‹ De la bienfaisance publique; (volume 5)Chapitre 99 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

a sujet, - — Se l'influence de la religion soi la morale et te bien-être de la elaise laborieuse.

La religion, moyen d'éducation populaire.

Si , parmi les causes qui peuvent améliorer la condition de la classe la moins aisée, en régénérant ses mœurs, nous avons réservé pour la dernière, celle qui dépend des influences religieuses , c'est que celle-ci est la pins haute , la plus poissante, et qu'en elle se réunissent et se coordonnent tontes les autres. Considérer, ainsi qu'on le fait quelquefois, l'éducation religieuse, comme une portion distincte, comme une branche à part de l'éducation de l'homme , c'est méconnaître la condition fondamentale de l'humanité. La religion embrasse le système entier des facultés humaines, comme le cours entier de la vie ; elle est tout ensemble, un flambeau qui éclaire l'intelligence, une loi qui règle les mœurs, une puissance qni s'empare de l'âme, un mqbile qui préside aux actions : aucune pensée ne lui reste étrangère; aucun sentiment ne lui échappe. Eminente institutrice , elle fait pénétrer ses ensetgnemens jusqu'au fond des cœurs, et leur imprime une autorité sainte. Quel empire n'exerce-t-elle pas sur la destinée de l'homme, lorsqu'elle en marque le but véritable et en révèle toute la grandeur! C'est précisément parce qu'elle en- découvre la ' perspective, au-delà du tombeau, qu'elle en explique les conditions pendant le cours du pèlerinage terrestre. La hauteraison de Montesquieu a eu tort de s'étonner de ce qu'en s'occupantde la félicité à venir, la religion prépare le boubeur *de la créature ici-bas: l'un est précisément la conséquence de l'autre. En opérant le perfectionnement moral de l'homme, la religion prépaie indirectement son bien-être matériel :

LA BSLIGIOK, MOYEN b'ÉOOCATIO». 457

c'est qu'elle anime d'une étincelle sacrée le foyer même des forces humaines.

. Une dédaigneuse frivolité a pu laisser échapper quelque-' fois cette parole que la religion est faite pour le peuple ,• la maxime est vraie, mais dans un. sens opposé, lequel renferme autant de respect pour la religion, que d'estime pour le peuple. La religion est en effet une institution éminemment populaire, parce qu'elle -est un bienfait universel. C'est à bon droit qu'elle s'annonce comme une part de ï héritage commun de l humanité, et qu'elle promet à chacun ia restitution de son patrimoine. Elle nous rend à tous nos titres de famille ; et quels titres! Ceux qui noua donnent un père, dans l'être infiniment parfait , et, dans tous nos semblables nous fait reconnaître autant de frères !

Oui : la religion est faite pour le peuple; car elle est le pain de vie pour l'humanité'. L'égalité que réclament,la raison et la justice, la religion la. rétablît entre les hommes; elle la constitue sous un point de vue moral , avec un niveau qui ne pourrait s'introduire dans les conditions extérieures de la vie humaine , sans détruire l'organisation sociale et avec elle les bienfaits de la civilisation ; elle tempère delà sorte, elle répare ce que l'inégalité des conditions peutayoir d'effets- funestes en blessant la vanité, en irritant l'envie, en décourageant l'émulaiiou. Non -s eu le m eut elle annonce ù tous les hommes un protecteur, un juge, an rémunérateur, qui étend sur eux le même regard, et qui ne connaît entre eux d'antre distinction que celles du' bon et dn méchant ; mais elle a encore ce beau privilège , que ses propres enseignemens sont accessibles à tous , ses secours offerts à tous , ses dons répandus sur tous , aux mêmes conditions , dans les mêmes degrés; qu'elle adresse à tous le même langage.

