‹ De la bienfaisance publique; (volume 4)Chapitre 67 sur 84 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

des enfans pauvres.

ARTICLE !•'

Considératioiu générales»

• Alors même que l'éducation morale et intellectuelle n'occuperait pas seulement le premier rang, pour les enfans des familles pauvres, parce qu'elle les met en possession des dons qui constituent la dignité d^ la nature humaine, elle loccu-, perait encore parce qu'elle procure à ces enfans les conditions les plus essentielles pour la capacité du travail. L'avenir qui se prépare, en Europe, luixonférera chaque jour une plus haute importance pour la destinée de l'ouvrier. -Grâces à elle, l'invasion progressive des ageus matériels dans les manufactures élèvera l'ouvrier à de plus nobles et de plus avantageuses fonctions.

H reste ensuite, pour l'enfant du pauvre, une éducation directe du travair manuel, qui prend un caractère spécial, et qui devient pour lui uqe provision indispensable, pour le

kS8 SBGOVftI »AE7H. LIVAB I. CBA». XII.

garantir de rindigence pendant le conrft entier de sa vie. Loin qae ces deux ordres d'éducation puissent s'exolure ou ê^ contrarier, ils se prêtent au contraire un merveilleux secours : Véritë d'une haute importance, sur laquelle nous ne nous lassons point d'insister, soit parce qu'elle est trop peu reconnue encore, soit parce qu'elle est extrêmement féconde en conséquences pratiqués. L'activité corporelle seconde, chez le jeune élève, le jeu des facultés de l'intelligence; ietravail manuel rappelle l'homme au sentiment de sa destination, en satisfaisant au vœu de la nature; il favorise l'énergie du caractère et fait sentir le prix d'une juste indépendance; il fournit souvent l'occasion d'appliquer, dans les détails, les notions acquises; il réprime la légèreté de l'esprit; il fixe l'-at-* tention; il fait mesurer la valeur du .temps; il entretient la santéj la gaîté; il donne à l'enfant une idée sensible, et une expérience anticipée de la puissance créatrice dont la Providence a doué l'homme, dans les forces dont il dispose. Le pauvre ne peut contracter trop t^t le goût etNl'habitiide des occupations utiles ; il se relèvera |iinsi à ses propres yeux ; un rayon d'espérance éclairera son avenir; souvent, dès le présent, un adolescent se créera à lui-même des ressources^ et peut-être deviendra l'appui de parens âgé3 ou infirmes.

Déjà, dès le xvii^ siècle, plusieurs hommes de bien avaient, comme nous l'avons vii, conçu l'idée de combiner ensemble, dans les écoles, le travail des mains avec Tinstruction intellectuelle. Cette idée a été naturellement adoptée dans les éia'blissepiens préservatifs pour Tes enfans délaissés de rÂlleniagne, d^ns plusieurs hospices d'enfans trouvés d'Italie, de Franoe et d'Espagne , dans Ici conservatoires de filles d'Italie,, enfin dans la plupart des hospices d'orphelins. M. de Fellenberg, dans ses divers écrits, et mieux encore dans ses établissemens, a donné une nouvelle valeur et une nouvelle étendue, aux motifs qui avaient jusqu'à lui recommandé Tiniroduction du travail dans les écoles. Il ne s'est pas borné à faire reconnaître que la culture de l'esprit et le travail des

mains, par une réaction mutuelle, se fevorisent loin de se coih

• trarier; il a fait voir aussi combien*Ie travail mécanique ,

convenablement dirigé, peut servir soit à la réforme, soit à

Tamélioration du cat*actère des enfans, et devenir ainsi l'un des élémens de Téducation morale. Les avantages du travail considéré comme instrument moralùatieur, pour nous servir ' de ses expressions , n*ont pas eu d'apôtre plus éloquent. La Société helvétique d'uiililé publique, dans sa session de 1828, a reconnu et proclamé, d'après des expériences locales et récentes, le mérite de Talliance entre les deux ordres d'éducation , et la supériorité des bienfaits dont les enfans pauvres lui sont redevables.

