SECONDE PAATIE. LIVRE I. CHAP. XI
hême et l'Autrichç de celte institution : le baron de Furstemberg l'introduisit en Westphalie. Elles se répandirent de là dans les autres contrées de rÂUemagne. La Prusse , aujourd'hui , possède plus de 40 séminaires de maîtres d*écoIe , qui coulent à Tétat environ 90 mille rixdalers, ou près 335,000 fr. Chaque état de TÀUemagne en compte autant que Texige le nombre des écoles à pourvoir. En Hollande, il y en a deux dont un à la charge de Tétat. Le gouvernement du royaume Lombardo- Autrichien envoie les candidats aux fonctions d'instituteurs, d'abord à Milan ou à Mantoue, pour y ap^ prendre Fart d'enseigner, ensuite dans des écoles où ils sont, pendant un an, employés et éprouvés comme sous-maîtres.
Dans les séminaires de rAUemagne, les jeunes gens qui se destinent aux fonctions d'instituteurs étudient les langues vivanteis, la calligraphie, les élémens des mathématiques» de la géométrie, de la trigonométrie; l'arpentage, le dessin linéaire y les plans, la géographie, l'histoire', la constitution du pays; les notions essentielles de l'histoire naturelle, de la physique, de la mécanique, de lliygiène ; ils s'exercent à la musique vocale et instrumentale ; ils se familiarisent avec la technologie populaire; mats, surtout, ils se pénètrent des sen<timens d'une religion éclairée , pure et sincère ; ils suivent des cours réguliers de pédagogie, et ils appliquent eux-mêmes les préceptes de cet art; une candidature, des examens, des épreuves succèdent à ce long /loviciat (i). La France à son tour commence à jouir de celte précieuse institution ; Texempie lui avait été donné, il y a près de 20 ans déjà, à Strasbourg (2); l'institution se répandit successivement dans 12 chefshlieux d'académies universitait^es; la loi du 28 juin 1833 a
(1) L'auteur du présent écrit a mis sous les yeux de M. le ministre de Tiatruction publique, ea octobre 1833, le tableau détaillé de Torganisation de ces séminaires dans rAUemagne méridionale.
(2) Par les soins de M. le comte de Lézay-Marnésia, alors préfet du Bas-Bhin.
'^CHOIX pES IirSTITUTEtJRS. 503
prescrit de retendre à toute la France, et déjà elle y est naturalisée (1). Il existe actuellement 76 écoles normales d'instituteurs primaires, dans autant de départemens du royaume. Dix départemens se sont réunis à d'autres pour en fonder une et ^entretenir en commun. 2550 sujets environ s'y préparent maintenant aux fonctions qu'ils doivent remplir un jour.
Un statut du 1/i décembre 18.32 a déterminé les objets de l'enseignement qui doit être donné aux élèves instituteurs: a II comprend l'instruction morale et religieuse, la lecture, a récriture, rarithmétiçiue, y compris le système légal des « poids et mesures, la grammaire française, le dessin linéaire, a Tarpentage et les autres applications de la géométrie prac< tique; des notions des sciences physiques applicables aux <c usages de la vie ; la musique, la gymnastique, les élémens « de la géographie et de l'histoire ; surtout la géographie et a l'histoire de la France. Le cours d'études est partagé en ce deux années ; durant les 6 derniers mois, les élèves-mattres a sont particulièrement exercés à la pratique des meilleures a méthodes d'enseignement , dans une ou plusieurs, écoles <c voisines ; on les forme également à la rédaction des actes (c de l'état civil et des procès- verbaux ; on leur enseigne la « greffe et la taille des arbres. » (2)
Les bourses fondées par l'Université de France dans les
écoles normales sont toujours données au concours. Outre les élèves internes, on admet à titre d'externes des instituteurs en exercice.
On regrette de ne trouver dans ce programme d'études aucune notion d'hygiène, d'économie domestique, d'économie rurale, de technologie. On regrette aussi que le choix des élèves admis dans ces écoles n'offre pas de plus solides garanties.
(1) Voyez les Considérations sur les écoles normales primaires, publiées par M. Ambroise Rendu , membre du conseil royal de Tinstruction publique. Paris^ chez Paul Dupont, 1838.
