SECONDE PARTIE. LIVRE 111. CHA.P. IV
l'une lend à les trop rabaisser à leurs propres yeux; l'autre, à les irriter contre ceux, qui se trouvent plus heureusement partagés. Bien ne doii être négligé pour combattre ces deux ennemis de leur bonheur et de leur moralité, pour y substituer une légitime fierté pour eux-mêmes, et la confiance envers ceux qui peuvent leur être utiles. Qu'on se garde bien de croire que ces deux derniers sentîmens soient incompatibles! ils sont au contraire naturellement en accord. L'influence du patronage concourra puissamment à les concilier. Sans doute il n'est pas à désirer qu'un individu se trouve habituellement au milieu de personnes dont la condition est placée à une
, trop grande distance de la sienne; il se trouverait étranger dans un tel cercle; il ne pourrait y oublier, y faire oublier la situation à laquelle -il appartient; l'exemple des qualités qui s'y offriraient à ses regards, serait peu intelligible pour lui; l'éclat des lumières qu'il y rencontrerait, l'éblouirait sans . l'instruire; il se sentirait plus humilié peut-être par le contraste. Ne craignez pas cependant que, dans des relations avec les personnes dont le sort est plus heureux que te sien, l'homme peu fortuné sente quelquefois l'utilité d'une protection. La vue des supériorités, si elle blesse quelquefois l'amour propre, dispose aux égards, excite l'émulation. 11 y a surtout pour l'homme un rarèavanlage, à se rapprocher des supériotés morales; chacun de nous doit se féliciter lorsqu'il entre en commerceavecdesêtrescaezlesquelsildécpuvre unplushaut . degré d'instruction, de sagesse, de vertu. Un tel commerce est plus particulièrement profitable pour ceux qui sont faibles encore; ils y puisent des pensées et des espérances de perfectionnement. A l'aide des relations qui rapprochent et lient
' les diverses classes de la société, les trésors d'instruction et de moralité se transmettent de proche en proche, arrivent k celles qui sont les moins favorisées, et s'y répandent sans s'épuiser. Les institutions de patronage leur serviront, comme autant de canaux. Composées d'hommes de bien, fondées et animées par des intentions toutes généreuses, elles devien-
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dront comme un foyer actif d'affections bienveillantes, autour duquel se rallieront les conditions laborieuses. L'ouvrier s'approchera avec confiance de ces guides qu'il voit se dévouer avec tant de zèle à découvrir et à servir ses besoins; l'envie fera place dans son cœur à une juste gratitude. Puissent ceux qui seront appelés à L'exercice de ses fonctions lutélaires, se bien persuader en effet qu'ils ont aussi et surtout à servir l'intérêt des bonnes mœurs, et que le plus grand service qui puisse être rendu à nos semblables, est de les aider à devenir meilleurs !
Veut-on un exemple remarquable des vérités que nous cherchons à établir ici ? Qu'on voie les qualités qui se déploient souvent chez les domestiques, lorsqu'ils ont de bons maîtres! de quel dévoument alors ils sont capables! qu'elle fidélité! quelle discrétion! quel courage, s'il le faut! Quel respect, cependant! quelle obéissance empressée! Les intérêts de leurs maîtres deviennent leurs intérêts propres; ils sont capables de s'attacher pour la vie entière ; ils deviennent en quelque sorte membres de la famille, parl'attachemem, sans oublier les égards dg la subordination. Combien de fois les a-t-on vus soutenir ensuite dé leurs épargnes, et par leurs travaux, d'anciens maîtres tombés dans la détresse, sans cesser de leur continuer les soins les plus pénibles à titre de serviteurs volontaires ! La domesticité constitue un genre de relation où les maîtres exercent un patronage naturel. Puissent-ils comprendre les devoirs que ce patronage leur impose! Oh! c'est ici surtout que les vertus du riche prépareraient l'amélioration des mœurs du pauvre ; ses exemples deviendraient féconds ; sa bonté en accroîtrait l'empire. Recommandons, propageons les établissement formés en quelques villes de l'Europe, pour rémunérer les bons domestiques; mais sachons, avant tout, les former nous-mêmes, dans l'intérieur de nos maisons , les guider par le spectacle d'une vie vertueuse, les encourager, les récompenser par nos égards et notre estime'
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Combien n'est-il pas à désirer , sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres , que les propriétaires estimables résident, au moins pendant une partie de l'année, dans les campagnes! Combien elles sont précieuses r les oocasions , trop rares, sans doute, qui réunissent les individus des classes inférieures autour des personnes dont les exemples et le langage peuventjeur faire comprendre et goûter le vrai, le bon! C'est un avantage qu'offrent les caisses d'épargnes ; on le retrouverait dans la direction des caisses d'assurance sur la vie, telles que nous les avons proposées ; on le retrouve avec un haut degré dans des établisse mens semblables à la Société industrielle de Nantes.
