‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 116 sur 132 · DESTINATION DES MAISONS DE TRAVAIL. , Ô6S · texte numérisé non relu

DESTINATION DES MAISONS DE TRAVAIL. , Ô6S

métier productif, et , ce qui leur manque ordinairement d'une manière plus sensible , de bonnes et salutaires directions. Os y contracteront les habitudes de l'ordre , de l'application ; ils y seront entretenus' dans une activité régulière ; ils y apprendront ce qu'ils ignorent peut-être, à bien vivre et à^sentir la moralité du travail ; ils y seront stimulés par les exemples, les conseils, les encouragemens. Ainsi seront réparées les influences fâcheuses qui, par la faute de leurs parens, ou par les écarts de leur jeunesse , avaient paralysé leurs forces et les avaient rendus incapables.

La maison de travail ne sera pas moins utile, comme épreuve. Là sera résolu le doute qui naissait à la vue d'un indigent valide, sur la question de savoir si le travail lui manquait réellement., ou si c'est lui qui négligeait le travail. L'occasion lui en sera offerte ; on jugera de sa bonne volonté , de sa capacité} ses vraies dispositions, sa situation réelle seront connues. Si, en effet, il n'a pas su trouver de l'emploi, et s'il se montre propre à une occupation fructueuse, on le dirigera vers celle à laquelle il sera le plus propre, et qui lui promettra le plus d'avantages. Les bons conseils et les recommandations suppléeront à l'insuffisance de ses recherches. Peut-être même les entrepreneurs viendront-ils demander des sujets a la maison de travail, lorsqu'elle pourra leur offrir de bons ouvriers, garantis tels par une épreuve attentive, et la maison de travail deviendra ainsi une sorte de bureau de placement. Si , au contraire , l'indigent valide se -montre ennemi de la fatigue , si l'on reconnaît qu'il répugne an travail , que la fainéantise seule est la cause de l'inaction dans laquelle il demeure, tout prétexte lui sera enlevé, il n'aura droit à aucune assistance. Le fainéant n'osera lui-même se soumettre à l'épreuve qui devra le démasquer. Si enfin il résulte de l'épreuve, que l'indigent est seulement impropre à une occupation productive, parce que son éducation est restée imparfaite; si l'on' peut espérer de lui donner la capacité qui lui manque, de lui inspirer le goût du travail, de lut en faire contracter

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l'habitude, rétablissement le retiendra quelque temps encore, et, de léprawe., il passera à tècoU.

Si la maison de travail doit être limitée, pour les indigène validas, a ces deux fonctions ; si elle ne doit leur offrir ainsi qu'un emploi passager, elle procurera une plus large et plus durable assistance aux indigens qui, bien qu'infirmes ou âgés, conservent encore quelques forces. Elle se convertira pour eux en un véritable hospice, en un hospice dans lequel- les indigens seront occupés suivant la mesure de la capacité qni leur reste. Ici encore, l'établissement fera sans doute l'office d'école; car les malheureux que l'âge ou les infirmités mettent hors d'état de continuer leur ancienne profession , y apprendront à s'exercer dans quelque autre genre d'occupation. Il sera aussi pour eux un théâtre d'épreuve ; car il offrira les moyens de juger ce qu'ils peuvent et veulent faire. Mais à ces deux services il eu joindra un troisième : il fournira à ceux qui ne •ont capables que d'un travail incomplet et imparfait, un ■mploi que peut-être ils eussent très difficilement obtenu à domicile, par ]e seul mouvement ordinaire de l'industrie privée) il leur évitera la peine d'aller chercher l'ouvrage, la matière première, le débit; il leur donnera une tâche proportionnée à leurs forces, sans en exiger davantage. Il se «intentera de leur faible tribut, et le fera valoir, ce qu'on ne Murait guère attendre d'un entrepreneur particulier. Les vieillards des deux sexes, les infirmes, en y retrouvant les moyens de produire une œuvre, d'entretenir un reste d'activité, apprendront qu'ils peuvent encore s'aider eux-mêmes, s'encourageront par leurs 'mutuels exemples, conserveront quelques forces, par l'exercice même qu'Us en feront , et conserveront mieux aussi la sérénité de l'âme. /

La maison de travail serait ainsi le refuge de ces infortunés, qui sont, dans le mouvement do l'industrie, ce que sont les traînards à la suite d'une année; traînards involontaires, défaillons, qui ne penvent marcher d'un pas égal avec les gens sains M vigoureux, que dédaigne et délaisse le spécula-

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leur, naturellement porté à préférer les ouvriers le* plu» capables de produire.