^(2) Voyez le Statut du 14 décembre 1832, titre 1.
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etqae, dans l'ensemble de cette institution, on ait tenu trop peu de compte des conditions au'JLquelles le caractère personnel de rinstituteur doit satisfaire. L'admission des élèves par la voie du concours ne saurait répondre au but qu'on doit se proposer.
On ne peut se dissimuler aussi que les écoles normaleg de France n'offrent encore à leur début qu'une institution imparfaite, et ne soient, principalement sous le rapport morai, sensiblement inférieures aux séminaires de maUres d'école de l'Allemagnel
Les congrégations religieuses de femmes qui, dans les états catholiques, se vouent à l'enseignement des filles pauvres, ont eu le bon esprit de se créer elles-mêmes une sorte de séminaire d'institutrices; elles exercent de jeunes sœurs à la conduite des écoles, sous la direction de celles' qui ont acquis l'expérience de ces fonctions. Le noviciat y est plus complet qu'il ne l'est pour les élèves instituteurs, dans les écoles normales qui leur sont destinées. On regrette seulement de voir que, dans quelques-unes de ces congrégations, l'esprit de routine vienne trop souvent se joindre au juste respect pour les traditions, et que les personnes vouées à l'enseignement s'occupent trop peu de s'instruire elles-mêmes.
Le moment semble arriver où nous verrons se former des écoles normales , pour les institutrices civiles destinées à diriger des écoles de filles. Déjà il en existe une à Paris qui , par l'esprit dans lequel elle est dirigée, et par sa bonne tenue, rend d'éminens services (1). Mais elle n'admet que des élèves externes; il est indispensable que les futures institutrices soient formées dans un établissement où elles vivent en corn-
, (l)Elle est, en ce moment, conduite avec une rare perfection par M''® Sanvan. — Les écoles normales d'institutrices primaires ne pourront avoir de meilleur guide que le Cours normal de V institutrice primaire, publié par cette dame (chez Levrault.1833)^ écrit dont le mérite émiuent a> réuni les plus illustres suffrages, et qui, en attendant la création de ces écoles, y supplée en partie par les excellentes directions qu'il renferme.
CHOIX DES IITSTITUTEU&S. 505
munauté, où elles soient constamment sous les yeux de la directrice, et reçoivent d'une manière certaine l'influence de ses conseils.
Ce qui importe en effet le plus dans les écoles populaires, c'est le caractère personnel du maître, ce sont ses qualités morales; car c'est par làqu'il agit lui-même sur le caractère et la moralité des enfans. Nous lui demandons, ayant tout, un dévoûment dont les motifs doivent être puisés aux sources les plus élevées et les plus pures. Nous lui demandons un sincère et tendre amour pour l'enfance. Nous desiroois, en particulier, dans l'intérêt des enfans pauvres, qu'il sache s'intéresser surtout à ceux qui sont le plus dénués d'appui ; qu'il soit indulgent pour les imperfections qui sont la suite de circonstances malheureuses; qu'il accorde beaucoup de 'patience aux débuts de ceux de ses élèves qui, à raison de leur indigence, ont été jusqu'alors . plus particulièrement négligés; ' qu'il sache compatir aux disgrâces extérieures ; qu'il sache consoler, relever, ranimer^e jeunes êtres déjà découragés par l'adversité; qu'il les préserve de toute défaveur parmi leurs camarades ; qu'il en fasse même l'objet d'une sorte de prédilection. Loin de croire que leur office se renferme dans l'enceinte de leurs classes , les maîtres doivent le continuer par des entretiens, et faire fructifier ces entretiens par de sages avis, en retour de l^ confiance. Il faut qu'ils gardent des rapports volontaires avec leurs anciens élèves, pour les guider pendant les années quelquefois orageuses de Tado- ' lescence et de la jeunesse ; pour les aider à choisir un état, à s'y préparer , à le bien remplir. Ils sauront former avec les familles, et surtout avec les familles les moins aisées , des relations de bienveillance; s'y faire admettre et désirer comme des amis, y répandre encore une instruction qui n'aura plus la forme scolastique , mais qui n'en sera pas moins fructueuse.
SOd SECONDS fÀXaa. uy&s i. cha». xi.
