SECONDE PARTIE. LIVRE I. CHAP. XI
cours, dans les formes, aux petits enfans qui Tentourent, on irait contre le but qu'on se propose. Mais si l'enseignement de la morale religieuse est conçu comme il doit Tétre pour de tels élèves, s'il prend ia forme d'exercices à l'aide desquels la morale se montrera vivante et sensible, s'il emprunte le secours des exemples et des images; s'il s'applique par la juste distribution de la louange ou du blâme;' si lé chant des hymnesi la prière, la lecture des livres saints, le culte public, se joignent à des entretiens familiers, pour initier graduellement les jeunes enfans à d'augustes vérités qui sont le plus noble patrimoine de l'humanité, alors une telle instruction doit occuper le premier rang, présider à tous les exercis, vivifier l'école. Les élèves la respireront sans cesse, et SQUs mille formes diverses. Elle se montrer^ à eux comme^un flambeau qui leur révélera la dignité de leur nature ; elle animera leurs actions, elle fortifiera leur raison; elle viendra au secours de leur faible intelligence.' Une telle instruction s'adresse moins à la mémoire qu'au sentiment ; ou plutôt elle cultive), elle épure un sentiment dont le germe était dans le
m. Km.--
cœur. Elle n'impose pas la foi ; mais elle satisfait aux besoins de la créature humaine. L'enfant ne se forme pas, sur les choses divines 9 des notions philosophiques; mais L'enfant comprend très bien l'idée du Père céleste, de sa bonté, de sa justice. Si l'on ne considère les écoles populaires que comme devant servir de théâtre à une suite de leçons méthodiques^ comme devant conférer certains instrumens intellectuels , comme une préparation aux arts et métiers, on conçoit qu'il soit possible d*enexçltfreja morale religieuse. Mais, si Ton ramène l'école populaire à sa vraie destination, si elle doit former le caractère, embrasser dans ses influences l'homme tout' entier, l'armer pour l'ensemble de sa carrière à venir, en un mot, si elle est comme le premier noviciat de la vie sociale, alors on reconnaîtra que la morale religieuse est la provision la plus naturelle et la plus nécessaire que l'enfant piiuvre y puisse trouver. .
NATURE ET DEGRÉ DE L'lN9TRUCTI0If . 693
Il est un genre d'exercice usité avec avantage dans les écoles élémentaires de rÂlIemagne et de la Suisse, et jusqu'à ce jour à-peu-près inconnu dans le reste de l'Europe (i) ; ce sont ceux qui, sous le nom d'exercices de la pensée, sont destinés à former te raisonnement (2) : ils consistent à conduire les enfanSy par une suite de questions convenablemenl posées, à se rendre compte des objet» qiii les entourent, de ceux qu'ils ont observés, à les décrire exactement, à en déterminer les qualités, l'utilité ou les inconvénieps, à les classeis à les diviser, à les définir, à juger les elSfets et les causes qui se trouvent à leur portée dans le Romaine de leur expérience; à former de petits raisonnemens bien liés: en un mot, ces exercices provoquent, en les réglant, , l'activité de rintellir gence et la réflexion. Ils se présentent comme la continuation de ceux qu'on vient d'introduire dans les salles d'asile poBr les petits enfans. Ils s'appliquent aussi au calcul de tête, et fournissent l'occasion de montrer l'emploi du calcul dans les choses usuelles. C'est une sorte de logique pratique et enfantine. Les enfans y trouvent un extrême plaisir, et toutes leurs éludes en profitent. (3)
En simplifiant rénsèlgnéniént de la lecture, de l'écriture et du calcul, on abrège d'une manière sensible la durée du temps pendant lequel les enfans pauvres sont retenus à l'école pour acquérir ces premiers instrumens. Au premier coupd'œil, on peut se flatter de rendre par là aux parens un double service ; celui de leur procurer plus de facilité pour envoyer leurs enfans à l'école ; celui de les leur rendre plus
(1) Cependant, en France, les départemens du Haut et Ba^Rhin, les ont empruntés aux écoles aUemandes.
(2) Denkûbungen: le respectable curé Demeter, aujourd'hui évèque deFribourg en Brisgau, a eu b part principale dans la création et la propagation de oes A&ercices.
