‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 114 sur 132 · BEPB0CHE3 ADRESSÉ! AUX MAISONS DE TRAVAIL · texte numérisé non relu

BEPB0CHE3 ADRESSÉ! AUX MAISONS DE TRAVAIL

' d'un pouvoir discrétionnaire. C'est ainsi qu'on a supposé que cette institution repose sur une fausse combinaison économique, par la raison que les jjiaisoiis ne peuvent subsister des seuls produits du travail ; comme s'il s'agissait de l'érec- v tion d'une manufacture , d'une entreprise purement industrielle; comme s'il n'était pas convenu que leslndigens reçus V dans ces établi ssemen s appartiennent à la classe des personnes qui ne sont pas capables d'un travail suffisant pour les faire. subsister. .C'est ainsi que, confondant les maisons où le travail est libre avec celles où il est forcé , ils ont étendu aux unes les observations qui peuvent s'adresser aux autres. C'est " ainsi qu'on a généralisé, à l'égard de tons ces établissemens , les accusations auxquelles peuvent donner lieu les abus introduits dans quelques-uns. C'est ainsi que, prenant l'effet pour la cause , on a imputé à l'influence de ces^tablissemens, les rigueurs de la police relative à la mendicité, tandis qu'ils v'" n'en sont que la conséquence et l'adoucissement. C'est ainsi qu'on les a présentés comme essentiellement liés au système de la taxe des pauvres, quoiqu'ils puissent exister et existent

i souvent dans des contrées où la taxe est inconnue ; comme une brancbé nécessaire de ce qu'on appelle la charité lé- gale, quoique souvent ils soient formés et entretenus par les tributs volontaires des associations bienfaisantes.

En laissant à l'écart ces argumens et d'autres moins solides encore, il reste dans ce sujet bien assez de difficultés sérieuses. Mac-Farland, entre autres, les a exposées avec une lucidité remarquable (1). Des auteurs récens les ont développées avec talent, peintes avec énergie (2). Elles se fondent sur deux ordres principaux de considérations : les unes sont relatives au régime de la vie commune introduit parmi les indigens travailleurs ; les antres, an systçme d'un travail com-

(1) Recherches sur les pauvres. Recherche l1', chap. 6. Recherche 2e,

(2) Spécialement H. le pasteur Harille, De la Charité légale.

jigfeedo, G00gle

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miin fourni aux indigens par tin établissement public : celleslà se rattachent principalement à des considérations morales, celles-ci à des considérations économiques. . - ■

Les nombreux inconvéniens auxquels est sujette , par sa nature mente, toute réunion des indigens sous le régime de la communauté , s'aggravent encore très sensiblement lorsqu'on rassemble ainsi des valides' qni y apportent des passions plus vives, une indocilité plus prononcée, et qui peuvent plus facilement tromper la bienfaisance, en obtenant des ad-r missions abusives. Attirés par. l'espoir d'obtenir dans ces maisons une existence assurée , tranquille et commode , des pauvres vicieux, de faux pauvres, y accourent et ne manquent pas de prétextés pour s'en faire ouvrir les portes. Plus le sort qui leur y est offert est doux , et plus leur concours est empressé. Bien logés, bien vêtus, bien nourris, ils subissent peu de fatigues. Ils y portent leurs funestes habitudes , les propagent ; ils excitent des querelles , ils troublent le bon ordre, ils résistent à l'autorité. L'indigent honnête n'y trouve pas , au contraire, ajoute-t-on, tous les agrémens dont il mériterait de jouir. Les indigens valides ainsi recueillis se voient dispensés de pourvoir par eux-mêmes à leurs besoins; Us s'accoutument à tout attendre d'autrui; ils perdent la capacité de se diriger eux-mêmes; il n'y a plus pour eux ni industrie, ni économie domestique. En supprimant ces maisons, on éviterait à l'indigent la tentation de s'y introduire par le mensonge ; on donnerait à l'assistance une forme moins humiliante ; on ouvrirait des voies plus larges à l'activité de la classe laborieuse et malaisée. . ,

