ÉCOLES RURALES. 57S
sont propagées presque générale|inent. Ainsi, en 1832, par exemple, on comptait dans le seul royaume de Wurtemberg &6 écoles de jardinage, où s'instruisaient 1869 enfans, dont 732 garçons et 1137 filles; et 266 écoles pour la culture des arbres où s'instruisaient 6655 enfans, savoir : 5728 garçons, et 927 filles. Il y avait, en outre, un grand nombre d'écoles, où les enfans étaient occupés aux travaux des champs. (1)
Jusqu'à ce jour, on s'est peu occupé en France d'associer ainsi dans les écoles villageoises l'instruction agricole ai^x autres études ; quelques exemples cependant prouvent que, parmi nous, cette amélioration serait aussi facile qu'avantageuse. On peut citer entre autres, celui qu'a donné M. Floss, curé à Bouconville (Moselle), qui, par ses seuls moyens, a formé, sur une pièce de terre accordée à cet effet par le maire , une exploitation rurale pour les enfans de ses pauvres. Une expérience de vingt ans atteste les heureux effets de cette institution sur le caractère des enfans et sur l'industrie locale (2). Le même exemple avait été donné aussi, au Ban de la Roche, par le vénérable Oberlin, à qui l'on doit tant d'autres bonnes œuvres.
Sans doute, à la campagne, les parens lorsqu'ils sont euxmêmes cultivateurs, peuvent occuper leurs enfans et les employer dans leurs propres travaux, souvent même ils les réclament pour en tirer ce secours ; mais, il y à cette différence que l'école rurale, loin de détourner Jes ^nfaus dé l'école d'instruction, les y ramène, s'y associe, et se trouve soumise à la même discipline, dirigée dans le même esprit; que le tra« vail lui-même devient, dans l'école rurale, un moyen pour donner aux enfans des notions utiles, pour former îeur caractère et leurs habitudes. Les parens pauvres ne peuvent guère d'ail-
(1) Voyez les comptes rendus parla direction centrale de la Société de bienfaisance du royaume de Wiirtemberg pour Pannée 1832. § 9»
(2) Voyez le Bulletin de la société pour l' instruction élémentaire^ Août, 1332| p. 229:
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leuFs procurer à leurs eofans, 'dans les champs, que des occu* pations qui l^ur sont, sous tous les rapports, très peu profitables.
La seconde classe d'écoles rurales, celle qui en reçoit plus particulièrement le titre , offre aux enfans une véritable et complète hospitalité. Elles les adoptent pleinement, les conservent jusqu'à leur majorité, ou du moins jusqu'à ce quMls puissent se placer avec avantage. Hofwyl a donné l'exemple, et est encore le modèle de ces écoles. Ce bel établissement a été souvent décrit (1) \ mais aucune description, quelque fidèle qu'elle soit, ne pe^t reproduire les impressions qu'on éprouve en le visitant, parce qu'elle ne saurait peindre Tesprit qui Tanime, la vie morale qui s'y déploie. C'est à-la-fois une réunion d'instituts d'éducation, une vaste exploitation agricole, un établissement d'humanité conçu dans les vues les plus généreuses. Dès l'aurore, vous voyez les enfans, après avoir rempli ensemble leurs devoirs religieux, se répandre daqs les champs, armés des instrumens de leur travail, distribués en bandes organisées. Us se mettent à l'œuvre, joyeux et çontens, chantant en accord des hymnes religieux ou des chants patriotiques ; ils s'adonnent tour-à-tour à des ouvrages variés, auxquels président les méthodes d'exploitation perfectionnées par la science. A midi, le soir, ils rentrent prendre leur repas et suivre la classe d'instruction. Là, ne craignez point de les trouver fatigués ou indifférens : ils reçoivent, avec empressement, les leçons de lecture, d'écriture, de calcul, de géographie et d'histoire ; ils étudient les élémens des sciences naturelles; ici vous aperceVes^ les herbiers qu'ils ont composés, et classés eux-mêmes avec les plantes qu'ils ont cueililies; là, les dessins qu'ils ont tracés; là, les cartes géographiques qu'ils ont exécutées en. relief. Ces occupations semblent pour eux un délassement, tant ils y portent d'ardeur, et
(1) Yoyez en particulier les notices qui ont été publiées dans la BibUothèque britannique et dans la Bibliothèque universelle de Genève qui lui a succédé.
ÉGOLBS RUBALBS. S7i^
y goûtent de plaisir. Leurs bons et sages guides (1), en redoublent l'intérêt par des entretiens familiers et paternels, leur facilitent l'étude, par les explications, et leur font sentir lé prix des connaissances par les résultats pratiques. Si la saison ne permet pas de travailler dans les champs, vous re* trouvez les élèves dans des ateliers de charronage et de con* structionrpourlesinstrumens aratoires; ou bien vous les voyez occupés au triage des grains, à des ouvrages de vannier» tressant des nattes ou des chapeaux de paille, fabricant des sabots, ou même filant, tricotant, aidant le tailleur ou le cor* donnier. Les dimanches et fêtes, un autre spectacle se déploie. Aux cérémonies du culte, aux instructions morales et religieuses succèdent les exercices gymnastiques, lesmanœu* vres militaires, la musique instrnmgmstle et vocale ; réunis dans une sa^ie ou sous l'ombre des tilleuls, ils exécutent des concerts, et partout la satisfaction les accompagne, la sérénité respire sur leur front.