Du patronage des écoles populaires.
Si Ton veut que l'instituteur comprenne cette mission et la remplisse dignement , ce ne sera pas assez des mesures prises par l'administration publique pour la création des séminaires des écoles normales, pour le choix des sujets, pour assurer aux instituteurs une indépendance convenable et la sécurité 4e leur avenir, pour entretenir entre eux une active émulation , d'utiles. communications , pour soumettre leurs écoles à des inspections fréquentes et à une surveillance éclairée. Il faut aussi que l'opinion publique , que le concours des gens de bien les .soutienne, les encourage ; que les personnes auxquelles leur situation sociale confère quelque influence , que les amis de l'humanité , q^ue les bienfaiteurs de l'enfance , que les protecteurs du pauvre, visitent souvent les écoles où les enfans des pauvres sont admis ; qu'ils s'entretiennent avec l'instituteur ou l'institutrice , lui prêtent leur appui , l'assistent de leurs avis,' recueillent ses observations, Tassocient à leur généreux ministère! Dans un ouvrage remarquable où, tu travers d'idées trop systématiques abondent tant d'jobservations fines et ingénieuses , et où respirent des sentimens si élevés, un illustré et éloquent ecclésiastique écossais a fait voir tout ce qu'on peut obtenir de cette action individuelle, de ces soins locaux , détaillés , journaliers , pour améliorer rédnoation des pauvres. (1)
Voici un nouvel anneau de cette grande chaîne du patronage, que nous desirons voir établir sur tous les points, entre la classe de la société qui peut prêter un appui , et celle qui a besoin de le recevoir. Ce sera la continuation de celui qui a déjà été proposé pour protéger l'enfant du pauvre dès le berceau, l'orphelin, l'enfant délaissé ; ce sera un prélude à
(1) Le dpcteur Ghalmers. Christian and civil economy, cbap. 2; 8; elc;
celui que nous verrons par la suite venir au secours de l'être malheureux et souffrant, dans toutes les situations critiques auxquelles il peut se trouver exposé.
Les comités de surveillance y établis en France par les articles 17 et 18 de la loi du 28 juin 1833 , peuvent sans doute rendre d'utiles services ; ils sont chargés de l'inspection des écoles; ils font connaître leur situation et leurs besoinsf ils donnent leur avis sur les secours et les encouragemens, ils prcH voquent les réformes et les améliorations. Mais, en tout cela, ils agissent comme autorité publique y sous une forme offl* cielle , par des opérations périodiques , par des mesures qui embrassent l'école entière. Le patronage que nous proposons aurait un autre but , un autre caractère. D serait entièrement spontané et bénévole. Il s'exercerait individuellement sur la personne de l'enfant , spécialement de Tenfant pauvre ; il s'exercerait avec le concours de la famille elle-même ; il protégerait Tenfant par des soins bienveillans, pendant son séjour à Técole et à sa sortie ; il lui continuerait ses conseils et son aide pendant l'époque toujours critique de Tadolescence ; il le conduirait à ces écoles du soir , à ces écoles du dimanche dont il va être question dans un instant , et veillerait ainsi à ce que les fruits recueillis à l'école élémentaire se conservent, s'accroissent de jour en jour, au lieu de s'évanouir , comme il n'arrive que trop souvent , en peu de temps.
Ce patronage peut être institué avec avantage sous la forme d'associations libres ; elles trouveront un beau modèle dans celle qui existe à Turin, sous le titre de la mendicità istruita^ qui a été signalée ci-dessus. Il peut se lier aussi aux sociétés qui , comme celle pour t enseignement élémentaire à Paris , ont fondé et entretiennent elles-mêmes des écoles ; mais il a l'avantage de pouvoir aussi appartenir à toute personne généreuse qui voudrait individuellement l'accepter.
SECSONDB PARTIE. LÎTBS I. CHA9, XI*
ARTICLE IV
Des- époles du dimanche.