Du régime économique de cet établissement.

Une maison de travail ainsi composée ne peut être .ellemême une spéculation avantageuse. Non-seulement on a aucun bénéfice à en espérer, mais il est inévitable que les produits restent inférieurs aux dépenses. Toute école d'apprentissage «Bt coûteuse ; elle l'est davantage encore , lorsqu'on exerçant les élèves,' il ne suffit pas d'instruire les ignorans, mais il fout aussi triompher de leurs habitudes» Tonte éprouve est coûteuse; carceuxà l'égard desquelselle échoue occasionnent plus de frais qu'ils ne donnent de fruits. Un atelier formé de travailleurs à demi incapables, ne peut donner le même résultat que celui qui est formé de valides. On doit donc se résigner d'avance à considérer ce genre d'établissemcns comme exigeant des sacrifices pécuniaires.

Mais l'administration publique ne doit pas se borner à ce premier calcul.

Elle doit examiner d'abord ce qu'il en coûterait pour assister les mêmes indigène, sans les occuper de la sorte. Le produit du travail qu'on obtiendra d'eux, dans l'établissement, diminuera d'autant le montant des secours qui leur eussent été nécessaires pour exister sans rien faire. Si le travail mit en commun est plus productif pour les indigens dont il s'agit, que celui qu'on eût pu leur procurer à domicile, la maison de travail procurera encore une économie égala à la différence. Or, pour un oertaiu nombre d'entre eux , le premier mode de travail sera, en effet, plus avantageux que le second t comme nous allons bientôt Je voir.

Ce n'est pas ici la maison de travail qui est une charge: la

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charge est dans la présence des indigehs, dans la nécessité de pourvoir d'une manière ou de l'autre à leur subsistance.

Il y a plus : supposons qu'il en coûte autant pour entretenir les indigent* dans la maison de travail, que hors de cette maison ; supposons que le produit de leur ouvrage n'entre point en déduction de la dépense: il y aura encore à recueillir/ de ces établissemens, plusieurs avantages certains et notables. Ils auront desavantages moraux, par l'effet des habitudes qu'ils feront contracter; des avantages économiques, par les dépenses qu'ilséviteront dans la'suite. Comme école, la maison de travail rendra à une existence indépendante des indigensqui fussent restés à la charge de la société ; comme épreuve, elle écartera de taux indigens qui eussent usurpé les secours publics ; elle dirigera, dans une voie d'industrie, ceux qui s'égaraient, faute de trouver la roui* ; comme refuge des .demi-travailleurs , elle emploiera des forces qui fussent demeurées improductives.

Félicitons-nous si des souscriptions bienfaisantes viennent concourir à la fondation , à l'entretien de ces ateliers: provoquons, encourageons ce concours! Appelons alors quelques-uns des bienfaiteurs à leur administration! mais que des dotations fixes, certaines, que des subventions régulières, assignées sur les fonds publics , assurent leur existence , garantissent leur durée ; que jamais il ne soit opéré de prélève-" merit sur le fonds des dotations, pour couvrir les dépenses ordinaires; que de sages mesures préviennent toute collision entre les bienfaiteurs et l'autorité publique, et procurent, au contraire/ entre ceux-là et celle-ci l'harmonie désirable; qu'une surveillance assidue, éclairée soit exercée sur la comptabilité de ces établissemens ; que leurs comptes soient soumis à un contrôle légal et publiés annuellement; que le produit des travaux y figure toujours d'une manière claire et distincte !

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