DIS PLAISIRS POPULAIRES. 3S
graves périls. Ces succès nous sont offerts, ces périls s'annoncent à nos regards. Elevez donc le caractère moral de l'homme voué aux travaux manuels, pour qu'il résiste à l'in- , Aiience lâcheuse attachée aux travaux trop monotones qu'introduisent les nouvelles combinaisons de l'industrie, pour que son activité ne dégénère pas en irritation, pour que son bienêtre lui-même ne serve pas à le corrompre!
Loin d'être étranger aux jouissances de la sociabilité, l'homme laborieux aime à sortir quelquefois de l'isolement • auquel le condamnent souvent son malheur et sa profession; il se plaît dans des réunions qui lui font éprouver de douces sympathies, où il échange ses idées et ses impressions. Les occupations accomplies en commun, lui sont plus agréables : ilse retrouve avec plaisir au milieu de ses frères dans les temples, dans les fêtes, dans les promenades publiques (1); les hommes aiment à se sentir dans une communauté de but, d'émotion, d'intérêt, même de dangers, et à se rencontrer dans des assemblées qili les leur rappellent; c'est une partie de la joie des soldats sous leurs drapeaux, des marins à leur bord. Comment s'étonner alors que des lieux où régnent des plaisirs grossiers, servent de centre de rapprochement pour des hommes qui ont si peu d'occasion de converser avec leurs semblables? on va souvent à la taverne pour y conduire ou y accompagner un camarade; on s'y donne rendez-vous; on y traite d'affaires.
Une source inépuisable de plaisirs vrais s'ouvre pour l'homme laborieux : c'est celle qui natt de l'exercice de l'activité, tant qu'elle est renfermée dans de justes bornes. Le plaisir, même pour le riche, est dans une sorte d'imitation des labeurs; le jeu est une activité dirigée sut* des choses non sérieuses. Ce plaisir s'accroît par la variété, et même par le
(1) Nom avons emprunté une partie de cet reflétions an 11* appendice du 8* rapport de la société, établi» k Londres, pouf améliorer le tort da'.paurrei, lequel les a extraites lui-même du Gentleman' i magazine du 1787.
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sentiment de l'énergie qui se déploie dans les efforts. Le passage d'une occupation à une autre est une distraction, d'au* tant mieux goûtée, que le contraste est plus sensible. Voyez,
, comme en certaines contrées, l'ouvrier, le cultivateur se passionnent pour certains jeux gymnastique»! Voyez les jeux de
* paume du colon Toscan, du Romain, du Catalan, les danses animées de la jeunesse, française] le vrai repos, c'est le changement. Exerce» un autre organe, une autre faculté; vous donnez le repos à la faculté, à l'organe qui avaient rempli. leur tache, et vous faites naître une puissance toute nouvelle. Faites succéder surtout les exercices intellectuels aux mouvemens du corps. Ce qui engendrerait la lassitude dans un moment est 'divertissement dans un autre; car l'homme ne jouit véritablement, qu'eu se conformant à la décence, en conservant la dignité de sa nature; la vraie gaîté ne s'épanouit qu'au sein de l'innocence.
■ARTICLE VII. '
Comment fa rtgkmtRt d« poike peuvent contribuer à l'anttiioruthn i*t rw.un populaire!.