Lés institutions de patronage peuvent encore seconder efficacement l'amélioration des mœurs dans. la classe ouvrière, par les services qu'elles rendraient pour le placement des ouvriers, eu les signalant M'eglime , en les recommandant à la confiance.
C'est une rémunération naturelle et puissante, pour les sujets instruits et honnêtes , que de leur procurer , dans la carrière qu'ils ^suivent, soit unpjaçement favorable, soit tm avancement plus rapide, soit des conditions plus fructueuses. Rien n'est plus propre à encourager les hommes voués à une vie laborieuse, que de leur faire connaître le prix de l'estime , que de les en faire jouir. Ainsi leur condition s'ennoblit, leurs forces redoublent, animés qu'ils sont par un mobile plus élevé et plus pur que l'amour du gain. Un tel mobile devient d'autant plus puissant, que l'ouvrier, cessant d'être employé femme une machiné aveugle, estappelé, ^narjesjwogrès de l'industrie, à. déployer, dans lé travail, les forces morales de l'intelligence et du caractère. Cesserait leur suggérer de fausses notions d'indépendance , que de leur faire redouter la nécessité d'obtenir et de conserver l'estime d'autrui, comme une condition de jsuçcès;.H n'y a rien qui ressemble moins à la servitude, qu'une' semblable dépendance -, elle honore celui qui y est soumis; et le salaire
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[ui-même, quel qu'il puisse être* acquiert un nouveau prix, lorsqu'il est le gage d'une confiance méritée.
De t'influence de l'esprit de famille.
L'expérience témoigne que les mœurs populaires ne sont jamais meilleures que dans les pays et dans les temps où l'esprit de famille exerce le plus d'empire ; et la philosophie explique ce fait, en le confirmant, par; les sentimens qui unissent la famille. Bans ces sentimens se déploient tous les genres d'affections pures et généreuses; les vertus domestiques renferment le germe des autres vertus i le bonheur domestique rend facile l'accomplissement des devoirs. C'est au sein -de la famille que les femmes portent et versent ces trésors de bonté, de tendresse, de générosité dont la Providence s'est plue à les douer. Le- chef d'une famille, embrassant dans sa pensée des intérêts plus graves , plus durables , que l'homme isolé, est mieux disposé à réfléchir et à prévoir ; il sent le besoin de se respecter lui-même ; il a plus de sérieux* de gravité; retenu ou rappelé chez lui par les soins qui ré- , clament sa présence, il a moins d'occasions de se livrer andehors à la dissipation et de former des liaisons fâcheuses ; chargé de prétéger des êtres faibles , il puise dans cette mission, la fierté* le courage; il s'y exerce à l'oubli de lui-même; il connaît l'exquise jouissance de vivre pour autrui, la délicate volupté du don fait et accepté ; il la goûte à chaque instant. La. mère de famille se sent investie d'une dignité presque religieuse ; elle s'exerce constamment à l'ordre, à lactivitc, à l'oubli d'elle-même; elle continue sa propre éducation, en commençant celle de ses enfans; tous les actes de dévouaient lui deviennent familiers. Les époux contractent entre eux , de toutes les amitiés , la plus sainte; de toutes les communautés, la plus parfaite, -'la plus étroite,, la' plus du-