L'école est partagée en deux divisions très distinctes : celle des garçons et celle des filles (2) ; la première contient 150 élèves, la seconde 30 ; l'une a essentiellement pour objet de former des garçons de ferme , l'autre des servantes ; il en sort aussi des instituteurs et des institutrices pour les campagnes.
Plusieurs instituts analogues se sont formés en Suisse^ en Allemagne^ eil Danemark, en Angleterre, dans les États- Unis : ils ont été fondés, quelquefois par l'administration pu-
(1) Le bon Yehrly a long-temps dirigé cette école, avec un zèle, et une in telligence admirables. Aujourd'hui il est à la tête d'un établissement qu'il a fondé pour son propre compte. L'auteur du présent ouvrage a publié aussi plusieurs notices sur ces beaux établîssemens ; il les a visités différentes fois , y a reçu le plus cordial accueil et ' la pljis aimable hospitalité ; il compte les jours qu'il y a passés parmi les plus heureux de sa vie , et il se félicite d'avoir cette occasion pour exprimer à M. de Fellenberg sa profonde vénération et sa reconnaissance.
(2) L'école rurale des filles dHofwyl est dirigée par l'aînée des demoiseUes de Fellenberg, la digne fille du fondateur, qui s*est dévouée à cette bonne œuvre avec un zèle aussi éclairé qu'infatigable; !
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"blique, quelquefois par d^ associations libres et bienfaisantes. Souvent ils ont été combinés avec des établissemens d'orpbelins ou d'enfans délaissés, comme à Korntbal, Winnenden, Buch, Beugen, etc. En France, quelques essais ont éié tentés dans un but semblable, quoique sous des formes et avec des combinaisons différentes, à B.oville, à Grignon, à Ghatillon-sur-Seine. A Cuire, près la Croix-Rousse, aux portes de Lyon, un ecclésiastique a fondé, sous le titre de Providence Saint-Joseph^ un institut de petits orphelins que nous avons eu déjà occasion de citer, et où ces enfans s'essaient aux travaux de Thorticulture. Ces écoles rurales se placeraient aisément et utilement auprès de ces fermes expérimentales, dont la multiplication si vivement désirée par
^ ceux qui s'intéressent aux progrès de notre économie rurale, s'obtiendra sans doute à Taide des comices agricoles qui commencent à s'organiser.
Le succès des écoles rurales iqstituées dans les cantons de Genève et de Yaud voisins delà France, en prouvant qu'elles peuvent s'établir au milieu de nous, sous l'empire de circonstances semblables, guidera aussi dans le choix des moyens à employer pour les constituer d'une manière durable. A Carra (1), les élèves sont répartis en irois classes, suivant leur âge ; cette distribution permet d'assigner à chaque élève l'ouvrage auquel il est plus spécialement propre ; elle favorise le progrès du.travail ; elle entretient l'émulation. On s'étonne de voir avec quelle intelligence et quelle régularité des enfans de neuf à dix ans exécutent certaines opérations délicates, avec quel intérêt ils suivent le développement des cultures qui leur sont confiées.
Ce genre d'institution offre un caractère plus complet et atteint un, but plus étendu, lorsque l'école est propriétaire du
(1) L'école rurale de Carra, près de Genève, a élé fondée parMM. A.Pictet d(e Rochemout et Boissier-le-Fort, qui ont fait les frais du premier établissement; elle est entretenue par des souscriptions; elle contient 25 j^nes garons sou» la dii-eclion de MM. Liberbardt*
ÉCOLES EVRALES. . 577
domaine exploité par elle, et lorsqu'elle se combine avec un mode perfectionné d'exploitations rurales dans de grandes proportions. M. de Fellenberg, qui a réalisé ce plan à Hofwyl, sur la plus large échelle, estime, d'après sa propre expérience, qu'alors les produits de l'entreprise agricole peuvent couvrir non-seulement les dépenses annuelles de l'école , mais rembourser même , en un certain nombre d'années, les frais de premier établissement. Cependant, cette combinaison présente et des difficultés et des dangers qui lui sont propres. Lorsque l'école rurale s'abonne avec des propriétaires ou des fermiers qui emploient ses élèves à des conditions déterminées, elle échappe à toutes lés dépenses d'exploitation ; mais elle se prive de quelques moyens d'instruction qu'aurait offerts l'application des procédés de perfectionnement (1). Jusqu'à ce jour, il paraît que, dans cette combinaison, le pro- 4uit du travail des élèves ne couvre guère que la moitié des frais d'établissement, du moins pendant les premières années; en conservant les élèves quelques années de plus^ ils rendront à l'école ce qu'ils lui auront coûté.
