ÉCOLES POPULAIRES AYAKT LE XIX» SIECLE
Le pasteur Rezewitz donna lé signal, par un écrit (1) qui montra tout le bien qu'on devait attendre d'une semblable réforme. Il s'occupa essentiellement des écoles de village, celles, qui étaient les plus négligées. Le vénérable chanoine de Rochow répondit à cet appel: il fit plus; il créa dans son village de Recahn lé modèle d'une nouvelle école perfectionnée; il s'en rendit ensuite l'historien, et tâcha de justifier' ainsi ses perfectionnemens par le témoignage des faits (2). Risemann, après lui , dans la description de cette célèbre école , en expliqua la théorie, en traça la marche pratique (3). Le mouvement était imprimé. L'exemple de Rochow fructifia, et des propriétaires généreux dotèrent les lieux de leur résidence d'étal^lissemens formés dans le même esprit. Zerrener publia son Ami des écoles germaniques, ses vues sur les moyens d'éclairer le 'peuple , et sur V amélioration des écoles devillageQx). Fischer donna des directions aux maîtres d'école , et fit comprendre comment les mœurs populaires pouvaient s'améliorer par l'amélioration des instituteur^ (5). Willaume publia un manuel pratique (6); Hanz^ une méthode générale (7); FrancUe, dans son manuel-, indiqua les méthodes les plus propres à atteindre le but, dans chaque branche de l'enseignement populaire (8) ; Krunitz rassembla, compara, apprécia ces dififérens travaux avec son exactitude accoutumée. Déjà, le bienfaiteurde la Bohême, le comte de Bucquoy, considérant le perfectionnement de l'instruction populaire, comme l'une des conditions essentielles pour procurer aux classes inférieures de la société ce bien-être qui était
(1) Vorschlàg zur Verbessenmg der Landschuien.
{2) Geschichte meiner Schalen, Schkiwi^j 1195.
(8) Beschreibwkg der' Aecahnsehen Schule,, Berlin, 1 798.
(4) Erfurt, 1791, Berlm, 1801. Magdebourg, l'ÏSe. Leipzig, 1792.
(5) Voir ces deux ouvrages, publiés à Leipzig, en 1789 et 1791;
(6) Hambourg, 1800.
(7) Erfurt,1801. '
(8) Hanovre, 1802. '
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Vobjet de ses vœux, avait fondé, en 1773, à Pra^e, une école normale , dont Bohm et Wagemann firent connaître' au public les résultats (1)* Un ecclésiastique doué d'un zèle adiiiirable et d'une rare intelligence pour Forganisatiôn de$ écoles populaires, Kindermann, fut mis, en 1776, à la tête de cette institution ; il attira des paysans à ses écoles , par un exercice plus réglé du chant , par une pratique plus soignée ^e la calligraphie, et par Tart avec lequel il sut réunir dani$ les écoles le travail des mains à la culture intellectuelle ^ le développement fut si rapide qu'en peu d'années le nombre des enfans fréquentant les écoles en Bohème, s'éleva de 7 sur cent à ,plMS de 6 sur dix. L'impératrice Marie-Thérèse , ea anoblissant Eindermann pour les services qu'il avait rendus» lui donna le titre de Schulstein (pierre fondamentale des éCQles); exemple unique peut-être d'un anoblissement qui l^it eu une semblable .cause, et d'un titre nobiliaire qui ait ei^primé une semblable image. A trois milles de Prague, Tor-^ ^HQva , dans sa terre de Scbœnfeld , s'étudia à perfectionner encore la création de Schuisteiu par l'érection d'uqe école ru* raie. Yers ce même temps, Basedow, dans son ardent enthousiasme , signalant les vices de l'ancien mode d'en&eignement| cberchàil; à lui substituer les procédés figuratifs et les former sensibles^ il espérait, par cette réforme, servir puissamment la cause de l'instruction populaire. Sou Phiianiropium offrit quelque temps une application de ses méthodes ; il excita une grande attention et de vives controverses, Son système, empreint de quelques exagérations, ses créations, précipitées peut-être, n'eurent pas une longue durée; mais les discus-« sions mêmes auxquelles elles donnèrent lieu furent d'une grande utilité. Du Phiianiropium de Pessau sortit le célèbre Campe, qui , après y avoir rempli une année les fonctions de curateur, fonda à son tour une nouvelle école. Limpulsioa était donnée^ Des étabiissemens destinés à l'éducation popu*
(1) Les écoles normales étaient proprement des écoles-mydèles.
ÉGÔLBS POPULAIRES AYAIVT LE XIX^ SIÀCLB. Zi67
laire s'ouvrirent à Halberstadt, en 1778; à Breslau, en 1787; ils se réjjandirent en SaxJB, en Hanovre. En Prusse, le baron de Beck et le pasteur Herbing en fondèrent deux à Wesel, à Kinden.
