DU SYSTÈME PÉNITENTIAIRE
cher le coupable de nuire encore , et de détourner les autres de l’imiter ; qu’elle doit se proposer aussi d’opérer la correction du coupable. La société instituée en Angleterre pour le perfectionnement de la discipline des prisons ; celles qui , à son instar, se sont formées sur tous les points des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, du nord de l’Europe; la Société Royale des prisons, en France, ont appelé à cette grande œuvre le concours des gens de bien , excité en sa faveur un intérêt général , préparé la voie aux législateurs et à l’administration ; les écrits de La Rochefoucauld-Liancourt , du docteur Julius, de MM. Crawford , Russel, Charles Lucas, de Tocqueville, de Beaumont, Demetz , Ducpétiaux, et de tant d’autres philanthropes éclairés, ont àl’envi recueilli, discuté les observations , et versé sur ces graves questions d’abondantes lumières.
En ce moment , aucun problème d’économie sociale n’occupe peut-être à un plus haut degré les esprits.
Du système pénitentiaire.
En tendant à un but aussi louable que la réformation des coupables condamnés , s’est-on toujours bien pénétré des conditions essentielles qu’exige l’intérêt des mœurs publiques? N’at-on pas plus d’une fois , en croyant écouter la voix de l’humanité , cédé à une fausse et funeste indulgence en faveur du criminel ? L’affaiblisscrnent général qui se manifeste dans les dispositions d’horreur pour le crime, de respect pour la majesté des lois morales, n’ont-ils pas modifié le point de vue sous lequel le système de la pénalité doit être apprécié? Ne s’est-on pas laissé entraîner à voir dans le condamné un malade à guérir ; un malheureux digne de pitié, plus encore qu’un vrai coupable ? Pendant que les utilitaires se bornaient à chercher , dans la répression des délits, une garantie pour la sécurité sociale; pendant que des philanthropes sollicitaient et obtenaient des législateurs un adoucissement exagéré dans le code des peines, que des jurés et des juges cédaient eux-mêmes à cette disposition de mollesse ou à une aveugle sensibilité pour les personnes ; il était naturel que les écrivains, en s’occupant du régime des prisons, fussent aussi conduits à
les envisager presque exclusivement comme des hospices ou des écoles.
L’expérience, chaque jour , nous le fait trop reconnaître; la philosophie le faisait pressentir; on a commis une erreur, il faut revenir à des idées plus vraies; il faut savoir juger et le crime et le criminel , au flambeau de la morale, d’après les règles sacrées et éternelles de la justice ; il faut ressentir toute l’indignation qui est duc au crime, et avoir le courage d’user envers son auteur, de la sévérité qu’il a encourue. La peine est avant tout un châtiment; tel est son objet direct. Ainsi conçue, elle est utile au condamné lui-même ; elle pénètre jusqu’à sa conscience; elle y éveille le remords ; elle lui exprime le sentiment d’horreur qu’inspire l’action qu’il a commise. Soyez sévères envers lui, si vous voulez lui faire du bien ; car il n’y a de bien pour lui , qu’autant qu’il reconnaîtra l’autorité des lois saintes qu’il a violées. Qu’il se condamne lui-même, s’d veut se corriger; il n’y a de voie à la conversion , que par le repentir.
Aussi, voyez comment le génie du mal se rit de vos lâches complaisances, comme il redouble d’audace pendant que vous hésitez à le punir! Comparez ensemble l’année 1826 et l’année 1833, d’après les comptes rendus en France de l’administration delà justice criminelle.