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SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE

800 nouvelles distilleries, et de 1000 établissemens de trafic. Dans 700 navires, on ne faisait plus usage des boissons enivrantes, et 8000 ivrognes, à ce qu’on assurait, avaient renoncé à ce désordre [i]. D’après un relevé [2] , la quantité des boissons spiritueuses introduites dans les États-Unis aurait sensiblement diminué depuis 1829 : la moyenne de cette introduction qui, pendant le cours des 40 années précédentes, avait été d’environ 8,180,000 gallons par an, s’était réduite, pour les trois dernières, à environ 2,330,000 malgré l’augmentation rapide et progressive de la population du pays. Et , comme d’après le calcul de ces sociétés, les 3/4 des indigens sont redevables à l’ivrognerie de leur misère, elles espèrent avoir ainsi préservé en grande partie du fléau du paupérisme. Déjà en 1833, on comptait dans les États-Unis plus de six mille sociétés de tempérance réunissant plus d’un million de membres [3].

En 1834 , se forma à Philadelphie, l’union générale, sous le titre d 'Union de tempérance des

Etats-Unis, composée d’officiers de la société américaine et de celles des autres états; elle se proposa d’établir et d’entretenir une constante harmonie dans les operations de toutes ces sociétés en leur servant de centre. La compagnie d’assurance de Boston et celles de New -York abaissèrent de cinq pour cent leurs primes, en faveur des bâtimens qui n’embarqueraient point de liqueurs fortes. Les directeurs des chemins de fer, les actionnaires des bateaux à vapeur, les entrepreneurs de voilures publiques, ont pris, en divers lieux, l’engagement de n’employer aucun buveur faisant usage de ces boissons. En 1838, on estimait qu’aux États-Unis, deux millions de personnes avaient cessé tout usage des boissons fortes; que plus de 8000 sociétés de tempérance, comprenant plus de 1,500,000 sociétaires, avaient été fondées; que 4000 distilleries avaient cessé de fabriquer ces boissons ; 8000 marchands de les vendre; que 1200 navires sortaient annuellement des ports des États-Unis, sans en embarquer; que plus de 12,000 ivrognes avaient rc-

[1] Sixlh report , etc., mai 1853, page 96.

[2] Voy. le tableau annexé.

[3] « Il est reconnu que les 3/4 du paupérisme de notre « pays , les 4/5 des crimes, la 1/2 des morts subites et des « aliénations et 1/4 de tous les décès depuis 21 ans, ont « été causés par les liqueurs spiritueuses. « ( Fifth report, etc. Appendix A, pages 3 et 44.)

noncé à l’usage de toute liqueur enivrante [4].

L’apparition du choléra est venue offrir aussi une éclatante confirmation aux maximes qui prescrivent la tempérance, et aux recommandations des sociétés qui s’en sont rendues les organes.

La société formée dans la capitale de la Grande-Bretagne, d’abord sous le titre de société de tempérance de Londres, a bientôt pris celui de société britannique et étrangère de tempérance ; elle s’est formée sur le modèle de celles des États-Unis, et a cherché à suivre ses traces avec une active émulation. En 1838, on portait le nombre des sociétés de tempérance à 443 ; celui de leurs membres, à 87,471 ; et en 1836, on assurait que ces nombres avaient double. Une société maritime de tempérance comptait parmi ses vice-présidens, onze amiraux de la marine royale et plusieurs membres du parlement. Bientôt l’Ecosse, l’Irlande, i’ile de Jersey elle-même , ont vu naître de semblables institutions; et les détails recueillis dans les îles Britanniques, sur les ravages de l’ivrognerie, n’ont été que trop propres à exciter et à justifier leur zèle [si. Ces sociétés se sont étendues successivement en Danemark, en Suède, en Russie, en Allemagne, dans les colonies anglaises, au Canada, dans la Nouvelle-Hollande, en Égypte même. Un ami du bien a essayé d'en former une en France, à Amiens, il y a quelques années. Cepandant ces essais ont eu peu de succès en Suède et en France.

En France, l’ivrognerie est aujourd’hui beaucoup moins générale; les habitudes populaires souscriraient d’ailleurs avec peine à une discipline aussi rigoureuse.

L’entreprise rencontre aussi par elle-même de graves difficultés. Les personnes qui subsistent des diverses branches d’industrie que les sociétés de tempérance tendent à proscrire, ne manquent pas d’avocats zélés qui, en plaidant la cause de leurs intérêts, combattent avec chaleur les projets de réforme. La multitude des tavernes et autres lieux de débit, olfre aux personnes intempérantes des tentations sans cesse

[4] Histoire des sociétés de tempérance , par le K. Baird, page 231.

[5] Pendant quatre semaines seulement le nombre de personnes ivres arrêtées dans les rues de Londres, par la police, s’est élevé à 4070, et on a trouvé sur elles en totalité (liv. 027 sterlJ) ( fr. 15,675). London, Morning- Chronicle . 23 janvier 1832.

