DU CONTENTEMENT
possède; aidez-la à en mieux reconnaître le pris! Qu'elle apprenne par votre bouche, que son sort est aujourd'hui beaucoup plus favorable qu'il ne le fut dans les siècles passes! Dïtea-lùi bien que chaque situation de la vie a ses peines, et que les plus amères sont celles qui ne se montrent point aux regards; que souvent une vie modeste et laborieuse en ,est mieux garantie ! Répétez-lui que la destinée de l'homme icibas est une carrière d'épreuves, un long exercice de la patience, un combat, une conquête ! Montrez-lui tout ce qu'il y a d'honorable dans ces sueurs qui découlent de son front ! Honorez le travail, faites-le goûter! Que le travail soit pour lui une -gymnastique physique et morale! Qu'ilyyoiele moyen de se rendre utile, la condition nécessaire pour acquérir et posséder légitimement un gage d'indépendance, et surtout' une tâche imposée à l'homme parle créateur!
Il vous comprendra, soyez-en assuré; car rien n'est plus vrai; il retrouvera une satisfaction qui est elle-même le premier des biens. Mous ne pouvons l'affranchir d'un grand nombre de privations; mais il en sera moins préoccupé, et par cela même elles lui seront moins sensibles. Il sera mieux préservé des maux les plus funestes, de la servitude la plus dure; car il sera mieux à l'abri des passions. Pourquoi ces vérités, si simples en elles-mêmes, ont-elles aujourd'hui quelque peine à se faire jour? Pourquoi étonnent-elles qnelques esprits qui se croient supérieurs et ne sont que frivoles? Neserall-ce pas parce que les intérêts matériels ont usurpé aujourd'hui le premier rang dans les idées qu'on se forme du ' bonheur accordé à. l'homme sur la terre ? Là est la cause, la vraie cause du mal. Elle est dans les fausses idées du siècle. Elle est dans cette lièvre d'ambitions et de vanités, dans celte avidité des richesses, 'dans cette soif des jouissances sensuelles, dont la contagion tend à se répandre dans toutes les '. classes de la société humaine. La morale, en reprenant son empire, donnera d'autres enseignement. Elle apprendra à voir sans envie la prospérité d'autrui. Elle apprendra même
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à lirer avantage des sacrifices; elle révélera le mérite de ce courage modeste qui les accepte, qui lutte contre les obstacles, qui supporte les rigueurs du sort; vertu d'autant plus
■ noble atm yeux du sage, qu'elle est plus obscure ! Sachons nous élever au-dessus des impressions vulgaires, et considérer la destinée de l'homme,- du véritable point de vue! Les privations entrent dans sa destinée, comme une condition inévitable, comme une épreuve utile : elles exercent la force du caractère; elles éveillent la prévoyance; elle» préparent Kflotmne à acquérir Tune des qualités les plus nécessaires et les pins difficiles, celle qui le rend capable de se commander & lui-même. Aussi, l'histoire nous l'atteste, c'est au seitt de l'adversité, que se sont formés le plus souvent les grands hommes qui se sont signalés dans toutes les carrières.
0 vous, que le divin régulateur des destinées appelle & remplir ici-bas une carrière obscure et pénible, en achetant votre ^ subsistance par un labeur assidu, entrez donc avec un
„ front serein dans vos ateliers; éloignez de vous les idées sombres, les dispositions amères, les impressions de tristesse ! Là raison vous le conseille, la morale vous en lait an devoir. If ous aimons a entendre ce» chant* dont vous accompagnez votre travail; ils attestent que vous savez être encore satisfaits et joyeux an milieu de vos fatigues; lé fardeau vous en paraîtra moins lourd. Puissions-nous encore -f alléger pour vous; vous faire aussi goftler cette gatté qui délasse et réconforte ; éloigner .les circonstances qui rendent quelquefois yos occupations plu» désagréables! Nous voudrions que ces occupations fussent assez variées pour vous soustraire à l'ennui d'une excessive uniformité; qu'un exercice suffisant pût toujours en faire partie; que la lumière du Jour parvint en abondance dans vos ateliers; que vos regards ne fussent frappés par la présence ôTancun objet hideux; que vos travaux fussent exécutés avec méthode, avec ensemble, avec régularité; car rien ne récrée autant l'homme, que le spectacle de l'ordre. Que la propreté régne auteur de vous dans votre séjour, sûr le tfeéâ-
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tre même de vos labeurs, autant que le permet leur nature. Certaines professions, il est vrai, ne se prêtent guère à l'accomplissement de ce vœu. Il en est qui condamnent l'oavrier a des travaux souterrains qui l'enferment dans un séjour obscur, qui l'attachent comme un captif à une œuvre sédentaire; qui le contraignent à opérer sur les choses les plus repoussantes. Mais ces fnconvéuieos ne peuvent-ils pas en partie Are ou affaiblis, ou compensés par quelques avantages? D'autres professions se prêtent à laisser régner la gatté dans le cours du travail: le cultivateur, en parcourant les campagnes, le batelier sur le cours des fleuves, jouissent de scènes riantes et variées; ceux-ci restent, en exerçant leur métier, entourés de leurs épouses et de leurs enfans; ceux-là agissent en commun avec des camarades; il en est qui, comme le potier, le menuisier et tant d'autres, voient avec joie sortir de leurs mains des formes nouvelles; il en est qui assistent et coopèrent à de vastes entreprises. Pour tous, il existe du mouvement, de l'activité, des efforts qui ont aussi leur charme; déjà l'occupation seule est une source de satisfaction pour la créature humaine. Les âmes honnêtes, les esprits droits, savent goûter ces avantages modestes, mais réels. Faisons en sorte d'en accroître l'étendue, et surtout de conserver dans la classe ouvrière les dispositions qui en font connaître leprix.