Voyez comme elle a bien compris l'égalité vraiment désirable ! ce n'est pas le niveau de l'abaissement, de la misère ; c'est celui de l'ennoblissement. Si elle place tontes lès créatures humaines au même rang, sans distinction de riche et de

US skcoxbb i&mib. ixnx III. CHÀÏ. VI.

pauvre, de puissant et de faible, c'est en les appelant toutes à nu rang plus élevé. Et quel bien en effet, dans le commua patrimoine de l'humanité , a plus de prix que la dignité même de notre nature ! quelle dignité ! il ne s'agit pas ici de ces vains honneurs , de cette grandeur d'opinion que distribue le monde , et dont la vanité se nourrit; il s'agit d'une dignité qui donne à la vie sa véritable valeur, qui inspire tu hommes une estime réciproque j qui répand sur les caractères plus de calme tout ensemble et plus d'énergie j il s'agit de cette élévation intérieure qui s'aille à la modestie la plus sincère , qui fait dédaigner les frivoles distinctions, qui soutient au milieu des disgrâces extérieures, qui triomphe des rigueurs de la fortune. Est-il une fierté ,plus légitime tout à- -la-fois et plus utile ? C'est cette fierté que nous revendiquons pour le pauvre , quand nous invoquons pour lui l'initiation religieuse. Combien elle s'aggrave au contraire, la situation de celui auquel est échu le lot le' moins avantageux dans la distribution des dons de la fortune , lorsqu'il en est réduit à considérer sa destinée ici-bas comme le jeu du sort; lorsqu'il ne sait pas l'accepter comme un dessein dé la providence ; lorsque toute autre perspective que celle des privations et des peines disparaît à ses yeux; lorsque ses regards effrayés voient le trône de la bonté infinie usurpé par une dure et aveugle fatalité 1

Nous regrettions justement toUt-à-1'heure qu'il restât à l'homme qui vit à la sueur de son front, trop peu de loisirs et de moyens pour cultiver son intelligence. Eh ! bien ! voici , dans l'initiation religieuse , une philosophie cachée , une philosophie substantielle, qui vient s'offrir à lui, qui se met à sa portée. Elle lui explique les plus grands problèmes de la nature. Elle lui enseigne une sagesse usuelle et pratique ; elle supplée pour lui à l'érudition des savans, à l'expérience des vieillards. Cette notion sublime de I'umité, qui préside à la philosophie, aux arts, qui explique la création entière, elle la ait rayonner éclatante de simplicité et de grandeur, dans

LA BBLIGIOH, MOTIK n'ftSIJCAfflQH. 450

les plus faibles intelligences. Elle apprend, ce qui est encore mieux que la science; elle apprend à rentrer en soi-même par )a réflexion. Chose admirable I elle enseigne à des êtres simples et ignorans , le grand art de la méditation , cet art souvent inconnu à des gens qui se croient éclairés; elle le leur enseigne sans effort et avec un secret attrait; elle crée pour eux une sorte de vie intérieure ; elle ferme leur raison , en les conduisant à découvrir les causes et l'enchaînement des faits ; elle donne ^entendement aua petit* enfant. Ceux-là seuls qui ont pu s'entretenir dans des rapports suivis et Intimes, avec les personnes instruites à une .semblable école, peuvent soupçonner et l'étendue et l'espèce de culture que leur esprit peut en recueillir ; plus d'un sage ; en conversant avec nn homme obscur et pauvre, mais initié à la vraie vie religieuse, a puisé lui-même dans cet entretien des lumières Inattendues.

