V » SÊGOIÏDE PARTIE. LIVRE I. CHAP. XI
eondition demande et comporte. Eh relevant ainsi la dignité de la eondition laborieuse , il s'est sagement appliqué à la faire chérir de ceux qui y sont destinés, et à les prémunir contre les dangers elles tburmens d'une ambition inquiète et jalouse.
Pendant que la Suisse protestante recueillait principalement le fruit des généreux efforts de Pestalozzi et de M. de Fellenberg, un philantrope religieux, dont THelvétie entière ne prononce aujourd'hui le iiom qu'avec reconnaissance et respect, le père Girard, se dévouait pour répandre le même bienfait sur la population des cantons catholiques; s'étudiait à perfectionner et a simplifier les méthodes, à faire goûter les avantages^de l'instruction aux classes laborieuses, à leur en rendre l'accès plus facile. Il s'attachait aussi, et surtout, à rendre llnstructîon tributaire de la morale, et il trouvait le secret de tirer cet effet de la grammaire elle-même (1). L'école modèle, qu'il avait ouverte et qu'il dirigeait à Fdbourg , était tout entière vivifiée par l'esprit religieux et par l'influence de ses vertus.' Il eut, ce que la postérité aura peine à comprendre, de rudes combats à soutenir, des disgrâces à essuyer ; il vit détruire sous ses yeux l'guvrage qui lui avait coûté tant de sueurs. Mais le souvenir du bien qu'il avait fait, et ses éloquentes paroles ont survécu (2); les semences qu'il a jetées ont été fécondes. (3)
V C'est ainsi que la Suisse , en répétant et propageant ces nobles exempfles, a eu le bonheur et le mérite tle donner à l'Europe et à notre siècle des leçons salutaires, en rappelant l'attention générale sur l'un des plus, grands intérêts de l'humanité.
Pendant ce temps, sous l'empire des lois qui rendent l'âssis-
(1) Voyez sa Grammaire des campaghés,
(2) Voyez les discours prononcés à diverses époques, par le P. Girard » à Fribourg.
(3) Voyez récrit de M. le pasteur piodati , de Genève, sous le titre de L'enseignement primaire par le P. Girard, Genève, 1820.
AMÉLIOEATIOirS AU XIX« SIÂGLE. ft7l
tance aux écoles obligatoire pour les enfans , sous Tinfluetice d'une direction éclairée et d'une active surveillance de la part de l'administration publique, les écoles élémentaire^ de l'Allemagne n'ont pas cessé de perfectionner leuçs méthodes et leur discipline , et d'accroître la sphère de leur enseignement. Il est à-peu-près sans exemple qu'on découvre en Allemagne un individu qui n'ait pas reçu le premier degré dlnstruction. Il suffira de citer ici l'exemple de la Prusse, qui, en 1831, stit 12,726,823 habitans comptait 2,21,/i21 enfans de? à. 1& ans présentés aux écoles , savoir :
Garçons 1,044,364
^ Filles 97'7,067
OU environ un enfant par 6, 30 habitans. ,
Le nombre total des enfans de cet âge étant, en Prusse, de ^,0&0,000, à la même époque, il manquait à peine aux écoles 21,609 enfans, ou un sur 200.
En Danemark, les enfans n'entrent guère à l'école qu'à l'âge de 7 ans; mais ils y restent jusqu*à 14 ou 15 ans; l'instruction qu'ils y reçoivent est plus relevée que dans la plupart des écoles de nos contrées: il n'en çsl pas un seul qui ne les fréquente.
Quels que soient les moyens de persuasion qui sont employés en fiollande pour obtenir une semblable assiduité, quel que soit le mérite des écoles hollandaises, dont les avan^ tages devraient aussi agir sur les dispositions des famillesf le nombre des enfans présentés aux écoles publiques n'a pas fait <|e progrès sensibles dans ces derniers temps. Sur une population totale de 2,530,000 habitans, on ne comptait aux écoles, en 1835 , que :
' • 173,678 garçons, '
130,881 filles.
ToTAi... 304,459 enfans répartis dans 2,832 écoles.
C'est environ un enfant sur 8,30 habitans, et 3 enfans sur & de l'âge de 7 à 14 ans.
&72 SECONDE PAJITIE. LIVA£ 1. CHAP. XI.