L'ordre extérieur et matériel de la société humaine est déjà par lui-même une instruction féconde pour ceux qui en sont les témoins; alors même qu'il ne ferait qu'assister à ce grand spectacle, le simple individu en ressentirait des impressions salutaires, En présence des œuvres de la civilisation, on ressent quelque chose d'analogue à l'effet produit par la scène magnifique des oeuvres de la création sur le théâtre de la nature. Une telle image porte le calme dans les esprits. L'homme qui vit au sein d'une communauté bien réglée, est comme celui qui respire dans un beau jour; il comprend mieux sa destination; il marche d'un pas plus léger dans sa carrière; il remplit avec plus d'allégresse ses devoirs. Le
bourg le plus modeste, où la voie publique est bieu entretç-
HÉGLBMMB DI IOUOS WM US KOBIiaB. Ajft
nue, où les eaux sont bien conduites et distribuée», le» marchés approvisionnés, la salubrité entretenue, où la propreté règne de toutes parts, où régnent la paix, l'abondance, où l'utilité publique est prévenue dans tous ses besoins, se pare ainsi d'une sorte d'élégance dont tous ses habitans jouissent et que lui envieraient les plus grandes cités, Tel est le pouvoir de l'ordre dans les arrangement extérieurs, au milieu de grandes réunions d'hommes, que l'asile où sont rassemblés les douleurs et les misères les plus affligeantes, un hôpital de malades, cesse, à l'aide d'un luxa de soins semblables, de causer à ceux qui y entrent, l'horreur et l'effroi qu'il semblerait devoir exciter. -La civilisation se peint dans tes monumens érigés pour le public, décorations de l'existence commune. Les soins des magistrats, leurs prévoyantes mesures, imitent et continuent l'ouvrage de la Providence. Les plus humbles citoyens participent a ces bienfaits) ils se sentent plus à l'aise; ils sont fiers d'appartenir à une communauté bien réglée, et par le pouvoir naturel à la sympathie et à l'imitation, ils se sentent mieux disposés à se bien gouverner eux-mêmes.
Tout ce qui met en évidence les intérêts collectifs, tout ce qui tend à procurer le bien public par des dispensations générales, resserre les limites de la confraternité entre les hommes. Les avantages de l'état de société se font d'autant mieux sentir à chaque membre de la grande famille, que ces dispensations ont plus d'étendue et que leur effet est plus universel. Le pauvre, lui-même, se rattache ainsi a cette société où une part plus grande lui est faite dans la communauté des fruits.
Le tableau de Tordre moral, qui dans une société bien réglée, accompagne le règne de la JuBtice, la protection accordée aux droits de chacun et surtout à ceux du faible, est bien plus instructif encore et mit ressentir des impressions plus utiles et plus profondes. Des lois équitables, exécutées avec une sage impartialité, avec fermeté et vigilance, de-
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viennent comme un enseignement habituel, familiarisent les esprits avec les notions du bien et du mal, entretiennent l'horreur pour le crime, et l'estime pour l'honnêteté. Dans l'autorité légale, on s'accoutume à respecter l'image vivante des préceptes- de la raison et de l'équité, chacun est mieux porté à se respecter aussnuwnême, en présence d'nn ordre public convenablement maintenu ; il y trouve des appris, non des gènes; des directions, non des obstacles; il en recueille la sécurité, et avec elle une plus vraie liberté. L'expérience montre que les troubles sociaux, que les agitations politiques, pour peu qu'ils se prolongent, portent de graves atteintes aux mœurs populaires. La vue du désordre jette l'incertitude dans beaucoup d'esprits, et, en réveillant diverses passions, ébranle les caractères faibles; le désordre luimême, sert de voile et d'excuse à beaucoup de fautes.
Mais les personnes les plus obscures obtiennent aussi» sous de bonnes lois de police, une protection directe contre les périls qui menaceraient leur moralité. De nombreux pré- 1 cipices sont fermés sous leurs pas; des séductions funestes sont éloignées de leurs regards; des exemples propres à les pervertir sont prévenus ou réprimés; les contagions dangereuses sont arrêtées dans leurs cours.
Tous les périls sans doute ne sauraient être écartés. La police la plus active et la plus, forte semble contrainte quelquefois de laisser une issue ouverte aux penchans dépravés, pour éviter que leurs poisons ne se répandent d'une nianière plus générale, pour les surveiller au moins avec plus d'efficacité, lorsqu'on ne peut les détruire : nécessité affligeante, qu'on s'exagère peut-être, qui, au reste, ne se produit guère que dans les cités très populeuses, qu'au foyer d'une grande corruption. Du moins' doit-elle et peut-elle toujours arrêter les provocations publiques que le vice, dans son impudeur effrontée, né craint pas d'adresser à la légèreté, à la faiblesse, à l'ignorance. La vigilance de l'autorité publique a plus de pouvoir pour
RÉGLEHENS de pouce sur les moeurs. 401
prévenir les délits qui corrompent les mœurs, que la gravité des peines. L'homme, qui allait se rendre coupable, s'arrête devant la certitude d'être connu, poursuivi, plus que devant la chance improbable peut-être d'un châtiment auquel il peut échapper. Combien de fautes seraient évitées, si les ac; lions de chacun devaient être constamment faites en présence de témoins; si tout se passait au grand jour! L'obscurité peut servir de voile au désordre; laisser connaître son nom, sa profession, ses démarches, c'est souvent, pour le pauvre, obtenir une protection contre ses propres écarts. Le regard d'un homme de bien est, pour le faible, une sauve-garde contre les atteintes du vice.