Nous avons mille fols exprimé le vœo de voir le pauvre goûter ce contentement qui est, dans toutes les conditions, le fondement le plus solide du bonheur, tel que l'homme peut l'espérer i ci-bas, et qui est. aussi la condition essentielle pour le libre, entier et complet développement des facultés humaines. Nous nons sommes alarmés des dangers qui menacent la société, par l'effet de cette disposition générale d'inquiétude et d'irritation que propage une trop vive impatience desortir de leur situation, chez ceux qui ne sont satisfaite de celle où les circonstances les ont placés. Eh! bien, ce contentement que la raison conseille , la religion le rend facile ; pour chaque privation, elle offre un dédommagement; pour chaque sacrifice, ehe institue un mérite. D'autres se soumettront à leur sort avec une froide et sombre résignation; l'homme religieux accepte le sien. Satisfait d'accomplir la volonté divine , il se sent à la place que lui a assignée le suprême dispensateur ; il marche avec confiance dans la vote qui doit le conduire au port j il se repose sous une protection qui ne peut loi faillir} un rayon d'immortalité dissipe pour lui les nuages de la vie; sa raison

460 ascoims >àbtib. lttu lit. CHU. fi.

réduit à leur juste valeur les avantages de la richesse; il voit dans l'adversité une salutaire épreuve et la matière d'un triom- . phe; il sent moins ce qui lui manque , parce qu'il a sa régler ses désirs ; la société n'est pas troublée par ses ambitions, et l'envie n'approche pas de son cœur.

Nous avons conseillé à celui dont les ressources sont bornées, une modération qui s'accommode à ces limites. Eh! bien! cette réserve que la prudence recommande , la religion la prescrit ; elle mit goûter dans le sacrifice même, une secrète ' douceur. Nous ne nous alarmerons plus, pour L'homme laborieux qu'elle protège , des excès de l'intempérance , de la fureur du jeu, des passions désordonnées; l'économie sera pour lui sans efforts; la prévoyance, naturelle; la régularité, sponta- • née. •Accoutumé à se respecter lui-même , ses plaisirs seront toujours épurés par la décence; rien n'éloigne plus des grossières débauches et des excès de voluptés sensuelles , que tes jouissances sublimes dont le sentiment religieux est la source; rien ne conserve mieux l'empire de soi , que le recueillement qu'il inspire.

Nous voulions exciter, répandre l'amour du travail. Eh! bien! voici que le travail se dépouille d'une partie de son apreté, s'anime pour lui d'une nouvelle ardeur. Le travail n'est plus « pour l'homme religieux, le dur, arrêt de la nécessité; il devient une vocation ; il s'élève au rang d'une vertu : l'ouvrage s'accomplit mieux, étant fait avec goût, étant uni au sentiment du devoir. En allant le matin à ton œuvre, il s'y rend avec joie, et dé nobles pensées viennent encore lui apparaître an milieu de l'atelier. Si sa tâche l'appelle aux occupations des champs, les scènes de la nature reportent 'son june à la pensée du créateur.

Nous voulions réformer l'être vicieux, le criminel. Eh! bien! plus juste que la justice humaine , la religion traduit le coupable devant un tribunal infaillible; elle sait rendre la peine efficace, en faisant sentir qu'elle est méritée ; elle la tempère par ce sentiment lui-même ; sa vive lumière éclaire les replis

■ LA HBLIGION, ÏBOTECÏKtCB DD HALHXlIft. Ml

de la conscience ; sa voix céleste encourage le repentir; elle a des pardons, lorsque la loi des hommes ne sait ou ne peut plus en accorder; elle peut arracher du sein de la fange, un être dégradé; l'élever en le purifiant; et par cette réhabilitation intérieure, elle le rendra digne d'être réhabilité aux yeux des hommes; elle sanctifiera la Samaritaine, elle rouvrira à l'enfant prodigue le sanctuaire de la famille.

Par cela seul que la religion imprime une plus haute auto- ! rite , une sanction plus complète à la voix de la conscience , elle concourt puissamment à entretenir l'ordre au sein de la société, l'harmonie entre les hommes. Mais elle fait plus que V de consacrer la loi .du devoir; elle lui convertit les âme*,elle rend ses commandement plus doux que le miel, plus \ désira bleu que for et le* pierre* précieuses. Ses précepte» éclairent l'esprit; ses justices portent là joie dans les ■ cœurs (1) . C'est à la religion de ranimer ce sentiment du respect sans lequel il n'est point de véritable obéissance; en, révélant la source de toute autorité légitime , elle l'environne d'une sorte de consécration. Elle ne se contente pas de rendre les droits d'autrui inviolables ; elle commande les actions généreuses; ce n'est pas assez pour elle d'assurer le règne de la justice : elle fonde l'union , par l'empire de l'amour.