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CIIAP

renouvelées, et leur seul aspect est plus éloquent que les discours des moralistes [1]. Jusqu’à ce jour, l’Écosse semble être la seule partie de l’empire Britannique, où les sociétés de tempérance paraissent avoir des résultats notables. Dans l’Angleterre proprement dite, elles n’ont guère obtenu jusqu’à ce jour que des triomphes partiels.

On ne peut qu’applaudir au but que ces associations se proposent, et aux conquêtes qu’elles obtiennent sur des habitudes aussi préjudiciables aux mœurs populaires. Cependant la réformation qu’elles s’efforcent d’opérer n’est-elle pas portée jusqu’à l’exagération? est -il nécessaire de prohiber d’une manière absolue l’usage, la fabrication, le commerce des boissons enivrantes, pour prévenir les excès qui en sont l’abus? Où ne serait-on pas conduit, s’il fallait interdire toutes les jouissances innocentes en ellesmêmes, pour empêcher qu’elles ne dépassent les limites? N’y a-t-il pas de moyens plus directs, pour obtenir de ceux qui usent, qu’ils se renferment dans une juste mesure? Ne peut-on, en inspirant le goût et en facilitant l’accès déplaisirs plus nobles et plus purs, offrir aux hommes un contrepoison plus efficace à l’égard de ces désordres?

Il est des pays où l’ivrognerie est réprimée par des peines de police. La législation est trop sévère peut-être, lorsque, comme en France, elle n’admet point l’excuse de l’état d’ivresse, pour faire modérer les peines des crimes commis ainsi dans la perle de la raison , mais n’est-elle pas trop -indulgente, lorsqu’elle hésite à punir un désordre qui peut devenir la cause de tant de délits [2] ?

Dans les contrées où, comme en Angleterre, en Allemagne, dans les Etats-Unis, la législation pénale continue à réprimer les fautes qui blessent la morale, alors même qu’elles ne portent aucun préjudice à des tiers, on voit quelquefois des sociétés se former pour protéger les intérêts

[i] En 1833 , on comptait dans les 10 paroisses de Glascow, 1393 personnes , ayant des licences de débit pour les liqueurs spiritueuses, sur 19,407 familles, une sur 13 familles environ. On calcule que le nombre des individus occupés aux branches d’industrie, qui s’y rapportent, égale celui des individus qui exercent toutes les professions réunies destinées à four nir des alimens réels et salubres dans la même ville. Glascow, Temperance society record , tome ni, page 10.

Dans une seule boutique de Londres, 603 personnes

de la morale publique, et poursuivre d'office cet ordre de contravention. Telle est la société fondée à Londres en 1802, pour la suppression du vice. Mais cette espèce d’inspection que s’attribuent d’elles-mêmes certaines personnes sur la conduite des autres, n’est pas sans inconvénient , et quelquefois ces associations ont été accusées de se laisser entraîner par leur zèle, à porter leurs investigations au-delà des bornes, et à oublier les conseils de la tolérance.

De l’amélioration inorale des détenus et des

libérés.

Tout est avantage dans les institutions qui tendent à opérer la réformation des détenus, soit quelles provoquent, soit qu’elles secondent l’établissement d’un bon régime pénitentiaire dans les prisons, soit qu’elles y suppléent lorsqu’il n’a point encore été réalisé, soit enfin qu’elles en continuent les bienfaits après la libération des condamnés. Elles protègent la société contre le danger des récidives, contre la contagion des exemples pernicieux ; elles transforment en sujets utiles , ceux qui troublaient son repos; la morale leur doit l’un de ses plus beaux et de ses plus consolans triomphes, la réhabilitation du criminel.

On ne peut refuser à notre siècle l’honneur d’avoir vu, pour la première fois, réclamer et entreprendre la réformation du régime des prisons. Howard en a donné le signal le premier , par ses admirables et héroïques explorations , par le tableau qu’il a tracé de la barbarie dans laquelle ce régime était encore plongé. Il a éveillé l’attention des amis de l’humanité. On a enfin compris que l’application des peines légales n’est pas, de la part de la société, simplement une arme de défense ou de vengeance; qu’elle n’a pas seulemeut pour objet d’empê-

vinrent s’abreuver de liqueurs spiritueuses, entre 8 et 9 heures du soir un samedi, ce serait 34,476, en supposant chaque samedi un semblable concours.

[9] Les autorités de Canton, en Chine, ont prohibé dernièrement la vente des vins et des liqueurs aux marins étrangers, afin d’arrêter le cours des excès que commettaient les marins anglais et américains par l’effet de l’ivresse dans les ports de cet empire. Voyez le 5e rapport de la société Américaine, déjà cité, page 224.

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