Les établissemens de saint Louis en France, et un grand nombre d'ordonnances des rois, ses successeurs, assimilent à la violation des commandemenB religieux, celle des réglemens de police; à Borne, les réglemens de police relatifs aux précautions d'ordre public, de salubrité, de propreté, sont placés sous la même sanction religieuse (1). En Angleterre, plusieurs lois anciennes portées contre le parjure, et contre la violation des devoirs religieux, restent encore en vigueur. Dans les états les plus libres eux-mêmes, et sous le règne de la tolérance légale, les préceptes de la morale religieuse ont quelquefois passé des mœurs dans les lois. Les Etats-Unis en offrent un exemple remarquable. « L'ivresse, dit M. de « Beaumont, les jeux de hasard, la fornication, le blasphème, « l'inobservation du dimanche, sont, dans le Massachusetts, «■ des délits passibles d'un emprisonnement ou d'une amende.
(1) L'observation du samedi et easuite du dimanche , prescrite par Censtantio, es 321, en France, par Dagoïiert I" , en 630, est de nouveau prescrite par les ordonnances d'Orléans et de Blois, en 1660 et 1670.
L'abstinence du carême est également prescrite , et (ce qu'on a peine à croire] sous peine de mort , par Cbarlemagne, eu 786, et de nouveau ordonnée par Henri II, en 1649 , et par Charles IX. , en 1068 et 166S.
Une foule d'ordonnances punissent des peines les plus sévères, les juremens, les blasphèmes; on connaît la rigueur des lois contra les hérétiques. m. " 26
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« Le puritanisme dominant dans ta Nouvelle-Angleterre, « exerce encore son influence sur presque tous les états de « l'Union : c'est ainsi que le Code pénal de l'Ohio, punit de « l'emprisonnement les rapports entre hommes et femmes, « non mariés. J'ai vu à' Cincinnati des individus condamnés « pour ce délit, et renfermés dans un cachot infect, ou l'air a extérieur ne pénètre jamais.
. « A New-York, tons les jeux de hasard, tels que les cartes, « les dés, le billard, sont défendus dans tous les lieux pu- « bltGs, auberges, tavernes, paquebots, etc., sons peine de a 10 dollars d'amende (53 fr.) contre les aubergistes et les a maîtres de paquebots. Toute personne qui gagne une a somme d'argent à un jeu de hasard, est passible d'une « amende quintuple de la somme de 25 dollars (132 fr.) j est « déclaré coupable d'un délit (misdemeanor), et passible « d'une amende qui ne peut être moindre du quintuple de la « somme gagnée ou perdue. La loi du même état punit tes « juremens et tes blasphèmes; elle défend la vente de II- « queurs fortes dans le voisinage d'une- assemblée religieuse, « à moins que ce ne soit à une distance de deux milles au « moins. Les lois de la Pensylvanie contiennent des disposiez lions analogues; elles portent tantôt l'amende, tantotJ'em- « prisonnenient contre l'ivresse, et privent de leur patente « les aubergistes chez lesquels l'infraction a eu lieu. Lorsa. qu'un individu est connu pour un ivrogne d'habitude, on « lui nomme un curateur ou conseil judicaire, comme s'il « était en démence, et quiconque,' aubergiste, dîstillateur- « ou épicier, lui vend des liqueurs fortes, ou du vin, est pas- « sible d'une amende -de 10 dollars ($3 fr.)