Le chef d'un semblable institut ne doit pas seulement le diriger; il doit en être l'àme; il doit en partager les fatigues; il doit le vivifier pai^ sa présence, par ses regards ; il doit exciter, encourager les travailleurs, les égayer au besoin ; imprimer à l'ensemble de l'établissement un caractère éminemment moral, relever par là les travaux manuels, en faire jaillir des leçons utiles, et par conséquent être pénétré lui-même des intentions les plus pures. Il doit être doué des connaissances nécessaires, et surtouthabile à les mettre à la portée d'élèves que leur âge et leur situation rendent peu capables d'études
(1) L'un des bieniiEÛteun de TinslKut de Carra, M. Vernet Pictet, ancien syndic de Genève, a mis à la disposition de Técole l'une de ses fermes avec les b&timeiis. Les élèves de ceUe école sont employés aussi fiams d'autres . feimes voisines, lorsque l'exploitation de ^la première ne suffit pas à les occuper.
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«éiri9ii&e&* C'est, il faut le dire, une tâche difficile i elle exige une vocation prononcée, et un noyiciat qui prépare à la bien^ remplif.
Pans le nombre dea opérations agricoles auxquelles peuvent éire employés jea enfans réunis dans les asiles ruraux, $ont comprises celles de défrichement ^t de dessèchement. Parmi lea leçons utiles que ces enfans peuvent recevoir, sont c^ea qui concernent les détails de l'économie domestique, qui leur enseignent à s'industrier eux-mêmes, à sentir Taiguillon de la nécessité. Ces considérations ont porté le re^ si^ectable créateur d'Hofwyl à former la petite colonie de Maykirqh) et à envoya une autre eoloui^ d'enfons tirés de se& ét^blisaemens dans^la vallée de la I4nth, Dix enfiins, sous 1^ conduite de leur mattre, ont été établis an milieu des to« réta^ sur lea bauteurs de Maykirch ; ils ont défriché et nettoyé te sol ; Us Tout mis en valeur ; la (;abane qu'ils habitent, ils en ont été à*la*f(ûs les architectes et les maçonsf la soiuroe d'esiu, Us Tont découverte et amenée par un aqueduc ^ ils ont nivelé le terrain, planté les arbres i ils se nourrissent des ponn mès de terrée qu'ils ont récoltées, du lait des bestiaux qu'ils élèvent et font pattre^ On arrive dans ces lieux jusqu'alors déserts^ et on reconnaît la présence de ces jeunes cultivateurs aux. chants que font retentir leurs innocentes voix. On eutrei dans leur Uabitatlon ^ on y voit tous les instrumeif» né^ eeaanireà aux ouvrage» domestiques ; sur un rayon sont dé^ IHnsés des livres eboâsis, surla morale, la religion, Tbistoifè Ikationale^ la géographie et la botanique; ces livres seront le »uîel de leur leeiure du soir et de leurs enlreti^is sous la direcUioA de leur ehef . Du reste , llnstitut d'Hofwyl pourvoit à leurs autres besoins, mais en tenant avec eux un compte ouvert pour les échanges réciproqu es.\
HéSVHi nu CBANTIIB. ftM
ARTICLE Vil.
Résumé du présent cht^itre.
Nous avons essayé de parcourir, mais nous n'avons pa» épuisé sans doute, les diverses combinaisons que le génie do bien a conçues ou pourrait concevoir, pour donner à Tédii-'* cation du travail, chez les enfans des familles pauvres, la direction la plus propre à leur créer par la suite les resaource» les plus abondantes et les plus çertainçi^. La plupart onlde!& avantages, mais aussi des difficultés qui leur sont profreu^ Avant d'examiner quelles sont celles qui peuvent mérita fai préférence, il convient de savoir jusqu'à quef point elles peu-^ vent se concilier ou s'exclure. Quelques eoAsiâératîoii» «ioH plifieront peut-être cette recherche.
D'abord on ne saurait mettre en doute que la combinaison la plus heureuse qui puisse être adoptée, pour l'éducation des enfans destinés à une vie laborieuse, ne soit celle qui assoeie le noviciat du travail des mains avec la culture de l'inteUi^ gence, et qui les fait tnarcher de front, par des exercices al« ternatifs. Elle prévient le doublé danger de la dissipation et de l'ennui ; elle imprime aux facultés de l'enfonce un dé?e^ loppement harmonieux ; elle prévient l'incoBYénient attadhé aux occupations mécaniques ,' quand aUe« ftbsoii)«iil trcf» exclusivement la ci^éature bumsûne> celiiî delà coatemncv à une existence toute matérielle^ elle pr^are, peut HnleUigeoc^ une plus grande part dans les manipulaUftts indlosIrieUefti elle fait mieux goûta? le travail, èii rehaussant sit ^^pàHé y elle rend plus d'intérêt aux occiipationsy par le çontfMiir même qu'elle établit entre elles* '
Gela posé^ on est forcé de reconnaître que le même moù» ne saurait également convenir aux différens àgesy pomr eoffiH mencer l'éducation industrielle des e^ns pauvres. Il esi
difficile qu'uA enfant suive l'école (urdinaire, pendMl qu'il