(3) M. Reumer, instituteur très distingué de Strasboui|;, a publié, en décembre 1834, un choix de oes exercices en langue française, qui mérite d*étre recommandé. (Chez Le^rault, à Paris et à Strasbourg.)
tôt, poiir être employés à quelques travaux manuels profita- Dlès. Mais , en y réfléchissant, on reconnaît bientôt qiië les familles pauvres n'achèteraient cp double avantage qu'àii ^rîi de pliis grands sacrifices. En bornant ainsi Tinstruction des éiifans pauvres, à la capacité de lire, d'écrire et dé calculer, oii lés priverait des acquisitions essentielles qu'ils devaient rapporter dç l'école, dé celles qui Forment la substance même êi la réalité de rinstructiôn. En ne le^ appelant à Tëcoie qhè pendant iihe ou deux aiinéës au plus, on les laisserait pëildaht tout ié reste de leur enfance, et de léiir adblescencé, étrangère à cette discipliné salutaire, à cette édutaiioii défe bonnes habitudes, à cette influence des sages directions, d'odi l'ébble doit être pour eux le foyer. Et ces înconvéhieris deviendraient d'autant plus iacheux , que les éhfans retroiivlî^ raient lâoihs, au isèih de leur prôjpre famille, les ressoutcëi d'uiie éducation domestique bien entendue, tl ne faut Aoùi 'âbrégelr cfe jibemier oMre d'enseigiiément qu'au profit d'Uilè Instruction réelle et qui se compose de notions applicables. L'enfant qui lit, écril^ calcule, n'a encore qu'une ca^acîiè^ l'essentiel est qu'il en fasse usage ; c*est là ce qu'il faut lui apprendre ; autrement on s'arrête à moitié chemin.
Si nous desirons que l'enfâht du pauVrê acquière toùteà lèé connaissances réelles dont il pourra, dans la suite de sa vie. Faire une application utile, nous désirons, dans Son intérêt même, quesbii instruction hé dépasse pas cette lifaiilë. Il^é^ ràit difficile qiCil n'achetât pàS ce luxe de connaissances, àiil dépëiis du nécessaire. Il n'y puiserait qiie dé fausses lumières, parce qu'il n'acquerrait que des notions superficielles et incomplètes ; il se dégoûterait de «on état, sans pouvoik* en bbtenirun meilleur ^ la fièvre d'une inquiète agitation troid)lërait la marche régulière du travail, le bonheur des classes laborieuses, et peut-être la paix de la société elle-même.
De la culture intellectuelle convenable pour les enfans pauvres.
iDonner aux ëiifans pauvres les notions applicables , 'c*eist iiè les pbiiHôtr que d'Une partie des provisions intellectuelles dont ils bïiï besoin ; il foiit aUssi les reiidré capables de è'éh Servir. L'éducation doit former leur jugehifent. La raison {)t*atique est la t)ius nécessaire atl pauvre ; plus hti situation ëoit UU Jbur être dilBcîle , plus il doit apprendre & âàtbfr se conduire ; ici, il n'y a pas pour lui d'excès^ à craindlrë) 9é luxe inutile. Trop sbiivent Venrant pauvre, ^ii sein de i&a famille^ est de bonne heitre entretenu dans les idées les pins • labsnrdës; il est Uburri dans les préjugés; le commerce dlB ëbht qui l'entourent ne le dispose point à réfléchir. De là, ees ][ii'éTentioi)s aveugles qui dans la suite le tjfrauhi&ent et l'égarant; de là, cette Crédulité qui le livré sans défense ^Ux charlatans et aux imposteurs; cette faiblesse d'espHt qéi l'empèchè dé triompher deà bbstacles; ces erreurs qui lui Ibtit prendre une fausse route ; cette opiniâtreté qui le fMt ])érsévérér ; ces défiancés qui Itai fout repousser les bbns coli'' seils ; de là ', ce demi-idiotîsmë qui fait tant de mauvais bU- Ttiers. Le bon sens est l'un des plus sûrs préservatifs. eoniHs la misère. Le bdhs sens ^at^antit à-là-fois dé^ fau&séë prétëtttions^ des écarts et de Tincapacité. Il enseigne TactiVité et là ' modération; il marque à chaque chose son temps et sa mesure) le inanque de bons sens fait plus de misérables que le ibanque de travail; il faiit perdre les fruits du travail lui-même.
Le bon sens est en partie im doil dé la nature ; l'éducatioh le bUltivë, mais né le ci*éé pas) il ne se transtbet potht en fonn% de leçons) il ne s'écrit pas eu préc'ejptéâi "^ inattre d'écblb n'a pas ici dé texte à l'aidé duquel il pilisi^b faille ^écitjèk BeàUcbup de mattres d'école seraient même tbh embàrrasè% Ué définir cette faculté ; il en est plus d'un 'qot n'a métule ^ sûùgé qu'il fût appelé à la développer thei ses élevée;