« La célébration du dimanche ne se borne pas en Améri- « que, comme chez nous, à une cérémonie; elle dure tout a. le jour. Chacun, après l'office, rentre chez soi, et bientôt a on ne voit dans les rues ni voitures, ni hommes, ni fem- « mes, ni enfans. Pour que les voitures ne puissent passer, a tes. rues, qui «voisinent les. églises, sent barrées à l'aide de
n£GI:BHBRS DE POLICE SIÎ1 LES MOItIRS. ItQ'i
« chaînes suspendues en travers, à deux pieds au-dessus du et sol. On dirait, au silence qui se fait partout, une cité nban- « donnée pur laquelle l'ennemi aurait passé la veille, et où « il n'aurait laissé que des morts. La loi de l'état de Newa. York porte que le jour du dimanche tous amusemens, tels « que la chasse à courre et a tir, le jeu, les courses de clie- * vaux, etc., etc., sont interdits. IL est défendu à tout auber- « giste ou distillateur de débiter aucune liqueur spiritueuse, a et à tout négociant dépendre aucune marchandise.
« Il y a une loi dans le Massachusetts (Nouvelle - Angle» a terre), d'après laquelle on peut arrêter les gens qui voyait gent le dimanche, et les condamner, pour ce fait, à une « amende. Celui qui a une cause urgente de déplacement, « doit demander une autorisation de voyager pendant le « saint jour. Le conducteur de voiture publique qui se met « en route sans avoir obtenu cette permission, perd sa place « pourtroisan».
« La Ioï du Connecticut défend absolument les spectacles « comme contraires aux bonnes mœurs, sans aucune excep- « tion pour les grandes villes, telles que Hartford, New-Ha- « yen. Dans le nouveau Jersey, on ne permet point les cour- « ses de chevaux; c'est, dit-on, une occasion de rassemblent ment de jeux, de paris, de luxe, de désordre et de dérana gemens dans les habitudes, toutes conséquences immora- « les. »
Des lois semblables nous paraissent être plutôt une expression des mœurs existantes, qu'un véritable moyen n'agir snr elles. Elles peuvent arrêter l'essor de certains vices, et surtout les contraindre à se voiler; elles peuvent prévenir le* scandales publics; mais il est difficile d'espérer qu'elles puissent propager l'empire de la vertu. Qae serait-ce donc, si, écrites dans les codes, elles restaient inappliquées dans la pratique? si l'opinion publique accepte, confirme l'autorité de leurs injonctions, elles ont peu d'utilité; si elle les repousse, elles sont frappées de discrédit. Il n'est pas en leur
ttùlt SECONDE FABTIS. LIVRE 1". CHÀ*. IV.
pouvoir de s'adresser à l'âme, de pénétrer dans- le sanctuaire de la conscience, de fécooder par conséquent les vraies sources de l'amélioration morale.
Du travail considéré comme un moytn d'éducation.
Moyen d'éducation physique, le travail développe les organes de l'homme, devient un exercice gymnastique, donne aux perceptions des sens une perspicacité, à la main une dextérité singulière : moyen d'éducation intellectuelle, il devient un exercice pour l'attention-, il enseigne à comparer, à combiner, à apprécier les rapports des causes aux effets, hpénétrer dans les secrets des arts, à connaître les lois de la nature : moyen d'éducation morale, il inspire la modération, la constance, l'empire sur soi-même; il prévient les vices, les réprime; il rappelle à l'homme sa destination terres-
• tre; il lui conserve sa dignité, en lui procurant l'indépendance. La nécessité qui commande le travail à l'homme, comme moyen d'existence, se montre'donc à nous, comme un véritable bienfait, dans les plans de ta Providence. Le pauvre doit s'en applaudir, loin de s'en plaindre. Le salaire qui assure sa subsistance à moins de prix que l'occupation qui le préserve des écarts de conduite, et qui forme ses mœurs.
, Toutefois ces salutaires enseignemens ont pins ou moins d'efficacité suivant les dispositions que porte au travail celui qui l'entreprend, suivant la nature et les conditions propres à chaque genre de travail.
Le travail ne profite pleinement, comme éducation, qu'à celui qui s'y livre debonne volonté, qui l'entreprend avec joie, qui le poursuit avec sérénité, et qui trouve son plaisir dans son devoir. Le travailleur s'en acquitte alors d'autant mieux : il en est moins fatigué ; il est satisfait de lui-même; il se sent en possession de sa propre estime. Le travail subi comme une peine