‹ De la bienfaisance publique; (volume 4)Chapitre 70 sur 84 · SECONDE PARTIE. LIVRE I. CHAP. XII · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE. LIVRE I. CHAP. XII

dustrie d'Angleterrç ,• d'Allemagne et d'Italie. Les élèves ne 8'occupent pas de travauxmëcaniques. Ils sont admis au sot;^ tir de Técole primaire ; ils se perfectionnent dans Texercice de récriture, dans l'élude de la grammaire ; ils suivent des cours d'arithmétique et de géométrie élémentaire, spécialement sous le point de vue des applications ; ils apprennent surtout à être gens de bien, économes, laborieux, religieux, à respecter les lois de leur pays. Une surveillance continuelle les suit au dehors,.comme dans les ateliers. La société interviefnt dans les contrats d'apprentissage qu'ils passent ensuite avec dés chefs; elle veille à l'exécution des clauses qui leur sont favorables; elle les protège jusqu'au moment où ils obtiennent une situation indépendante. Ou cite des traits touchans de dévoùment et de courage de I9 part des élèves qu'elle a pris ainsi sous sa tutelle^ On désirerait voir cet établissement prendre plus d'extension, et se reproduire sur d'autres points de la France. " ^

n est possible que le caractère propre aux enfans français, plus turbulens et plus mobiles que ceux de l'Allemagne et de l'Angleterre, ait accru les difiicultés qu'on a rencontrées pour organiser parmi nous des écoles d'industrie. On peut toutefois considérer comme ayant un but analogue, puisqu'elles remplissent à-peu-près les mêmes fins, les-disposiiii lions bienfaisantes d'un certain nombre de chefs des grandes manufactures du Haut et du Bas-Bhin, et de quelques autres points de la France, en faveur des enfans de leurs ouvriers : ces enfans sont tour-à(-tour employés aux travaux de l'établissement, et occupés à une école intérieure, où ils reçoivent l'enseignement élémentaire.

Les écoles d'industrie pour les filles ont^ au contraire, en France un succès général, ou plutôt elles y sont fort anciennés sous le nom Simvroirs^ Nous allons, dans un instant, en tracer le tableau séparément, après avoir achevé celui des écoles d'industrie pour les garçons.

ORGAiriSATIOR DES ÉCOLES D*IHDVSTRIE. 565

De Torganisalion cohTenable pour les écoles d*iiidustrie.

En Allemagne même, les écoles d^industrie ont rencontré quelques obstacles à leur origine; et (qui le croirait?) les premiers obstacles provinrent des parens eux-mêmes, qui opposèrent une vive résistance aux bienfaits destinés à leurs enfans : leurs préjugés repoussaient cette innovation; ils crai-i gnaiént de voir Tinsiruction intellectuelle de leurs enfans rè- - tardée par le mélange des travaux manuels; ils se demandaient à quoi bon imposer, à ces enfans, une tâche qui ne les dispenserait pas de faire un jour un apprentissage régulier. Souvent les enfans eux-mêmes, les garçons du moins, par mollesse, par frivolité, par goût pour la dissipation, ou par un amour-propre mal entendu, témoignaient une grande répugnance pour les occupations manuelles (1). On triompha de ces difficultés, par la puissance de la convictionr que donna l'évidence des faits. Loin d'imposer le travail manuel aux enfans par la contrainte, on le leur fait désirer comme une récompense. En quelques états cependant, dans le Wurtemberg par exemple, la fréquentation des écoles d'industrie est aujourd'hui rendue obligatoire, pour les enfans sur Téducalion desquels le gouvernement a une action directe, comme ceux dont les familles participent aux secours publics, ou ceux qui sont sans protection ; elle reste facultative pour les autres.

Les enfans fréquentent les écoles d'industrie, dans l'âge de six à quatorze ans. Distinctes des écoles d'instruction, elles sont connexes avec elles, et ordinairement placées sous le même toit; les mêmes élèves passent le même jour, mais à des heures différentes, du travail à l'instruction, et réciproquement. Les deux genres d'exercices marchent parallèle-

(1) Magasin de Gctuingue, par Wâgcmann, t. i*'j p. S?, S66.

SM SICOKBB PARTIE. LIVRE I. GUÀP. XII.*

ment l'un à l'autre. A leur arrivée, comme avant leur départ, les enfans sont réuhis par la prière, et y. associent ces chants, ces hymnes, qui, en Allemagne, jouent toujours un rôle si essentiel dans l'éducation populaire. Partagés ensuite en divisions, ils se rendent dans leurs classes respectives. Tandis que l'une de ces divisions est occupée au travail des mains, l'autre étudie, lit, écrit, calcule. D'heure en heure, ces divisions alternent et changent de râle. (1)

^.es écoles d'industrie ne sont point des manufactures, des ateliers proprement dits ; on n'y trouve même pas de vrais apprentissages techniques, dans toute l'étendue du -terme ; ce ne sont réellement que des travaux préparatoires destinés à commencer l'éducation industrielle des enfans, à les appliquer au travail , à leur donner un premier degré d'aptitude, à dfrigér l'usage de leur çeil, de leur main. A cet effet, on les emploie aux opérations les plus simples : à filer, tisser, carder, tresser, coudre, éplucher, polir, tricoter, faire des balais, travailler le bois où le cuir (2). On saisit celte occasion pour leur donner quelques explications utiles, quelques connaissances usuelles.

