MAISONS DE REFUGE FOUR UES FEMMES
ces, qu’un moyen facile pour elles de se couvrir d’un voile, et de se soulager, en violant les devoirs de la maternité, du soin de leurs enfans : qu’elles y entendent des conseils graves et sévères ! Si elles n’ont été qu’égarées, qu’elles soient encouragées à réparer leurs torts ; qu’elles soient soutenues dans leur repentir! L’expérience prouve qu’une grande partie d’entre elles, trompées par de fausses promesses de mariage, entraînées un moment par leur faiblesse, ne sont cependant point corrompues. La situation où elles se trouvent leur fait sentir vivement la faute qu’elles ont commise; elles en subissent les conséquences. Contraintes de se soustraire aux regards de leurs familles et des personnes qui les connaissent, elles ont souvent perdu l’emploi qui les faisait vivre ; elles demeurent sans ressources; elles ne savent même où trouver un refuge. Cette cruelle situation devient pour elles un nouveau danger; le vice les attend, les sollicite, leur promet la subsistance par la dégradation; le désespoir les livre à la débauche... Oh ! que ne vole-t-on à leur secours pendant qu’il en est temps encore? que ne les sauve-t-on dans cet instant terrible, où leurs larmes coulent, où elles invoquent ardemment une main charitable qui les retienne au bord de l’abîme?... Que faire? dira-t-on peut-être : Leur ouvrir une maison hospitalière, où elles seront admises après leurs couches, lorsqu’elles auront annoncé des dispositions favorables; là, les recueillir en sûreté, sous le voile du secret; éprouver, fortifier leurs bons sentimens; les occuper à des ouvrages utiles, les instruire pendant ce temps, travailler à les réconcilier s’il est possible avec leurs parens, avec leurs maîtres, ou leur chercher un nouvel emploi à l’aide duquel elles puissent subsister, lorsqu’elles seront suffisamment affermies, et les placer ensuite à l’aide des recommandations dont elles se seront montrées dignes. Une semblable maison hospitalière, placée comme une annexe près des maisons d’accouchement dans les grandes villes, serait peu coûteuse, rendrait 'a une vie honnête et utile, une foule de jeunes personnes qui mal-
[1] L’auteur du présent écrit , qui par la nature des fonctions qu’il exerce dans l’administration des hospives de la capitale, a été à portée de s'assurer que près d’un millier de jeunes personnes pourraient être sauvées, chaque année, à Paris, par ce moyen, propose, en ce moment, l’érection d’un établissement de ce Genre; il suppose qu'il suffirait d'y entretenir 100 lits;
heureusement finissent presque toujours par se perdre. Eri les sauvant, on sauverait l’honneur et la paix de leurs familles; on sauverait les enfans qui leur doivent le jour; on sauverait plus d’une victime qui, quelque jour, seront par elles entraînées à leur tour dans l’abîme [1].
L’institution fondée par les dames religieuses de la congrégation de Saint-Michel, embrasse, parmi les bonnes œuvres auxquelles elle se consacre, un but analogue à celui du Bon Pasteur ; mais avec cette différence , qu’elle n’exerce point au dehors de ministère actif, pour aller à la recherche des victimes, et les conduire dans l’asile de la réformation. Elle se borne donc à accueillir celles qui lui arrivent et qui lui sont confiées par les familles, par l’autorité, ou qui s’y retirent volontairement. Elle admet des recluses de toutes conditions. Les personnes riches y paient une pension proportionnée à leurs facultés; les femmes et les filles indigentes y obtiennent l’admission gratuite, autant que les revenus de la maison le permettent. Du reste, les soins donnés à l’amélioration morale sont inspirés par le même esprit, couronnés du même succès. La discrétion la plus sévère laisse dans le secret le nom des personnes qui y sont reçues, et leur facilite ainsi la conservation d’un bien non moins précieux que l’existence et souvent nécessaire à l’existence même : leur réputation dans le monde.
Llles se voient ainsi complètement réhabilitées; à leur sortie elles reprennent ou trouvent une situation. La maison d’ailleurs les conserve sous certaines conditions, et elles forment alors entre elles une seconde communauté religieuse, qui a ses règles propres , et qui est placée sous la tutelle bienveillante des dames de la congrégation.
Les dons versés par des souscriptions privées, servent aussi à faire jouir de ses bienfaits les personnes pauvres.
Lyon a aussi son Bon Pasteur [2]. et cette maison comprend quatre établissemens distincts [3] : le premier, pour les filles repentantes qui s’y présentent volontairement; le second,
la dépense pourrait s’élever à 40 mille fr. par année.
[2] Tenue aussi parles dames de Saint -Thomas de Villeneuve. La ville y contribue, pour environ 5000 fr. annuellement.
[3l Indépendamment d’un pensionnat extérieur où sont élevées de jeunes demoiselles, et qui n’a aucune communication avec ces \ établissemens.
