‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 59 sur 132 · PLANS DE SYSTÈMES SOCIÉTAIRES · texte numérisé non relu

PLANS DE SYSTÈMES SOCIÉTAIRES

Une morale pure, austère même, doit présider à la société coopérative, telle que l'a conçue sir Owen. La discipline en sera rigoureuse, aucun désordre n'y sera toléré. Toutefois, la morale naturelle formera seule le lien de l'association. Le fondateur, loin d'invoquer le concours des'doctrines religieuses, les exclut de son enseignement, comme il exclut tout culte extérieur, du régime de son institution.

Flans de systèmes sociétaires , récemment proposés eu France.

Quoique les systèmes conçus en France par Saint-Simon, par Fourier et par leurs disciples, dérivent essentiellement de la même pensée, tendent à' -peu-près au même but, les deux auteurs français n'ont rien emprunté au philanlrope écossais; ils ne se sont rien empruntés l'un à l'autre; les combinaisons qu'ils proposent diffèrent dans des détails importans, soit entre elles, soit de celle qu! sert de base à la tariéte' coopérative. Il serait difficile aussi d'assigner un .rang de priorité à l'un ou à l'autre de ces trois systèmes. Car Saint-Simon avait commencé à exposer de vive voix ses idées, et Fourier a rédigé des traités, avant que les systèmes de l'un et de l'au ire se soient produits seus une forme doctrinale; ces systèmes ont reçu d'ailleurs plusieurs développement et modifications, par les travaux des écoles qui ont recueilli leurs traditions.

Philantrope méditatif, Fourier, au sein de la solitude, a combiné à priori sa nouvelle organisation sociale; il a déduit de quelques principes abstraits, l'ensemble de ses théories, avec une sorte de rigueur géométrique. Il n'a point précisément établi la communauté absolue des biens. Il reconnaît trois principes essentiels de production : le capital, le travail, le talent. Il conserve à chacun son indépendance, lui assure des prérogatives; mais il les appelle tous trois à s'unir dans l'enceinte de la phalange, à contracter une alliance constante et

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régulière, à recueillir une part proportionnelle dans les produits obtenus. Sa phalange ou le phalanstère est formée, à quelques égards, sur le type des sociétés civiles ou commerciales, avec ces différences essentielles toutefois, que le phalanstère a beaucoup plus d'étendue que celles-ci (il.se compose environ de 180.0" personnes); que leseociétaires mettent en commun toutes leurs facultés, comme toutes leurs jouissances; que le contrat est tracé d'avance d'après des bases fiscs et immuables. Les propriétés foncières sont transmises à la société, et elles composent, pour chaque phalange, un seul vaste domaine, possédé, exploité par la communauté; l'ancien propriétaire reçoit, en retour, des actions, valeurs mobilières, représentant son capital. Les métiers, les ateliers, se réunissent en une grande et unique manufacturé, où tous les états utiles se déploient dans les proportions nécessaires. L'élude des sciences, la culture des ans d'agrément, sont placées sous un semblable régime; elles sont attribuées -à uo collège d'intelligences, si l'on peut s'exprimer ainsi. Chacun apporte, suivant son penchant, en raison de sa capacité, son tribut' à l'œuvre commune. Employé aux choses pour lesquelles il est le plus propre, son1 tribut est le plus .abondant qu'il puisse offrir. L'exploitation, exécutée en grand, s'opère par les moyens les plus rapides, les plus simples, les plus économiques, les plus parfaits. La distribution des rôles assure l'harmonie de l'en-, semble. Rien ne reste stérile, rien ne se perd. La variété des exercices, leur choix, la participation aux jouissances les plus douces et les plus élevées, excitent, entretiennent le zèle, avec la joie. Le' travail n'est plus une tâche, mais une vraie récréation.- Toutes les passions se taisent devant l'intérêt

■commun, parce que tous les penchans légitimes sont satisfaits. Il ne reste qu'une heureuse émulation pour servir la communauté. ;

'■' Ce 'système de colonisation repose donc sur quatre bases essentielles: •■■■•■ <■■ ■ ■ ; *

'• L'exploitation en grand, sous la l'orme de l'association; '■

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' Les jouissances communes;

L'aurait confère au travail, par le changement des occupations successives;

La liberté laissée à chacun, de préférer celles pour lesquelles il sent le plus de goût.

De la première, le système espère une production plus la- ,

coude; de la seconde, des jouissances plus nombreuses et plus faciles; de la troisième, des mobiles plus puissans pour l'activité'; de la quatrième, une plus grande aptitude de la part des- travailleurs; de leur concours, une entière harmoJ>' nie, et le bonheur individuel fruit de l'organisation collée- V tive. (1)

Si nous sommes bien instruits, un seul essai de ce système a été (enté en grand. Il a eu lieu, il y a quelques années, dans le département d'Eure-et-Loir : un propriétaire riche, éclairé, homme de bien et justement considéré, a fourni pour cet essai une fort belle propriété, et s'est dévoué avec beaucoup de zèle. Maïs on assure que l'entreprise n'a point rempli l'attente qu'on avait conçue, et a été ruineuse pour son auteur, (2)

(1) Voy. la Théorie des quatre meuvemeiu, publiée par Fourier, en 1608; le Traité de l'association domestique agricole, en 1823.* le Nouveau- Monde industriel tt sociétaire, en 1829. Pour bien connaître ce système, on peut consulter surloui la Destinée sociale, par M. Considérant, 1836, 2 vol,

(2) L'établissement de Condé-sur-yeyre, a été fondé vers 1632. Il consiste en un domaine de 600 hectares , en un seul morceau , un moulin et quelques Mtimeos d'eiploitation. Il est traversé par la Veyre, Le terrain était en partie inculte; on a planté sur la propriété 16,000 pieds d'arbres, de* le» deux prauièicsannées; on a opéré des dé/richeinens , érigé une tuilerie , de» ateliers de forgerons, de charrons, de menuisiers, d'ébénistes; on a construit une bergerie, élevé des bâlimens pour l'habitation , pour les services domestique»

D'abord , il s'est présenté , pour composer le phalanstère, des jeunet gens des diverses écoles ; mais, il» se sont tour-1-tour retirés, parce que, d'un coté, on ne pouvait utilement employer les connaissances qu'ils avaieut acquises; et que, d'un autre calé, ils montraient peu d'aptitude et dégoût pour les travaux manuels. Il s'est présenté aussi des ouvriers; mail c'étaient des

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