TEMPÉRANCE
atteint son but, elle a eu ses inconvénicns. L’expérience au reste y a bientôt fait renoncer.
S’il était possible de remonter à la première origine des désordres de mœurs, ce serait souvent à la légèreté ou à la dépravation des hommes, qu’il faudrait apporter des remèdes ; ce serait souvent aux riches qu’il faudrait reprocher la séduction des Hiles pauvres : mais ces remèdes appartiennent à un ordre de choses qui est étranger à l’objet de nos recherches.
Des sociétés de tempérance.
Ce que les institutions de refuge se sont proposé d’atteindre pour remédier au désordre des mœurs, les sociétés de tempérance ont voulu l’obtenir en combattant l’ivrognerie et les vices qui en sont la suite. Les États-Unis ont vu naître ces institutions qui se sont ensuite répandues en Angleterre , en Suède , en Allema^ie, c’està-dire dans les contrées de l’Europe où , à raison du climat, l’usage des liqueurs spiritueuses étant plus recherché, l'abus en est plus à craindre.
Ces sociétés reposent sur une sorte d’alliance volontaire, sur des engagemens mutuels pris par leurs membres, non-seulement de renoncer à tout abus des boissons spiritueuses; mais atout usage de ces liqueurs, quelque modéré qu’il puisse être. Un n’excepte que le seul cas de maladie, et encore faut-il qu’alors les boissons soient prescrites au malade, comme remède, par un médecin.
Les fondateurs ont pensé qu’il était impossible de tixer ici une limite, et que l’abstinence absolue était la seule garantie qu’on put obtenir contre l’ivrognerie. Les associés s’interdisent en outre de coopérer à aucune branche d’industrie qui ait pour objet la fabrication, le transport, l’entrepôt, le débit des liqueurs enivrantes, et tout ce qui pourrait en quelque manière favoriser leur usage [2].
société; à Naples, la JSunziata; à Brescia, les Convertite à Turin, l 'Opéra pia del rifugio, et le Ritiro delle Sapelline , etc., etc.
Des refuges de ce genre sont ouverts dans les principales villes d’Italie.
[2] L’article 3 de la constitution américaine de tempérance, porte :
SECONDE PARTIE. LIVRE III. CIIAP. V
Les sociétaires mettent aussi en commun le montant d’une souscription pécuniaire. Les sociétés emploient tous les moyens qui peuvent être à leur disposition, la correspondance, les publications , les relations individuelles de leurs membres pour obtenir, par la persuasion , le renoncement à l’habitude des boissons enivrantes. Elles s’adressent aux ministres des cultes , aux médecins, aux instituteurs, à toutes les personnes qui jouissent de quelque pouvoir dans l’opinion, pour qu’ils secondent ces efforts par leurs prédications, leurs conseils. Les recommandations s’adressent aux parens, aux tuteurs, auxenfans, aux apprentis, aux domestiques, aux personnes de tout sexe et de tout âge. On recueille, on publie les faits les plus propres à convaincre des funestes effets de l’intempérance ; on rappelle les préceptes de l’Évangile [i] .
Les ministres du culte ne restent point indifférens à cet appel. On voit plus de cinq cents ministres presbytériens se réunir dans les États- Unis, pour déclarer que <; le trafic des liqueurs « spiritueuses, comme leur usage, sont des <t actes d'immoralité : qu’une semblable immole ralité est incompatible avec la profession de la u religion chrétienne; que ceux qui sont capait blés d’en comprendre la nature et les effets, u ne sont pas dignes d’être admis comme memu bres d’une église chrétienne [2]. »
Les plus éloquentes exhortations sont reproduites, sous toutes les formes : chaque société publie le résultat de ses travaux; on y établit que ce poison liquide, comme on l’appelle, n’est pas une boisson nécessaire, ni même utile; qu’elle est également funeste au corps et à l’âme; qu’on 11e peut en user sans mal faire; qu’elle affaiblit encore ou détruit la raison, énerve les motifs qui portent au bien, fortifie les penchans coupables, précipite d’une manière prématurée dans le tombeau, et condamne aussi
« Tout membre souscrira l’engagement ci- après : Je « m’engage à une entière abstinence de tout usage des « liqueurs spiritueuses, à moins qu’il ne me soit pres- « critencas de maladie par un médecin sobre.
« Tous ceux , disent les statuts de plusieurs de ces so- « ciétés, qui sont disposés à procurer leur propre bien « ou celui de leurs semblables, doivent vouloir : l°s’abs- « tenir de l’usage des liqueurs spiritueuses, d’en four- « nir, d’en fabriquer, d’en faire aucun trafic;
« 2° N’aider et n’encourager en rien la continuation « de cet usage destructeur. »
[1] Voy., entre autres, la constitution déjà citée de la
a un malheur éternel ceux qui en usent ou qui la fournissent aux autres [3]. Les facultés de médecine, les conseils de salubrité ont prononcé à leur tour des arrêts semblables , dans l’intérêt de l’hygiène [4]. On a même sollicité de la législation la suppression des licences délivrées pour le débit et la distillation de ces liqueurs. En quelques comtés, ce vœu a été rempli [5].
Des doutes se sont élevés sur l’efficacité des tentatives ainsi dirigées , ou du moins sur l’étendue réelle de leurs succès. On s’est demandé si les membres que les sociétés de tempérance réussissent à s’affilier, ne sont pas généralement ceux que leur propre sagesse retenait dans les bornes de la sobriété; et si elles font beaucoup de conquêtes parmi ceux qui ont déjà subi le joug des funestes habitudes de l’intempérance. Quelques observateurs ont cru remarquer que, dans le nord et l’est de l’Europe, les sociétés de tempérance ont plutôt enregistré les personnes sobres, qu’elles n’en ont accru le nombre. Il est constant toutefois que, dans l’Amérique du nord, où l’ivrognerie provenant des liqueurs distillées, s’était propagée d’une manière extraordinaire, de vrais et considérables succès ont été obtenus. Nous lisons dans les rapports publiés par ces associations , le récit des progrès qui sont dus à leurs efforts. Dès 1852, la société américaine évaluait à la moitié d’un million, le nombre des victimesquiavaientété ainsi sauvées du tombeau où les eût ensevelies l’ivrognerie; à 1,500,000, le nombre de ceux dont on avait obtenu de s’abstenir tant de l’usage des liqueurs spiritueuses, que de toute industrie qui concourt à les fournir aux autres. Elle déclara comme un fait attesté par sa correspondance, que plus de 1500 distilleries avaient ainsi été supprimées ; que 4000 marchands avaient renoncé au trafic de ce poison liquide [6j ; pendant le cours de l’année, on évaluait le progrès obtenu h une suppression de
Société américaine de tempérance (Fifth and sixth report); mai 1852, 1855, Boston.
[2] Fifth report of the american tempérance society, page 222.
[3] Ib., ib., page I.
[4] Voy. entre autres la déclaration par laquelle le conseil de santé de Washington, a proposé de prohiber le trafic des liqueurs spiritueuses, etc. Ib., ib., page 45.
[5] Les comtés de Plymouth, Bristol et Barnstable. Histoire des sociétés de tempérance, par le R. Baird. Paris, 1856, page 194.
[s] Ib., ib., page 161.