L'heureuse idée d'instituer les écoles du dimanche a été conçue dans la vue de continuer ainsi , pour 'Venfance et ^l'adolescence, une protection sage et éclairée, aussi longtemps qu'elle est nécessaire , pour conserver, développer, et faire fructifier les semences que les premiers enseignemens de récole ont déposés dans le cœur et l'esprit des enfans. Le dimanche, les enfans au dessus de douze ans, qui ont déjà quitté Técole ordinaire , se réunissent après l'office divin ; ils chantent en commun des hynmes, font des lectures dans les (livres saints, répètent ou récitent certaines leçons ou certains traits d'histoire , exécutent quelques compositions écrites, quelques opérations de calcul. On leur remet quelques sujets ou problèmes qu'ils emportent chez eux, pour les étudier ou les résoudre : on saisit cette occasion pour eten'^ dre leurs connaissances sur des objets d'une utilité générale , pour leur donner de sages conseils , pour avoir avec eux des entretiens paternels. On les détourne par là des plaisirs grossi^ers qui pourraient les entraîner et leur faire contracter de bonne heure des habitudes vicieuses. L'instituteur luimême préside à ces réunions et ne peut s'y faire suppléer. Quelquefois ces réunions sont suivies de promenades, d'exercices où l'instruction se réunit encore à Famusement et se déguisp sous les formes de la gatté.
L'Italie réclame la priorité de cette institution en faveur ' de Saint-Charles Borromée , qui en dota la ville de Milan ; il pensa que l'instruction pour la classe laborieuse ne doit pas se borner à la fréquentation des écoles élémentaires par les enfans de 7 à 12 ou 13 ans , mais qu'elle doit se continuer encore pour les adolescens pendant quelques années , et leur
ÉCOLES DU DIMAUCHE. ^ 509
apprendre à faire un bon emploi des premiers rudimenstle la lecture et de récriture. (1)
Aujourd'hui le royaume Lombardo-Autrichienne compte pas moins de 228 écoles du dimanche (scuole festive), fréquentées par 4600 élèves au-dessous de 12 ans.'
Les écoles du dimanche sont une institution fort ancienne en Allemagne; elles y put été fondées en plusieurs états, à l'époque de la réformation religieuse ; les états catholiques se sont bientôt empressés de suivre cet exemple. Nous voyons leur établissement prescrit dans le Wurtemberg, dès 1599. Aussi ont-elles acquis en Allemagne une extension à-peuprès universelle i leur fréquentation est prescrite par les lois;, les adolescenssont tenus de s'y rendre jusqu'à l'âge de 18 ans; au-delà de cet âge, ils peuvent encore les suivre; et ils usent, en effet, très souvent de cette faculté, parce qu'ils ont apprécié les avantages qu'ils en recueillent. (2)
La Suisse , la Hollande , l'Angleterre , l'Irlande, les Etats- Unis ont à l'envi adopté et multiplié ces éiablissemens : Le rapport fait, en 1733, paï* tunion des écoles du dimanche à Londres , nous apprend qu!à cette époque cette société connaissait en Angleterre, 11,275 écoles du dimanche , dirigées par 128,784 instituteurs, et fréquentées par 1,158,3&5. élèves. D'après une enquête parlementaire, en 1834, on isomptait 16,828 écoles, et 1,548,890 élèves. Les cinq paroisses de Westminster à Londres, qui sont cependant parmi
(1) Annali di statistica. Milan, février 1834^ p. 109.
(2) Voyez Touvrage aUemand de Yolker {le Noweau^ maître d'école de Ofilloffé), t. IV, p. 268;
Et la dissertation allemande de Beil^i nstitutenr près âaalgau, en réponse au concours ouvert par le conseil ecclésiastique catholique du royaume de "Wurtemberg, pour 1828 et 1820, sur les questions relatives aux écoles du , dîmancbe.
Les lectures dont on fait plus particulièrement usage dans les écoles aile-' mandes sont: le Lwre de lecture, du pasteur Haabà Schw.aigem; les Eœem^ pUs du bien; La providence, et J^ destinée humaine (chez Steinkopfi À Stutt« liard), ^ aUemand.
MO SBCOKBB 9AATIS, UVBS I« 4aiAP. XI.
