SECONDE FASTIE. LIT** II. CHAP. IV
caisses d'épargnes de recevoir leurs fonds dans les caisses destinées à l'amortissement ou à d'autres services publics; mais cet emploi n'a pu procurer qu'an intérêt peu élevé.
Les différens modes qui viennent d'être rappelés ont cela de commun, que Uéttl devient en définitive le débiteur dès caisses' d'épargnes, qu'il se charge de leur conserver et de leur faire fructifier les dépôts qu'elles ont rgçtg» ■
De nombreuses et graves objections ont été cependant opposées à ce genre de placement.
On a craint que l'état ne se trouvât exposé à être forcé de rembourser subitement une somme considérable, ce qui pourrait, surtout dans des momens de crises, le jeter dans de grands embarras, et compromettre le crédit public.
On a fait remarquer que l'état, dans ce système', paie aux caisses d'épargnes un taux d'intérêt .plus élevé que celui auquel il trouve à emprunter, et qu'ainsi il fait, en faveur de ces caisses, un sacrifice qui retombe sur les contribuables.
On a rappelé que diverses circonstances pouvaient faire suspendre ou retirer les dépôts, arrêter ainsi le cours des opérations des caisses, exiger des rembonrgemens considérables.
On a demandé comment l'état pourra modifier les conditions de remboursement, et surtout le taux de l'intérêt, quand ces modifications deviendront nécessaires.'
L'uniformité des conditions, imprimée à ce système, a paru avoir quelques inconvéniens, soit parce qu'elle' ne se plie pas à la diversité des circonstances locales, soit parce qu'elle rend les paniques plus graves. ,' ',
' Enfin, on a pensé que, dans ce système, le déposant, loin de te trouver, intéressé aux destinées' de l'état, peut, dans les momens difficiles, se trouver au contraire engagé, vis-à-vis de l'état, dans des difficultés sérieuses; que, dans tous les cas, les dangers de l'état n'auront, à son égard, d'autre effet, que dé le décider à retirer promptement son dépôt. (1)
(1) Vojfm l'écrit ci dewua cité de M. de Ctnddle, p. 34etsuiv.
EMPLOI BIS IOKBH. 281
On a indiqué une dernière difficulté qui aujourd'hui déjà peut se faire sentir ; elle naîtrait de la prospérité môme des caisses d'épargnes, et du développement qu'elles sont susceptibles de recevoir : c'est le cas où le capital qu'elles ont à placer, deviendrait trop considérable pour que l'état puisse s'en charger. Déjà il s'élève, pour la France, au-delà de cent millions; bientôt il pourrait commencer à devenir un fardeau pour le trésor. Que sera-ce s'il s'élève à un ou deux milliards, ce qui pourrait fort bien arriver, ce qui arrivera si le progrès qui se manifeste depuis quatre ou cinq ans continuait, ainsi qu'on le désire, ainsi qu'on l'espère?
On ne saurait se dissimuler que le placement des capitaux appartenant aux caisses d'épargnes, dans le trésor de l'état, est snjet à quelques iuconvéniens, et peut présenter même quelques dangers. Mais, quel est le placement qui n'en offre
. pas? Nous écarterons cependant, pour certaines nations, le péril d'un renversement de la fortune publique. On demandait aux administrateurs des caisses d'épargnes d'Angleterre, s'ils ne redoutaient point, pour la sûreté des capitaux de ces établissemens t une révolution qui entraînerait la banqueroute de l'état; ils répondirent « qu'une telle chance ne « pouvaitmême entrer dans leurs prévisions. » Une semblable catastrophe n'est pas impossible sans doute, et la France, en un siècle, l'a malheureusement expérimenté plusieurs fois. Mais, quel est donc le placement qui aurait la certitude de survivre à l'anéantissement de la fortune de l'état, et qui ne serait.pas exposé à des chances plus fréquentes ? Une catas-
( trophe de ce genre porterait à l'existence de la classe laborieuse,des atteintes bien plus graves encore que le contrecoup ressenti par l'institution des caisses d'épargnes; la ruine de l'état lui enlèverait, non pas seulement le fruit de ses économies, mais l'occasion même du travail. La propriété foncière résiste seule à de telles secousses; le sol reste ; mais il n'est pas de propriété mobilière qu'elles ne frappent, souvent, qu'elles ne détruisent.