11 n'est pas , dit-on ensuite , de manière plus dispendieuse de secourir les pauvres, et le résultat de ces fabrications philantropiques trompe les espérances qu'on avait conçues. Il ne se fait réellement que peu on point d'ouvrage, dans ces prétendues maisons d'industrie; les matières premières n'y sont point ménagées; l'exécution est négligée. Tantôt l'occupation manque aux travailleurs, tantôt les pro-

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duils encombrent les magasins , faute de débouchés. On enfouit des capitaux énormes en constructions, réparations, métiers, mobilier de tout genre; un fonds de réserve considérable est nécessaire pour suppléer annuellement à l'insuffisance des ressources tirées du travail. Les frais d'administration sont énormes. La gestion est conduite avec moins de zèle et d'habileté, que celle d'une entreprise privée. L'indigent eût donc été entretenu et occupé chez lui à bien meilleur compte. Sa santé, d'ailleurs, s'altère par l'accumulation des personnes dans le même local , par le mauvais air , par la vie sédentaire. Lorsque ces maisons sont livrées à un entrepreneur particulier , les soins bienveillans et consolateurs disparaissent. L'intérêt général de l'industrie est d'ailleurs compromis par ces institutions. Les fabrications qui y sont introduites créent une concurrence fâcheuse aux manufactures et aux ouvriers qui existent dans le canton ; ' elles leur enlèyent une partie des demandes de la consommation ; elles livrent leurs produits à an taux plus faible ; elles avilissent les salaires, en voulant donner de l'emploi à certains pauvres, elles l'enlèvent à d'autres qui étaient plus niéritans; elles privent de pain ceux qui vivaient indépendans.

L'expérience, plus d'une fois, on doit le reconnaître, a justifié ces reproches , et plus d'une maison de travail a succombé après des essais favorables ; beaucoup d'autres, en Angleterre surtout, ont donné lieu à des critiques fondées. SirMorton Eden (1), sir John Hill(2), eu ont signalé les tnconvéniens. Ce dernier évalue de 3 shillings et 6 pence à 7 shillings par semaine, la dépense que coûte à chaque maison, chacune des personnes qui y sont entretenues.

(1) Etat dei pourris. Livre 11, thip. 3

(3) Moyeu de réformer les nxeuri des pauvres. Stctioo n.

658 tboiuAkb putie. litu i. chat. ».

article iii.

Co/uide'rolioas préitntéti m faveur de ta èlabliisimau.

D'un autre côté, la cause des maisons de travail a obtenu aussi de puissantes apologies , et des autorités imposantes se sont prononcées en sa faveur.

Lorsque cette institution fut proposée par lord Haie, vers la fin du xvii* siècle , ses vues réunirent tous les suffrages, et pendant long-temps sa création obtint l'assentiment universel. On y vit le moyen de prévenir la mendicité par le plus salutaire des antidotes, par le travail. Aux. secours ordinaires qui favorisent trop souvent l'oisiveté , elle substituait un mode d'assistance qui, en les bannissant, devenait doublement salutaire. Ces maisons , disait-on , serviront d'épreuve certaine, par l'offre d'un travail régulier, pour discerner les vrais et les faux indigens ; le vice et le mensonge seront mis à découvert. Elles seront aussi de vraies écoles; l'indigent contractera de bonnes habitudes, s'exercera à des ouvrages utiles , sera soumis à une sage discipline. It ne restera' plus de prétexte aux fainéans. Ces maisonsne présenteront que l'exemple du bon ordre et de l'industrie ; elles n'offriront aucun attrait à |a débauche ou au vice. Les frais seront en partie couverts par les produits. Les travailleurs ne perdront pas leur temps à alfer chercher les matières premières , ou les commandes , ou le débit de leurs ouvrages. Réunis, ils vivront à meilleur marché; (1)

Ces espérances lurent justifiées dans les commencemens , et l'on s'accorde à reconnaître qu'en Angleterre, les workhouses exercèrent d'abord une influence favorable sur les mœurs de la classe pauvre.

(l) Voy. le 7' rapport de la société, pour améliorer le »ort des pauvres, n. 40 et 67.

