 101,169 écoliers, qui participent ainsi à tine instruction grst^ tulte, stir tonte la surface du royaume.

L'esprit dé charité qui a inspiré cette institution en à Mi Éfâttre après elle plusieurs antres , qui, se dirigeant au même but, som devenues ses imitateurs ou ses émules. Tels soiit, par exemples tei frètes de Saint-Ântofne. Ceux-ci, en s*ett-^ gageaift dans la même carrière ont simplifié les conditions pour la création deà écoles, et se sont réservé plus de faculté pMr profiter les leçons de l'expérience.

D^à, gr&ceâ à saint Tincent de Paule, la France était dotée d'une institution semblable pour l'éducation gratuite des fillé^ pauvres. Les statuts des sœurs de la charité les appelèrent 1 rendre encore ce service à l'humanité, en même temps qu^â prêter leur généreux ministère aux secours à domicile et anl institutions hospitalières. Instituée, en 1 65â, par saint Tineefit de Paule, Cette congrégation associe l'enseignement grattrit, pour les jeunes filles, aux services hospitaliers, à la (fistribft^ tion des secours à domicile, à toutes les œuvres de charité (2')'. EHe s'est rapideiâent étendue, non-seulement dans toutes Um

parties de la France, mais daifs les états voisins, et à méctt^

(1) Sen> ustiMOy fondé en Iê79» fut approuvé par Beaott H^yUMj^ Tier 1724. Il naquit à Reims, le 20 avril 1661» et mourut à Roanne,. le 7 avril 1724. Yoyez la vie de M. le chanoine de la Salle, 2 vol. in* 4^ Rouen,

(3SJ OfrpeotvoirleiKRstttuf^axixrexéffaa dédretdu 10 fêvrier IdOll.

envoyé deà oolonies au-delà dea mera. Elle a ^oûHtmé en FranoQ d'exereer ses fonctions en plusieurs lieux ^ sous une ionna purement civile, pendant l'Intervalle de temps qui a vu supprigier les congrégations religieuses, et même pendant les violens orages qui ont exposé leurs membres à des pét^ a^uUons. Rétablie sous le gouvernement impérial, elle pos>sédait, en 1834, plus de 300 établiçsemens, et y employait, AMO soeurs, dont un tiers au moins se voue à renseignement. Elle a adapté à rinstruction des filles des méthodes analogues à oellos qui ont été introduites dans les écoles de garçoni^ parles frères de la doctrine chrétienne.

Plusieurs autres congrégations de sœurs, fondées su^ le même principe, dirigées par les mêmes intentions, multi^ lilièrent à Fenvi, en France, dès le siècle dernier, les écoles graMûtea de filles, y Introduisirent renseignement simultané, et y joignirent l'édacation du travail à l'édtfcation religieuse, morale ei kitellectuelle. Dans leur nombre ùtt rignale, du meina pour retendue de l^irs travaux^ les ^eMrê de Séka- Chaaii»f fbndées dès le milieu dtî xm^ siècle à Belley ,pa^ Pabbé ItemfaML Cette congrégation dir^e encore en cèmewent phis de 50 établissemeBs, et donne aui jefunes Biles une Instruction plus rélevée que celle à laquelle sont admis en général tes enfims indigens. Il faut citer les sœurs de la ehariie'et de fin- 9lT%êetian ehrétiefme, dont le cheHien est à Nevers, et qui dfvigeftt aujourd'hui environ iîO écoles, dans toute Fétendne de la France; les imun de la doctrine ekreiienne de IVancy, c^nomessotts le nom de Va^^ehtieê^ qui dirigent environ 206 icolcs dans Test de la France ; les sœurs de Saint^lharies^ dMl le ehef^lieu est dans la mémo ville \ ted sœurs de \^ Sageste, dont te chef-lieu est à Rennes ; les sœuré ntaitreÉSee HécoU, à Saint-^Brieun ; les fUhn de la Croix k Poitiers : les mewr» deSainê-Joseph^ à Lyon, qui ont pires de 15(^ établts^ lemens ^ le^eeeurede féd»eaUon ehteVemte, celles de Saint- Matàt^g les àam99 de la Providence^ ha iœmr de la ricordCf les filles de Marie^ 0lo# ,

4tt mttnmm vamb. U¥ib i.

Sét 3*24 éiablittaMw fimiés pardn ligiaugi de fcMcs, et qoi existent cb ce mamiemt ISsealeaeiit n'oatiTaiitredeBlnatHMiqiielaTieoMieaiplative. La Moitié an mrâis des aimes a poor bat l'édoeatiOB gntttie des jUles pasffes. Sor 18,000 daaes m sœns, oomposant ces coBgrégatioM, prés de la flMMtié se Yone an fonctioas de l'easdgiMaait

Frédérfc^e-GfaBd, en Allemaipie, donna Texenipie d^ne jnste et générease soUicItnde dn légisiatenr, en fiivenr de rédncation iioinilalre. P^ nn ordre dn V janvier 1759» M IHrescriTit qœ « tont balntant qui ne pooirait on ne Tondrant « pasfure donnera ses enfims nnstmctiini nécessaire, dans M sa propre maison, serait tenn de FenToyer, dès l'âge de 5 c ans aecomirtis, aox écoles publiques. L'enfant fiit égalem^tt c <Mifé d'être asndn à l'école, et ne put, à dater du même « ige, s'm absenter, sans que des circonstances particulières c fussent de nature à l'exempter, et sans le consentement des c atttorités civiles et ecclésiastiques ». Une Jégislation analogue a été adoptée par rAutriche, la Savière, le Wurtemberg, Bade, et presque tous les états de l'Allemagne. En DanemailL, la loi exige que chaque enfant sache au moins lire.

Les législations de l'Allemague ne se sont pas bornées à imposer (|es obligations, et à y joindre des saacUons pénales. Elles ont aussi offert des secours aux familles nécessiteuses, pour leur fournir le moyen de vêtir décemment les enfans qui fréquentent les écoles, et pour procurer à ceux-ci les' cAjets matériels nécessaires à leur iustroction. Elles ont prolongé jusqu'à Ik ans au moins la fréquentation exigée. Elles ont étendu le devoir aux maîtres qui tiennent des en&ns en apprentissage.

Il restait à faciliter l'accès des écoles, et à perfectionner leur organisation. Vers la même époque, cette grande amélioration fut aussi exécutée en Allemagne par des amis de Fbumanité, reccnnmandée par des écrivains pleins de zèle, eC occupa vivement l'attention publique.

Page 1