Ids flioips fovorisées, renferment à elle^ seules 9 écoles du dimanche, où 1555 enfans de 5 à 19 ans viennent entendre U lecture de la Bible, et où chaque fois ils apprennent aussi récriture et un peu de calcul. Nous voyons par le rapport fait, le 20 mai 1834 , à t union Américaine « formée dans le même but> qu'elle comptait environ 1100 sociétés auxiliaires secondant sesieffor ts, et que les comptes rendus par ces sociétés annonçaient dans les Etats-Unis, 10,019 écoles dirigées par 88,203 instituteurs, et recevant 590,754 élèves, sur une po^ pulation totale de 14^97,374 habitans <1). Il y a donc pro^ portionnellement deux fois plus d'adolescens qui fréquentent les écoles du dimanche, dans ces deux pays , qu'il n'y a es France d'enfans qui suiveïit les écoles élémentaires. Ces instî^ tutions du reste se lient, en Angleterre et apx Etats-Unis, à l'extrême sévérité des règles établies et des usages suivis pour la sanctification du dimaiiche. Les colonies anglaises , dans toutes les parties du globe , empruntent ces établissemens à la métropole (2) : ces divers pays y ont trouvé un précieux moyen de maintenir, au sein des classes laborieuses, l'empire des bonnes mœurs, pendant les années critiques de l'adolescence , et de perfectionner l'instruction qui doit servir à ces jeunes novices de préparation pour les carrières utiles. Les écoles du dimanche y sont presque généralement répandues. La France, jusqu^à ce jour, s'est montrée moins disposée à adopter les écoles dominicales , peu empressée même à les connattreiCependant les départemens du Haut et Bas-Rhin et quelques-unes de nos villes , comme Ly(m par exemple, les
(1) Voyez The tertth anmud nport of the American sund^'School union. Mai 20, 1834 (Philadelpiiie), p. 30 à dO.
(2) Cn lit, dans le 29* Rapport de la Sodëté pour les écoles britanni^pici et étrangères (Londres, 1834, p. 101), qu'il existe aux Bermudes 8 écoles d« dimanche, dirigées par 30 instituteurs, 33 institutrices, ^ recevant fi20 élèves blanfis et noirs, libres et esclaves , adultes ou en£ans« \a création de ces école» est due essentiellement jiox wéthodistesi. A Aaty^ li4eS éièves vsà^ vent les mémeli écoles, etc.
ont imitëesy et ont eu lieu de s'en applaudir. D'heureux esgaii ont été tentés, dans la capitale, pour les adolescens des c6m-> munîons protestantes. Qn a remarqué que les lieux où il est le plus difficile d'établir des écoles du dimanche sont précisément ceux où leur présence serait le plus utile. L'babiiude contractée par les enfans , et originairement eiicouragée par leurs parens , de passer la journée entière du dimanche dans une dissipation, à laquelle il serait impossible d'arracher les adolescens, ne permet pas, dit-on, de les renfermer dans l'en** ceinte d'une salle, et de les y occuper de sujets sérieux.
£n quelques lieux, pour échapper à cette difficulté , pn reçoit les adolescens pendant les soirées , particulièrement en hiver. On recourt aussi' aux écoles du soir, comme à une ressource pour procurer le bienfait de l'enseignement élémentaire à des enfans de 6 à 12 ans, qui, occupés à des travaux manuels , n'auraient pu suivre l'école du jour.
ARTICLE Y
Des écoles d'adultes.
A l'époque de transition où se trouvent placées en ce mp» ment les nations chez lesquelles Tinstruction populaire commence seulement à se généraliser, il reste dans la société un nombre considérable d'adultes entièrement illettrés , qui se trouvent vis-à-vis des autres habitans dans une situatioa très défavorable. Privés ainsi de toute^ instruction , ils se trouvent exclus d'un grand nombre de professions et précisément de celles qui sont les plus utiles ; ils ne peuvent même occuper, dans les autres, que les rangs les plus su^ balternes, parce que, dans l'état de la civilisation présente, ils ne peuvent rendre que des services imparfaits. Un ordre spécial d'écoles a été institaéi dans ces derniers tempS; pour
$12 SECORDIS PABTIE. LIVEE I. €HAP. XI.