Il s'est fprmé en 1881, à New-York, une société, proba*blement unique encore dans son genre, à l'eifet d'encourager, sur toute la surface des États-Unis, Fintroduction du travail manuel dans les malsons d'instruction. Pénétrée de cette conviction que le travail manuel contribue au succès des études classiques, fortifie l'àme, étend les connaissances, développe l'activité de l'esprit, et fait partie essentiellement d'un bon régime hygiénique, elle s'est attachée à propager ces vues, à réfuter les objections qu'elles suscitent, à signaler et^ combattre les obstacles, à Indiquer les moyens de suc- ^ ces, en s'appuyant sur l'autorité de l'expérience et sur de graves témoignages. (1)

Sians s'élever à cet ordre d'idées, et en rie considérant le plus souvent l'éducation industrielle des enfans pauvres que comme le moyen Iç plus assuré, quoique indirect, pour prévenir l'indigence dans ses premières sources, les administrations publiques, les associations charitables, des particuliers généreux, ont de toutes parts, et par des moyens divers, créé des établîssemens, où les enfans des familles malaisées se pré^

(1) Vo)ez le 6e Rapport annuel de la Société ybr promotîng ntanwU labor, in UUrgiy institution (New-York, janvier 1833). On trouve, à la page 68 et suivantes une note très judicieuse du D** Bell, relative à l'influence (|u'exerce le travail manuel sur U développement de {'intelligence.

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SEflOHBB PÀMfnM. LIVIB !• CHA». XII.

parent à Texercice des professions industrielles. De grandes institutions se sont même formées dans ce but à-peu-près exclusif ; elles ont pensé qu'une telle entreprise, par ses diflScultes, comme par ses résultats/suffîsait pour remploi de leurs moyens et pour l'exercice de leur zèle. (1)

On peut ranger dans quatre classes principales les diTerses combinaisons qui peuvent être adoptées pour atteindre le bat qui nous occupe en ce moment. Il en est qui ont spécialement pour objet Téducation de Tindustrie manufacturière; il en est d'autres qui ont pour objet celle de l'industrie agricole. Quelques-u^es consistent à réunir les enfans dans des établissemens formés pour cette destination ; d'autres consistent à les placer chez de simples particuliers. Essayons d'exposer le mode suivi pour chacune d'elles, les conditions auxquelles elles sont soumises , les perfectionnemens qu'ailes peuvent recevoir. De la sorte, nous pourrons lès comparer entre elles, et balancer leurs inconvéniens et leurs avantages.

ARTICLE n.

De Vapprentissage dés métiers.

L'idée de placer en apprentissage chez des ouvriers, les en- Tans des familles pauvres qui babitent les villes, se présente f si naturellement qu'elle a dû être l'une des premières mesures adoptées par l'administration publique, dès qu'elle s'est occupée de la situation et des besoins des pauvres; aussi voyons-nous le dernier statut de la reine Elisabeth pour l'assistance des pauvres, et un statut de Jacques premier, prescrire

(1) Dans leur nombre se place certainemenl au premier rang la Société de bienfaisance du royaume de Wurtemberg, dont nous aurons bientôt ticcasion de retracer en détail les admirables travaux.

APPRENTISSAGE DSS HÉTIBRS. 541

en Angleterre , aux marguilliers et aux inspecteurs des paroisses, c][e placer de la sorte les enfans pauvres, de les surveiller pendant le placement, et de faire exécuter les conditions du contrat. Les administrations locales de secours publics, à défaut de règlement général, ont adopté assez fréquemment un semblable moyen. L'ancienne société philantropique qui s*était formée à Paris en 1789) et qui, depuis un demi-siècle, a donné de si honorables exemples, avait apprécié tou^ les avantages que pouvaient offrir aux familles pauvres un placement des enfans dans des apprentissages bien choisis-; elle en avait bit un objet spécial de ses soins; elle plaçait de la sorte un certain nombre d*enfans des deux sexes, moyennant une dépense de 200 fr. par an. Ai^ourd'hui, les bureaux de bienfaisance, chargés de la distribution des secours à domicile, dans la capitale et dans les principales villes de la France, confient aussi à des mattres particuliers, les enfans des familles indigentes inscrites au tableau des secours; le contrat d'apprentissage porte ordinairement pour conditions que le bureau de bienfoi- ' sance fournira à Tapprenti et lui entretiendra le linge, le vêtement,lachaussure,.et donnera de plus une certaine quantité de pain par semaine (1); que le maître, en retour^ se chargera du reste de la dépense, instruira le jeune élève, soignera sa santé et ses mœurs. L'engagement est contracté pour trois, quatre, cinq ou six années ; le maître se dédommage des avances quil a faites pour l'éducation de l'apprenti, en profitant ensuite du travail productif de celui-ci, pendant un temps proportionné à la quotité de ses avances ; du reste, le soin le plus attentif estp apporté dans le choix des maîtres chez lesquels les enfans sont mis en apprentissage.

