‹ De la bienfaisance publique; (volume 4)Chapitre 65 sur 84 · II. SA · texte numérisé non relu

II. SA

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dirigent celles de Berlin et de Vienne , ont traité également le même sujet (1), et proposé des vues précieuses sur Tamélioration de la condition des aveugles. M. Howe a fait connaître lés méthodes perfectionnées qu'il a conçues et appliquées à ridstilution de Boston , aux Etats-Unis.

L*aveUgle de naissance et celui qui a été frappé de cécité dans le prenîier âge de la vie entrent et demeurent cependant, au sein de leur infortune , en relation arec les autres hommes par la parole ; dans ce commerce ils obtiennent instrument le pins puissant pour Tinstruction et la culture des far-* cultes de ràmé. Mais cet avantage devient moins fructueux pour le pauvre , soit parce qu'il jouit moins abondamment des rapports avec ses semblables, soie parce qu'il vit habituellement au milieu de personnes qui n'ont reçu elles-mêmes qu'une culture assez imparfaite. Une peut suivre les exercices ordinaires des écoles publiques. Qu'apprendrait-il dans celles de ces écoles où l'on se borne à enseigner la lecture et l'écriture) sans donner aucun enseignement^des choses? Il ne peut donc y avoir pour lui qu'un enseignement individuel, à défaut d'institutions spéciales ; et comme il est pauvre, il sera diffl^ cile de liii procurer un instituteur particulier. "' C'est doàc déjà un avantage précieux, pour les jeunes aveu-^ gles de la classe malaisée^ , que de les réunir en communauté^ sôu» Un instituteur capable de leur donner l'enseignement des 6hoieB> et d'exercer une influence salutaire sur leur raison et sui* teur caractère. Alors même qu'ils n'y puiseraient pas' d'aur ti^etHstruciioU) ils sortiraient de ces écoles plus avancés que la plupart d^s élèves voyans de nos écoles primaires. On s'est ékagéfé l'itu^ortan^je de la lecture et de l'écriture pour l'avet\t de ces infoHunés : elles n'ont pour eux qu'une utilité se* condaire. L'enseignement oral peut transmettre toutes les notions; la communication des sentimens, l'échange des idées, s^opèrent d'une manière intime et complète par la parole. Les

(1) Le premier, i Berlin, en 1808; le deuxième, à Tienne, en 1810.'

aveugles palivres auront peu à'oecasiou d'écrire -, les livres à leur usage, exigeant une forme spéciale, sont en petit nombre, et ils ont peu de loisir pour les lire. Ce qu'il y a donc à désirer, 'avant tout, pour les jeunes aveugles pauvres , c'est que, dès les plus tendres années, on pui^e ou les associer, en partie, aux exercices des salles d'asile et dés écoles primaires, m les réunir pendant quelque temps dans des écoles spéciales. La première de ces deux combinaisons serait d'une applica'** tion plus facile et plus générale ; il faudrait à cet effet que la directrice de la salle d'asile, que l'instituteur primaire fussent tenus de prêter des soins particuliers à l'enfant aveugle, et que le second donnât plus d'étendue à Fiostruction réelle qu'on a coutume de le faire. La seconde combinaison per^ .mettra de porter baucoup plus loin l'instruction des jeunes aveugles, de leur offrir certaines études, et de leur appliquer certains procédés qui auront pour eux une utilité spéciale.

En effet, si Taveugle jouit du commerce de ses semblables, il n'est point en rapport avec le monde matériel; il est comme exclu du spectacle de la'naturé ; le domaine de Tobservatton ne s*étend pas pour *lui hors de Tétroite sphère du contàc t immédiat. Il est donc privé d'un enseignement offert à tous les honjmes, d^autant plus profitable pour eux, qu'il est con-^ tinuel, familier, plein d'intérêt et d'une fécondité inépuisa*, ble. Voilà surtout ce qu'il faut remplacer pour lui. On y supplée par un double moyen : d'aboi'dpar un enseignement oral qui décrit à l'aveugle les objets qu'il ne peut voir, lui explique les phénomènes dans un langage qu'il puisse comprendre; en-** suite, par des procédés, qu'on peut appeler mécaniques, mais qui élargissent la sphère dans laquelle ses observations sont renfermées.

Ces procédés ont pour but de faire servir le sens, dont l'aveugle reste en possession, à suppléer, autant qu'il est possible, à la privation du sens qui lui manque.