leur ofiHr le moyen de réparer les pertes de leurs jeunes années, de se replacer au niveau commun, de se créer de nouvelles ressources. Les écoles d'adultes concourent ainsi puissamment à relever le mérite et par conséquent le prix du travail, à diminuer les causes de Tindigence. Il a fallu réserver, pour ces écoles, rheure du soir, afin de ne point enlever à leurs occupations les adultes des deux sexes liés par leurs devoirs, ou retenus à leur travail par la nécessité d'assurer leur subsistance ; il a fallu aussi apporter quelques modifications aux formes de renseignement, à raison de l'âge des élèves. Ces écoles , on aime à le déclarer, remplissent parfaitement leur destination. On ne peut y entrer, assister à leurs exercices, sans être frappé d'une sorte de respect et d'attendrissement', lorsqu'on voit desT personnes de tout^ge, à la suite d'une journée de rudes fatigues , venir se placer sur les babcs , et là , avec une attention scrupuleuse et une docilité elemplaire, recevoir les mêmes leçons qui sont données à de simples enfans et y prendre un intérêt véritable : nouveau témoignage qui confirme cette grande vérité que les exercices de l'intelligence délassent des travaux manuels , et que les travaux manuels n'excluent pas les exercices de l'intelligence !
On ne peut donc trop applaudir aux administrations de secours publics qui, comme celles de la capitale de la France^ ont offert aux adultes des conditions laborieuses cette ressource pour améliorer leur sort, en releyamleur dignité. (1)
Un simple artisan a ouvert, à Rome, en 1816 , une école du soir pour les pauvres enfans que diverses circonstances empêchaient de suivre pendant la semaine les écoles élémentaires (2). Il ramassa ces enfans le long des rivages du Tibre, et
~ (1) Huit écoles d*adaltes, contenant ensemble 1010 élèves, et coûtant environ 16,000 francs par an, étaient ouvertes en 1835 par Fadministratioa des secours publics de Paris. La plus grande partie d'entre elles étaient dirigées par les frères de la doctrine chrétienne.
(1) Jacques Casoglio, graveur sur bois. Voyez Fouvrage déjà cité de MoQâguor Moricbini, partie tv«, chap. 7) p. 247«
ÉCOLES d'adultes. 513
les réunissant dans une salle , les instruisit^ en cherchant aussi à les attirer et à les retenir par d'innocentes séductions. Deux écoles du soir sont maintenant ouvertes à Rome (1) pour tous les arlisans y sans distinction d'âge \ elles se divisent en trois classes , suivant les degrés de Tavancement des élèves ; on y enseigne les premiers rudimens de la lecture, de récriture, de Tarithmétique, et la doctrine chrétienne. A ces écoles sont joints des oratoires, dans lesquels la journée se termine par des exercices, religieux.
Quelquefois on reçoit aussi le dimanche les ouvriers adultes appartenant à certaines professions , pour leur donner des instructions utiles et variées, auxquelles enjoint des délas* semens honnêtes. Le zèle religieux a surtout contribué , il est juste de le remarquer , à former ces réunions doublement louables parles semences qu'elles répandent et par les écarts qu'elles préviennent presque toujours.
Cette institution est fort ancienne à Rome où elle porte le nom A'Adunanze ; elle remonte à Saint-Philippe de Neri. Elle commença à la Chiesa Nuova , puis s^étendit au collège Romain, à Saint- Apollinaire ^ au Pianto, au Temple de la Paix, à rjlssomption , au Ponterotto, Le curé de Sainte- Marie-Majeure, par une sorte d'écoles paroissiales de ce genre, qui se tient tous les jours fériés, a régénéré d'une manière sensible les mœurs populaires dans le quartier des Monts (2). Ces réunions ont essentiellement un objet moral et religieux; elles entretiennent l'esprit de sociabilité dans les classes laborieuses. Il s'en est formé de semblables dans quelques villes de France. On peut citer , par exemple , celles qui ont lieu à Lyon dans la paroisse Saint-Paul, et qui sont spécialement destinées aux niaçons, aux journaliers, aux ouvriers qui, venant du dehors, ne vivent point au sein de leurs famiW
(1) Celle de S. Nicolas, créée par Monsignor Granuoli; celle des SS. Simon et Judes, fondée par l'avocat Gigli; ib,^ p. 248, 260.
(2) Voyez l'ouvra^ précité de Monsignor Morichini, partie iv, chap. 7 » pag. 261.