Un grand nombre d'associations charitables, à Paris et dans les autres villes du royaume, ont à l'envi étendu une semblable protection sur des enfans qu'elles ont en quelque sorte adoptés: telles sont la société pour les jeimes filles délaissées,

(1) A Paris, un pain de 2 kilogr. par semaine. '

Ma stoomi wàMTa. ijmM i* ou», xii.

fondée, il y a environ 25 ans, par madame Eercado; les sociëiéa de Sainte-Anne, de Saint-Nicolas, et de Saint-Joseph à Paris ; les associations des jeunes eeoname$ à Paris et à Lyon, la so* ciété pour t extinction de la mendieiêé à Sùrasbourg, etc. Ces estimables institutions, auxquelles d^à nous avons eu occasion de rendre hommage, en confiant leurs jeunes pnpilles à des ouvriers de leur choix, rendent aussi plusieurs services à ces ouvriers eux-mêmes , ne serait-ce que par les témoignages d'estime qu'elles leur donnent, et par la surveiUance qu'elles exercent sur leurs apprentis.

On se plaint, en Angleterre, de ce que la nécessité d'éviter un trop fort accroissement de la taxe des pauvres , conduit quelquefois les inspecteurs de paroisse, à préférer dans le placement des enfans pauvres en apprentissage, les condi'^ lions les plus économiques aux garanties' morales et aux avantages de l'instruction. Du reste, Thospice du Christ à Londres, toutes les écoles paroissiales, les écoles de charité et des associations particulières suppléent, dans cette capitale et dans les principales villes de la Gi^ande-Breiagne, à ce qu'il peut jr avoir d'insuffisant dans les placemens faits par les otA^ ciers des paroisses; des fondations, des dons, des fidéicommis en multiplient abondamment les moyens.

Dans la plupart des cantons de la Suisse , des personnes bienfaisantes placent dans des apprentissages de choix, les enfansque les communes eussent, d'après les lois locales, livrés au rabais à des familles privées.

Les àdministraibns de secours publics, et à défaut les so« ciétés de bienfaisance donnent les mêmes soins à l'appren» tissage des enfans pauvres, dans plusieurs villes de l'Aile*^ magne.

Il serait à désirer sans doute que les familles malaisées voulussent et pussent s'occupei: par elles-mêmes de contracter pour leurs enfans des apprentissages convenables. Lorsqu'el-* les y sont disposées et qu'elles en ont les moyens, on leur offrira encore une précieuse assistance, en les encourageant

datis leurs reoherches, en les guidant dans letir tWitj en leur facilUant les transactions. Il est toujours mieux d'assucier les parens autant qu'on le peut, au bien qUe l'on fhit à leurs enfans, de les y intéresser, et par là d entretenir, en les améliorant, les relations' de familte. Mais, trop souvent, Tindifférence^t Tincurie des.parens ne permettent d'obtenir d'eux aucun concours pour le placement de leurs enfans en appren* tissage; souvent, par un calcul d'intérêt mal entendu, ou même par une paresse réfléchie, les parens préfèrent conser- ' ver leurs enfané à la maison, afin d'en tirer mille petite sêrvices I quelquefois ils sont empédhés, par diverses circon-^ stances^ de concourir au^ arrangemens nécessaires; enfin, la plupart du temps ils sont plus ou moins incapables de faire un bon choix, soit pour la profession qu'ils donnent à leurs encans, soit pour la personne du maître auquel ils le confient. . On est contraint de faire davantage alors, de prendre en quelque sorte leur place^ de leur faire même une sorte de violence. Toutefois nous ne saurions trop le répéter : il ne faut prendre ce dernier parti que dans le cas d'une absolue nécessité.

Voici donc une nouvelle attribution du patronage ; elle est la suite de celle. que nous avons proposée dans le chapitre précédent. ,

Quelque p)irti que l'on adopte, il est nécessaire d'examiner le^ conditions d'un* bon système d*apprenlissage pour les enfans pauvres, -afin de diriger leurs, familles dans les conseils qu'on leur donne > bu de se régler soi-même sî on supplée à leur impuissance. Ces conditions se réfèrent à <iuatre chefs principaux : le choix de la profession, le choit du mattre j les clauses du contrat et les garanties de son exécution*

V Lé choix de la profession. — Il est difficile de procurera

un enfôint pauvre l'apprentissage des professions les plus Iticra^

tives : ici commencent à se faire ressentir les désstvantages

de sa position $ car ce genre d'apprentissage est , précisément

le plus coûteux ,; quant aux frais; le plus long, quant à Vk

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