ÀB.TICXE IL La religion , protectrice du malheur.

Voyez de quelle tendre sollicitude elle environne la victime du malheur ! comme elle en fait l'objet de sa prédilection ! Son père et sa mère ' lent-Us abandonnée?, J*q religion ne V abandonnera pas. Elle essuie les larmes de la veuve; elle prend la tutelle de l'orphelin; elle est toujours près du cœuraf/Ugtf (s) ; elle apporte avec elle des consolations , et par là

*6S «ICOKDR Hini. LIVBfi III. CBAP. VI.

môme la plus efficace des assistances ; elle garantit le misérable des maux les plus funestes, l'abjection et le désespoir. Que de forces elle crée, en ranimant un cœur qui défaille , en rassérénant on esprit qui se trouble, en rendant la dignité et la confiance ] semblable à une mère affectueuse , elle ranime dans son sein la vie de l'infortuné; elle lui amène des , amis bienveillans ; elle le recommande aux cœurs généreux ; elle met au premier rang le bonheur de celui qui a l'intelligence des nécessités de la misère; elle commande l'assistance, elle attendrit l'indifférence) elle excite le zèle) elle produit l'héroïsme du dévouaient.

Relevez-vous donc , créatures de Dieu qui succombez sous le poids de l'adversité! redressez ce front humilié! essuyez ces pleurs ! voyez cette main céleste qui vous est tendue! renaissez à l'espérance! car, c'est le Seigneur lui-môme qui relève ^indigent abaisse' dans la poussière , qui le place -à l'égal dé» primées de son peuple (1) -, il est ta force du pauvre, et l espoir de celui que tourmente le besoin. (2)

L'histoire l'atteste, et des exemples récens, sous nos yeux , le confirment encore. Elle seule a jusqu'à ce jour réussi à instituer des communautés dont l'indigence est bannie par le pouvoir de l'association , où l'ordre et l'activité se maintiennent, en abolissant le droit de propriété individuelle ; elle seule a pu faire que les membres de ces aggrégations atteignissent au bien-être, en ne connaissant qu'un seul patrimoine; .parce qu'elle seule a pu faire qu'ils n'eussent qu'un cœur et qu'une âme.

Certes, si des communautés semblables pouvaient se mul* tiplier en tous lieux, s'il nous était donné de revoir les jours dn christianisme primitif , nous verrions disparaître de la sur* face de la terre le fléau de Pindigence. Le grand 'problème serait résolu : chacun se reposerait sous la garantie mutuelle*

(l)Pa. 112, w 61.

(a)lHïe,chap. 36, w 6.

PUISSASC1 DO CHBISTIUISin SUS LRS MOBïïBS. Ml

on nouveau mobile d'activité serait substitué à l'intérêt individuel ; l'intérêt de chacun deviendrait l'intérêt de tous. En faisant disparaître le tien et le mien , toutes les discordes se* raient éteintes; toutes les puissances de l'association seraient appliquées à la prospérité commune; on réunirait les avantages des grandes exploitations, en évitant. leurs inconvéoiens; une foule d'opérations , converties en services collectifs exécutés par quelques-uns pour l'utilité de tous , s'accompliraient avec plus de perfection et d'économie j les fonctions seraient distribuées en raison des capacités; chacun serait content* parce que chacun serait à sa place, Ces heureuses combinaisons qu'ont cherchées avec ardeur, mais sans succès, les philantropes auteurs de projets divers de communautés fraternelles, se trouveraient réalisées; la famille serait formée sur une plus grande échelle ; idéal rêvé par tant d'amis de l'humanité, mais qui rester a au rang desêves, aussi longtemps que l'empire de la religion n'aura pu soumettre toutes les passions humaines , et triompher de tous les penchans de la nature.