Les enfans obtiennent, en même temps, sur le produit de lemr travail, de petites rémunérations pécuniaires, qui sont un avantage pour leurs familles, un encouragement pour euxmêmes. Us gagnent ainsi de 10 eentime^à 2 francs, par semaine. (3)

On conçoit, et rexpérience de l'Allemagne le fait reconnaître, que de semblables établissemens ne peuvent couvrir leurs propres frais, par le seul produit du travail des élèves. Ce travail est nécessairement peu productif, soit parce que les enfens n'ont que peu d'heures à donner au travail, soit^parce

(f) Principes de' l'éducation, «i alleinand, parNieme e ,2° vol., p. 847; 991, 370 ,4à6, etc.

(2) Voyez dans rouvragie déjà cité de M. Schmidlin, $ 43^ le tabléaa détaillé des divers ouvrages auxquels le^s enfaus sont occupés dans ces écoles.

OEGAKISATIOn DES ECOLES D IHDUSTEIE.

qu'ils ire peuvent y apporter ni beaucoup de forces, ni beaucoup d'habileté. Il faut donc se résigner d'avance à faire les sacrifices indispensables et s'en assurer les moyens. On y pourvoit, ou à l'aide des caisses destinées aux secours publics, ou avec le concours des communes, ou par des souscriptions, ou par ces divers modes combinés. On trouve, au reste, des maîtresses qui se chargent de ce genre d'enseignement, moyennant une légère rétribution , de 10 à 50 francs , par an : les honoraires les plus élevés sont de 200 à 500 francs par année (1). Les.parens qui ne sont point dans l'indigence acquittent une rétribution pour leurs enfans.

£n Allemagne, ces établissemens sont ordinairement mis en régie ; l'administration achète les instrumens et outils, ainsi que les matières, et fait débiter les ouvrages confectionnés; cette gestion est conduite avec soin et économie. Cependant, ce mode de gestion laisse toujours peser, relativement au montant des frais» sur rétablissement une fâcheuse incertitude et sur ceux qui le dirigent une pénible responsabilité. Quelquefois aussi les enfans travaillent pour leur propre compte.

Ce qui peut surtout comprome^ttre le succès des écoles d'industrie, c'est le désir d'y introduire des fabrications difficiles, perfectionnées, d'y faire exécuter des ouvrages précieux. Les embarras que l'on se crée alorss'accroisseut encore, si, en constituant ainsi des ateliers, onse.hasarde à les conserver en régie. On s'engage dans une entreprise de manufacturé, soumise à des chances de perte, et qui ne peut guère réussir dans une institution charitable. Les enfans réunis dans ces écoles, y apportent d'ailleurs des dispositions extrêmement variées; on ne peut donc se flatter de les trouver tous également propres à une même espèce de fabrication; et, si l'on entreprend à-lafois plusieurs fabrications compliquées et vraiment techniques, on multiplie les chances défavorables, on augmente leâ^ais, avec le nombre des maîtr.es. Il est probable que ces deux cir-

(1) Yoyez l'ouvrage de VL Scbmidliii^ etc. /^. %,

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constances ont contribué à faire échouer les écoles d'indus «^ trie, dans les lieux où l'on a vainement tenté de les introduire. . '. ^

Les occupations auxquelles les enfans sont appliqués dans ces écoles ne peuvent être encore qu'une préparation* lointaine au métier que chacun d'eux doit exercer un jour; elles ne seront même souvent qu'une préparation générale. Elles doivent toutefois, s'accommoder à l'âge dés enfans, au sexe, à l'état de la santé, à la situation des familles, et, sous ces rapports, elles comportent une certaine variété. Elles doivent en même temps être graduées, de sorte que l'enfant aille progressivement diji facile au plus difficile. Non-seulement on évitera avec soin d'exposer ces jeunes créatures ou à des accidens, ou à des travaux insalubres , mais il sera nécessaire que l'occupation devienne pour eux un exercice favorable à la santé. On ne leur commandera pas le silence, ou du moins on leur permettra par intervalle des conversations paisibles ; quelquefois ils chanteront ensemble] quelquefois on leur fera, pendant qu'ils travailleront, des lectures amusantes et instructives.

Dans ces premiers essais, l'essentiel est d'accoutumer les enfans à conserver les matières qu'on leur met entre les mains, à appliquer leur attention, à régler leurs mouvemens^ à créer au lieu de détruire, à finir ce qu'ils commencent, à comprendre la nature, l'objet du travail, les moyens de production, à concevoir les notions de l'utile. Les chefs de ces petits ateliers ne se borneront pas à une simple direction mécanique; ils sauront entrer dans l'esprit dé l'institution, se pé- ' nétrer de son but moral; ils chercheront à inspirer aux enfans le goût de l'occupation; à entretenir leur sérénité, leur gaîté même. Ils veilleront à ce qu'aucun dégât ne soit commis; ils préviendront la négligence. Us tiendront exactement le compte de chaque enfant, ce compte sera clair et simple; on le réglera chaque semaine : l'enfant apprendra de la sorte à contiattre la situation de ses affaires, à voir le résultat de ses

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