L'homme de travail éprouve une satisfaction naturelle, par . cela seul qu'il déploie ses forces et parvient à produire. Il y a pour lui le sujet d'une fierté légitime, à dompter ainsi la ma- * tière, à "devenir en quelque sorte créateur. Cette satisfaction s'accroît en raison de la liberté dont il jouit dans le choix de ses occupations, dans l'exécution de ses œuvres; par la spontanéité de ses efforts. Elle s'accroît par la pensée que ses moyens d'existence sont en lui-même. Son salaire reçoit à ses yeux un prix plus relevé, en y voyant la conquête obtenue par ses fatigues. II acquiert, il possède; quelque bornée que soit la propriété ainsi achetée à la sueur de son front, elle est
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du moins bien à lui. Son petit mobilier, sas outils, ses ustensiles, ses' effets, il les paie bien cher; ils lui représentent ce qu'ils lui ont coûté. Ce sentiment le dispose à mieux respecter la propriété d' autrui, lui fait mieux comprendre les notions de la justice.
Que, dans les temps barbares, on ait voulu contenir par la force les classes inférieures de la société, au lieu de soigner leur bien-être ; qu'on ait voulu leur imposer le repos par la servitude et l'ignorance; d'autres vues sont heureusement commandées par la civilisation moderne. C'est en relevant la condition de l'ouvrier, qu'elle aspire à le rendre cornent.- Elle l'appelle au partage des nobles dons de l'âme, soit en allouant, dans les opérations des arts, une fonction plus considérable à l'intelligence; soit en faisant alterner les exercices de l'instruction avec les travaux manuels; soit en répandant sur la vie la plus obscure, l'influencé d'une plus haute moralité. Voilà la nouvelle destinée qu'elle prépare à l'homme laborieux, et que nons cherchons à lui faire obtenir.
ARTICLE VL Ses plaitîri populaires.
Ce n'est pas assez pour nous, de voir le travailleur content; nous, voulons le faire jouir. Il est des plaisirs qui pourraient le corrompre; nous desirons pour lui des plaisirs propres à améliorer ses mœurs. Car les plaisirs aussi doivent être un moyen de perfectionnement pour la créature humaine.1
Le vœu que nous formons ici serait-il donc déraisonnable? Jouir, serait-ce donc .une faveur que le ciel ait par exception réservée sur la terre à un petit nombre d'hommes? serait-ce le privilège du.riche? Le riche a épuisé la coupe des plaisirs; le luxe et les arts se fatiguent à lui en créer de nouveaux; la modération lut devient nécessaire pour apprendre à les goûter. Pour l'homme de travail, le plaisir devient pres-
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DIS PLAISI11S SOPULAïasa. 393
que un besoin de première nécessité. Ne lui faut-il pas quelques plaisirs pour le délasser de ses fatigues, pour tempérer l'amertume de ses privations, pour rendre la sérénité à son esprit, le calme à son cœur, pour ranimer ses forces? Voyez combien en effet ce besoin est impérieux ! Pourquoi le pauvre se précipile-t-il sur les jouissances les plus faciles, sur celles qui flattent les sens ? N'est-ce pas qu'il y cherche une distraction qui lui fasse oublier ses peines? II s'abandonne à des plaisirs grossiers, parce qu'il ne s'en offre pas à lui de pins nobles et de plus purs. Il cherche à s'étourdir, parce qu'il ne trouve pas des joies réelles peut-être; il se déprave, sans l'avoir ut voulu, ni prévu, et contracte un vice en croyant seulement prendre un délassement. Vous ferez de vains efforts pour l'empêcher de céder au besoin de repos : enseignez-lui à le mieux satisfaire; créez-lui des plaisirs moins coûteux, plus propres à le restaurer, et qui ne puissent le corrompre! Faites mieux encore : donnez-lui des jouissances qui épurent sou caractère en récréant son âme! Vous le détournerez ainsi des ignobles désordres qui viendraient l'abrutir.
Nous ne poursuivons pas ici une chimère; la providence elle-même s'est plue à préparer l'accomplissement des vœux que nous formons; les plaisirs les plus vrais sont souvent ceux qu'elle a rendus accessibles à tous les hommes.