AimCLE ni.

Pmianee tpêeiak du ^Uàamtmt, sur F amélioration du naampopidairm.

Ce qui vient d'être dit de la religion en général, s'applique essentiellement au christianisme ; car, s'il n'y a pas de religion aussi pure que celle de l'Évangile, il n'y en a pas d'aussi populaire ; et de là son succès immense aur la terre* Il devait être, dans les desseins de la Providence, que les vérités fussent d'autant plus accessibles aux hommes, qu'elle» lui sont plus nécessaires. Ces vérités augustes , que les religions du paganisme laissaient à peine entrevoir sous le voile de leurs mystères , qu'elles réservaient en partie pour un petit nombre de privilégiés admis aux mystères , ont été produites au grand jour par le christianisme , sont devenues

k6k snconmt »aitik. litbe m. chap. vi.

compréhensibles pour les êtres les plus simples : l'imité de Dieu , ses infinies perfections , l'immortalité de l'âme , les plans de la Providence sur l'homme , les notions d'un pur spiritualisme , comme les préceptes d'une morale austère, ont pris place parmi les enseignemens familiers et élémentaires. L'initiation a cessé d'être une exception , nn privilège. Cest à des bergers que la lumière nouvelle' s'est d'abord révélée; ce sont de simples artisans qui en ont porté le flambeau par l'apostolat. Jésus-Christ a dit : lai$*ez venir à moi le» petit* enfant; il a proclamé Heureux, le* pacifique*, ceux qui pleurent , ceux qui *ont pauvre* en esprit; il a été envoyé pour évangélùer aux pauvret. Le langage de l'Évangile est à la portée de tons ; les vertus qu'il recommande sont précisément les plus utiles aux conditions laborieuses : il guide l'ignorance , il protège la faiblesse , il honore l'obscurité, il fait régner l'égalité morale, en faisant triompher la justice; il rend à la créature la liberté véritable ; il sanctifie les liens de famille; il éteint " les haines, et ton reconnaît te* disciple» à leur mutuelle bienveillance. Comment cette fonle de créatures que la fortune dédaigne, ne -l'aurait-elle pas saluée de ses acclamations? Comment n'aurait-elle pas béni avec transport ces trésors inconnus qui lui éjajent^apportés^t distribués d'une main si libérale ! Avec quelle reconnaissance les malheureux n'accueillent - ils pas le livre porteur de la bonne nouvelle, qui sanctifie l'humiliation et la souffrance , qui a des baumes pour toutes les blessures , des secours pour toutes les misères humaines ! L'Évangile est la religion des affligés. La douleur , cette mystérieuse et terrible épreuve de la faible humanité , reçoit de l'Évangile la consécration la plus sublime à-la-fois et la plus touchante.

L'un des caractères essentiels du christianisme est d'avoir réhabilité et ennobli les plus humbles conditions; il les a dotées de nouvelles vertus, de nouvelles forces, par cela seul qu'il les a relevée» à. leurs propres yens.

ttii fausses uucriom . religieuses, dfii

A une époque où le bien-être matériel préoccupe exclusivement un grand nombre d'ambitions , est préconisé avant tout par certaines théories, et ou trop de gens sont disposés à méconnaître soit le prix des richesses morales, soit leur influence sur. le bien-être matériel lui-même, quelques esprits ont pu supposer que le temps du christianisme est fini,

* ef que l'Evangile' ne répond plus à la marche actuelle de la civilisation. Mais, lorsqu'on entre en rapport avec ces classes estimables et nombreuses de la société, qui luttent habituelle-