CONSIDÉRATIONS Elf UUB ÏAYKUB. 819

Lorsque , plus tard , les inconvénieas se produisirent t lorsque les objections s'élevèrent , de bous esprits pensèrent qu'il ne fallait pas juger l'institution en elle-même, par les erreurs de ceux qui l'avalent mise en œuvre, et qui l'avaient laissé dégénérer. Mac-Farland et Mortou Eden , qui en ont fait l'objet des observations les plus sévères , n'ont eu garde eux-mêmes de prononcer contre elle un arrêt absolu , et de la condamner dans son principe. Mac-Farland estime qu'on pourrait les rendre très utiles. Il s'appuie dans cette opinion sur le té' moignage et les observations d'Howard, et sur l'expérience des succès obtenus en quelques localités , notamment à Edimbourg. Il les considère comme un moyen de réforme pour les fainéans et les libertins. Mais il pense que c'est à ia sagesse des gouvernemens, qu'il appartient de les rendre en effet propres à une semblable destination (1). Jérémie Benlham recommande cette institution, comme un élément essentiel d'un bon système des secours publics (2). John Masson Good la considère comme indispensable dans certaines localités, à raison du nombre et du caractère des indigens ; quoiqu'il donne justement la préférence aux. maisons dans lesquelles le travail est offert librement. (3)

Plusieurs ptiilantropes ont fait remarquer qu'une discipline bien conçue, non- seulement prévient les fâcheux effets' de la réunion des indigens , mais les ramené à une vie meilleure; que le travail des indigens, alors même qu'il ne serait pas assez lucratif pour couvrir les dépenses de l'établissement, réduit au moins la somme des secours distribués, et encourage ces malheureux à se rendre utiles à eux-mêmes et aux autres. Des économistes ont pensé qu'on s'exagère les inconvéniens' de la concurrence, et qu'il est

{l) Recherches sur les pauvret. Recherche 3 , chap. 3, sect. 0, chip. 4.

(2) Esquisse d'un outrage en faveur des pauvres. Livre n, chap. S, sert. 1, chip. 4 s sect. S H4,ciap. S.

(S) Dissertation sur tes moyens d'employer les ptuvrts dam les maisons de travail. Sert. 1. .

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facile d'ailleurs de diriger les travaux de ces maisons ■ d'une manière qui ne contrarie en rien les intérêts des manufactures éublies(l). Les commissaires royaux qui ont procédé avec tant de soin à l'enquête de 1833 , en Angleterre, après avoir signalé tous les écarts commis dans l'administration des maisons de travail , n'en ont pas moins conclu , de la manière la plus positive et la plus formelle , que cet institution doit être maintenue, comme utile et nécessaire , sauf à la ramener à sa vraie destination (2). Aussi, le parlement, dans le bill du la août 183a, cette loi préparée par de si longues investigations, par une discussion si solennelle, a-t-il définitivement confirmé l'existence des maisons de travail, en la perfectionnant.

L'opinion des commissaires royaux, d'accord avec celle des hommes qui, en Angleterre, ont étudié avec pins d'attention cette matière, a l'école de l'expérience, est que les maisons de travail sont éminemment utiles , lorsqu'elles sont convenablement organisées et sagement dirigées. « Il a été rek connu, disent-ils, que la presque totalité des indigéns « valides, secourus à domicile, ne sont tombés dans la misère a que par l'indolence , l'imprévoyance ouïe vice; les secours « qu'ils obtiennent ne servent qu'à les entretenir dans ces « déplorables habitudes. Le travail doit donc être la condition * inséparable de l'assistance , et les portes de la maison où il - « est offert doivent être ouvertes à tous, pourvu qu'ils n'y « trouvent pas une existence plus commode que celle qui est « acquise par les travailleurs indépendans. A peine 5 on 6va- « lides, prétendus indigéns, acceptent le bienfait, lorsque ain- « si, pour eux, il devient tue épreuve(3). Les maisons de trait vail bien réglées deviennent le remède à la fausse pau- « vreté , servent à la démasquer. Leur séjour, confortable

(1) Voy. en particulier William Davi», HinttUphi/antropùti. Brth, 1831, (3} Voy. le rapport présenté tard d'Angleterre, page» 381, 314, etr. * (3) Ibid.,f»ffa 384,388-

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