La Hollande a des écoles spécialement destinées aux pauvres : armen Schoelen; l'admission y est gratuite. Parmi les quatre écoles des Pauvres de La Haye ^ il en est une qui compte plus de 1000 élèves, de 5 à 12 ans.
L'Ecosse, depuis long-temps favorisée par un statut protecteur, voyait prospérer ses écoles élémentaires, en recueillait des avantages positifs, lorsqu'une circonstance inattendue excita tout-à-coup en Angleterre une heureuse émulation et un intérêt général en faveur de ces établisseoiens. Lancastre venait de, rapporter de Tlnde, et répandait parmi les sectes dissidentes ce nouveau mode- d'orgSH nisation des écoles qui a reçu le nom d* enseignement niufù§if A la vue des succès qu'obtenait une forme d'enseignentent aussi remarquable par sa simplicité que par Tesprit d'ordre qui y préside, le docteur Bell s'empressa de porter dans la marche des écoles du culte anglican une réforme fondamentale; il y appliqua des principes analogues sous des combinaisons différentes, et avec des vues qui lui étaient propre*. Cette heureuse rivalité seconda l'essor de^s perfectionnemens, en fit apprécier le mérite. Le zèle s'éveilla, se propagea ; un esprit public se forma pour seconder ses efforts ; de nombreuses associations s'organisèrent; les souscriptions affluèrent dp toutes parts. En peu d'années, l'Angleterre se couvrit, coinme par énclîantement, d'écoles où se déployaient, avec le luxe d'une ^élégante propreté, avec des méthodes perfectionnées, de nombreux secours en faveur de l'enfance. . .
L'Ecosse, en 1834, possédait:
1,1^2 écoles de paroisses;
263 — de la propagation des connaissances chrétiennes; 89 — de charité;
100 — de dlssidens; 3,008 autres de toute sorte.
Total 4,612 écoles sur une population de 2,47 1,426 habitans.
Op évalue que le nombre des élèves qui fréquentent les écoles est d'environ 1 sur 10 habitans.
AHÉUORATIOlfS AU %lX^ Sl&GLE. &7B
A la même époque, TÂDgleterre et le pays de Galles comp*
ient:
taient :
écoles. Élèves.
Î Infants ichools ou salles d'asile. 2,986 } ( 80;006 Daify schools 36,986 | 66,799 ] 1,187,942 Simdaf sckools 16^828) [l,648,890
En tae tenant compte ici que des Daily schooU, les seules qui nous occupent en , ce moment, on trouve un élève sur 7.habitans environ. (1)
Les relevés dernièrement obtenus, par suite d'une enquête parlementaire, sur les écoles des 5 paroisses de Westminster, «servent adonner une idée du système des écoles. dans la capitale de Fempire britannique.
Une première classe d'écoles, les DameêchooU^ est bornée à l'enseignement dé la lecture' et de la couture. On en compte, dans les 5 paroisses , 21 qui sont fréquentées par 125 garçons et 215 filles, payant une rétribution de 4 à 6 deniers par semaine. ^
Viennent ensuite les écoles quotidiennes (Daily schools), qui comprennent, en outre, l'enseignement de l'écriture , de l'arithmétique, des élémens de la grammaire, de la géographie, de l'histoire, et de l'arpentage. Elles sont au nombre de 33 dans les 5 paroisses: 28 communes aux deux sexes; 5 spéciales aux garçons. Elles contiennent A02 garçons et 382 fiUes.
Les écoles moyennes (JUiddling schools) sont plus relevées encore d'un degré. On y enseigne la grammaire, fhistoire, le dessin, la littérature classique, la géométrie, Tar* pentage. Les élèves acquittent une rétribution trimestrielle, .savoir : pour les garçons , de 8 shillings et 5 deniers , à 21 shillings; et pour les filles, de 8 shillings à 30 shillings et 6 denieris. Ces écoles sont fréquentées par 597 élèves.
Les écoles supérieures, dans les 5 paroisses, sont au nombre de 13, et comptent 525 élèves.
(1) Yoyeï Tenquéte pai'lementaire, exécutée en 1834^
ft7ft SBCORDfi PAatlB. LITBfi I. CHAP. XI.
7 écoles de paroisse reçoivent 1201 élèves^ dont 633 paient la modique rétribution d*un penny par semaine. L'enseignement, dans ces écoles, est limité à la lecture, à récriture, au calcul ; on y joint la couture pour les filles.