• *ment contre-les rigueurs du sort , on ne les trouve pas aussi

empressées à déserter la religion établie,- que peuvent le supposer des observateurs superficiels; cette foule d'hommes voués à une vie de fatigues et de privations, avant d'abdiquer un patrimoine avec lequel se transmettent, depuis tant de siècles, des biens éprouvés, de nobles espérances, des secours efficaces, d'inépuisables consolations , demande à con- "nallre quel dédommagement on pourra lui offrir en retour, et quel trésor équivalent on lui rendra après l'en avoir deshéritée. Quel est le véritable ami du pauvre , qui voudrait, en le dépouillant de cet héritage, 'mettre ainsi le comble à sa misère? Non, non, ne joignez pas le déniaient de l'âme à celui du corps! Que les influences religieuses conservent seulement toute leur pureté, pour répandre tous leurs bienfaits ! que le culte , en esprit et en vérité , se ranime avec son caractère essentiel et primitif ; que la religion établie se dégage ou se préserve de tous les abus , de toutes les exagérations, capables d'altérer en elle la 'puissance salutaire qui lui a été donnée pour l'amélioration des hommes!

ARTICLE IV

Inconvénient des faunes directions rtliglelucK

« Il n'y arien de plus funeste que la corruption de ce qui a est en soi le meilleur ; » la superstition en pervertissant les

&66 SBOOXBB FAKTIfi. tIVBB III. CHÀP. VI.

mœurs du pauvre, peut lui faire souffrir autant de préjudices, que la religion bien entendue lui eût. conféré d'avantages , en épurant son caractère. Non-seulement la superstition s'allie facilement auvice; mais elle réussit à l'excuser; elle cherche presque à le légitimer. Elle met à l'aise cette indolence , cette fainéantise qui, à leur tour, favorisent la plupart des a vices, et deviennent pour l'homme de travail, de si redoutables ennemis. Lorsque, sous le voile et au nom de la religion, une doctrine prêche au peuple la fatalité , dément l'indépendance du libre arbitre , et enchaînant ainsi la volonté même de là créature intelligente, lui impose de toutes, les servitudes la plus terrible ; cette doctrine produit des effets analogues à ceux de l'irréligion elle-même; elle frappe de mort le principe de l'activité. Si une fausse direction religieuse vient attribuer un mérite essentiel à des pratiques entièrement indifférentes , prescrire des devoirs factices u commander des sacrifices inutiles , substituer les formes aux vertus , les apparences aux réalités , les forces morales de l'homme s' épuisent ; il ne lui reste plus assez d'énergie pour accomplir les obligations sérieuses; il se dispense de leur accomplissement ; les notions du bien et. du mal sont faussées ; la voix de la conscience est étouffée. Cette espèce de moralité artificielle convient mal aux hommes qui combattent contre la rigueur delà destinée; elle les dis- , trait , les-amollit ; elle fait attacher plus de prix à de futiles observances, qu'au généreux courage, nécessaire pour lutter contre tes privations et les fatigues. En appelant l'appui de la religion au secours de la faiblesse humaine , gardez-vous d'insister d'une manière trop absolue sur les perspectives des peines et deschàtimens! Si vous ne savez exciter au bien, que par un calcul de prudence ; opposer aux penchans vicieux , que. l'empire de la terreur ; la morale prendra dans votre. bouche un caractère vénal qui la confondra avec les intérêts vulgaires de la vie ; des motifs égoïstes s'empareront des actions les plus louables; de la sorte les caractères