De même que les jeux de l'enfance sont une partie essentielle de la première éducation, les plaisirs populaires exercent une influence marquée, sur Jes mœurs et le caractère des classes laborieuses. Bénies soient les lois religieuses et civiles, qui ont fait du repos un devoir, à des intervalles marqués! Elles sont entrées ainsi dans les vues de la Provi- ■ dencë, en modérant l'excès des fatigues, et invitant l'homme à des plaisirs légitimes. Mais abandonnerait-on au hasard l'emploi des heures du repos, et le choix desdélassemens? Si le loisir n'est qu'une somnolente apathie,' il ne restaurera qu'imparfaitement; si le délassement ue consiste que dans la brutale ivresse des sens, il dégradera au lieu de restaurer,
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Celle fleur délicate de la vie 311e devait raffraicbir la pure l'Osée des jouissances innocentes, va être souillée dans la fange.. :i Arrêtez, arrêtez, où conrez-vons ainsi en aveugles, pour vous distraire de votre longue et pénible tache ! Vous onereue* an hasard des ênutloas, vous espérez réparer vm forces; tous ailei, rainer votre sdnté, épuiser vos ressources, et corrompre votre ceeur, 11 est, croyez-nous, de plus vrai» plaisir») pour la créature intelligente et sensible : ce sont eettx qui Conservent la pureté de ses mœurs, l'harmonie de ftes facultés, et qui appellent Te concours de ses plus nobles penchan». Lois qoe les occupations matérielles auxquelles Vous êtes livrés,- Voue interdisent de participer à de tels. plaisirs,- elles tous les rendent plus nécessaires, et à quelques égards elles leur donneront pour vous un nouveau Charme. Venea donc, en essuyant la sueur qui couvre Vos fronts, partager ces jouissances que règle la décence, que l'imagination anime et décore, et auxquelles le sentiment du beau prête une secrète moralité. Vous en êtes capables, et chaque jour vous le deviendrez davantage.
Un exemple familier indique assez le secours que les arts de l'imagination peuvent prêter au travail des mains > Ton* Vrier qui accompagne de ses tirants son rude labeur, se fatigue moins et fait davantage.
Loin de proscrire la gattéj nous aimons à la voir rayonner sur le front de l'homme laborieux; cette gtttté est la compagne de la Simplicité et de l'innocence . EHe rend les fardeaux plus légers, elle épanouit l'esprit et te cœur; elle a pour prévenir 6t pour calmer les passions, quelques-uns des effetB delà sa* gesse. Que des exercices gyfnnastlques bien entendus, concourent aux anrusemens des familles d'ouvriers et de laboureurs, en même temps qu'ils exerceront leur adresse, te 'Coup-d'œil, l'agilité des enfans, des jeunes gens, et d'une partie des adultes ! Que les manœuvres militaires y prennent plice aussi quelquefois, et y joignent l'avantage de donner f habitude de la discipline, de la régularité des mouvemens,
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de Id tenue, d'une fierté virile) qu'ils réveillent les noble» images de la valeur) Que la danse même n'en soit point proscrite par un rigorisme étagère1 i mais qu'elle y mit sottrtilse aux lois les plus sévères des convenances 1 Ge n'est point assez encore t que les hommes utiles goûtent, en se délassant, les inépuisable» beautés de* ; scènes de la natures qu'ils goûtent aussi, en présente dés monument» publics, en parcourant nos" cités, le spectacle de cet ordre de beautés que l'architecture et les arts du dessin étalent fai regards, et dont l'expression est intelligible pour tous les homme»! Que la pompe des cérémonies publiques se déploie quelque» fois à leurs yeux, comme un tableau vivant et animé qui leur retracera tout ce qu'il y a de grandeur dans celte humanité à laquelle ils appartiennent! Enfin, que les mélodieux accord» de l'harmonie tiennent charmer les loisirs, calmer les pêl* «es, dél^serde» fatigues, embellir les fêtes, évailler 1* sympathie, épurer les jouissances! Quelle n'est pas leur puis* sancc sur tes mœurs pépuTSTres ! Assistes à ces concerts qui, chaque jour, retentissent dans les hameaux de l'Allemagne^ de la Suisse; prêtez l'oreille à ces chant» que répètent eâ chœur de simples artisans, et le» babltana des campagnes. Voyez cette fouie attentive qui s'y associe avec une' Joie dette» et profonde. Les passions se tempèrent» le» Anes s'élève*»} les affections généreuses s'évei!k»t; le sentiment de l'ordre se Tait goûter; la bienveillance mutuelle s'entretient par le* émotions communes. Rien ne défend raieU* contre la séd«etion des jouissances grossières. De tels ptsièirs e* délassant» améliorent. '
Les fête» populaires dont l'intérêt était si bien compris des législateurs de l'antiquité, sont bmmonp trop négligées de nosi.joOTS; elles ne sont point assez multipliées; os en varie trop peu lès programmes; on étudie trop peu leur objet; «a méconnaît trop leur effet moral. Pourquoi n'y reproduit-o* pas le souvenir des pins Mémorables évènenen» de ffaistenre nationale, de ceux qut peuvent nourrir h vrai «t sage pa-
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