Le^ écoles du soir, comprenant environ 87 élèves, donnent un enseignement analogue à celui des écoles quotidiennes, pour les enfans et les adolescens qui ne peuvent fréquenter celles-ci.
La population des 5 paroisses étant d'environ &3,000 habitans, le nombre des élèves serait à celui des habitans comme 1 est à 8, 21. Mais les commissaires chargés de Tenquête peignent la plupart de ces écoles sous des couleurs peu favorables, à Texceplion des écoles de paroisse. D'après leur, opinion^ 1600 élèves seulement recevraient une instruction réelle ^ ce ne serait pluç qu'un élève sur 28 habitans.
On aur^ait tort de supposer que Tlrlande soit restée étrangère aux améliorations qu'a obtenues, depuis le commencement de ce siècle, l'éducation populaire. Des efforts consîdël*ables ont été faits du moins, pour multiplier les écoles dans cette contrée ; elles abondent surtout dans les villes. Une association bienfaisante, instituée à Dublin, contribue surtout à cette propagation avec un zèle digne d'éloges. En 18S5, M. Mac CuUoch calculait que l'Irlande comptait une école pour 824 habitans, et un enfant fréquentant l'école sur 7,53
habitans.
Le rétablissement des communications entre la France et les autres états de TEurope, à la suite des traités de 1814 et 1815^ permit à notre pays de s'instruire des améllof*âtioiis dont la Grande-Bretagne venait d'être le théâtre ; les amis du bien redoublaient d'ardeur pour réparer parmi notis, par des créations utiles, les désastres qui venaient d'accablër notre patrie. Le retour de la paix prêtait quelque^ faveur à leurs efforts ; plusieurs d'entre eux visitèrent lès noirrelles écoles de l'Angleterre, les décrivirent et essayèrent d'en naturaliser les foniies sur le sol français ; on lés modffia, on
AMiliIORATIOHS JlV tlX, SlicLB.
les perfectionna sous quelques rappok*ts ; le public vit avec surprise s'ouvrir Aq vastes enceintes où 4 et jusqu'à 500 enfans de divers âges, s'instruisaient à-la-fois, dans un ordre parfait, sous les yeux d'un maître unique, par des exercices variés et gradués, où l'attention des élèves était constamment soutenue, sans être jamais fatiguée. Une polémique animée qui s'éleva fut doublement heureuse, parce qu'elle éclaira l'opinion publique et excita l'émulation : lés eftorts de généreuses sociétés (1) propagèrent la lumière, firent éclore la syfti-
' pathie, créèrent, protégèrent les écoles. Un intérêt général se manifesta pour la cause de l'éducation populaire. Enfin, à la suite des évèriemens de 1830, on comprit que
. cette cause est étroitement unie à celle de toutes les améliorations sociales, à celle d'une sage liberté; le gouvernement et le législateur rangèrent au nombre de leurs principaux devoirs les mesuKes nécessaires pour la servir. L'administration publique recueillit avec soin les exemples de l'Allemagne (2); organisa les écoles normales d'instituteurs et décerna de nombreux encouragemens(3). Une-loi mémorable, code nouveau et bienfaisant, quelle que soit d'ailleurs son imperfection , vint donner à Finstruction élémentaire en France des bases larges, un plan régulier, des' moyens efficaces de développement, et les garanties nécessaires. En quatre années, c'est-à-dire de 1832 à 1836, on a vu le nombre des écoles de
(1) Dans leur nombre, le premier rang appartient à la Société pour Védu* cation éUmentaire, de Paris, qui, formée en mars 1815, leur a service centre 6t a lutté avec persévérance et sagesse contre un grancl nombre d'obstacles.
(2) Voyez les rapports faits et publiés par M. Cousin et par M. St.-Mkrc- Girardin, sur les écoles de rAllemagne septentrionale et méridionale, L*autéur du présent ouvrage, d'après le désir de M. le ministre de riustruction publt* que, lui a aussi remis un travail sur les écoles d'une portion de rAllemagne inéridionale, dont l'extrait a été inséré dans \e Journal officiel de rin»truction pMique.
(3) La reconnaissance publique s'attachera toujours aii nom de M. Guizot» pour la direction éclairée et la puissante impulsion qu'il a données à cette bienfaisante rénovation.