BIS FAUSSES DIHECTI0S3 KELIGIBIISES. 467

se rabaisseront ; la vertu ne paraîtra plus qu'un calcul. Ea vain allcgucrcz-vous qu'il faut de tels mobiles à la grossièreté des instincts populaires; s'ils frappent d'une manière plus sensible et plus prompte les esprits courbés vers la terre, et les âmes vulgaires, c'est précisément parce qu'Us font dé» générer le noble langage de la morale; ils confirment du habitudes qu'il faudrait détruire ; ils favorisent une étroite personnalité , qui déjà ne domine que trop souvent l'homme pressé par le besoin ; ils éteignent le foyer des affection» généreuses, la source des bonnes actions. Ah! au lieu de dégrader la.morale, sous le prétexte de U rendre intelligible à des êtres qui végètent dans une existence matérielle, relevez'ces êtres en les éclairant! Faites luire le flambeau des célestes vérités au sein même des plus humbles conditions i Vous feriez mieux comprendre ces vérités à l'homme simple, mais d'un esprit droit, en leur conservant un langage digne d'elles. Il vous comprendra, si vous lui dites que la justice suprême récompense ce qui est bon , punit ce qui est mauvais, en rendant à chacun suivant son mérite j vous ne réussirez jamais à lui faire comprendre comme uu devoir, uns prescription qui ne s'offre à ses yeux, que sous la forme d'une promette ou d'une menace; vous bouleverserez seulement . ses idées , vous mettez ainsi la conséquence au lieu du principe. La notion du devoir trouve un écho dans sa conscience* et ne fait qu'en rendre tes arrêts plus puissans, par la sanction qu'elle lui prête; la menace, la promesse d'une récompense lui enseignent à -subordonner la vertu au profit; le bon à l'utile.

L'auguste image de la perfection divine ne peut se fausser dans la pensée de l'homme , la sainteté de la loi tant tache ne peut s'altérer à ses yeux , sans que l'influence de la-religion sur la moralité humaine, ne perde une partie de set bienfaits. Ces erreurs en même temps troublent la raison da peuple ; déconcertent en lui ce bon sens dont la rectitude lui servait de guide , cette sagesse- pratique dont il avait • ■ M.

46$ SECONDE PAXTrt. LIVXE III- C1AP. VI.

tant besoin; elles protègent l'ignorance, elles entravent l'instruction , elles secondent les préjugés vulgaires. Tontes les superstitions se tiennent ; elles nourrissent la crédulité, comme elles s'en emparent ; elles livrent l'homme simple, ■ans défense , à ceux qui L'abusent; elles l'agitent par de vaines espérances et par des craintes chimériques. De la sorte, il désapprend à jugei l'enchaînement naturel des choses; il ne sait plus se confier avec mesure en lui -même '; il perd la faculté de prévoir, le goût de l'ordre, et l'esprit de conduite.

Que serait - ce d'une doctrine qui usurperait, la vois de la religion, pour prêcher ans hommes le mépris de ce que la morale a de plus sacré , pour insulter à l'autorité des lois,' pour ébranler .les fondemens de la société , servir les passions, invoquer le désordre et le génie du mat sur la terre, sons le manteau même du sacerdoce i coupables profanations, dont le monde n'a vu que trop d'exemples '

On commet donc une grande erreur lorsqu'on supposeque la religion ne peut se rendre populaire, sans payer un tribut à la superstition. La grandeur des vérités religieuses s'accroît par |a simplicité même ; à la vue du messager qui les apporte, la, voix du peuple s'écrie : « Qu'ils sont beaux sur les « montagnes , les pieds de celui qui évangélise la paix , qui a évangélise les biens ! » Ânathème aux faux prophètes qui , abjurant cette mission sublime , viendraient profaner l'auguste langage de la religion , pour prêcher la discorde , la haine, l'envie, le désordre et toutes les passions malfaisantes!

La religion est tout ensemble le lien de la société ; le témoignage de la nature.

N'exigeons cependant pas trop de la faible humanité, et ne lui demandons pas, dans de si hauts sujets, une infaillibilité qui n'est pas son partage! Ce serait un préjugé que de croire que tous les préjugés peuvent être bannis de la terre. Il est des illusions innocentes ; prenez garde d'y toucher trop légèrement, lorsqu'elles s'unissent à des sentimens respecta-

Page 1