Cultiver avec une attention particulière le tact et l'ouïe $ donner à ces deux sens le plus haut degré de perspica^^

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cité , par on exercice régalier et bien dirigé , voilà donc à qaot il faudra s'appliquer dans leducation de l'aVengie. On ne saturait croire à quel degré de subtilité et de précision peut atteindre un ordre de sensations, quand il a été l'objet d*une culture perséTérante, et surtout lorsque cette culture a commencé de bonne heure. Quoique le tact n'agisse que dans un rayon extrêmement limité, il a cependant, pour l'aveugle, une importance spéciale , à raison de son analogie avec la vue , qui n'en est qu'une prolongation; il a même, sur la vue, l'avantage d'embrasser les trois dimensions , de pénétrer Tespace , d'apprécier la résistance. On ne peut donc trop recommandera un instituteur habile (1), de former la tactililé chez les jeunes aveugles, et de conserver chez eux, à l'orgaue de ce sens, toute •la souplesse, toute la délicatesse possibles. Malheureusement, c'est ce qui est plus difficile pour les aveugles pauvres,, contraints de bonne heure à des travaux manuels qui endurcissent cet organe. La culture de l'ouïe et de la voix a, pour l'éducation morale des aveugles, une importance non moins

marquée que celle du toucher pour l'observation de la nature matérielle : l'an de la musique est, pour eux, un besoin de première nécessité ; c'est une consolation qui leur est due; aussi aspirent-ils vivement à cette étude , et y excellent-ils presque tous. L» culture de l'odorat n'a point du reste, pour eux, l'utilité que certains écrivains ont supposé. L'odorat n'est pas im sens enseignanij si l'on nous permet cette expression; il n'est qu'un faible et pauvre véhicule d'idées et de sentlmens. L'odorat est au goût ce que la vue est au toucher.

En même temps qu'on cultive chez le jeune aveugle le sens du tact , on offre à ce sens , par l'emploi artificiel du relief, des moyens d'instruction plus étendiis. Le relief, dans les

(1) M. Dufau, voyez Touvrage déjà cité^ 2^ partie, chap. l*^ Seulement nous ne rangerions pas le cours de tactilité dans Téducation physique, ainsi que Ta fait cet auteur; car la culture de ce senis, dont nous aurions aimé à voir développer les règles par un auteur aussi éclairé, a un caractère très philosophique.

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mains dUaûy et de ses successeurs, est devenu aussi pour Fàveugle Finstrument d'un système de lecture et d'écriture, adapté à son itifirmité. Les yeux sont en quelque sorte transpojTtés, pour lui, au bout des doigts. Divers systèmes ont été conçus, dans ce dessein. Haùy employait pour faire lire un texte aux aveugles, l'impression en saillie, en caractères mobiles, procédé à l'aide, duquel on a*formé à Paris une bibliothèque spéciale à l'usage de l'aveugle. M. Galt en Angleterre, M. Howe à ^Boston, ont perfectionné cette typographie, en rendant son emploi plus facile pour l'aveugle, sans que ses produits cessent d'être aussi à la portée des voyans (1). Des moyens assez simples s'offraient pour mettre l'aveugle en possession de l'écriture ; mais il était nécessaire que ce qu'il a écrit, il puisse le lire ; on y est parvenu en le transformant, si l'on peut dire ainsi, en imprimeur, à l'aide de poinçons qu'il applique. Ce procédé est généralement suivi en Allemagne. L'aveugle lit sur le verso en relief, ce qu'il a gravé en creux sur le recto, M. Dufau, en perfectionnant le procédé de Haiiy, a imaginé de guider la main de l'élève par une planche de métal, qui détermine les proportions du corps d'écriture. M. Charles Barbier a proposé un système d'écriture qui ^représente , par trois points seulement dont les positions reçoivent des combinaisons différentes, tous les sons et toutes les articulations. Par là, l'exécution mécanique de la lecture et de l'écriture se trouve singulièrement Simplifiée. Mais cette langue de convention, qui vient remplacer l'alphabet, a l'inconvénient d'être réservée à ceux qui en possèdent le secret. Noua ignorons si, pour faciliter le calcul aux aveu-

(1) Nous avons entre les mains Touvrage de M, Howe, comprenant un At' ias des États-Unis, imprimé pour V usage des aveugles 'Boston^ 1837)» et dont nous sommes redevables à cet homme de bien. Il est accompagné de caries géographiques et exécuté d*après son procédé. ,

M. Howe à donné à ses caractères une forme qui, tout en leur conservant les 'Conditions nécessaires pour être facilement reconnus, par les voyans, I^smet à portée du tact pour les aveugles, par aes formes mieux prononcées.