SECONDE PARTIE
pour les (illes égarées qui y sont envoyées par leurs familles ; le troisième, pour celles qui y viennent solliciter seulement une protection contre le péril ; le quatrième enfin , pour celles qui, étant réformées, désirent passer leur vie entière dans la retraite; tous ensemble comprennent plus de deux cents personnes. Mais Lyon possède en même temps une institution nouvelle qui, sous le nom de Sainte-Pélagie, recueille les filles de mauvaise vie qui ont été séquestrées par l’autorité publique, au moment où elles sont rendues à la liberté. La maison de Sainte-Pélagie est, à cet effet, située à côté de la maison de correction ; 50 à 60 sujets passent, chaque année, de la seconde dans la première. Elles entrent volontairement dans ce refuge, étonnées d’abord d’un tel changement de vie. Leurs heures se distribuent entre la prière, l’instruction et le travail; le chant des cantiques accompagne le travail des mains fait en commun; son produit couvre la plus grande partie des dépenses [i]. En quelques mois les recluses se transforment d’une manière insensible et progressive. Telle est la garantie qui résulte de cette épreuve , que la tache de leur existence antérieure est effacée aux yeux du public.
La plupart des grandes villes de France possèdent des refuges pour les filles repenties, conçues dans les mêmes principes , et les résultats qu’elles produisent en déterminent d’autres chaque jour à imiter cet exemple [2].
A Londres , où la corruption des mœurs immole un grand nombre de victimes , où l’on compte, dit-on, jusqu’à trente mille filles publiques [3], la sollicitude des amis de l’humanité et de la vertu ne pouvait rester indifférente aux maux qui en résultent. Pour en chercher les remèdes, plusieurs sociétés se sont formées dans ce but. La première a fondé, en 1758, le refuge qui porte le nom d '‘Hôpital Madeleine ; elle y admet les femmes de mauvaise vie que le repentir y conduit; et depuis son origine, elle en a recueilli plus de cinq mille; elle n’en renvoie jamais aucune, à moins que celle-ci ne le désire, ou que sa mauvaise conduite n’y donne lieu. Plus de la moitié ont été réconciliées avec
[1] Elles sont occupées à dévider la soie ; travail , que l’industrie locale rend très-productif.
[2] Comme Périgueux en ce moment.
[3] Highmore on the public charities. London ,
M.le baron de Morogues porte ce nombre à 70,000.
MV RE III. Cil AP. V.
leurs familles , ou placées par la société , pourvues de moyens sufïisans pour se procurer par elles-mêmes leur subsistance. Cet établissement ne pouvant suffire à toutes les demandes, un deuxième refuge a été érigé en 1807 , sous la protection du roi , et sert d’annexe au précédent [4]. On y admet de préférence les plus jeunes, et leur âge ne dépasse guère 21 ans. On s’informe des circonstances de leur vie antérieure ; elles sont quelque temps soumises à l’épreuve, dans un quartier séparé ; elles prennent l’engagement d’observer les réglemens de la maison, et on leur en donne lecture une fois le mois. Elles sont classées d’après leur capacité pour le travail. Des dames zélées les visitent, procurent des secours aux indigentes, du travail à toutes ; leur font faire de bonnes lectures, les guident, les encouragent; les placent ensuite au-dehors , quand elles ont accompli dans la maison le temps de séjour qui ordinairement est de deux années. Une part des produits du travail (le 1 /6e au plus) est mise en réserve pour leur être donnée à leur sortie. Si pendant l’année suivante elles observent une bonne conduite, elles reçoivent une récompense d’une livre sterling, mesure judicieuse qui permet de continuer à les surveiller et à les soutenir dans le bien.
Cet établissement reçoit chaque année environ 80 élèves, et malheureusement ce n’est pas le tiers de celles qui sollicitent à y entrer : le nombre de celles qui en sont renvoyées pour mauvaise conduite , roule entre dix ou douze seulement, par année. Plus de la moitié est pleinement réhabilitée. La mortalité est presque insensible ; on compte à peine un décès par an. La dépense s’élève par année à 2500 ou 3000 livres sterling : c’est plus de 600 fr. par élève.
Une autre société [5] ouvre un refuge aux prostituées que les magistrats font saisir dans les rues, lorsque ceux-ci préfèrent les soumettre à une simple expiation, au lieu de les condamner à un emprisonnement. Elle a été fondée en 1816, sous la protection du duc de Sussex. Elle donne l’instruction, fait apprendre un métier à chacune d’elles. En treize ans, elle a reçu environ mille sujets ; elle en a réconcilié avec
J’ignore sur quel document il a fondé cette évaluation; mais elle a été jugée fort exagérée. Highmore estime qu’en 13 ans, il en meurt de 30 à 100 mille.
[4] London female penitentiary en 1807.
[5] Guardiar society for the préservation of the public moral, fondée en 1812.