La société hollandaise de bien public , qui a si bien mérité ce titre par l'étendue, la constance et la direction de ses travaux, avait compris de bonne heure qu'une sage éducation est, pour le pauvre, le meilleur des secours; par sessoins^^ àès^ le siècle derniiêr, de nombreuses écoles s'ouvraient de tputes parts, de bons instituteurs se formaient pour les diriger ; des lectures choisies étaient rédigées pour les élèves. Cette société s'occupait peu des méthodes ; appliquant à l'éducation j. populaire le bpn sens pratique, et cette sincère moralité qui<^ préside à toutes ses opérations^ elle voulut surtout, en multipliant les écoles, en faire sortir les germ^ des bonnes mœurs; elle suivit sans ostentation, et avec une rare patience, l'accomplissement de cette belle œuvre: déjà elle en recueillait les fruits depuis long-temps, lorsque l'Europe apprit, il y a quelques années, avec un sentiment de surprise et de respect, quelle était retendue de cette moisson. L'illuàtre
Mi
Cuvier visita ses créations, en apprécia le mérite^ s^en rendit l'historien, et présenta ces nobles exemples a l'émulation de sa patrie. (1)
Le* législateur hollandais n'a point fait, pour les famillesi une obligation 'Çivile de l'envoi des enfans aux écoles publiques ^ mais, il a recommandé aux administrateurs locaux et aux inspecteurs, d'employer les moyens de persuasion ponr obtenir cette fréquentation ; il est secondé dans ses effort9 par les ministres des cultes et par les administrations chari^ tables.
Dès 1696, l'Ecosse obtint de Guillaume et Marie un sta*^ tut qui régularisait les écoles, en fixait le nombre, ^ conr fiait la sui*veiUance aux ministres du culte f et réglait
^ (1) Yovf le Skt^port de Cuvie^^ur les écoles de Hollande.
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aussi les honoraires des înstiioteurs. Le clergé sut comprendre et remplir la mission qa'il avait reçue; dès-lors, réducation populaire prit dans ce pays un développement salutaire.
Amélioratioiis DoiiTelles, accomplies en Europe^ ao oummeiieemeiit da xix'
siècle.
A la suite des ravages qu'avait exercés en Suisse, vers la fin du siècle dernier, une guerre rapide, mais désastreuse, de nombreux enfans éprouvaient à-la-fois les horreurs delà misère, et restaient sans appui. L*âme généreuse de Pestalozzi s'émut à ce spectacle; il adopta ces infortunés, voulut devenir leur instituteur. Dans l'ardeur de son zèle, il conçut sous un point de vue nouveau les fonctions de l'instituteur; enfant de la nature lui-même , ne prenant de conseil que de son propre génie^ il demanda à la nature ses directions, ou plutôt voyant dans la nature la vraie institutrice de l'homme , il s'étudia à lui servir de ministre. Les mères apprirent de sa bouche, pour la première fois, toute l'importance des fonctions qui leur appartiennent dans le premier enseignement de l'homme ; elles en reçurent de précieuses indications sur les moyens de s'acquitter de cette belle mission. A son tour, il se dévoua pour continuer, dans le même esprit, l'œuvre de la tendresse maternelle. Le premier, s'appropriant dans la pratique un précepte ancien, que, dans son Orhù pichùs, Amo9 Comenius avait mis en exemple, que J.-J. Rousseau avait ra« jeuni et développé avec tout l'éclai de son talent , il essaya de porter jusqu'à la plus extrême rigueur le principe fécond de l'intuition. Dans sa laborieuse et patiente construction , il ne voulut omettre aucun degré,, aucun détail. Comme la nature extérieure, s'offre à nos regards sous des formes généralement commensurables, sa géométrie et son arithmétique devinrent
AMÉLIORATIONS AU XIX" SlèCLlà. A69
pour lui comme les deux branches du grand compas qu'il ap-^ pllquaità la scène du monde. Son dévoument fut sans bornes; son courage admirable ; ses vues souvent heureuses. Entraîné à les exagérer, peu habile à les réaliser, contrarié par les circonstances, par les hommes, par ses propres erreurs, il succomba sans avoir pu atteindre son but, mais, du moins, après avoir excité de nobles sympathies , provoqué de fructueuses méditations, et des controverses utiles, quoique trop souvent passionnées. Ainsi , après avoir donné une impulsion salutaire, Pestalozzi a légué à sa patrie des résultats qui subsistent et fructifient (1). Vers le ùiéme temps, un homme de bien, également enflammé de la noble passion des amélioratiops utiles, réunissant les moyens de les exéeuter, et les concevant sur le plan le plus vaste qu'un simple particulier 'eût encore osé tenter de réaliser, fit habilement entrer dans le vaste système de ses établissemens d'Hofwyl des modèles d'éducation populaire : au milieu de ses belles fermes expérimentales , à côté de ses instituts pour une éducation plus relevée, s'élèvent des écoles pour les pauvres des deux sexes, un& école normale d'instituteurs , des ateliers pour la construction, des instrumens agricoles. M. de Fellcnberg s'occupa moins d'introduire de nouveaux procédés dans l'enseignement, que d'imprimer un caractère éminemment moral a l'éducation des enfans de la campagne , et de conférer à ces enfans le plus haut degré de capacité pratique que leur
" (1) M^'*' Isler, élève de Pestalozzi, persoi^ne d'un vrai mérite, à fait une heureuse application des procédés de son maître^ dans Vécoie des petits eti" fans (saHe d'asile], qu'eUe est chargée de diriger à Zurich.
La méthode de Pestalozzi, simpli&ée et réformée, est aujourd'hui appliquée à l'enseignement classique^ spécialement en Suisse. M. et M'"*' Niederer font éclairée par leurs écrits^ et Tout appliquée à l'enseignement des filles à Tvei*duh; elle a été appliquée, dans la même \ille, par MM. Ranck et Cruse à un institut de garçons. •
Voyez l'ouvrage de M. Niederer, intitulé : Darstellung der Grundsœtze der Nîedererschen itnd Crusischcn Jnstalten in Yverten, Zurich, 1824; et celui de M™" Niederer : liikkc in das ffescn der wcibïichen Erziehung, lierlin, 1828.