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gtes, on fait usage da boulier; nous codseîllerions de l'employer en substituant des différences deVormes ou de pro^ portions des boules, à celles des couleurs.Pour tenir lieu du dessin, aux aveugles nous conseillerions aussi de leur faire confectionner des solides de toutes lesformesj^ce serait comme une sorte de dessin tactile ; cet exercice aurait pour eux un iiaut degré d'tftilité.

L'impossibilité où est l'aveugle de mesurer les distances, de. juger la situation des objets, et par conséquent d'en apprécier les mouvemens, à tnoins qu'ils ne lui soient contigus, la nécessité d'employer au travail cette main qui devrait lui servir d'œil, lui interdisent une partie des travaux mécanicjues, lui rendent la plupart des autres très difficiles à exécuter. Dans certains de ces arts cependant, les aveugles parviennent, à Taide d'un long exercice, à un degré d'babileté, qu'on n'aurait jamais soupçonné. C'est que le tact est un sens singulièrement intelligent, et favorable à l'attention. C'est que ' ce sens enseigne une géométrie naturelle et pratique, à l'aide de laquelle l'aveuglé se retrace exactement les proportions et les formes. Déployez donc, en leur faveur, une foculté que la providenee leur a laissée en compensation y quejes aveugles deviennent des géomètres pratiques dans les arts industriels. Tel est suivant nous , le problème à résoudre pour eux , dans l'éducation du travail : leur choisir des professions où l'exercice développé du tact reçoive l'application la plus étendue^ modifier les procédés d'exécution de manière à les ramener

tous l'empire du toucher. On voit, à Londres, fabriquer, pour

eux, des outils et des instrumens dont la mailbeuvre leur soit plus aisée, et ne puisse les blesser. Les aveugles adultes couvrent presque entièrement les frais de l'bospiiarité qu'ils reçoivent^ par le produit des ouvrages qu'ils confectionnent. 6n voit, daïis l'institution royale de Paris, d'ingénieux mécanismes à l'aide desquels les aveugles accomplissent des manipulations compliquées. Le filet, |a filature, le tissage même, n'exigeant que des mouvemens uniformes, semblent plus

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spécialement à leur portée. Cepen4ant la peterie grossière, le cartonage, ont pour eux l'avantage de les mettre en rap»port avec les formes solides. Il leur faut, en général, des occupations sédentaires.

Nous ne sommes point d'avis qu'on inspire anx énfens pauvres l'ambition d'exercer les arts libéraux. Toutefois, loin de les en exclure, nous estimons que cette carrière leiir doit être ouverte, dès qu'ils annoncent des dispositions marquées qiii promettent des sujets distingués. Or , parmi les compensations qui lui sont accordés, la cécité compte précisémeat une notable énergie dés facultés iiMellectuelles, Un pon^^ chant à la réflexion, une facilité à combiner, en un mot des disposition^ favorables ài'exercice des arts libéraux. Du rang des aveugles^ sont sortis des géomètres, 4es poètes, des pra<fesseurs, des savans d'un rare mérite. Âttacfaons^nous à dé-* couvrir, dans leur nombre, ceux qui donneraient sous ce rapport des espérances motivées; encourageons-îes, quelle que soit leur condition de fortune. Sous ce rapport, la lecture et Té* criture lei^r apporteront d'utiles secours, non-seulement e)i leur permettant d'étendre le cercle de leurs connaissances, mais aussi en les aidant à appliquer leur attention avec plus de fixité et de méthode, «t à mieux se rendre compte de leurs propres pensées.

èi donè il y a pour les aveugles une éducation spéciale, propre à former les sens, à faire apprendre le travail, il en est une aussi pour le développement de leurs -facultés intellectuelles. Leur caractère lui-même demande aussi quelques soins qui leur sont propres et qui Jusqu'à ce jour, n'ont peut-êfre pas été assez remarqués. - . ,

Les aveugles , dont Téducation a été négligée, conçoivent plus facilement des soupçons, sont plus particulièrement enclins à la défiance, pqirce qu'ils sont plus exposés à être trompés ; une humeur chagrine et morose s'emppre facilement d'eu;iL ; ilià s'abandonnât trop souvent au penchant fie l'envie. Ce ii^nger existe surtout pour les aveugles pauvres.

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